‹ # du monde: simple histoire de l'homme des premiers tempsChapitre 26 sur 36 · FÉTICHISME · texte numérisé non relu

FÉTICHISME

Jusqu'ici nous avons vu comment l'homme chercha à s'expliquer ce qu'il voyait autour de lui ; il nous reste à découvrir quels sentiment il éprouva. Il sentit le besoin de se prosterner et d'adorer les puissances qui semblaient plus fortes que lui.

L'adoration prend la forme la plus grossière quand elle s'adresse à des choses inanimées, auxquelles on attribue une vertu ou un charme ; elle s'appelle alors fétichisme, d'un mot qui signifie charme. On choisira une pierre de forme extraordinaire, un tronc d'arbre coupé avec les racines en l'air, même un vieux chapeau ou un chiffon rouge, n'importe quel objet, pourvu qu'on lui suppose la faculté d'accorder un bien ou de préserver du mal. L'adoration des pierres, dont nous parle la Bible, existe encore aujourd'hui chez des tribus grossières qui ont là-dessus les notions les plus étranges et les considèrent parfois comme maris et femmes, parfois comme demeures des esprits. Les idées confuses du sauvage qui lui font paraître ses rêves réels, lui font confondre ce qui est vivant et ce qui est animé, et il détruit avec soin les ongles et les cheveux qu'il coupe, de crainte qu'on ne s'en serve pour lui causer du mal. L'habitant de la Nouvelle-Zélande fait avaler des cailloux à un enfant mâle pour lui endurcir le cœur. Le Zoulou mâche du bois et, à mesure qu'il s'amollit, il espère attendrir le cœur de son ennemi ou celui de la femme qu'il aime. On attribue la terrible coutume de manger

la chair humaine à l'idée que la chair d'un homme fort et brave rendait fort et brave aussi. Les indigènes de Bornéo ne mangent pas le daim de crainte de devenir lâches, et les Malais recherchent la chair du tigre pour les rendent braves. Si un médecin tartare n'a pas la médecine dont il a besoin, il en écrit le nom sur un bout de papier et en fait une pilule qu'il donne à son malade. On raconte d'un homme qui habitait l'Afrique et qui avait une grande réputation de sainteté qu'il gagnait sa vie en écrivant des prières sur une planche, puis il la lavait et vendait cette eau. Cela nous fait sourire ; mais chaque fois que quelqu'un dit un verset de la Bible ou récite sans attention la magnifique prière que Jésus-Christ enseigna à ses disciples, avec l'idée que, d'une façon mystérieuse, il en obtient quelque avantage, il est un adorateur de fétiches et bien au-dessous des pauvres sauvages dont je vous parle, parce que nous savons que si le cœur n'y est pas, il ne sert à rien de marmoter des paroles.

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