‹ # du monde: simple histoire de l'homme des premiers tempsChapitre 33 sur 36 · MONOTHÉISME OU CROYANCE EN UN SEUL DIEU · texte numérisé non relu

MONOTHÉISME OU CROYANCE EN UN SEUL DIEU

En approchant de l'époque où s'éclaircit l'histoire des croyances religieuses de l'homme, nous observons que ses idées s'élèvent et s'ennoblissent. D'abord il lui sembla que, dans le ciel au-dessus de lui comme sur la terre, il ne régnait que confusion; mais en observant plus attentivement le cours des événements, il vit que l'ordre et non le désordre, un plan et non un hasard aveugle, régissaient l'univers. La tempête, qui portait le ravage parmi les produits de son industrie, purifiait l'air et emportait la maladie ; le feu destructeur devenait, lorsqu'il eut appris à y mettre un frein, un utile serviteur ; la nuit, qui remplissait l'air de mauvais esprits, l'invitait à un doux repos ; ce qu'il avait regardé comme des calamités se changeait en bénédictions, et ce qui paraissait discord dans la nature devenait harmonie pour celui qui savait comment toucher les cordes.

L'homme avait d'abord adoré ce qui lui paraissait le plus fort et craint ce qui semblait lui être le plus nuisible; mais à mesure qu'il acquit du savoir et de la sagesse, il adora ce qu'il y avait de meilleur. Cela provint d'un sentiment que je viens de décrire, qu'il y avait au-dessus de tout, autre chose qu'une force écrasante. Nous avons vu qu'à la première apparition de l'homme sa vie était une lutte continue contre des forces de toutes sortes et que la seule loi était celle de la force. Il suffisait de s'approprier une chose et^de savoir la conserver pour y avoir droit. Outre son habileté à se défendre par la force ou par la ruse.

l'homme possédait fe pouvoir de nuire, d'être cruel sans motif et de faire le mal pour le plaisir de le faire, et rhistoire témoigne du triste usage qu'il en fit. Inférieur en cela à la bête qui tue pour assouvir sa faim, il tuait son semblable pour satisfaire son ambition sans frein et commettait des ravages dont des siècles de travail n'ont pas encore pu faire disparaître les traces. A mesure que la famille humaine se multiplia, il devint évident que, si l'homme continuait à se servir à son gré de ce pouvoir de nuire, de piller et de tuer, la ruine était inévitable. Pour que l'humanité pût progresser et vivre en paix, il fallut que chacun apprit à respecter les droits des autres et à leur faire ce qu'il voulait qu'on lui fît à lui-même. Il fallait faire des lois pour rendre possible ce qu'on appelle la société; celui qui les violait et nuisait aux autres par malveillance était puni. Il y a un sentiment, plus profond que celui du devoir envers les autres, qui faisait comprendre à l'homme qu'il faisait mal en leur nuisant.

Il y a en chacun de nous, lorsque nous hésitons entre le bien et le mal, quelque chose qui parle d'une voix claire et distincte.

Si, quand nous sommes tentés de mal faire, nous savons ce qui est bien, d'où le savons-nous ? Si après chaque bonne action, après chaque» devoir fidèlement rempli, nous éprouvons une paix ineffable, d'où vientelfe ? Le soleil et la lune ne peuvent pas discerner le bien du mal ni nous aider à en comprendre la différence. Les étoiles du ciel et les pierres de la terre ne savent rien des devoirs et se meuvent ou sont immo^ biles, réglées par d'autres lois que k loi de l'amour.

Dieu seul est là source de ce sentiment de paix, et nul autre que lui.

« Elle est à lui la voix si suave et si sainte, Douce haleine du soir qui le calme a donné, Q.ui réprime la faute et bannit toute crainte, Qjji> quand elle nous parle, a déjà pardonné. »

Je vous en supplie, n'étouffez jamais la voix de la conscience, car, quand elle parle, vous êtes dans le sentier du danger ; ce n'est que quand vous êtes fort qu'elle est silencieuse, mais toujours éveillée, jamais endormie. N'essayez jamais, je vous en supplie, de déplacer ce juge qui ne quitte pas son siège, mais qui est là, pesant à tout instant dans sa balance toutes les pensées et toutes les actions.

Car ce que nous reconnaissons en nous comme la loi la plus sacrée doit se trouver dans sa perfection en celui dont l'autorité se fait ainsi entendre en nous. Et comme les lois de Dieu procèdent de son amour, il s'ensuit qu'en les remplissant nous demeurons dans la charité et que, par conséquent, nous demeurons en Dieu. Enfin l'homme, épuisé par les fatigues de la route, arriva au repos et vint à croire en un seul Dieu, Père de tous les hommes, « Créateur du ciel et de la terre et de toutes choses visibles et invisibles, » et à croire que « l'aimer de tout son cœur vaut mieux que tous les holocaustes et tous les sacrifices. »

C'est par un raisonnement analogue à celui que j'ai tâché de vous expliquer que l'homme arriva à cette sublime croyance. Encore n'est-ce qu'une petite partie du genre humain qui est arrivée à cet heureux résultat ; la plus grande partie adore encore beaucoup de dieux^ des dieux bons, mauvais ou médiocre5^.

Même les hommes qui sont arrivés à la croyance en un seul Dieu, se le sont d'abord figuré sous la forme d'un homme. Pour les peuples des contrées froides et âpres du nord, il était représenté par le tonnerre ; pour ceux du sud, vivant au bord d'eaux tranquilles et sous un ciel d'azur, il était l'Etre de toute beauté ; pour l'habitant des plaines, à l'âme fortement trempée et à la franchise un peu brusque, il était une puissance portée sur les ailes du vent, un être avec les sentiments .et les passions d'un homme.

11 a fiiUu les grands maîtres qui se promenaient dans les bosquets de la belle Athènes et un autre plus grand encore qui, fatigué, s'assit près d'un puits, en Samarie, pour répandre sur Dieu des idées qui ne peuvent être surpassées.

Et pourtant l'histoire nous dit qu'en ceci comme en d'autres choses les nations sont retombées. Elles ont oublié Dieu comme les enfants d'Israël, qui, après avoir reçu son commandement de n'adorer aucune image, se formèrent une idole comme le bœuf sacré de l'Egypte qu'ils venaient de quitter.

De même qu'il y a des races sauvages qui se trou vent encore à cet âge de pierre, qui était le commencement du progrès et que l'Europe a dépassé depuis bien des milliers d'années, il existe aussi des races qui ne se sont pas élevées au-dessus des idées les plus grossières sur les esprits dans les choses inanimées. Elhs nous montrent ce que nous étions ; nous sommes aujourd'hui ^ ce qu'il faut espérer quelles deviendront. Cette pensée nous donne l'espoir que, comme Dieu n'a rien fait en vain, il accordera aux pauvres sauvages ignorants de savoir, dans une vie à venir, ce qui leur a été caché ici-bas, sans que le blâme puisse retomber sur eux.

-8s - CHAPITRE XIX.

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