‹ # du monde: simple histoire de l'homme des premiers tempsChapitre 34 sur 36 · TROIS HISTOIRES SUR ABRAHAM · texte numérisé non relu

TROIS HISTOIRES SUR ABRAHAM

Les idées les plus élevées de chaque époque étant celles des esprits les plus élevés, il est évident que, dans tout âge, il s'est trouvé des hommes plus sérieux, aux vues plus étendues que celles de leur entourage qui, sentant que cette vie grande et solennelle est donnée pom* quelque chose de plus noble que de manger et s'enrichir, se demandaient pourquoi ils étaient ici, où ils allaient et d'où venait ce qu'ils voyaient autour d'eux. Vous entendrez parler plus tard de ces hommes qui ont enrichi la terre de leurs saintes vies, et des nobles pensées dans lesquelles ils ont exprimé leurs efforts pour atteindre la vérité ou, ce qui revient au même, pour atteindre Dieu ; mais je veux remplir ma promesse de vous parler de l'un de ces hommes, un des premiers de l'époque historique, qui semble s'être pénétré de la foi en un seul Dieu et qui nous l'a transmise, par d'autres.

Abraham, car c'est de lui que je parle, est né dans la contrée appelée la Chaldée Le ciel pur de ce pays oriental invitait ses habitants à l'écud: si intéressante du soleil, de la lune et des étoiles, et non-seulement ils adoraient ces astres, mais cherchaient à prédire, grâce à eux, le sort des hommes. Un ancien historien nous dit que chaque Chaldéen avait un sceau et un bâton portant le signe de la planète ou des étoiles observées à sa naissance. On a dit que Ur, le lieu de naissance d'Abraham, était le centre principal de l'adoration du soleil et que son nom signifie lumière

ou feu. Nous pouvons affirmer qu'Abraham passa ses premières années parmi les adorateurs du soleil, et cela vous intéressera peut-être d'apprendre que sa mémoire et son nom sont honorés non-seulement par les Juifs, mais aussi par les Perses et les Mahométans.

Parmi les histoires qu'ont conservées sur lui certains anciens livres, nous trouvons les suivantes :

Térah, le père d'Abraham, était un faiseur et un vendeur d'idoles. Un jour qu'il était obligé de s'absenter, il confia ses idoles aux soins d'Abraham. Un vieillard vint et demanda le prix de l'une de ces idoles. « Vieillard, » dit Abraham, « quel âge astu ? » — « Soixante ans » répondit le vieillard. » — « Soixante ans ! » dit Abraham, » et tu veux adorer un objet que les esclaves de mon père ont fait en quelques heures ? C'est étrange qu'un homme de soixante ans veuille incliner sa tête blanche devant une créature pareille. » Le vieillard, rouge de honte, s'en alla ; puis vint une femme d'un air sérieux qui apportait un don pour les dieux. « Donne-le leur toimême, » dit Abraham, « tu verras avec quelle avidité ils le dévoreront. » Et elle le leur donna. Alors Abraham prit un marteau et brisa toutes les idoles, à l'exception de la plus grande, dans la main de laquelle il plaça le marteau. Lorsque Térah revint il fut fort en colère et demanda quel être indigne et profane avait osé insulter ainsi les dieux. « Oh ! » dit Abraham, « pendant ton absence une femme apporta cette nourriture aux dieux et les plus jeunes se mirent à manger. Le vieux dieu, furieux de leur audace, prit le marteau et les mit en pièces. » — Te moquestg de ton vieux père? dit Térah; » ne sais-je pas

qu'ils ne peuvent ni manger ni se mouvoir ? » — « Et pourtant, » dit Abraham, « tu les adores et tu voudrais me les faire adorer aussi. » L'histoire ajoute que Térah, dans sa colère, envoya Abraham au roi pour être jugé pour son crime.

Nemrod dit à Abraham : « Tu ne veux. pas adorer les idoles de ton père, alors adresse tes prières au feu. »

Abraham. — Pourquoi pas à l'eau qui peut éteindre le feu ?

Nemrod. — Eh bien, prie l'eau.

Abraham. — Pourquoi pas les nuages qui contiennent l'eau }

Nemrod. — Alors prie les nuages.

Abraham. — Pourquoi pas le vent qui chasse les nuages devant lui ?

Nemrod. — Alors prie le vent.

Abraham. — Ne t'irrite pas, oh roi! — je ne puis adresser mes prières ni au feu, ni à l'eau, ni aux nuages, ni au vent, mais seulement au Créateur de toutes choses ; c'est lui seul que je veux adorer.

Une autre fois, Abraham sortit d'une caverne où il s'était retiré et se tint dehors à la surface du désert. Et lorsqu'il vit le soleil briller dans toute sa splendeur il fut remplit d'étonnement et il se dit: « Certes, le soleil est Dieu le Créateur. » Et il se prosterna et adora le soleil. Mais quand le soir arriva, le soleil se coucha à l'occident, et Abraham se dit : « Non, l'auteur de la création ne peut pas disparaître. » Puis la lune se leva à l'orient, et les étoiles brillèrent

dans le ciel. Alors Abraham dit : « Il £iut que cette lune soit Dieu et les étoiles sont ses serviteurs. » Et, se prosternant, il adora la lune. Mus la lune disparut ausd, et à l'est apparut de nouveau la face radieuse du soleil. Alors Abraham dit : « En vérité ces corps célestes ne sont pas des dieux, car ils obéissent à des lois; j'adorerai celui aux lois duquel ils obéissent. »

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