MYTHES SUR LES ÉTOILES
Il nous vient de l'Asie un mythe curieux d'après lequel le soleil et la lune sont des femmes. Les étoiles sont les enfants de la lune et le soleil en avait une fois autant. Craignant que rhumanité ne pourrait supporter tant de lumière, elles convinrent de manger chacune ses enfants. La lune cacha les siens, mais le soleil tint parole, et à peine eut-il mangé ses enfants que la lune fit sortir les siens de leur cachette. A leur vue, le soleil fut rempli de colère et se mit à la poursuite de la lune pour la tuer, poursuite qui dure encore. Parfois le soleil en approche assez pour la mordre, et c'est là une écHpse. Nous voyons encore le soleil dévorer ses étoiles à l'aurore, tandis que la lune caclie les siennes tout le jour pendant que le soleil est présent et les montre la nuit lorsqu'il est loin.
Les noms que nous donnons encore à certaines étoiles et à des groupes d'étoiles leur furent donnés il y a longtemps lorsqu'on les prenait pour des créatures vivantes. C'étaient des hommes qui avaient vécu sur la terre, des chasseurs puissants ou des groupes de jeunes gens et de jeunes filles dansant.
Beaucoup de noms nous prouvent que les fermiers et les marins observaient avec anxiété les étoiles, leur attribuant une influence sur le temps. Le groupe d'étoiles connues sous le nom de Pléïades fut ainsi nommé du mot plein, qui signifie mettre à la voïky parce que les anciens marins grecs attendaient leur
apparition avant de s'aventurer sur l'océan. Ces mêmes étoiles sont appelées, par les Zoulous qui habitent l'Afrique du sud, les étoiles bêchantes^ parce que à leur venue on commence à bêcher. Elles sont un bon exemple du changement que subit un mythe. Dans la mythologie grecque, ce sont les sept filles d'Atlas (qui porte le monde sur ses épaules); six épousèrent des dieux, mais la septième, Mérope, un roi, et c'est pourquoi elle est moins brHlante que les autres.
On croyait autrefois que les astres influaient sur notre sort. Selon la planète qui était à l'ascendant, à la naissance d'un enfant, on disait qu'il serait bon ou mauvais, grave ou gai.
Nous avons quelques mots qui attestent cette ancienne croyance. Nous parlons d'un « désastre, » ce qui veut dire le souffle flétrissant d'une étoile néfaste, aster étant le mot grec pour étoile. Nous disons d'une personne qu'elle est née « sous une mauvaise étoile » ou « sous une étoile propice. » On disait que la planète Saturne rendait ceux qui sont nés sous son ascendant graves et mélancoliques (en anglais saturnine.^ On dit des gens gras et d'un heureux naturel qu'ils sont « jovials, » nés sous la planète Jupiter ou Jovîs. On dit « vif comme le mercure, » né sous la planète Mercure, pour un homme de nature ardente, animée. Les fous sont appelés en anglais « lunatics. » Luna est le mot latin pour lune, et l'on croyait que les différentes phases de la lune avaient une influence sur les dispositions à la folie. On croyait que le soleil, la lune et les étoiles étaient fixés à la grande voûte céleste qui semblait un arc solide au-dessus de
la terre plane. C'était le séjour du bonheur où l'on serait à Tabri des soucis de la misère et des atteintes de la vieillesse. Pour y arriver, il fallait prendre la route brillante qui traverse le ciel, qui nous est connue sous le nom de « voie lactée » et a donné naissance à quelques jolis mythes.
Je voudrais bien m'arrêter et vous en raconter, mais il ne faut pas que les mythes nous tiennent trop longtemps éloignés des réalités.
CHAPrrRE vn.
MYTHES SUR LA TERRE ET l'hOMME.
On croyait qu'une trombe était un géant ou un serpent de mer, s'étendant de la mer aux nues; que l'arc-en-ciel (qui, comme nous l'apprendront les livres sur la lumière, est un cercle dont nous ne voyons que la moitié) était un démon, descendant pour boire quand la pluie tombait ou, comme le disait un mythe plus joli, l'échelle céleste ou le pont par où les anges conduisaient en paradis les âmes des bienheureux; pour l'Indien, le Juif et le Finnois, c'était l'arc de Dieu placé dans les nues ; les nuages étaient des vaches chassées dans les bleus pâturages du ciel par les enfants de l'aurore ; le flux et le reflux, le battement du cœur de l'océan ; le tremblement de terre était causé par la tortue qui se remuait au-dessous ; l'éclair était la langue fourchue du démon des tempêtes, le tonnerre son mugissement ; les volcans étaient les habitations de démons furieux qui jetaient au-dehors des pierres rougies.
Le sentiment du merveilleux est si inné à l'homme que la croyance aux géants, aux pygmées et aux fées lui a été aussi naturelle qu'elle est lente à disparaître. On croyait que les os des monstrueux animaux maintenant éteints appartenaient à des géants, et on montrait l'empreinte de leurs pieds dans les creux de pierres, que nous savons avoir été rongées par l'eau. Les grandes pierres isolées,, ils les avaient arrachées des rochers et lancées contre leurs ennemis. Les histoires d'un peuple de très petite taille qui habitait au-
trefois cette partie de l'Europe et dont on trouve les descendants en Laponie, donnèrent naissance à la croyance aux nains. Les têtes de flèches en silex étaient les dards des elfes dont se servaient les petits esprits des forêts et des lieux sauvages, et les haches de pierres polies étaient lancées par la foudre !
Je ne puis m'arrèter à vous tracer l'origine de toutes sortes d'autres mythes, tels que ceux qui tâchent d'expliquer pourquoi l'ours n'a qu'un tronçon de queue, le rouge-gorge une poitrine rouge, le beccroisé un bec tordu, pourquoi frémit la feuille du tremble, ni à vous montrer comment ces mythes se transformèrent dans les histoires et les contes de fées, que les enfants ne se lassent jamais d'entendre, car il nous fout quitter les merveilleuses régions de l'imagination pour arriver aux régions non moins merveilleuses de la réalité où la science nous conduit. Je dirai même plus merveilleuses encore, car les images viennent des réalités et non les réalités des images.
-»>N^acc^A-^
— S9 — CHAPITRE Vm.
PREMIÈRES IDÉES DE l'hOMME SUR l'aME.
Je VOUS ai dit que, voyant toute la nature en mouvement, les hommes se figuraient qu'il y avait de la vie partout et qu'un esprit animait la feuille, le nuage et l'animal. Pour comprendre l'idée que, peu à peu, ils se firent d'un esprit, les mots viennent à notre aide. La difiièrence entre un homme vivant et un homme mort est que relui qui est en vie respire et se meut, tandis que celui qui est mort à cessé de respirer et de se mouvoir. Le mot esprit signifie souffle, et dans les principales langues de la terre, le mot dont on se sert pour âme ou esprit signifie aussi souffle ou vent. Il y a des peuples qui croient que l'âme est une sorte de vapeur ou d'ombre qui, lorsqu'elle est mal à l'aise, cause les maladies. Le sauvage croit que l'âme peut quitter le corps pendant le sommeil, et ce qui se passe dans ses rêves lui paraît aussi réel que s'il avait été éveillé. S'il voit en songe un ami mort, il croit que le mort est venu le visiter ou que son âme à lui est allée trouver l'ami mort, et il se garde de réveiller une personne endormie, de crainte que l'âme soit absente du corps. Pour ceux qui croyaient que l'âme pouvait ainsi entrer dans le corps et en sortir, il était naturel de croire aussi qu'on pouvait aspirer les démons avec l'haleine, et que bâiller et éternuer était une preuve de leur approche. Pour les tenir à distance on prononçait ce qu'on appelle une invocation, et nous en avons un vestige dans l'usage de dire « Dieu vous bénisse » quand quelqu'un éternue.
— éo -!
Selon une vieille légende juive, cet usage date de Jacob. Les Rabbins racontent qu'avant Tépoque où vécut Jacob on n'éternuait qu'une fois : cela causait la mort, le choc tuait. A la prière de Jacob, cette loi fut annulée, à condition que, dans toutes les nations, un éternument serait sanctifié par les paroles de « Dieu vous bénisse ! »
Si Tâme restait trop longtemps absente du corps, cela causait des maladies et l'on invoquait l'aide du prêtre ou du magicien pour la rappeler. Toutes ces notions, tout informes qii^elles sont, ont survécu parmi les peuples longtemps après qu'ils eussent dépassé l'état barbare ; et elles survivent parmi nous, quoique leur sens premier soit caché dans des expressions comme « il est hors de lui » ou « il est revenu à lui. » Si le corps avait perdu un membre ou autrement souffert, on croyait que l'âme était mutilée aussi. La croyance qu'en quittant le corps elle avait besoin de toutes les choses qu'elle avait ici-bas nous explique la coutume de tuer les femmes et les esclaves pour suivre le mort et de placer dans sa tombe des habits, des armes et des ornements à son usage, car, chez les races inférieures, on donnait même des âmes aux choses inanimées. En Europe même, il n'y a pas bien longtemps, le cheval du soldat suivait les funérailles de son maître et on le tuait et on l'enterrait avec lui.
Se croyant entouré d'esprits qui habitaient toutes choses et tout-puissants pour lui faire du bien ou du mal, l'homme s'en forma diverses notions, selon qu'ils paraissaient être pour ou contre lui.
Non-seulement il regarda la maladie comme
Tœuvre des esprits démoniaques, mais ses terreurs remplirent les ténèbres des esprits des morts qui quittaient leurs tombes, à ce qu'il croyait, criaient à sa porte, s'asseyaient dans sa maison, le touchaient à Tépaule et rompaient le silence de leurs voix sifflantes.