CHAPITRE n
PREMIÈRES QjUESTIONS DE l'HOMME.
L'homme n'eut pas plutôt dépassé son premier état d'infériorité et satisfait aux besoins de son corps, qu'il se mit à faire œuvre ai homme en pensant (voir page 5), et il entendit en lui-même une voix qui lui disait que la vie lui avait été donnée pour un autre but que le manger et le boire.
Il voyait autour de lui le monde avec ses grandes collines silencieuses et ses vertes vallées; les crêtes hérissées de S(is montagnes aux teintes pourprées, et les étendues de plaines stériles ; ses arbres et ses fleurs odorantes; les formes gracieuses de l'homme, de l'oiseau planant dans les airs, du cerf agile et du lion royal; le grand mammouth aux lourdes formes, disparu depuis longtemps ; il voyait la scène entière illuminée des couleurs qui jaillissent au toucher magique des rayons du soleil ou voilée dans les ombres du nuage passager; il voyait le soleil se lever et aller vers l'ouest emportant la lumière, et, par intervalles réguliers, la lune quitter sa forme de faucille pour devenir un grand orbe rond; puis chaque nuit les étoiles plus ou moins nombreuses brillaient comme des étincelles que le Dieu du soleil faisait jaiUir des roues de son chariot, ou comme l'écume resplendissante que projette le navire en sillonnant la mer.
Son oreille entendait les divers sons de la nature : le murmure des eaux du fleuve, le mugissement incessant de la mer, le bruissement des feuilles balayées par les doigts invisibles de la brise, le batte-
ment de la pluie tombant des grands nuages noirs, le grondement du tonnerre qui suit le jet de lumière lancé par les nuages roulants; ces sons et mille autres, tantôt doux, tantôt aigus, le frappaient et il se demandait ? Que veut dire tout cela? où suis-je et que suis-je ? d'où est-ce que je viens et d'où vient tout ce que je vois, que j'entends et que je touche ?
Le premier sentiment de l'homme était un simple étonnement, le second un désir de découvrir la cause des choses, ce qui les faisait être telles qu'elles étaient.
Tout autour de lui était la nature (ce qui veut dire : ce qui produit) y \?iïiàluTt gT2iïvàQ^ belle, puissante; ne vivait-elle pas ? tout n'était-il pas en mouvement ?
En nous figurant comment l'homme a essayé de découvrir la cause de ce qu'il voyait, il ne faut pas supposer qu'il raisonnait comme nous. Il ne pouvait pas donner à ses pensées la forme d'un langage poli; mais le bon sens vint à son secours.
Il observait que lui-même se mouvait ou se tenait immobile à volonté, qu'il avait des raisons pour choisir et se décider, et qu'il ne faisait une chose que lorsqu'il le voulait. Qpelqoe chose en lui dirigeait ce qu'il faisait. La nature n'était pas immobile; le fleuve coulait, les nuages étaient chassés par le vent, les feuilles tremblaient, la terre s'ébranlait; le soleil, la lune et les étoiles ne s'arrêtaient pas : il fallait donc quelque chose en tout pour causer ce mouvement.
Ainsi commença une croyance en des esprits habitant toutes choses : le soleil, les arbres, la cascade, la flamme, l'animal, l'oiseau et le serpent.
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