‹ # du monde: simple histoire de l'homme des premiers tempsChapitre 28 sur 36 · ADORATION DE LA NATURE · texte numérisé non relu

ADORATION DE LA NATURE

Laissant de côté les choses inanimées dont le pauvre sauvage faisait des dieux qu'il pendait autour de son cou ou érigeait dans sa hutte, nous allons considérer quelques-unes des choses qu'il adora ayant de la vie ou du mouvement.

Il y a des savants qui croient que l'adoration des serpents et des arbres a été la première: foi de l'humanité, d'autres que le soleil, la lune, les étoiles et le feu furent d'abord adorés. Mais il est plus probable que les hommes ont adoré différents dieux dans différentes parties du monde, d'abord les choses qui les entouraient de plus près jusqu'à ce que, les connaissant mieux, ils perdissent leur crainte ; puis ils se prosternèrent devant ces puissances plus grandes dont les mystères sont encore cachés.

I. Adoration de Veau. L'adoration de l'eau est très répandue et s'explique aisément — car quoi de plus animé et, selon le raisonnement des premiers hommes, de plus rempli d'esprits que les fleuves, les ruisseaux et les cascades ? A leurs yeux, c'était le démon de l'eau qui faisait couler si vite le fleuve et le rendait dangereux à traverser, et qui formait le terrible tourbillon dans lequel tant de vies étaient englouties. Plus tard, lorsqu'on en vint à croire en un dieu des fleuves qui régissait tous les ruisseaux, envoyait leurs eaux dormantes ou les précipitait en torrent, on crut faire mal en sauvant ceux qui étaient en danger de se noyer, car c'était ravir sa proie au dieu.

Les ruisseaux sacrés, les sources saintes qui abondent de toutes parts prouvent combien fut profonde et durable l'adoration de l'eau. Vous avez entendu parler de fleuves saints, tels que le Gange, dont les livres sacrés des Indes nous racontent de belles histoires, décrivant comment il vient des régions célestes pour bénir la terre et la purifier des péchés.

n. Adoration des arbres. L'adoration des arbres est aussi très répandue. La vie qui, renfermée en eux durant le long hiver, éclatait soudain en feuilles, en fleurs et en fruits, et semblait gémir ou chuchoter lorsque la brise agitait tes branches et les feuilles, cela n'était-il pas un signe qu'un esprit y habitait?

Bien longtemps après les premiers adorateurs de la nature, les anciens Grecs pensaient comme eux, quand, peuplant d'êtres qu'ils appelèrent nymphes la mer et les ruisseaux, les arbres et les collines, ils décrivaient les déesses de l'eau qui bénissent ceux qui en boivent et celles dont la vie commençait et se terminait avec les arbres qu'elles habitaient. Vous avez peut-être entendu dire que les prêtres de l'ancienne religion de nos contrées vivaient dans les forêts de chênes et considéraient ces arbres comme sacrés. On leur donna le nom de Druides, d'un mot celtique qui signifie renfermer dans un cercle^ parce que, comme prêtres, ils pouvaient entrer à l'intérieur du cercle de pierres où se célébraient les rites secrets de leur religion.

IIL Adoration des animaux. Comme l'adoration des arbres, des fleuves et des autres choses où l'on observait la vie ou le mouvement, l'adoration des animaux eut son origine dans des temps très anciens.

On voyait bien que la vie en eux était différente de celle de l'arbre ou du fleuve. L'eau tourbillonnait et écumait, l'arbre tremblait, le volcan bouillonnait, mais sans montrer des yeux érincelants ou des griffes monstrueuses prêtes à vous déchirer. La brute ressemblait à l'homme en bien des choses, et elle était beaucoup plus forte : il fallut donc qu'elle eût une âme plus grande que l'âme de l'homme.

A mesure que l'homme dompta la brute, il cessa de la craindre et de l'adorer; mais les animaux sacrés jouent un grand rôle dans bien des religions. L'animal adoré dépendait en grande partie du pays où on se trouvait. Au nord, c'était l'ours et le loup; vers le sud, le lion, le tigre et le crocodile, et, dans bien des parties du monde, le serpent. Il paraissait si rusé et si subtil, ce long reptil qui éblouissait, en se tordant, par ses brillantes couleurs, sa morsure était si mortelle, l'œil étincelant de sa flice détestée était si foscinant que, pendant bien des siècles, il s'identifia dans la p;insée de l'homme avec l^esprit du mal, cause des premières souffrances et des premières hontes.

Je ne puis m'arrêter là-dessus ; nous allons passer à une époque plus avancée où, abandonnant l'adoration des pierres et des animaux, l'homme s'éleva à une conception de dieux puissants dont chacun régissait une partie distincte de la nature ou de la vie des hommes.

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