LE LANGAGE
Nous ignorons comment l'homme a acquis le merveilleux don du langage; les savants de mainte génération ont tâché de pénétrer ce mystère sans y parvenir.
Le Dieu qui a pourvu l'homme des magnifiques organes au moyen desquels il lui est possible d'émettre une si grande variété de sons, lui donna le pouvoir, de créer des noms pour les choses qu'il voyait et pour les pensées qui traversaient son esprit.
Il y a des mots que nous pouvons aisément nous expliquer, ceux qui imitent des sons, comme quand nous parlons du tic-tac d'une horloge, ou quand nous appelons le coucou d'après le son qu'il émet. Des mots de ce genre ne forment qu'une petite portion de l'immense quantité de mots dont est composé un langage et qui, la plupart, viennent de racines très anciennes que nous ne pouvons plus retrouver. D'abord on n'avait que peu de mots, et seulement des mots très courts ; pour communiquer à d'autres ses pensées, on se servait de signes, du « langage des gestes » comme on l'a appelé. Nous faiwsons encore de même ; quand nous secouons la tête pour dire « non, » quand nous faisons un petit signe pour dire « oui, » et quand nous serrons la main à quelqu'un en signe d'amitié, nous nous servons du langage des gestes, et nous le ferions bien plus si nous voyagions dans un pays dont la langue nous serait inconnue.
— joli y a bien peu de choses qui ne pourraient être exprimées par des signes ou des gestes; et, chez les anciens, des pièces entières étaient représentées, non en paroles, mais en action, par des hommes qu'on appelait pantomimes (ce qui signifie imitateurs de toutes choses^
On raconte que, sous le règne de Néron, il vint à Rome un roi qui, admirant le merveilleux talent d'imitation d'un pantomime, pria l'empereur de lui en faire cadeau, afin d'utiliser ce don dans ses relations avec les nations dont il ignorait la langue. Nous sommes maintenant si riches en mots, que nous avons rarement besoin d'avoir recours aux signes.
Les différentes races des hommes semblent être descendues d'une famille, et il en est de même -pour les diverses langues qu'on croit pouvoir dériver d'une même source.
Le langage s'est partagé en trois groupes principaux, et pour vous en parler j'aurai à me servir de quelques noms difficiles.
On croyait autrefois que l'hébreu , langue des livras sacrés des Juifs (qui nous sont connus sous le nom d'Ancien-Testament), était la mère de toutes les autres langues, mais en ramenant les mots à leurs formes premières, on a trouvé que :
I. Le sanscrit, le zend, le grec et le latin, et presque toutes les langues et les dialectes de l'Inde et de l'Europe sont des rejetons de la famille Indo-Européenne ou Arienne.
Le sanscrit est la langue dans laquelle sont écrits les livres sacrés des Brahmanes; on la parlait au
temps de Salomon et d'A4exandre-le-Grand, mais c'est une langue « morte » ou non parlée depuis plus de deux mille ans. Le zend est la langue dans laquelle sont écrits les livres sacrés des Parsis (ou adorateurs du feu). Le grec est la langue de la Grèce et le latin celle des anciens Romains.
Je vous ai déjà parlé des Ariens à la page 6, et j'ajouterai que leur langue nous apprend qu'ils avaient acquis l'art de labourer et de faire des routes, qu'ils savaient coudre et tisser, bâtir des maisons et compter jusqu'à cent. Les liens de père, mère, frère et sœur étaient sacrés parmi eux, et ils invoquaient celui qui est « lumière » d'un nom qu'on entend encore dans les temples indiens, du nom de Déité, dont notre mot Dieu. Ce nom vient d'un mot très ancien dont cts peuples désignaient le ciel et qui fut plus tard appliqué à celui qui habite les cieux. Car « audelà du soleil, de la lune, des étoiles et de tout ce qui change, se trouve le pur ciel bleu, le firmament sans limites.» C'est laque, de tout temps, les hommes se sont figuré la demeure de Dieu, qui est la lumière et en qui il n'y a nulle ombre.
2. La seconde division des langues comprend l'hébreu, l'arabe, langue du Koran, livre sacré des Mahométans, et les langues qu'on trouve sur les anciens monuments de la Phénicie, de Babylone, de l'Assyrie et de Carthage.
3. La troisième division comprend le reste des langues éparses par toute la terre. Les langues de la Chine, du Thibet et de l'Indo-Chine prennent place à part comme les seuls restes des premières formes du
langage humain, étant oomposées de mots d'une syllabe.
L'ancien langage de la Bretagne ne se parle plus que dans quelques parties du pays de Galles, de l'Irlande et de l'Ecosse, et la langue anglaise actuelle, qui compte plus de cent mille mots, a les mêmes racines que celle qu'on parle sur les côtes germaniques. Les Angles, les Saxons (de là Anglo-Saxons), les Jutes et d'autres tribus du continent nous l'ont apportée. L'Anglo-Saxon est la langue mère de l'anglais actuel, qui s'est enrichi de mots latins sous diverses formes et de quelques mots provenant des languefs d'autres nations.
Je crains de vous avoir embrouillés un peu en vous parlant de toutes ces langues, mais vous pourrez y revenir plus tard quand vous serez plus âgés et plus à même de comprendre l'importance que nous attachons à l'étude du don merveilleux par lequel nous parlons aux hommes dans diverses langues et qui nous permet de lire dans les anciens livres, l'histoire des tâtonnements de l'homme à la recherche de son Dieu. Je voudrais vous faire voir que l'étude des mots est une manière agréable de passer le temps et que le dictionnaire, qu'on regarde comme un livre bien sec, est plein d'une grande poésie ponr ceux qui savent l'y découvrir et trouver dans ses mots l'histoire et les beautés qu'ils renferment.
l'écriture.
Il me sera bien plus facile de vous dire comment les hommes ont appris à écrire.
L'écriture sert à tracer quelque chose de manière à ce qu'un coup d'œil nous en fasse comprendre le sens ; dans les anciens temps cela se faisait par une esquisse de l'objet qu'on voulait désigner. L'écriture figurée (ou par images) fut en usage pendant bien des siècles; elle existe encore chez les races sauvages de toutes les parties dn globe. On s'en servait soit comme d'un moyen de communication, soit pour rappeler un événement en gravant sur des rochers, des pierres taillées, des arbres et des tombeaux.
Par la suite des temps, cette écriture lente et incommode fut remplacée par des signes représentant certains mots et certains sons. Bientôt on fit un pas de plus : on divisa le mot en lettres, et il fut convenu que chaque lettre serait toujours représentée par le même signe ; de là les alphabets. Il y a des savants qni croient retrouver, dans la forme des lettres de l'alphabet, des traces de l'ancienne écriture figurée. Par exemple, aleph, la première lettre de l'alphabet hébreu, signifie un bœuf^ et le signe pour cette lettre était une esquisse d'une tête de bœuf.
Les signes dont se servent les astronomes pour le soleil, la lune et les planètes, les signes I, TL, El, pour un, deux, trois, sont des preuves que si l'écriture figurée est utile à l'homme civilisé, elle a dû être
bien plus utile encore et bien plus en usage à mesure que nous remontons le cours des siècles.
Nous parlons encore de signer notre nom, quoique nous ne nous servions plus de signe ou de marque comme on le faisait dans les temps où peu de monde savait écrire.