CHAPITRE X
CRAINTE DE l'iNCONNU.
Tout ce qui paraît incompréhensible au sauvage nous donne aussi à penser, et nous pouvons sympathiser avec lui lorsqu'il nomme Tâme un souffle, qu'il croit à la réalité de ses songes et que, tout bas, il parle des esprits bons et mauvais qui l'entourent.
Nous ne sommes pas encore arrivés à nous former une idée claire de l'âme et probablement nous n'y arriverons jamais. Nous avons une notion vague qu'au moment de la mort elle quitte le corps comme une ombre ou une vapeur. Les Anglais, les Chinois et les Indiens ouvrent une porte ou une fenêtre pour laisser un passage à l'âme du trépassé, et c'est un dicton allemand qu'il ne faut pas fermer une porte avec violence de peur de blesser une âme !
Et nos rêves nous paraissent si réels tant qu'ils durent ! pour beaucoup d'entre nous ce sont encore de fidèles messagers de joie ou de tristesse. Même les histoires les plus sottes et les plus incroyables de cloches qu'on entend dans les maisons où rôdent les esprits, de revenants en linceuls apparus dans les cimetières témoignent de la terreur qu'éprouvent pour le monde invisible, à tout âge et en tous lieux, l'homme civilisé et le sauvage.
En effet, tout ce que nous apprend la science sur les créatures qui abondent dans une goutte d'eau et sur les petits corpuscules qui circulent dans notre sang ne nous explique pas davantage le grand mystère de la vie. Plus les microscopes sont perfection-
nés, plus ils nous font voir de merveilles j mais nul verre grossissant ne nous montrera la vie mêmCy et personne ne touchera du doigt l'âme humaine.
Dieu a donné à l'homme l'intelligence, le pouvoir de penser, de raisonner et de se souvenir et, avec cela, le temps, l'occasion et le désir de se servir de ces dons. Pour employer l'expression d'un grand poète « il enveloppe l'homme de ténèbres et le fait soupirer après la lumière. » De même qu'on n'apprécie guère ce qui coûte peu, l'homme n'aurait pas fait d'efforts s'il avait reçu, dès sa naissance, beaucoup de savoir; mais comme il sait peu, tout en se sentant capable d'apprendre beaucoup, il met à profit ses facultés, pour gagner plus de sagesse et de savoir, jusqu'à ce qu'il sente combien est vraie cette antique définition de la sagesse : « Elle est plus précieuse que les perles et tout ce qu'on saurait souhaiter ne la vaut pas. »
— éé —