POLYTHÉISME OU CROYANCE EN BEAUCOUP DE DIEUX
Ainsi, au lieu de voir dans chaque ruisseau un esprit distinct, il conçut Tidée d'un dieu des fleuves ou des eaux, régissant tous les courants, ou d'un djeu de la mer régissant toutes les mers. J'espère que vous observez l'enseignement que cette histoire nous donne jusqu'ici, c'est qu'à mesure que l'homme apprit à penser et à savoir, il diminua le nombre de ses dieux. C'est ainsi que se forma une croyance en un dieu du tonnerre, un autre de la pluie, uti autre du vent, un autre du soleil et ainsi de suite.
Pour vous rendre bien clair le développement de la croyance en ces êtres, à l'empire desquels toutes choses semblaient soumises, je vais tâcher de vous expliquer l'origine de l'adoration du soleil et de la lune.
Rien ne dut étonner l'homme davantage que de voir disparaître la lumière du jour; pendant quelque temps il voyait ce qui l'entourait, puis les ténèbres s'étendaient sur toutes choses, et il allait à tâtons ou se livrait au repos.
Chaque matin, avant que le soleil n'apparût, des rayons de lumière annonçaient sa venue, puis il arrivait inondant la terre de lumière et devenait de plus en plus brillant jusqu'à ce que l'œil ne pût supporter l'éblouissement de sa gloire. Et le soir, quand lentement il se couchait, les rayons de lumière qu'il laissait derrière lui semblaient disparaître à regret.
Des livres sur l'astronomie nous feront connaître
tous les dons que le soleil répand sur ce monde et sur d'autres, et vous apprendrez de vraies merveilles, comme quoi nous méritons tous d'être appelés, comme les Incas de l'Amérique du sud, les « enfants du soleil ; » ici je ne considère le soleil que comme objet d'adoration.
Tqjnt agréable que fût la lumière de la lune et des lointaines étoiles, elle était moins certaine que celle du soleil et, quoiqu'elle donnât à l'obscurité et aux ténèbres un caractère moins sombre, elle ne pouvait pas faire fuir la nuit.
C'est pourquoi il fut naturel à l'homme de se prosterner devant ce Seigneur de la Lumière et, sous la première forme d'adoration connue, de le saluer par un baisement des mains et de lui offrir des sacrifices. Nous trouvons dans des écrits juifs, connus sous le nom de Talmud, une vieille histoire qui décrit d'une manière frappante le sentiment de l'homme vis-à-vis de l'obscurité et de la lumière.
Elle raconte que « lorsqu'Adam et Eve furent chassés du jardin d'Eden, ils errèrent sur la surface de la terre. Et, comme le soleil commença à disparaître, ils observèrent avec terreur la lumière s'amoindrir, et une horreur comme celle de la mort envahit leurs cœurs. Et la lumière du ciel pâlit, et les malheureux s'étreignirent dans l'agonie du désespoir. Et les infortunés se jetèrent à terre en silence et crurent que Dieu leur avait enlevé à jamais la lumière, et ils passèrent la nuit en pleurs. Mais, après bien des heures de ténèbres, au-dessus des collines de l'orient parût un rayon de lumière, et le soleil doré revint et sécha les pleurs d'Adam et d'£ve qui, remplis de joie,
s'écrièrent : « Les pleurs logent le soir et le chant du triomphe survient au matin ! »
L'adoration des corps célestes est non-seulement très répandue, mais continua pendant bien des siècles chez les nations de l'antiquité, comme le prouvent les noms de leurs dieux et les ruines de leurs temples. Dans la Grande-Bretagne on élevait des colonnes au soleil et des autels à la lune et à la déesse de la terre; l'histoire des anciennes croyances est conseivée dans les noms donnés à quelques-uns des jours de la semaine. (Sun-day, jour du soleil, pour dimanche, et Mon-day, jour de la lune, pour lundi.)
Les jours furent la plus ancienne division du temps, et lorsqu'on commença à observer les changements de lune, ils maïquèrent les semaines, quatre semaines faisant à peu près un mois, qui s'écoulait d'une nouvelle lune à l'autre '. Pour distinguer les jours,on leur donna des noms, et comme on croyait que chacune des sept planètes présidait à une partie du jour, on donna leurs noms aux sept jours de la semaine. Nos ancêtres Scandinaves consacrèrent les jours de la semaine à leurs sept principaux dieux : dimanche et lundi au soleil et à la lune, comme je l'ai dit plus haut; mardi (Tuesday) à Tuisco (mot qui vient de la même racine que Dieu), père des dieux et des hommes ; mercredi (Wednesday) à Woden ou Odin, le roi borgne du ciel et le dieu de la guerre ; jeudi (Thursday) à Thor, le dieu du tonnerre ; vendredi (Friday)
I Lune signifie mesureur, d*où notre mot mois, car on mesurait le temps par nuits et par lunes longtemps avant de compter les jours, les soleils et les anoées.
àFriga, la femme de Woden; samedi (Saturday) ou bien à Seater, dieu saxon, ou à Saturne.
Les peuples latins donnèrent aussi aux jours de la semaine les noms de leurs dieux : dimanche, jour du Seigneur; — lundi, de la lune ; — mardi, de Mars; — mercredi, de Mercure; — jeudi, de Jupiter; — vendredi, de Vénus ; — samedi, de Saturne.
Il faut vous dire aussi que, dans les contrées où la chaleur du soleil est si intense qu'elle brûle et dessèche les plantes et parfois donne la mort à l'homme, on ne l'adore pas pour sa lumière bénie, mais on le craint comme un dieu méchant et malfaisant. L'adoration du feu va généralement de concert avec celle du soleil, de la lune et des étoiles. Le feu donne la lumière et la chaleur; avec son pouvoir merveilleux de consumer tout ce qu'on entasse sur lui, il est comme un démon affamé et jamais satisfait, et ressemble, plus que toute autre chose sur terre, aux grands corps lumineux du ciel.