‹ Du mouvement dans les fonctions de la vieChapitre 19 sur 68 · ORIGINE DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

ORIGINE DU MOUVEMENT

On peut donc dire avec Cl. Bernard (1) que « le » mouvement museulaire constitue la prineipale fonction » animale, et par suite, que le système musculaire est le » centre des phénomènes manifestés par les êtres » vivants «.

Il semble que la fonction musculaire doive partager cette prééminence avec la sensibilité, attribut non moins important de l’animal. Mais cette sensibilité ne se révèle à l’expérimentateur que par la réaction motrice qu’elle provoque. Comment le biologiste reconnaît-il qu’il a produit une sensation sur un animal ? C’est par le phénomène de mouvement qui réagit contre l’impression sensitive. Sans le mouvement qui la traduit au dehors, la sensibilité resterait entièrement subjective et échapperait le plus souvent à l’étude expérimentale.

Notons aussi que le mouvement intervient presque toujours pour seconder la sensibilité : pour perfectionner la fonction spéciale qui est assignée à chacun de nos sens. Dans le touclier, par exemple, le mouvement des doigts est nécessaire pour que la sensation soit complète; il nous fournit la notion de forme et de consistance de l’objet que nous touchons. L’ouïe est aussi secondée par un appareil moteur; les muscles tenseurs de la membrane tympanique adaptent cette membrane au son qui la fait vibrer. L’reil se dirige à l’aide de muscles sur les objets que nous regardons; il s’adapte également, à l’aide d’un appareil moteur, pour la vision à diverses distances. Nous voyons donc que 1a motricité intervient

(1) Cl. Bernard, Leçons sur les propriétés (issus vivanfs, p. 157.

à des degrés divers dans toutes les fonctions de l’organisme.

Le plus souvent les mouvements que nous apercevons sur l’homme et sur les animaux ne sont que des effets secondaires d’un acte primitif qui est une contraction musculaire. Ainsi, dans la circulation, la respiration, la locomotion, etc., les phénomènes les plus apparents sont des effets plus ou moins éloignés de l’action des muscles.

Il est donc naturel, dans une étude biologique du mouvement, de commencer par examiner la manière dont se comporte l’appareil moteur; de voir quelle est la nature du mouvement primitif qui s’y produit, afin de saisir comment, et sous quelles influences, ce mouvement se transforme ou se transmet pour devenir ce que nous le voyons, en définitive, quand nous observons les fonctions de l’être vivant.

Aujourd’hui la terminologie est bien fixée relativement à la propriété qui nous occupe. La contractilité consiste dans le pouvoir spécial que possèdent les tissus vivants de modifier leurs formes, tandis que le nom à.'élastidlé est réservé à la propriété physique que possède un tissu quelconque, organisé ou non, de revenir à sa forme primitive lorsqu’on la lui a fait perdre par une pression ou une traction quelconques.

Malgré les efforts des anatomistes, on n'a pu jusqu’ici ramener à un élément unique l’origine du mouvement. L’observation microscopique nous montre la contraction dans des tissus amorphes et dans des tissus organisés. Les animaux inférieurs, les Méduses, par exemple, sont éminemment contractiles, sans qu’on découvre en elles

OlUCINE DU MOUVEMENT. 207

le tissu spécial qui est le siège de la contraction chez les animaux plus perfectionnés. Les Amibes nous montrent la matière contractile sous son apparence la plus singulière, car il n’existe pour cette matière aucune forme déterminée; on la voit, dans le champ du microscope, prendre spontanément les contours les plus bizarres, sans qu’on puisse saisir d’où lui vient cette activité.

Les cils vibratiles de certaines cellules épithéliales présentent une organisation plus avancée; mais, dans leur tissu diaphane, on ne voit encore rien qui, par sa forme, explique la production du mouvement qui les anime. On en peut dire autant des spermatozoïdes.

Malgré les différentes formes qu’elle reçoit dans l’organisme, il semble que la matière contractile subisse partout la même impression de la part des agents physiques ou chimiques. Ainsi, la chaleur stimule la contractilité, et le froid la diminue; l’action des alcalis la favorise, celle des acides la détruit. Aussi, malgré l’impuissance des histologistes à ramener le tissu contractile à un élément unique, on a pu supposer qu’une même substance (1) sous des aspects divers est douée de la contractilité.

Pour mieux comprendre les conditions dans lesquelles se produit cette force motrice qu’on appelle contraction, il faut l’étudier dans les tissus où elle est le plus développée, c’est-à-dire dans les diverses espèces de tissus musculaires.

Le microscope a révélé deux formes principales de

(1) Encore faut-il faire des réserves sur ce point, car la composition clii- Clique varie dans certaines limites, d’un muscle à un autre : l’inosite, par '‘xemple, se trouve dans le cœur et manque dans la plupart des autres muscles.

l’élément contractile ou musculaire : la fibre sti'iée, appartenant aux muscles de la vie animale, et la fibre lisse qui constitue les muscles de la vie organique. — Ces deux espèces de muscles présentent aussi entre elles des différences physiologiques. Le muscle strié, lorsqu’on excite te nerf qui l’anime, paraît se contracter avec une extrême rapidité et se relâcher aussitôt; le muscle lisse se contracte tardivement, lentement et d’une façon prolongée. On rattache aux muscles de la vie organique, ou à fibre lisse, un grand nombre de tissus contractiles d’apparences variées, mais qui tous renferment les cellules caractéristiques des muscles lisses, et de plus, partagent leur propriété de se contracter lentement et d’une façon prolongée; tels sont les muscles des vaisseaux et de la plupart des viscères qui possèdent à un degré plus ou moins manifeste la con- Iraetilité.

Celte distinction, établie sur la nature des fibres qui constituent un muscle et sur le mode de contraction de celui-ci, est assez naturelle; cependant elle n’établit pas un caractère distinctif absolu. Les travaux les plus récents sur le système musculaire nous ont appris que si l’on compare, au point de vue leur structure, les différents muscles d’un animal, on voit que certains d’entre eux présentent les deux ordres de fibres comme cela arrive sur l’œsophage. D’autre part, si l’on cherche la structure d’un même appareil musculaire dans des animaux d’espèces différentes, on voit que chez l’un cet appareil peut être formé de fibrçs striées, tandis que chez d’autres il ne renferme que des fibres lisses. C’est ainsi que, chez

ülUGlMi 1)U MUUVtMK.M. '209

la Tanche, le gros intestin se rattacherait par sa structure aux muscles de la vie animale.

Enfin, au point de vue de la l'onction elle-même, la distinction des muscles, suivant qu’ils réagissent plus ou moins rapidement lorsqu’on excite leur nerf, et suivant que le mouvement qu’ils produisent est bref ou prolongé, cette distinction, dis-je, à laquelle on attachait jusqu’ici une grande importance, tend aujourd’hui à s’effacer. En effet, parmi les muscles striés, ceux dont l’action est le plus soudaine et le plus brève, on en trouva dont le mouvennent présente une longue durée et un retard considérable sur l’excitation qui le provoque. Les muscles striés étudiés dans la série animale présentent, dans leur fonction, tous les degrés de brièveté ou de lenteur. Bien plus, pour un même muscle strié et sur un même animal, il suffit de modifier quelques circonstances extérieures comme la température ambiante, de changer la rapidité du cours du sang, d’introduire dans la circulation une substance toxique, pour que l’acte musculaire perde ses caractères normaux et prenne ceux qu’on assignait aux mouvements de la vie organique.

Sans effacer entièrement la distinction traditionnelle entre les deux systèmes musculaires, la biologie tend à les rapprocher l’un de l’autre. Toutefois, pour restreindre et bien définir le sujet des études qui vont suivre, c’est l’appareil producteur des mouvements volontaires que je prendrai d’abord comme type et comme sujet d’expériences.

L’appareil producteur du mouvement se compose du

■210 ni Mül:vEM^;^■r hans i.es kon(;tu»>s ni; i,a vik.

nerf qui transmet une excitation et du muscle qui se contracte sous l’influence nerveuse. En dehors des actions volontaires qui se transportent à travers les nerfs moteurs, il y a deux manières de faire contracter un muscle. La première consiste à irriter le nerf qui l’anime, soit par des agents chimiques, soit par l’électricité, le pincement, etc. La seconde est d’agir directement sur le muscle et de porter sur lui des agents de même nature que ceux qui ont servi pour l’irritation du nerf. De là on peut conclure que le nerf moteur possède une excitabilité en vertu de laquelle il agit sur le muscle, et que celui-ci est doué de contractilité, indépendamment de toute action nerveuse. Telle estl’opinion des physiologistes modernes, opinion déjà émise par Haller, mais qui était restée longtemps sans preuves suffisantes.

J. Müller et Sticker ont cherché à démontrer expérimentalement la distinction de ces deux propriétés de.-; nerfs et des muscles. Us ont vu que les nerfs, après qu’il.s ont été coupés, perdent graduellement leur excitabilité, et que les agents électriques ou traumatiques appliqués sur ces nerfs ne provoquent dans les muscles correspondants aucune espèce de mouvement; cependant ces muscle.^ sont encore irritables lorsqu’on fait agir sur eux le-c excitants d’une manière directe.

C’est à Longet surtout que l’on doit de bien connaître celte e.xtinction graduelle de l’excitabilité dans le bout périphérique d’un nerf transversalement divisé. Ce savant expérimentateur a signalé qu’au bout <le quatre jours déjà, le nerf a perdu ses propriétés, tandis que le muscle reste excitable par lui-même.

ORIGINE DG MÜGVKMEM. 211

On pouvait faire à ces expériences une objection : c’est que les nerfs coupés perdent, comme on le sait, leur propriété d’abord à leur partie la plus rapprochée du centre ; qu’ils ne cessent que peu à peu d'être excitables dans leur partie périphérique, et que par conséquent on peut supposer à la rigueur que l’excitabilité existe toujours dans la partie intra-miisculaire du nerf, et que c’est à cette cause que tiennent les mouvements du muscle directement excité.

Cl. Bernard a trouvé dans l’emploi du curare un autre moyen de démontrer l’indépendance des propriétés nerveuses et musculaires. Ce poison, en effet, abolit l’excitabilité du nerf en laissant encore persister la contractilité du muscle.

Kuhne, en étudiant les agents chimiques qui provoquent des mouvements musculaires, a vu que certaines substances, la glycérine, par exemple, n’excitent que le nerf, tandis que l’ammoniaque n’agit que si elle est appliquée sur le muscle lui-même.

Enfin, Aeby a fait de remarquables expériences qui montrent que les nerfs ne font que porter à tous les points de la masse des muscles l’excitation qui met en jeu la contractilité de ceux-ci. J’aurai l’occasion de répéter devant vous ces expériences, et d’en faire ressortir la haute portée au point de la nature de l’acte musculaire.

D’après les idées généralement reçues, il convient donc d’étudier séparément la fonction des muscles et celle des nerfs moteurs. Or, comme c’est le mouvement produit dans le muscle qui constitue la principale manifestation extérieure de l’action nerveuse, c’est par

212 Ui; MOUVEMENT DANS LEs EONCÏIOSS 1)E LA VIE.

la fonction musculaire, ou contractilité, que devront commencer nos recherches.

Dans les expériences biologiques, quand on fait agir l’électricité sur les nerfs ou sur les muscles, on remarque ordinairement que le mouvement obtenu diffère notablement de celui que l’on observe dans l’acte musculaire normal. Une décharge d’électricité statique, un courant induit, l’ouverture ou la rupture d’un courant voltaïque ou même du courant propre des muscles de la Grenouille, les irritations mécaniques, etc., produisent dans le muscle une secousse brusque, violente, qui ne ressemble en rien aux mouvements gradués et durables que provoque la volonté.

En effet, tout semble prouver aujourd’hui qu’une contraction véritable se compose d’une série plus ou moins prolongée de ces convulsions ou secomses que produit une excitation isolée ; celles-ci sont à la contraction ce qu’une seule oscillation d’une corde tendue est au son proprement dit. Ainsi, de même qu’un son exige pour se produire une série de vibrations d’une certaine fréquence, de même aussi la contraction prolongée est constituée par une série de secousses. Deux voies différentes ont fourni aux biologistes des faits qui plaident en faveur de cette opinion. D’une part, l’analyse du son produit par les muscles qui se contractent a fait conclure que la contraction s’accompagne de vibrations ou de secousses fréquentes du tissu musculaire; d’autre part, l’expérimentation synthétique a prouvé à d’autres biologistes que si l’on provoque dans un muscle

ORllîl.NF, DU MOUVEMENT. 213

une série de secousses assez fréquentes, ce muscle paraît être dans un état de contraction permanente analogue au tétanos.

A. Etudes analytiques du bruit musculaire. — Le docteur Wollaston (1) s’occupa des sons qu’on perçoit en auscultant un muscle en contraction. Dans le son qui se produit alors, et que les traités d’auscultation médicale sc bornent à signaler sous le nom de bruit musculaire, ou bruit rotatoire, Wollaston sut reconnaître une tonalité, et compara le son musculaire à celui que produit, pendant la nuit, le roulement des voilures de Londres.

Haughton (2) reprit ces recherches, et reconnut que certains bruits qui se passaient dans ses oreilles, et qu’il attribuait à la contraction du masséter, présentaient une tonalité qu’il rapporta à celle de 32 à 35 vibrations par seconde.

Or, en rapprochant ces évaluations, on trouve une concordance assez frappante : c’est que tous les observateurs attribuent au son delà contraction musculaire une tonalité qui suppose un nombre de 32 à 35 vibrations par seconde. — Le docteur Collongue, qui s’est occupé des mêmes recberches, a trouvé la même tonalité dans les muscles en contraction, et en soumettant sa remarque à notre habile acousticien Kœnig, il a fait détermi-

(1) Wollaston, mémoire lu à la Société royale le 16 novembre 1809.

(2) Haughton chercha à connaître quel devait être le nombre des vibrations qui constituent le son des voitures de Londres roulant sur le pavé. L’allure de ces voitures étant de 8 milles à l'heure et l’intervalle des pavés de 3 pouces anglais, l’auteur déduit qu’il doit en résulter environ 35 vibrations des roues à chaque seconde.

ner, avec le diapason, la tonalité du son perçu. Or, 1e diapason qui vibrait à l’unisson du muscle exécutait 32 vibrations par seconde. Il semble bien établi par toutes les expériences que je viens de citer que la contraction normale s’accompagne d’environ 32 à 35 secousses musculaires par seconde. — J’ai moi-même, après tant d’autres, constaté que telle est en effet la tonalité de mes muscles. Ceux-ci m’ont donné tantôt le .S7, tantôt le do de l’octave inférieure d’un piano. Tout le monde peut vérifier cette expérience qui présente une légère difficulté, celle de bien percevoir la tonalité des sons graves (1). Du Bois-Reymond, dans ses magnifiques recherches sur l’électro-physiologie, a montré qu’un muscle en état de tétanos est le siège de changements électriques incessants dont chacun est produit par une excitation du nerf, et que le nerf lui-même présente les mêmes oscillations dans son état électrique pendant la durée du tétanos.

Ces faits, rapprochés des précédents, concourent pour montrer que l’état tétanique est essentiellement complexe.

Vous verrez bientôt que l’on peut obtenir une démonstration directe de l’existence de vibrations multiples dans un muscle tétanisé. Au moyen d’un myograplie plus sensible que ceux que l’on avait employés jusqu’ici, j’ai réussi à enregistrer ces vibrations sur des muscles

(1) Cette difficulté est assez grande pour qu'on ait peine à distinguer un ton de son octave supérieure ou inférieure ; le son musculaire qui me parait être à l’unisson du premier ut d'un piano serait en réalité d’une octave audessous, s’il était produit par 3‘2 vibrations par seconde.

ÜHlCIMv DU MOLVKMUNT. 215

qui seinblaienl ûtre immobiles en élal de l’accoureisseinent tétanique.

B. Production synthéti(/ue de ht contraction permanente au moyen d’ excitations successives. — A côté des recherches analytiques dont nous venons de parler, d’autres expérimentateurs, employant la niélhode synthétique, démontraient qu’une série d’excitations assez fréquentes donnait lieu à la contraction musculaire permanente, ou tétanos. — Heindenhain (1) employa les excitations traumatiques. 11 se servait d’un petit marteau qu’une roue dentée faisait mouvoir et qui frappait sur un nerf des coups répétés d’une certaine fréquence. Il vit (|(j’en donnant à l’appareil une rotation assez rapide, il obtenait, non plus une série de secousses isolées, mais une contraction permanente. — Rood (2) obtint une contraction des muscles de l’avant-bras en tenant dans la main un cylindre qui tournait excentriquement autour de son axe avec une grande rapidité. — Enfin Helmholtz (3), après avoir constaté de nouveau que le son produit par la contraction du masséter correspondait à 32 vibrations par seconde, fit agir sur le même muscle une bobine d’induction qui donnait 32 décharges dans le même temps, et vit que le muscle entrait alors en contraction permanente. L’illustre physiologiste crut reconnaître que ce nombre était le minimum nécessaire

(1) Heidenhain, Eiit mecanischer TelnnomoCor fiir Vivitecfionetn {Molescholl's Unlersuch., Bd. IV, 1858, p. 124).

(2) Rood, Oeber Muskelcontraction durch Contact mit vibrenden Korpern 1861, Poÿg. Ann., Bd. 112, p. 159).

(3) HeloboUz, Versuche über das Mu-^kelgeraüsch{Moniilsberii-ht (1er Herlin. 26 mai 1804).

pour produire l’clat permanenl de conlraction, et signala de plus que toute série de décharges induites snftisamment fréquentes produit, dans un muscle, une eoniraction permanente accompagnée d’un son d’une tonalité plus ou moins élevée, en raison môme du nombre des interruptions du courant. 11 constata qu’alors le son rendu parle muscle est précisément celui que donne en vibrant l’interrupteur de la machine d’induction (1).

(1) J’extrais de la thèse de M. J. A. Bernard (Strasbourg, 1853) le passage suivant, où il résume les idées émises par Weber dès l'année 18A6, p. il :

« Ed. Weber est parvenu à produire par un agent extérieur des conlrac- » lions permanentes aussi parfaites que celles produites sous l’influence de s la volonté ou par le tétanos. En faisant suivre les secousses galvaniques » assez rapidement pour que la deuxième secousse arrive, lorsque la con- » traction produite par la première existe encore, on produit une contraction

> musculaire tellement parfaite et tellement continue, que, même sous le » microscope, on ne remarque pas, dans la fibre musculaire, le moindre n frémissement qui dénote une interruption dans la contraction. On obtient » ce courant galvanique continuellement interrompu, au moyen de l'appareil » à rotation magnéto-galvanique.

» Cependant, dit encore Ed. Weber, on peut aussi produire les contractions )) permanentes par des moyens mécaniques, en faisant suivre assez rapiJe- » ment les excitations. Ainsi, j’ai trouvé qu’en introduisant un muscle dans

> l’anse d’un fil et en serrant celui-ci lentement et graduellement, mais » sans interruption, on produit une contraction permanente, une espèce de a convulsion tonique qui dure aussi longtemps que la pression du fil aug- » mente. »

Ce fait, ajoute-t-il, que des secousses qui se suivent rapidement sc réunissent en une contraction permanente, et que celte dernière ne peut même être produite que de cette façon, laisse à penser que de leur edté, les contractions permanentes, produites par la volonté et partant du cerveau, se forment sous une influence, non pas permanente, mais saccadée, qui agit sur les origines nerveuses dans le cerveau et dans la moelle. Aussi remarquonsnous que, lorsque l’activité du cerveau et de la moelle est affaiblie par l'àgc, la paralysie (surtout la paralysie momentanée], ou simplement la fatigue, la contraction musculaire est imparfaitement permanente, tremblotante, absolument comme on l’observe quand on tourne lentement la roue de l’appareil à rotation.

OIUGINE DC «OEVEMENT. 217

Vous voyez, messieurs, que les expériences que je viens de eiter montrent l’aete musculaire sous un jour entièrement nouveau.

Je voudrais pouvoir, en commençant l’exposition des faits si nombreux qui se ratlaclient à la fonction des muscles, vous donner par avance une théorie assez complète pour vous guider dans ces études ; mais la théorie (le l’action musculaire ne saurait être faite aujourd’hui. Cette théorie devra embrasser tous les phénomènes qui SC passent dans les muscles, et, par conséquent, outre le mouvement lui-même, l’action chimique interstitielle (jui est liée à la production du mouvement; les phénomènes électriques que Mallcucci et du Bois-Reymond ont si bien étudiés dans les muscles en repos et en fonctions; la production de chaleur, qui paraît être, comme celle du mouvement, une conséquence immédiate des actions chimiques intra-rnusculaires. Knlin, s’ils existent. comme c’est probable, la théorie de la fonction musculaire devra signaler les rapports d’équivalence entre les actions chimiques d’une part, et de l’autre le travail mécanique et la chaleur produite.

Toutes CCS questions sont à l’ordre du jour ; les physiologistes travaillent avec ardeur à en préparer la solution; l’Allemagne surtout nous fournira des documents précieux par leur nombre et parleur importance.

Ne pouvant vous donner une théorie générale de l’action musculaire, je veux toutefois essayer d’exposer sommairement les phénomènes mécaniques dont les muscles sont le siège, laissant de côté, pour le moment pn^ent, les phénomènes chimiques, électriques et ther-

iniques qui aceoiiipaguenl la proiluclion du moiivemenl. Celle nolion préalable vous permeltra de mieux saisir le plan des expériences que je répélerai devanl vous, elle vous fera mieux apprécier la portée des résultats que nous obtiendrons.

Au point de vue mécanique, le muscle présente deux propriétés fondamentales : la contractilité et X élasticité. La contractilité produit un changement dans la forme du muscle qui devient plus court et plus large, tout en conservant sensiblement son volume. Le raccourcissement du muscle se produit avec une certaine force par laquelle un travail mécanique est exécuté. Les muscles volontaires, attachés pour la plupart aux pièces du squelette, produisent en se raccourcissant le mouvement de ces leviers osseux. Les muscles de la vie organique dont les fibres sont, en général, disposées circulairement dans les parois de conduits membraneux, produisent, par leur raccourcissement, un rétrécissement de ces canaux; ce mouvement, à son tour, agit tantôt comme force impulsive sur le contenu des conduits contractés, tantôt il agit simplement en offrant une résistance au passage des liquides ou des gaz qui circulent dans ces canaux.

On peut appliquer aux muscles des excitants artificiels. Alors, une excitation unique provoque dans le muscle un mouvement unique lui-même : c’est un raccourcissement en général soudain et bref, mais dont les caractères varient suivant la nature du muscle, l’espèce animale à laquelle il appartient, les conditions biologiques ou cbimiques dans lesquelles il se trouve. Ce mouvement que nous

ORir.INË DL’ MOUVEMENT. 219

appellerons secousse, paraît avoir pour chaque muscle une durée, une intensité et une forme à peu près constantes, quelle que soit la nature de l’excitation employée, ce qui le distingue de la contraction volontaire qui peut prendre les formes, les intensités et les durées les plus variables.

Le mécanisme intime de la secousse musculaire semble être la formation sur chaque fibrille primitive d’un rentlement qui se fait aux dépens de la longueur de cette fibrille ; le raccourcissement de toutes les fibrilles, c’està-dire du muscle lui-même, engendre la force motrice du muscle. Ce renflement n’occupe qu’une courte portion de la longueur de chaque fibrille, mais il se déplace sur chacune d’elles, et chemine à la manière d’une onde courant à la surface de l’eau. Lorsque cette onde a parcouru toute la longueur du muscle, elle disparaît, et le muscle reprend sa longueur normale.

[.orsqu’on applique à un muscle deux ou plusieurs excitations très-rapprochées les unes des autres, les secousses s’ajoutent entre elles et se confondent. Cela tient, probablement, à ce que l’onde musculaire produite par la première excitation n’a pas encore disparu de la fibrille quand une autre onde se produit. De la présence de plusieurs ondes simultanées dans chaque fibrille d’un muscle, résulte une plus grande diminution de longueur lie ces fibrilles et du muscle lui-même.

Cette addition des secousses musculaires entre clics se fait, au point de vue du mouvement, par une véritable fusion de ces secousses dont les effets deviennent de moins en moins distincts à mesure que la fréquence

220 ÜIJ MOUVKMENT DANS LF.S FONCTIONS DE I.A VIE.

des excilations augmente. On arrive ainsi à faire disparaître entièrement les vibrations dont chacune est produite par une excitation distincte. Le raccourcissement permanent r^ue l’on provoque ainsi dans un muscle constitue ce qu’on appelle le tétanos. On peut démontrer que c’est ainsi que se produisent les tétanos provoqués par l’électricité, la percussion, les agents chimiques, la strychnine, etc. Tout porte à croire que la contraction proprement dite des muscles volontaires est un phénomène de même ordre'.

L’élasticité des muscles joue un rôle important dans la fusion des secousses et dans la production de la contraction. Elle permet au muscle d’emmagasiner pour ainsi dire en lui-même la force motrice développée par chacune de ses petites secousses successives. On peut prouver expérimentalement que cette condition est favorable à la production du travail, et que sans l’élasticité du muscle, les effets de chacune de ses secousses viendraient tour à tour s’éteindre dans les résistances d’inertie de la masse à mouvoir.

Certains muscles, ceux de la vie organique et le coeur en particulier, semblent incapables de produire la contraction proprement dite. Chez eux, chaque mouvement n’est constitué que par une secousse dont le caractère serait d’être beaucoup plus longue que ne le sont, en général, celles des muscles de la vie animale. Les preuves de cette opinion ressortent principalement de l’étude des phénomènes électriques qui se passent dans les différentes sortes de muscle-.

Telles sont les propositions fondamentales dont nous

OlilCIMi DU MOLVUMI.NT.

trouverons la démonslralion dans l’expérimcnlalion biologique. En outre, vous verrez que le plupart des influences qu’exercent sur l’acte musculaire les différentes conditions biologiques ou physiques, l’aclion des différents poisons organiques ou minéraux, etc., [leuvcnt être expliquées par celle théorie, et analysées avec une grande précision à l’aide de la méthode graphique qui signale et permet de comparer les modifications les plus légères survenues dans le mouvement que produit un muscle.

Page 1