‹ Du Molluscum Pendulum De La VulveChapitre 15 sur 17 · ERA · texte numérisé non relu

ERA

Une jeune dame d'environ 25 ans de la clientèle de M. Trélat, bien constituée, de bonne santé, n'ayant jamais eu la moindre affection vénérienne, s’est aperçue il y a deux ans d’un petit bouton à la partie supérieure et externe de la grande lèvre gauche. Resté pendant longtemps stationnaire, ce bouton a pris dans ces derniers temps un développement assez rapide, et quoiqu'il soit indolore et peu gênant, la malade désire en être débarrassée. |

L'opération est faite à l'aide de l’écraseur, il s’écoule un peu de sang.

La tumeur a la forme d’un ovoïde très allongé et un peu aplati, elle présente à sa plus petite extrémité une petite plaie de 3 à 4 millimètres de diamètre, à la surface de laquelle on reconnaît des vaisseaux sectionnés, c'était par là que là tumeur s’implantait sur la grande lèvre.

Elle mesure 5 centimètres de long, 2 de large à sa partie moyenne, À et demi d'épaisseur au même niveau.

La surface est vidée, on y remarque quelques poils rares et volumineux, mais seulement à la partie supérieure de la tumeur. La couleur est d’un brun assez foncé. Au toucher elle est molle, flasque, et donne quand on la presse entre les doigts la sensation d’une poche vide. A la partie supérieure on sent, à l’intérieur de la tumeur, un petit corps allongé et dur dont nous connaîtrons plus loin la nature.

Un phénomène curieux que présentait la tumeur {rois ou qua-

res

tre heures encore après avoir été enlevée, c'était lorsqu'on l'eæcitail des contractions lentes et vermiculaires analogues à celles du scrotum. Du reste, en raison de ce fait, ainsi que des autres caractères qu ’elle offrait à la vue et au toucher, ne peut-on mieux comparer la tumeur qu’à un scrotum vide de testicule.

À la coupe on s'assure facilement qu’il n’existe aucune cavité ni trace de cavité intérieure, la tumeur est constituée par un tissu d'apparence fibreuse, plus dense à la périphérie, plus lâche dans les parties centrales. [1 s’écoule de la coupe un peu de sérosité claire et une petite quantité de sang; on remarque en effet un assez grand nombre de coupes vasculaires, surtôut à la partie inférieure de la tumeur où les vaisseaux sont là plus nombreux et plus développés. Il n’a pu être demandé si la tumeur se congestionnait et si elle avait des apparences d'érection.

Quant au petit corps dur, révélé par le toucher, il est constitué par trois follicules pileux, accolés les uns aux autres et lormant par leur réunion un petit cylindre de plus de 5 millimètres de long sur 1 centimètre 1 /2 de large : par une de ses extrémités il adhère à la peau qui ne présente pas d'ouverture à ce niveau, mais seulement une petite dépression ; par l’autre il est libre.

A l'intérieur de la tumeur les poils de l'extrémité supérieure ainsi que leurs follicules sont hypertrophiés, on en voit plusieurs accolés 2 à 2. R

Au microscope (examen fait par M. Malassez) sur une coupe perpendiculaire à la surface de la tumeur, on trouve en allant de dehors en dedans :

Tout d’abord une couche épidermique mesurant de 14 à2 dixièmes de millimètre. Quelques cellules épithéliales de la couche muqueuse sont devenues vésiculeuses, et celles qui occupent la partie profonde de cette couche sont chargées de granulations pigmentaires.

Au-dessous de cette couche épidermique se trouve un tissu

analogue à celui du dérme, présentant à sa partie supérieure dès papilles de 50 y de hauteur et se continuant par sa partiè inférieure avec le reste de la tumeur dont la structure est la même. Il est formé de faisceaux de fibrilles conjonctives plus volumineuses dans les parties profondes que dans les parties superficielles, mais partout extrêmement ondulées. È Entre et autour de ces faisceaux, rampent un grand nombre “de fibres élastiques, tantôt irrégulièrement disséminées, tantôt disposées plus ou moins parallèlement les unes par rapport aux autres.

Quand on fait agir l'acide acétique, on voit apparaître les celjules conjonctives, elles sont d'apparence normale, en certains points, principalement autour des vaisseaux et à la partie inférieure ; elles sont plus nombreuses, plus petites, se rapprochant comme aspect des cellules embryonnaires ; il y a évidemment là un travail d’hyperplasie. :

Mais il existe des fasiceaux de fibres musculaires lisses, ces faisceaux sont peu nombreux et ne se trouvent qu'à une cerlaine distance de la surface de la tumeur, au-dessous de ce qu'on

pourrait appeler le derme, soit au niveau des follicules, soit au voisinage de grosses veines.

Je n’ai pas rencontré de fibres lisses disséminées. Les vaisseaux capillaires sont assez abondants : sur une coupe

heureuse, j'en ai vu un de 20 y de diamètre se jeter directement dans une veine de 0,1 de millimètre.

Les veines sont surtout abondantes à la partie inférieure de la tumeur, elles siègent au-dessous du derme.

Les follicules pileux sont hypertrophiés ainsi que les poils arrêtés dans les follicules ; les glandes sébacées sont au contraire peu développées ; je n'ai pas trouvé de glandes sudoripares.

Quel nom donner à cette tumeur ?

Ce qui prédomine est évidemment le tissu fibreux, mais ce qui

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Le lui donne son cachet tout particulier, ce sont les faisceaux de fibres musculaires lisses ; il y a bien dans les parties supérieures de la tumeur hypertrophiée des poils et des follicules pileux, et dans les parties inférieures un développement vasculaire assez considérable, mais ce sont dans l’espèce des faits moins importants. Ainsi nous pensons que la tumeur doit être dite un fbromyome. |

OBSERVATION III (personnelle).

Examen histologique d'une pièce communiquée par M. le D" Pillet.

La pièce en question a été recueillie à l’hospice d'Ivry, il s’agissait d’un molluscum assez volumineux, à surface violacée, s’insérant chez une vieille femme à la partie inférieure du pli de l’aîne et en partie sur la grande lèvre. Elle élait du volume d’une

grosse noix. Sur une coupe le centre de la {tumeur se montre constitué en grande partie par du tissu fibreux à faisceaux épais disposés en lourbillons parmi lesquels on rencontre des paquets abondants de fibres musculaires lisses très volumineuses.

Les faisceaux fibreux et les faisceaux musculaires sont à peu près répartis également, mais au centre des nappes musculaires on rencontre des artérioles à parois extrèmement épaisses et de très grandes dilatations lymphatiques qui formaient une série de petits kystes allongés sur la section de la pièce fraiche.

Le plan papillaire du derme présente des aspects très irréguliers suivant les points de la surface que l’on envisage. Tantôt il est extrêmement réduit et le tissu fibreux qui constitue la masse de la tumeur se lrouve à peu près au contact de l’épiderme, tantôt les papilles sont très déve:oppées et richement vascularisées, les

différentes couches de l'épiderme sont normales, la couche géné-

ratrice présente des cellules chargées de pigment noir, le stratum

granulosum et le stratum lucidum sont parfaitement reconnaissables ; la couche cornée présente une épaisseur considérable.

En résumé, ce molluscum est composé surtout de tissu fibreux et

de fibres musculaires lisses émanées probablement du sac dartoï-

que de la grande lèvre. Il est remarquable en outre par ses dilalations lymphatiques dont quelques-unes sont considérables. La richesse de cette tumeur en fibres musculaires s’explique par ce fait qu’il s’est développé dans une région qui en contient normalement un grand nombre.

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