CHAPITRE III
LES PREMIERS OUTILS DE l'hOMME.
Une des premières choses qu'il fallut à l'homme fut un outil tranchant, plus dur que ce qu'il avait à couper. D ignorait qu'il existât des métaux, quoiqu'il y en eût plusieurs, mais pas les plus durs, à fleur de terre, et il utilisa les pierres qu'il trouvait autour de lui. Leshommes de sciQnceÇc^Qst'k'dirQceux qui savent y parce que « science » vient d'un mot signifiant savoir) ont donné le nom « d'âge de pierre » à ce passé lointain où la pierre, l'os, le bois et la corne servaient à faire des outils. Le silex fut beaucoup utilisé, parce qu'un fort coup le brisait en éclats minces comme la lame d^un couteau. On aiguisait aussi le silex en pointe, ou bien on en faisait des espèces de marteaux, en le taillant avec un caillou arrondi ou quelque autre pierre. Il y en a beaucoup en forme d'amande, avec un bord tranchant tout autour; leur grandeur varie, ils sont parfois longs de seize centimètres et larges de huit, et on en trouve aussi de plus grands.
On a surtout trouvé ces anciennes armes de pierre, non aiguisées et non polies, dans des endroits connus sous le nom de « diluvium, » c'est-à-dire sous le gravier, l'argile et les pierres qu'entraînent avec elles les eaux dans leur course continue.
Dans ces premiers temps de l'histoire de l'homme, d'énormes animaux sauvages partageaient l'Europe avec lui. Il y avait les mammouths ou éléphants au poil crépu, les rhinocéros, les hippopotames; de
plus, des lions, des ours et des hyènes des cavernes et d'autres animaux beaucoup plus grands que ceux qui se trouvent aujourd'hui sur le globe. Il est certain qu'ils ont vécu en même temps que l'homme, parce qu'on a trouvé leurs os sous des couches de terre, à côté de ceux de l'homme et des armes qu'il avait faites.
D'année en année, les hommes perfectionnèrent leurs outils et leurs armes ; peu à peu ils parvinrent à bien former des flèches et des lances, des poignards, des haches, des marteaux et d'autres instruments, et ce n'est que bien plus tard qu'ils apprirent à les polir. Rappelez-vous que dans ce que nous appelons « l'âge de la pierre taillée » les hommes apprirent à tailler les pierres, et dans « l'âge de la pierre polie » à les polir.
Les armes et les outils les plus parfaits ont été principalement trouvés dans les cavernes, qui, comme vous l'apprendrez dans des livres de géologie, ont été creusées par les eaux bien des siècles avant que la terre ait été habitée par des êtres vivants. Les pi:emiers hommes en faisaient leurs demeures, mais aussi des lieux de sépulture ; et, à en juger d'après les restes qu'on y a trouvés, il est probable que les funérailles étaient des occasions de fêtes, et qu'on plaçait près des morts de la nourriture et des armes avec l'idée que ces armes et ces provisions leur étaient indispensables pour entreprendre le long voyage à un autre monde. Il est vrai qu'on n'a trouvé que peu d'os des premiers hommes, mais il ne faut pas nous en étonner, et nous rappeler que les œuvres de l'homme sont bien plus durables que ses restes, et
que, depuis une époque très ancienne, Tusage de brûler les morts était très répandu.
II est aisé de comprendre de quelle utilité fureixt à riiomme les armes que je vous ai décrites, non-seulement pour se défendre lui et les siens contre les attaques des animaux sauvages, mais aussi pour tuer ces monstres et se procurer ainsi de la nourriture pour sa famille croissante. Il est certain qu'il les tuait et les mangeait, se vêtait de leurs peaux et faisait de leurs mâchoires des armes formidables.
Figurez-vous tout ce que durent faire les premiers hommes avec des pierres grossièrement taillées. Ils abattaient des arbres, et peut-être à l'aide du feu creusaient les troncs pour en faire des canots, car ils avaient remarqué que le bois flotte à la surface de l'eau ; ils tuaient l'animal qui leur servait de nourriture, en coupaient la chair et en brisaient les os pour sucer la moelle ; ils fendaient les coquillages pour manger les mollusques et faisaient mainte autre chose avec des outils qui nous semblent rudes et émoussés.
Pendant que nous parlons de cet âge de pierre, je vous dirai qu'il se trouve, sur différentes parties du monde, des ruines de pierre plus ou moins considérables et datant d'époques très reculées, les unes composées de colonnes avec une pierre plate comme toit, d'autres bâties en pointes comme les grandes pyramides d'Egypte.
Ainsi que les cavernes, ces constructions servaient de sépultures, mais parfois elles marquaient l'emplacement témoin de quelque acte de bravoure ou de quelque événement mémorable.
L'accumulation de pierres était un moyen facile et
durable de graver ces faits dans la mémoire des hommes, comme nous élevons des statues en l'honneur de nos grands hommes et des monuments en mémoire de leurs actes de bravoure, d'héroïsme et de dévouement. Lorsque ces constructions devaient servir de tombeaux, elles étaient plus ou moins importantes, selon le rang de la personne qui devait y reposer. Les cercles de pierre dressées — comme celui de Stonehenge — ont probablement été élevés comme lieux d'adoration.
Vous avez maintenant appris qu'à l'époque où la pierre servait à faire les armes et les outils, les hommes menaient une vie sauvage et nomade, qu'ils mangeaient les racines, les baies et les fruits, la chair crue des animaux qu'ils tuaient, et, chose triste à dire, parfois la chair de leurs semblables ; qu'ils se couvraient, lorsque la température l'exigeait, de peaux d'animaux cousues ensemble au moyen d'aiguilles en os et de tendons en guise de fil. U faut maintenant voir comment ils s'y sont pris pour faire du feu.