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TREIZIÈME LEÇON

Myogruitliir (suite,

Disposilmn du graphique pour favoriser la comparaison des amplitudes : imbrientien horizontale. — Disposilion favorable à ta comparaison des formes : imbrication oblique. — Description du myographe simple. — Discussion de la valeur des différents myographes. — Vérilleation expérimentale des myographes. — Myographe double ou comparatif. — Conditions dans lesquelles on doit l’employer. — rince myographique. — Circonstances dans lesquelles elle est utile. — Limite de l'exactitude de scs indications. — Cet appareil est applicable a l'expérimentation sur l’homme.

Messieurs,

La disposition des courbes que vous m’avez vu employer dans la dernière leçon était très-apte à faire saisir les rapports de durée des graphiques. En effet, si l’on trace une ligne verticale à l’origine de ces courbes, on voit facilement si toutes commencent et finissent au même instant par rapport à la rotation du cylindre, c’est-à-dire par rapport à l’excitation électrique qui est liée à celte rotation elle-mcme. Dans le graphique (fig. 69) on pourrait s’assurer que les débuts de la secousse retardent très-légèrement, mais de plus en plus, du commencement à la fin de l’expérience.

On saisit également bien, par la même méthode, le rapport de durée que présentent entre elles les diffé-

MYOGRAI'HIE.

renies secousses. Dans l’exemple que vous avez vu, elles s’allongent considérablement. Enfin on peut constater aussi dans la figure 69 que les sommets des courbes successives sont situés sur une ligne oblique qui se porte vers la droite, ce qui indique un retard de plus en plus grand de ces sommets sur le début de la courbe.

Mais ce qui est plus difficile à apprécier dans les figures ainsi disposées, c’est le rapport d’amplitude que les courbes présentent entre elles. On pourrait, en traçant l’abscisse prolongée, chercher à l’aide du compas de combien chaque courbe s’élève au-dessus de son abscisse ; mais il est préférable d’employer un moyen plus simple, qui révèle au premier coup d’œil cette relation des amplitudes.

Une disposition différente des graphiques m’a paru très-bonne pour juger des relations d’amplitude que présentent une série de mouvements successifs. C’est Y imbrication latérale, dont voici un spécimen :

Fis. 71. — Crui Uiquc de secousses musculaire* disposées ce imbrication latérale.

Dans cette disposition, une première secousse étant tracée, on laisse le cylindre accomplir un peu plus d’une

révolution complète ; alors une nouvelle excitation provoque une deuxième secousse, puis une nouvelle rotation augmentée encore d’un léger retard est suivie d une troisième secousse. Pendant tout ce temps, le myographe est placé sur un pied fixe; je supprime ici le mouvement d’hélice que vous connaissez, afin que tous les graphiques soient rapportés a une abscisse commune, ce qui va nous permettre de mesurer facilement la hauteur de chacun d’eux.

Traçons, à cet effet, une parallèle à l’abscisse qui soit tangente au sommet de la première courbe. Cette tangente nous servira de repère pour toute la série des graphiques, et nous jugerons facilement que dans la figure 71, par exemple, l’amplitude des secousses reste constante. Cette manière de procéder nous donne la notion des amplitudes avec une approximation aussi exacte que celle que Fick obtenait avec la disposition représentée figure 65. Nous avons de plus l’avantage de conserver la forme et les autres caractères de la

courbe.

En somme, la disposition des graphiques par imbrication latérale me semble la meilleure pour juger des changements de forme et d’amplitude que présentent une série de mouvements successifs, tandis que la superposition verticale permet seule de bien apprécier les rapports de succession et de durée.

Je dois vous faire connaître la disposition que j’emploie pour obtenir ce retard constant des excitations électriques sur la rotation du cylindre qui produit l’imbrication latérale des tracés.

MTOGRAPHIE.

2ft5

Une poulie à gorge est placée sur l’axe du cylindre qui reçoit le graphique; à côté de celte poulie et dans le même plan, s’en trouve une autre d’un diamètre un peu plus grand que celui de la première. Une corde sans lin passant dans la gorge de ces deux poulies fait que toutes deux tournent à la fois ; mais comme elles n’ont pas le même diamètre, elles ne font pas un tour complet dans le même temps. La poulie située sur l’axe du cylindre a fini son tour lorsque la deuxième n’a pas tout à fait terminé le sien. Or, cette deuxième poulie est chargée de produire l’excitation électrique du nerf à chacun de ses tours ; il en résulte que celte excitation retardera toujours d’une certaine quantité sur la rotation du cylindre. C’est le résultat qu’il fallait obtenir.

En faisant varier le rapport des circonférences des deux poulies, on obtient des imbrications plus ou moins complètes, et l’on peut, au besoin, condenser dans un petit espace les tracés fournis par une expérience assez longue, sans pour cela qu’il y ait confusion entre eux.

Cette disposition doit la netteté des graphiques qu’elle donne à la parfaite régularité des effets successifs que produisent dans un muscle des excitations électriques parfaitement semblables. Mais si des excitations inégales en intensité étaient employées, ou si quelque cause perturbatrice intervenait, l’irrégularité des secousses amènerait dans la figure une confusion complète ; les traits s’entrecroiseraient, et l’on ne pourrait plus suivre facilement le contour de chacune des courbes.

Une troisième disposition des graphiques permet encore de montrer avec netteté j des figures dont la

forme est très-modifiée pendant la durée de l’expérience.

C’est l 'imbrication oblique , dont la figure 72 nous fournit un exemple.

Cette figure est obtenue sur une grenouille empoisonnée par la vératrine. Sous l’influence du poison qui s’absorbe peu à peu, les mouvements, bien que provoqués par des excitations semblables, éprouvent une transformation graduelle qui se voit très-bien avec cette disposition dans laquelle chaque courbe vient se tracer à la suite de la précédente, et en même temps un peu plus haut qu’elle.

On obtient ce résultat en employant à la fois le mouvement hélicoïdal et le retard de l’excitation. C’est-à-dire que le myographe est placé sur le chariot, et qu’en même temps on provoque les excitations au moyen de l'interrupteur mécanique qui produit l’imbrication. La figure 78 représente précisément le myographe au moment où il trace une série de graphiques disposés en imbrication ohliqup.

Du myographe à ressort. — Après ce que je vous ai dit du besoin d’unité dans les appareils et les méthodes employées par les biologistes, vous devez supposer, messieurs, que ce n’est pas sans de graves raisons que je me suis décidé à construire un myographe nouveau, et à compliquer malgré moi l’instrumentation, déjà si compliquée. C’est qu’en effet aucun des appareils employés jusqu’ici ne me semblait suffisamment exact. Les uns présentaient une inertie exagérée, les autres fournissaient

MYOGKAPHIE

F!G. ’ 2. — Craj'hirue Je secousses musculaires disposées en imbrication oblique, — Celle figure montre les effets de l'empoisonnement par la véra'rine.

2/l8 DU MOUVEMENT DANS LES FONCTIONS DE LA VIE.

des graphiques d’une lecture difficile ou de trop grandes dimensions.

Je ne reviendrai pas sur les considérations théoriques qui m’ont fait rejeter les anciens appareils, et qui m’ont guidé dans la construction d’un nouveau myographe; je me bornerai à faire fonctionner cet appareil devant vous et à chercher un contrôle expérimental de la valeur de ses indications.

Fio. 73. — Myographe simple enregistrant des graphiques en imbrication oblique.

La figure 7 3 représente le myographe à ressort déjà décrit page 239. La grenouille qui fournit les graphiques est vivante ; toutefois elle a subi la section et la destruction partielle de la moelle épinière, afin qu’elle n’exécute pas de mouvements volontaires, ni de mouvements ré-

MYOGRAl'HlË.

ilexes. En outre, le nerf sciatique a été mis à nu, et le tendon du gastrocnémien correspondant a été détaché et lié par un fil métallique très-fm à un crochet mobile que porte le levier enregistreur.

Pour obtenir l’amplification voulue des mouvements qu’on étudie, il suffit de faire glisser dans un sens ou dans l’autre ce crochet le long du levier. On applique ainsi la force motrice plus ou moins près de l’axe de mouvement de l’appareil.

Je ne puis encore exposer devant vous les différentes manières d'appliquer au nerf moteur l’excitation électrique ; ce sujet devra plus tard être traité avec les détails qu’il comporte. Il suffit de vous indiquer la disposition qui me sert à appliquer au nerf des courants induits successifs.

Les deux extrémités du fil d’une bobine induite sont adaptées aux deux petits fils qui, dans la figure, portent les signes + et — , et qui, isolés l’un de l’autre par de la gutta-percha, se terminent chacun par un petit crochet. C’est sur ces deux crochets que repose le nerf sciatique légèrement soulevé par eux; ce nerf, fermant le circuit d’induction, est traversé par la décharge dans sa partie interpolaire. L’excitateur électrique, isolé comme je viens de le dire, est porté par un fil de plomb qui se fixe sur un support vertical au moyen d’une virole à glissement. Ce fil de plomb se prête à toutes les inflexions possibles bien mieux que les articulations à genou flexible qu’on emploie en général; il permet de placer l’excitateur au contact du nerf et de l’y maintenir bien fixe.

Le muscle de la grenouille est attaché au levier par

son tendon, mais il faut encore que son extrémité supérieure soit solidement fixée. Pour cela, il suffit de traverser le genou de l’animal par une forte épingle d’acier qu’on enfonce à travers le liège jusque dans la planchette plus dure dont il est doublé.

Enfin, pour amener la pointe écrivante du levier au contact de la surface du cylindre, on fait glisser le myograplie-tout entier le long de son support au moyen d’une virole qui se fixe en place par une vis de pression. On peut alors augmenter ou diminuer le frottement de la pointe écrivante au moyen d’une petite clef latérale située près de l’axe du support, et qui permet de faire basculer le myographe tout entier. L’action de la même clef permet, au besoin, de soulever le myographe et de faire cesser le contact du levier avec le cylindre, lorsqu’on veut arrêter l’expérience.

Vérification expérimentale des tracés du myographe. — Vous savez, messieurs, que le principe général d’après lequel on vérifie les appareils enregistreurs, consiste à transmettre à ces appareils un mouvement connu, et à voir si le graphique fourni est bien l’expression exacte de ce mouvement.

Dans l’appareil de Donders (fig. 57), destiné à la vérification des tambours à levier enregistreur, un mouvement est transmis directement- à un premier levier, et indirectement, par le système de tubes à air, au second levier dont on veut vérifier le graphique. C’est un procédé analogue que nous allons employer. Ici, bien évidemment, la machine de Donders n’est pas applicable.

MY0UHAPH1K. 251

mais on peut sur le même principe baser une autre construction.

Fio. 74. — Appareil pour contrôler lo« indications du myog-raplte à res*oit.

Soient (fig. lli) deux leviers de myographcs à ressort semblables entre eux et dirigés parallèlement dans le même plan. Relions ces leviers l’un à l’autre par un fil de soie, et imprimons directement, en tirant sur le bout de ce fil, des mouvements plus ou moins brusques au levier le plus rapproché de la main. Le levier le plus éloigné sera entraîné par le fil de soie intermédiaire, et suivra les mouvements qui lui sont communiqués. Or, ces mouvements du second levier seront identiques avec ceux du premier; on en pourra juger en les enregistrant tous deux sur un même cylindre, et en constatant le parallélisme constant et parfait des deux courbes tracées. 11 est donc évident que le second levier ne peut être accusé de déformer par les vitesses acquises le mouvement qu’il a

reçu, ni de revenir trop lentement sous l’influence de son ressort, lorsque la force qui le déviait a cessé.

Avant d’aller plus loin, nous pouvons constater déjà que la plupart des autres myographes ne sortent pas victorieux de la même épreuve ; que celui de Helmhollz est projeté par les mouvements violents, de manière à dépasser le but : on voit alors que le fil de soie qui lui a transmis le mouvement cesse d’être tendu pendant une partie de l’oscillation de l’appareil. En outre, le même myographe resterait en arrière dans les descentes trèsrapides, inconvénient qui disparaît dans les instruments à ressort, ainsi que vous venez de le voir.

Fig. 75.^ — Graphique obtenu pur les deux leviers léunis par un lien rigide.

En se plaçant dans les mêmes conditions que certains autres expérimentateurs, et en se bornant à transmettre le mouvement d’un levier semblable à ceux dont je me sers à un plateau chargé de poids, on vçit que le plateau n’obéit pas plus fidèlement à la traction du fil. Si l’on

Vn

MY0GIUPH1E.

enregistrait le mouvement du plateau, ce mouvement aurait une autre forme que celle qui est accusée par le graphique du levier à ressort. On peut donc conclure que si un muscle soulève brusquement un poids qui est suspendu à son tendon, le même accident devra se présenter.

Toutefois le succès de cette première expérience ne doit pas être considéré comme absolument décisif. Si vous vous rappelez l’une des propositions que j’ai émises relativement aux causes de déformation des graphiques par les appareils enregistreurs, vous savez que si le mouvement se transmet à un corps pesant, par T intermédiaire d un corps élastique, cette élasticité devient une cause de déformation du mouvement.

Or, un muscle est extrêmement élastique, et si nous supposons que la force de raccourcissement n’exclut pas l’existence de l’élasticité, nous devons conclure que le mouvement pourra être déformé. La déformation sera très-faible parce que la masse à mouvoir est très-faible elle-même, mais enfin elle existera et sera produite de la manière suivante :

D’une part, pendant la période de raccourcissement du muscle, le levier aura une légère tendance à retarder par son inertie et à s’élever plus lentement qu’il ne devrait. D’autre part, et surtout, le levier, pendant la période de descente, pourra être projeté et devancer l’allongement du muscle.

Pour juger expérimentalement de la réalité de ce danger, plaçons-nous dans les conditions véritables de l’expérience et répétons la vérification du graphique en

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remplaçant le lil de soie qui relie les leviers (lig. 74) par un muscle de grenouille. Sous l’influence de l’élasticité de cc muscle, on verra que les mouvements très-rapides ne sont pas traduits d’une manière identique par les deux leviers.

Fie. 76. — Graphique obtenu par les deux leviers réunis par un lien élastique.

La figure 7(1 montre les graphiques des deux leviers. La ligne supérieure est tracée par le levier qui est soumis à la traction saccadée par l’intermédiaire d’un fil rigide. La ligne intérieure est produite par le second levier qui reçoit le mouvement du premier par l’intermédiaire du muscle élastique qui les relie entre eux. On peut voir que les deux graphiques diffèrent l’un de l’autre sous divers rapports. D’abord les grands mouvements d’ascension du levier sont en partie éteints dans le graphique inférieur par l’élasticité du muscle intermédiaire.

MYOUKAPHIË.

En second lieu , la descente est plus prolongée dans le graphique inférieur, parce que le levier, qui prend dans ce mouvement une certaine vitesse, exerce sur le fil élastique une traction qui lui permet de dépasser la limite réelle de la descente. En somme, les mouvements les plus déformés sont ceux qui sont produits par les secousses les plus brusques imprimées à l’appareil. J’ai exagéré à dessein la brusquerie de ces secousses, afin de rendre plus sensible la déformation du mouvement par l’élasticité musculaire.

Dans les expériences de mjographie, le moyen de réduire cette cause d’erreur, quand elle existe, c’est d’abord de diminuer l’amplitude des graphiques; on diminue ainsi la vitesse des mouvements du levier, et les chances de déformation par conséquent. En outre, il suffit d’augmenter les frottements du levier sur le cylindre pour éteindre en grande partie ces forces vives qui déformaient les tracés.

Avec ces précautions, on peut aborder l’étude de mouvements très-rapides sans avoir à craindre leur altération par la faute des appareils (1).

Myogtaphe double ou comparatif. — La méthode la plus féconde en biologie, lorsqu’on veut saisir les effets que certains agents produisent sur une fonction, c’est de comparer celte fonction modifiée avec la fonction normale.

(1) Dans certains cas, on voit dans la péridile ascendante des graphiques musculaires une très-légère trémulation. Ce caractère, assez prononcé dans la figure 69, n’appartient pas au mouvement musculaire lui-méme, mais à une très-lcgèrc vibration du levier qu'il est fort difficile d’éviter;

De même, en myographie, si l’on veut savoir quels .changements produisent certains agents dans la fonction du muscle, il faut comparer les graphiques modifiés avec le graphique du muscle normal. Or, nulle condition n’esl plus parfaite pour la comparaison que celle qui consiste à enregistrer à la fois les mouvements des deux pattes d’une grenouille, ou de tout autre animal, en laissant d’un côté les muscles dans leur état normal, tandis qu’on applique l’agent dont on étudie les effets sur les muscles de l’autre membre.

C’est ainsi que fonctionne le double myographe (fig. 77).

Fio. 77, — Myographe double ou comparatif.

Les deux pattes de la grenouille sont fixées sur la planchette et s’attachent chacune à un levier différent. Ces deux leviers, exactement superposés l’un à l’autre, ont leurs pointes recourbées de telle sorte qu’elles écrivent très-près l’une de l’autre, sans toutefois confondre

MYOGliAI’IIIE.

leurs gr;i[)hi(|iics ni se gêner dans leurs mouvements. Si les deux pâlies agissent simultanément et d’un mouvement semblable, le graphique semblera formé d’un trait redouble; mais si une influence quelconque modifie le mouvement de l’une de ces pattes, les deux courbes se sépareront l’une de l’autre.

Fig 78. — Influence du froid sur les mouvements d’une patte de grenouille.

La figure 78 montre, dans un graphique comparatif, ce qui arrive lorsque le froid agit sur un muscle de grenouille. On voit alors la patte refroidie exécuter des secousses d’une longueur toujours croissante, tandis que la patte non impressionnée par le froid ne modifie pas sensiblement son mouvement.

On peut multiplier à l’infini ces études comparatives, soit en faisant varier l’excitant appliqué sur l’une des pattes, soit en modifiant dans l’un des membres la vitesse de la circulation, soit en administrant un poison à l’animal cl en restreignant l’action du poison à l’un de ses membres au moyen de ligatures appliquées selon la méthode de Cl. Bernard. Nous aurons plus tard à recourir à celte méthode comparative pour étudier les différentes influences qui modifient la fonction musculaire.

De la pince myographiqve. — Il est important, dans toute expérience, de produire le moins de mutilation . possible de l’animal sur lequel on étudie une fonction. Bien que les myographes que je viens de vous montrer n’exigent que la dénudation du nerf et du tendon, c’est encore trop de vivisection, si l’on veut étudier la secousse musculaire avec son caractère parfaitement normal. On peut accuser l’expérience d’avoir produit par l’hémorrhagie un affaiblissement de l’acte musculaire. En tout cas, il est indispensable d’avoir un moyen d’étudier l’action des muscles intacts, si l’on veut reproduire et vérifier sur l’homme les phénomènes que l’on a découverts par l’expérimentation sur les animaux.

C’est ce qui m’a conduit à la construction d’instruments qui enregistrent non plus le raccourcissement du muscle, mais le gonflement qui accompagne leur contraction. Vous savez tous que si nous contractons fortement le biceps, ce muscle augmente de volume et se durcit sous la main qui le presse. De même, les temporaux se gonflent pendant la mastication, les muscles des cuisses et des jambes pendant la marche. Or, ce gonflement des muscles, non-seulement accompagne leur contraction, mais varie en intensité absolument comme le raccourcissement lui-même. Vous verrez, dans la prochaine leçon, qu’un muscle, en se contractant, ne fait pour ainsi dire que changer de forme, et qu’il gagne sensiblement en largeur ce qu’il perd en longueur. Si donc on peut enregistrer le gonflement d’un muscle, on obtiendra un graphique qui traduira aussi très-exactement son changement de longueur.

NYOGRAI'HIE.

Vous avez vu, à propos de la cardiographie humaine, que les changements de la pression que le cœur exerce contre les parois de la poitrine, et qui constituent le battement ou pulsation du sœur, peuvent s’enregistrer assez tidèlement pour qu’on trouve dans leur graphique l’expression exacte de toute la circulation cardiaque. Un procédé très- analogue m’a servi à enregistrer sur l’homme ou sur l’animal non mutilé les changements de volume des muscles pendant leur action. Et d’abord on pourrait construire un myographe dans lequel le gonflement musculaire agirait directement sur le bras du levier enregistreur. Mais cet appareil, facilement applicable à la grenouille ou à un très-petit animal, ne pourrait servir pour l’étude de la fonction des muscles sur les animaux de grande taille. J’ai dû recourir à un appareil explorateur du mouvement qui pût s’appliquer sur un muscle, et transmettre par les tubes à air, suivant la méthode générale, les mouvements de ce muscle au levier d’un polygraphe.

J’appelle pince myographique cet appareil explorateur du mouvement.

Supposez qu’un muscle soit transversalement saisi entre les branches d’une pince à larges mors. A chaque fois que le muscle, se raccourcissant, subira le gonflement dont je vous ai parlé, les mors seront écartés l’un de l’autre plus ou moins fortement et d’une manière plus ou moins rapide. C’est ce mouvement des mors de la pince que j’applique au premier tambour d’un polygraphe, d’où il se transmet par le tube au deuxième tambour et au levier enregistreur.

J’avais d’abord employé une disposition par laquelle une sorte de bascule ou de fléau de balance, soulevée à

l’une de ses extrémités par le muscle, pressait par son autre extrémité sur la membrane du premier tambour. Cette disposition est représentée figure 79. Deux

MYOGRAPHIE.

branches A et B, s’articulant au point C, sont disposées de telle sorte que le soulèvement de l’extrémité A par le gonflement des muscles adducteurs du pouce sur lesquels il repose, fasse presser la vis Y sur la membrane du tambour T mis en communication avec un polygraphe. Deux excitateurs électriques recevant les fils d’une bobine d’induction servent à produire l’excitation du muscle.

On peut ne mettre qu’un de ces excitateurs en communication avec la bobine induite, et compléter le circuit en mettant un point quelconque du corps en communication avec l’autre fil. C’est là un moyen d’étudier comparativement l’influence du pôle positif et du pôle négatif agissant isolément sur le muscle.

Cette première disposition de la pince myographique a été utilisée par Helmholtz pour obtenir sur l’homme une manifestation de la secousse musculaire que le savant physiologiste employa, suivant sa méthode ordinaire, à la détermination de la vitesse de l’agent nerveux.

J’ai récemment modifié la disposition de la pince myographique en faisant agir d’une manière plus directe la force développée par le muscle sur la membrane du tambour.

A cet effet, j’ai disposé les deux branches de la pince sur un support commun, verticalement placé dans la figure 80.

La branche inférieure s’élève et s’abaisse à volonté pour saisir et presser contre la branche supérieure le muscle dont on veut explorer le mouvement. Cette branche supérieure est formée d’un ressort d’acier dont on gradue la pression au moyen d’un excentrique de réglage,

MYOGKAFHIE. 263

excitateur électrique isolé par une pièce d’ivoire des parties métalliques de l’appareil.

Cette disposition se prête à l’exploration d’un grand nombre de muscles, tandis que l’ancienne pince, représentée ligure 79, ne s’appliquait guère qu’aux muscles de la main.

Dans l’emploi delà pince myographique, le mouvement du muscle se transmet facilement à la membrane du tambour; mais, dans la transmission de ce mouvement à distance au levier du polygraphe, il y a une cause possible

Fig. 81. — Tracé oblenu avec la pince myographique sur un lapin récemment tué.

d’altération du graphique. Une déformation s’observe assez souvent dans le graphique des. secousses musculaires très-rapides. Aussi doit-on, dans l’élude des secousses, préférer l’emploi du myographe ordinaire,

2G/i DU MOUVEMENT DAMS LES FONCTIONS DE LA VIE.

si l’on veut connaître la*forme absolue de ces mouvements.

Mais à côté de cette imperfection, la pince myographique présente de grands avantages. Elle traduit fidèlement les mouvements <pii ne sont pas trop rapides, comme ceux qui sont représentés figure 81. Cette figure est formée par l’imbrication verticale de secousses successives obtenues sur un lapin récemment tué. Enfin, la pince myogropliiquc donne line courbe exacte du tétanos et de la contraction permanente des muscles. Nous aurons souvent occasion d’utiliser cet appareil dans les expériences qu’il faudra faire au sujet de la contraction musculaire. En effet, les mouvements vibratoires sont enregistrés avec une fidélité parfaite au moyen delà pince myographique; ils se transmettent à de trèslongues distances à travers les tubes flexibles qui relient cette pince au levier enregistreur. L’expérience suivante va vous en convaincre.

Voici un diapason qui vibre cent fois par seconde; voici, d’autre part, un tambour à membrane semblable à celui de la pince myographique. Ce tambour est relié au polygraphc par un tube de 15 mètres de long. Je vais appliquer à la membrane du premier tambour les vibrations du diapason ; ers rapides mouvements s’enregistreront fidèlement, malgré l’extrême longueur du tube qui doit les transmettre.

Pour Cela, je saisis le manche du diapason entre les mors d’un étau (fig. 82). Un autre étau maintient le tambour, tout en lui permettant de basculer et d’amener sa membrane au contact du diapason vibrant. Aussitôt

MYOGRAMME. 265

que ce conlact est établi, le polygraphc enregistre des vibrations rapides et parfaitement régulières.

Pour se convaincre que ces vibrations sont bien identiques avec celles du diapason, il suffit d’enregistrer directement les vibrations de cet instrument sur le papier du polygraphe, à côté du graphique que nous venons d’obtenir par transmission. On voit alors que ces vibrations sont exactement de même nombre que celles qui s’étaient enregistrées dans l’expérience précédente.

Nous pourronsdoncavoir confiance dans les indications de la pince myographique, lorsqu’il s’agira d’apprécier le nombre de secousses dont la succession sera très- rapide, ainsi qu’il s’en produit sous l’influence de courants interrompus et dans les différentes formes du tétanos.

Vous connaissez maintenant, messieurs, la plupart des appareils qui serviront à l’étude de l’acte musculaire. Si la description en a été longue, c’est qu’elle était indispensable.

Je vous ai signalé certaines imperfections des appareils que je n’ai pu faire entièrement disparaître. Mais

s’il est difficile d’obtenir l’expression absolue des mouvements extrêmement brusques que certains muscles exécutent, on peut toujours avoir une indication exacte des relations que plusieurs mouvements présentent entre eux. Rien ne nous empêchera de juger, avec toute l’exactitude désirable, les transformations que les mouvements subissent sous diverses influences, tantôt par l’effet des variations de l’excitant qui les provoque, tantôt par l’action de certains poisons, de certains agents physiques, etc. Or, en biologie, les mesures absolues ont bien moins de valeur que les évaluations relatives. Vous vous convaincrez de plus en plus de celte vérité.

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