‹ # du monde: simple histoire de l'homme des premiers tempsChapitre 24 sur 36 · CROYANCE DANS LA MAGIE ET LA SORCELLERIE · texte numérisé non relu

CROYANCE DANS LA MAGIE ET LA SORCELLERIE

Pour se défendre de ces hôtes désagréables, on employa des charmes, des arts magiques et des jongleries de toutes sortes. Il s'est toujours trouvé des hommes plus rusés -que les autres, qui, profitant des craintes des faibles et des timides, ont prétendu chasser les esprits par des cérémonies et des paroles. Partout ont abondé des charlatans, des magiciens, des conjureurs, des sorciers; et même, parmi nous, il se trouve encore, sous d'autres noms, des personnes qui croient avoir un pouvoir sur les choses invisibles et en savoir plus qu'il n'a jamais été et ne sera donné à l'homme de savoir en cette vie. La croyance dans les arts magiques, qui a de si profondes racines parmi les races inférieures de l'humanité, ne disparaît chez les peuples civilisés que depuis deux siècles, et elle survit encore dans les campagnes parmi les gens ignorants, qui voient un miracle dans tout ce qu'ils ne comprennent point. Ce fut elle qui donna naissance à l'horrible croyance en la sorcellerie, qui fit brûler neuf millions de personnes ! La sorcellerie se propagea avec la croyance au diable : c'est à lui, l'ennemi de Dieu et des hommes, qu'on attribua tout le mal de ce monde, qu'il le fit lui-même ou par ses agents. On soupçonnait les personnes de se vendre au diable, qui ne devait les laisser manquer de rien et leur accordait le pouvoir de nuire aux hommes, aux femmes, aux enfants et aux animaux. Si quelqu'un éprouvait des douleurs étranges, si une calamité l'accablait, —

c'était l'œuvre impie des sorcières. On leur attribuait la tempête dévastatrice, la ruine des céréales, la mort subite du bétail, et si quelqu'un languissait de maladie, c'est qu'une vieille sorcière l'avait regardé d'un œil malveillant : elle faisait une figure de cire à l'image de celui qu'elle persécutait, la plaçait devant le feu, et à mesure qu'elle fondait le malade dépérissait.

Les pauvres créatures accusées d'être en ligue avec le diable étaient de vieilles femmes sans défense. Il suffisait d'avoir la figure ridée, la peau velue, le regard louche, l'allure boiteuse, la voix criarde et grondeuse, il suffisait de vivre seule : c'étaient plus de preuves qu'il n'en fallait pour torturer les misérables victimes d'une manière si cruelle que la mort leur paraissait une heureuse délivrance.

Page 1