‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 13 sur 33 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

iOMxMAlRE.

Le docteur Pusey. — Détails biographiques. — Son influence k rUniversiié d'Oxford. — Ses doctrines. — Comment son nom a été choisi pour désigner le parti anglo-catholique. — Son dernier sermon. — Croyance de l'Église anglicane sur le dogme de la présence réelle. — De la communion chez les anglicans de no*^ jours. — Curieux procès intenté au docteur Pusey. ~ La Cour da vice-chancelier de l'Université. — Prétendue condamnation du professeur d'hébreu. — Proleslalions des puseyisles.

Le docteur Pusey est professeur d'hébreu à ruiiiversitc d'Oxford, et il joint a ce titre celui de chanoine de î église du Christ. C'est lui qui a donné son nom au parti angiocalholique , ou , pour parler plus exactement , dont le nom a été donné 'a ce parti ; car le docteur Pusey luimême ne s'explique pas comment son nom a été choisi pour désigner la jeune E'.glise anglicane , celte portion d'ecclésiastiques et de laïques professant le culte national,

et qui travaillent a réformer (dans le bon sens du mot) les abus qui se sont introduits dans cette Eglise.

Il y a a Oxford quatre et même cinq théologiens qui , autant peut-être que le docteur Pusey, ont contribué à favoriser ce retour des esprits; aussi ne sait-on trop a quelle circonstance est précisément due la préférence dont le nom du docteur Pusey a été l'objet. Ce choix tient, sans doute, à ce que les ennemis du mouvement régénérateur (car ce sont eux qui ont le mérite de la dénomination) ont trouvé qu'il était plus facile de dire puseyisme et puseyiste que newmanisme, ou lookisme. Le mot est plus facile a prononcer ; il sonne mieux à l'oreille , et c'était la un grand point pour ceux qui voulaient le mettre dans toutes les bouches, le faire retentir de toutes parts.

Le savant professeur d'hébreu, aujourd'hui soumis a, de si rudes épreuves par les persécutions des ennemis du progrès religieux , est né en 1800. Il est le second fils de l'honorable Philip Bouverie, qui ajouta à son nom celui de Pusey, Sa mère était la lille aînée de Robert, comte de Harborough, et veuve du jurisconsulte sir T. Cave.

La famille du célèbre théologien est fort ancienne; elle était établie dans le comté de Berk lors de la conquête de Guillaume , et ses traditions remontent k une époque antérieure à celle-là.

Le docteur Pusey s'est marié en 1828 ; son épouse est morte en 1859, et lui a laissé une fille unique.

C'est en 1818 qu'il est entré a l'église du Christ {Christ clnirch). Après avoir pris son premier grade in litteris fiumanioribus , en 1822, il fut élu felloiv du collège d'Orieî. C'est en 1828, l'année de son mariage, qu'il fut

nommé professeur royal d'hébreu dans l'université ; son canonicat est attaché a celte première charge. En 1824, il remporta le prix du chancelier, pour la composition en prose latine.

La docteur Pusey est un homme d'un extérieur modeste. Il a le front haut , le regard scrutateur ; sa tête porte l'empreinte du génie. Quoiqu'il n'ait que quarantequatre ans, il paraît usé par le travail et la méditation. Ses manières sont polies et élégantes; il reçoit avec affabilité , et aime beaucoup a s'entretenir avec les étrangers de ce que l'on pense en France , en Italie et en Allemagne du mouvement religieux de l'Angleterre, et, en particulier, de la réaction qui s'opère dans l'Eglise anglicane.

Son influence est très-grande à Oxford ; sa parole y fait autorité ; on recueille avec empressement et vénération jusqu'à ses conseils les plus futiles. Il mène une vie active et laborieuse. Son temps se partage entre la prière, les études théologiques, l'enseignement et le chant des offices. Les bénéfices dont il jouit sont considérables ; mais sa charité ne connaît pas de bornes ; il donne beaucoup , et cache ses bonnes œuvres avec une rare modestie (1).

La vie du docteur Pusey montre que les anglicans de

(I) Le docteur Pusey lait construire en ce moment à Leeds une église gothique qui sera, sous le rapport de l'art, un vrai chefd'œuvre. Il y aura trenie-qualre vitraux peints, d'un coloris et d'un dessin remarquables, représentant les principaux sujets du Nouveau- Testament. Notre-Seigneur figurera sur le grand vitrail , derrière le maître-autel. Les Apôtres et les Saints seront représentés d'après les emblèmes tirés des écrits des Pères de l'Église. L'éditice est érigé suivant les exigences de la tradition caiholique.

nos jours, les puseyistes du moins, ne ressemblent guère à ces hommes indolents, orgueilleux et avares qui, depuis la réforme, ont, a de rares exceptions près, rempli les rangs du clergé d'Angleterre. Les jeunes ecclésiastiques, qui sortent de l'Université pour aller exercer leur ministère dans les villes ou ii la campagne, sont presque tous ardents parlis^ms du puseyisme , et , a l'exemple de leur maître, ils s'imposent, pour premier devoir, d'édifier par leur conduite les âmes dont le soin leur est confié.

Une des circonstances qui ont le plus contribué à mettre le docteur Pusey en évidence , c'est qu'en 1856 , il se plaça à la tête des membres de l'Université , qui , dans la convocation tenue lors de la nomination du docteur Hampden, firent censurer le choix du gouvernement. A la même époque, il publia un écrit très-remarquable pour défendre les doctrines anglo-catholiques ; cet écrit avait surtout pour objet de réfuter une lettre anonyme qui avait paru sous le titre de Lettre pastorale adressée par S. S. le Pape à certains Membres de l'Université d'Oxford.

Nous nous abstenons de parler des nombreux ouvrages qui ont placé le docteur Pusey au premier rang des théologiens anglicans ; mais nous signalerons un fait , à notre avis , très-remarquable : c'est que , de tous les hommes de son parti, le docteur Pusey était celui qui avait les préjugés les plus enracinés contre Rome et les catholiques. Il voulait bien déprotestantiser l'Eglise anglicane ; mais il fallait, suivant lui , le faire sans le secours du catholicisme romain.

Il y a quatre ans, trois ans même, que les controverses du doc'eur Pusey étaient encore empreintes de ce senti-

ment , et il ne laissait jamais, dans ses écrits, échapper Toccasion de lancer quelque trait acéré contre le vicaire de Jésus-Christ , les doctrines de l'Eglise, les pratiques jneuses de ses enfants.

Le célèbre docteur est évidemment celui des puseyistes qui a nourri les préjugés les plus opiniâtres contre nous , et qui les a exprimés avec le moins de ménagement. Mais, depuis deux ans, ses idées se sont progressivement modifiées ; et, par suite, son langage et ses écrits ont subi un changement notable. Celui qui n'a pas suivi les phases successives par lesquelles il a passé , serait dans l'impossibilité de reconnaître aujourd'hui , aux paroles conciliantes qu'il fait entendre , le fougueux controversiste de ces dernières années. La conversion qui s'est faite chez le docteur Pusey s'opère chaque jour dans une foule d'esprits , tant la vérité a de puissance quand on la cherche de bonne foi.

Il est juste de reconnaître que le flambeau de la tradition peut préserver de beaucoup d'erreurs ceux qui l'étudient avec un désir sincère de connaître ce qu'elle enseigne , dans le dessein de réformer leurs croyances et leur vie d'après ses enseignements. C'est ce qui arrive aux puseyistes.

Quel que puisse être le résultat final de ce grand mouvement; soit quil aboutisse, comme nous l'espérons , a un retour effectif de l'Église anglicane a l'unité catho' lique, soit qu'il avorte et laisse ses auteurs dans les liens de l'erreur, ce que Dieu veuille ne pas permettre ! leurs aveux restent dès à présent acquis aux catholiques, il certes ce n'esl pas une preuve médiocre en faveur de

notre foi, que ces témoignages qui lui sont donnés, du sein même d'une Eglise ennemie , par des hommes dont personne ne conteste d'ailleurs ni les brillantes qualités , ni les lumières.

Ce qui rend ces témoignages plus remarquables encore, c'est qu'une étude profonde de l'antiquité chrétienne a pu seule les arracUer a ceux qui les rendent, car ils ont été élevés et nourris dans d'autres sentiments, et ce qu'ils affirment aujourd'hui, ils le niaient hier.

Pour ne prendre ici qu'un seul point , la croyance a la présence réelle, voici comment s'exprimaient, en 1834, les docteurs d'Oxford : t Le sacrifice de la messe est une pure corruption, sans fondement dans l'Ecriture ou dans l'antiquité , blasphématrice et pleine de périls. » Ces paroles se trouvent dans une sorte de table des doctrines romaines que les puseyistes rejettent, imprimée k la fin du numéro 58 des Traités pour les temps présents. Or, dans le numéro d'avril 1843 du Briiisli-Critic , journal des puseyistes , nous lisons : « On doit multiplier au lieu de diminuer les occasions de la sainte communion , afin que le sacrifice quotidien que l'esprit de lantechrist a aboli du sanctuaire soit rétabli de nouveau sur tout autel chrétien. (Page 300.) »

Sembiablement , dans le Traité de 1834, on lit : La doctrine de la transsubstantiation est profane et impie. On sait que les anglicans confondent volontiers la transsubstantiation^\cch présence.Or, le 14mai 1813, le docteur Pusey a prêché dans l' église dite du Christ, en présence de TUniversité d'Oxford , un sermon où il enseigne clairement la doclrine de la présence réelle, et

emploie, pour parler de ce grand mystère, les sublimes locutions consacrées par les saints Pères de l'Église. Le retentissement qu'a eu ce sermon nous engage à en donner ici une analyse et de longs fragments.

Le texte de ce discours, prêché le quatrième dimanche après Pâques, est tiré du seizième chapitre de saint Matthieu, v. 28 : « Ceci est mon sang du Nouveau Testament qui est versé 'pour plusieurs pour la ré' mission des pé cités (4). >

Le docteur Pusey commence par quelques considérations sur les sacrements , où il nous montre l'unité de Dieu comme cause secrète, puissance de toutes choses, et le moyen a l'aide duquel la cause unique de tout ce qui est se manifeste à nous sous des formes variées et par des modes divers.

L'orateur établit ensuite un parallèle entre les sacrements du baptême et de l'Eucharistie, qu'il appelle les deux grands sacrements , et il continue ainsi :

• Après avoir traité précédemment de la rédemption , du sacrifice de Notre-Seigneur et de son intercession auprès de son Père , sujet de tant de consolations pour l'âme pénitente , il me paraît convenable, dans ce moment de joie et d'allégresse (la fête de Pâques), de vous entretenir de cette fontaine de grâces qui , s*échappant du trône de l'agneau immolé, est pour le pécheur pénitent la source de sa plus grande joie : je veux parler des saints mystères. Le pécheur sent en vérité qu'il devrait

(1) The holij Eucharist a corn fort to tfie pénitent. — A sermon preaclied before tlie Utiiversity^ in the cathedral churcli of Christ , in Oxford, on thc first snnday a fier Easler, -— 1843.

en être éloigné comme du Paradis, et que, suivant la sainte discipline de l'ancienne Église, il en serait peutêtre éloigné pour un certain temps ; mais il comprend aussi que ces saints mystères sont le plus précieux don pour son âme , puisqu'ils sont le corps et le sang de son rédempteur

< Il serait k désirer que dans la joie de celte fête pascale , gage de noire pardon et garant de notre vie éternelle en Dieu , il serait , dis-je , à désirer que nous laissassions de côté nos (\îliganls débats , et que parler des mystères du divin amour, ne devînt pas l'occasion de disputes irrévérencieuses, contraires a la charité.

i Plut à Dieu qu'au moins dans ce lieu sacré, nous pussions unir ensemble nos pensées sur la condescendance infinie et l'amour de notre Sauveur, sans peser dans nos propres balances des mots qui ne peuvent qu'imparfaitement exprimer l'idée des divins mystères! Adorons ensemble cet amour inintelligible a notre nature, plutôt que de nous étudier, comme beaucoup le font aujourd'hui , k découvrir si Ton a parlé en termes parfaitement exacts de ce qui est indicible et impénétrable pour nous. Quand nous nous entretenons de choses spirituelles ( c'est saint Chrysostome qui donne cet avis en abordant le même sujet), « qu'il n'y ait rien de cette vie, « rien de terrestre dans nos pensées ; que tout ce qui € tient d'ici-bas en soit chassé alin de n'être attentifs qu'à € la parole divine. Quand l'esprit de Dieu nous parle, « nous devons l'écouler avec calme et même avec effroi. « Car ce dont nous nous occupons aujourd'hui est fait pour

jspirer de la crainte : A moins , est-il dit , que vous ne mangiez la chair du Fils de Vhomme et ne

< buviez son sang, vous n* aurez pas la vie en vous.^^

t La joie du pénitent, continue le docteur Pusey, n'en est pas moins profonde, quoique le pardon des péchés ne soit pas dans la sainte eucharistie, comme dans le baptême, Teffet direct du sacrement. Les deux grands sacrements, ainsi que leurs signes le montrent, ne se proposent pas le même but : le baptême donne la vie, la sainte eucharistie la conserve et l'accroît; le baptême gretfe sur la véritable vigne , la sainte eucharistie en répand la richesse et la plénitude dans toutes les branches

ainsi greffées C'est par Teucharistie que Jésus-Christ

nous vivifie avec sa propre vie. Ce sacrement n'est pas donné k ceux qui sont morts , mais à ceux qui vivent. Il augmente en nous la vie ou la mort, en donnant l'immorlaHlé aux âmes en état de grâce et la mort k celles qui l'ont perdu ; c'est un gage de vie ou de mort que nous recevons pour notre salut ou notre damnation. C'est pourquoi la primitive Eglise refusait la communion k ceux qui avaient péché, non-seulement pour l'exemple des fidèles, mais encore par tendresse pour les pécheurs et dans la crainte qu'ils ne vinssent a périr. « Profanez , dit saint t Cyprien , le saint corps du Seigneur, et vous ne serez i pas sanctifiés; vous tomberez au contraire plus bas et

< vous ne serez pas relevés; vos blessures deviendront

< plus graves et vous ne serez pas guéris , car il est dit , * ajoute-t-il , celui qui mange le pain et qui boit a la coupe

< du Seigneur indignement est coupable du corps et du

< sang du Seigneur. >

i.e docteur Pusey passe en revue les emblèmes de l'auguste sacrement qui se trouvent dans l'ancienne loi ; il accumule ensuite les citations en faveur de la présence réelle dans TEucharistie :< Et le pain que je donnerai est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. . .A moins que vous ne mangiez la chair du Fils de Thomme et que vous ne buviez son sang , vous n'aurez point la vie en vous. . . Celui qui mange ma chair et boit mon sang habite en moi et moi en lui ; de même que le Père m'a envoyé et que je vis dans le Père , de même celui qui me mange vit en moi... Celui qui mangera ce pain vivra à jamais. >

L'orateur, après quelques réflexions , poursuit en ces termes :

« 11 est impossible d'observer combien toutes les paroles de Jésus-Christ ont ici pour objet ce don de vie , et avec quelle infatigable persévérance Notre-Seigneur nous représente cette vérité , sans reconnaître qu'il veut nous convaincre que la vie en lui est son don principal dans ce sacrement , qu'on ne peut le désirer sans éprouver une foi plus vive..., et cependant, quoique la vie en lui soit la substance de tout son enseignement, cet enseignement ne se borne pas Ik. Notre-Seigneur ne se borne pas à inculquer une vérité sous des formes diverses , mais il veut nous en faire apprécier toute la portée. Il ne répondit pas aux insinuations des Juifs quand ils disaient : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair k manger? Comment ces choses sont-elles possibles? > Notre-Seigneur gardait le silence ; et nous , si nous sommes prudents , nous ne demanderons jamais comment des éléments de ce monde peuvent être en même temps

son corps et son sang. Nous voyons au contraire qu'il satisfait la curiosité de ceux qui désirent savoir comment son corps et son sang peuvent donner la vie , et malgré l'apparente uniformité de son enseignement , nous trouvons dans chacune de ses phrases une partie de cette réponse. Il résulte de l'ensemble de ses leçons, autant toutefois qu'il est possible à nos intelligences de le saisir, qu'il est le pain vivant parce qu'il est venu des cieux , et qu'étant Dieu avec son Père , il vit dans le Père comme lePèreviten lui. La vie qui estdansle Christ, il l'a communiquée a celte chair qu'il a prise , qu'il a prise si complètement , que l'Ecriture sainte dit qu'il l'est devenu : le Verbe s'est fait chair, et cette chair est ainsi une partie de lui-même. « Qui mange ma chair et boit mon sang (il dit lui-même ces paroles) me mange, » et reçoit ainsi d'une manière ineffable son propre Seigneur, e Celui-la habile en moi et moi en lui , » et ayant en lui le Christ; non-seulement il aura, mais il a déjà la vie éternelle, et le Christ l'élèvera au dernier jour parce qu'il a sa vie en lui. « Le recevant dans leur corps, ceux qui sont siens, reçoivent la vie qui se communiquera même à notre chair mortelle. Ceux qui ont en eux , pour absorber la mort et la corruption de noire nature , celui qui est la vie, l'incorruptibililé, ceux-là vivront à jamais, parce qu'ils se sont unis à celui qui a la vie éternelle... » Le docteur Pusey s'appuie aussi sur les Pères de l'Église. t Je citerai encore, dit-il , les paroles d'un Père de l'Église d'Occident , honoré en considération de ses souffrances pour la foi , de la sagesse et de l'élévation de ses écrits. Saint Hilaire a fait valoir contre les Ariens la réa-

lilé de rimion ilu Verbe avec sa chair, comme preuve qne r«nilé du Père et du Fils n'était pas de volonté , mais de nature ; parce que notre union avec le Fils est par unité de nature et non pas seulement par harmonie de volonté, « car, dit saint lliiaire , si le Verbe a vraiment été l'ait chair, et si , dans la cène du Seigneur, nons recevons véritablement je Verbe fait chair, comment ne pas admettre qu'il est en nous , par un lien naturel , celui qui , étant né homme , a pris la nature de notre chair maintenant inséparable de lui-même, et qui, dans le sacrement de sa chair, qui nous est destiné, a rapproché la nature de sa propre chair de son éternelle nature. Ainsi , tous nous ne faisons qu'un , parce que le Père est dans le Christ , et le Christ en nous... Si donc le Christ a vraiment pris la nature de notre corps , et si cet homme , qui est né de Marie , est vraiment le Christ , et si réellement, sous les voiles d'un mystère , nous recevons la chair de son corps (et si , par là , nous ne faisons qu'un, parce que le Père est en lui et lui en nous), comment peut-on soutenir que l'unité est de volonté seulement, puisque la propriété naturelle de ce sacrement est d'être le sacrement de l'unité parfaite? > Et un peu après saint Hilaire cite ces paroles de notre divin Sauveur : < Ma chair est vraiment viande , mon sang est vraiment breuvage ; » et le saint ajoute : u De cette vérité de la chair et du sang , il n'y a pas moyen de douter. Car maintenant, d'après la déclaration du Seigneur et notre foi , il s'agit vraiment de chair et de sang. Et lorsque nous les recevons, nous sommes dans le Christ , et le Christ est en nous. N'est-ce point Ik la vérité ? 11 est donc en nous par la chair; et

nous soQimes en lui , puisque ce que nous sonimes esi avec lui en Dieu. >

Après celle citation le docteur Pusey continue :

< Au lieu de nous livrer à de vaines et profanes disputes, nous devrions recueillir l'écho de ces paroles saintes , et oublier nos discordes terrestres , pour vivre dans cette harmonie et cette unité du ciet par lesquelles nous ne sommes dans notre Seigneur qu'un en Dieu. Plût à Dieu qu'élevés au-dessus de nous-mêmes, nous fussions placés sous l'influence du mystère de cet ineffable amour, où le Père nous attirerait a celte unité avec lui dans son Fils , qui est la perfection de Téternelle béatitude , où volonté , pensée , affection , tout ne sera plus qu'un , parce que nous ne serons plus qu'un par la communication de sa nature divine î

« L'enseignement catholique, le sens le plus littéral des saintes Ecritures et le mystère du sacrement , nous disent que le Verbe éternel , qui est Dieu , ayant pris notre chair et s'y étant uni indissolublement , il est partout où est sa chair, et qu'en la recevant, nous le recevons, et, par lui, nous sommes unis à son Père. « Je suis, dit Notre-Seigneur, dans le Père, et vous on moi» et moi en vous. »

* C'est là la perfection après laquelle marche la création rationnelle , celle pour laquelle l'Eglise , qui a les premiers fruits de l'Esprit saint, se développe >

Avant de continuer cette analyse, nous croyons nécessaire de présenter quelques réflexions sur ce discours (4).

(i) Nous avons pensé que l'appréciation du sermon du docteur

On a vu que le docteur Pusey parle de la perpétuelle assistance et de la vertu vivifiante du Christ notre Seigneur se répandant continuellement dans l'Eglise. Il énumère avec les saints Pères les types antiques du pain évangélique,il en décrit les effets admirables, et spécialement cette vie spirituelle et perpétuelle qui découle de l'union avec le Chjist que Ton reçoit dans cet admirable sacrement. Il remarque ensuite que , quoique les choses saintes soient principalement destinées aux saints, sancta sanctis, néanmoins : la présence réelle du don divin en fait pour lejnsteime nourriture angélique, et pour le pécheur une nourriture de rédemption. Dans tout passage de l'Ecriture relatif à la doctrine de la sainte Eucharistie , il y a au moins quelque indication de la rémission des péchés. Puis, il argumente de Tusage des participes : ^i^o^evov, y.^w^svov, €x;;^uvo^£vov, que l'on trouve dans les paroles saintes de la consécration , pour prouver que dans l'Eucharistie le sang est actuellement répandu , et (\\i actuellement est rompu et tué le sacré corps du Sauveur. Sur quoi nous devons faire observer que les Grecs , comme tout le monde le sait , se servent des participes pour marquer tous les temps , et non-seulement le présent et le passé, mais encore le futur. D'ailleurs, on n'ignore pas que la langue originale du Nouveau Testament n'est pas la langue grecque classique, mais la langue hellénistique, laquelle abonde d'hébraïsmes.

Pusey, faite par un théologien romain , donnerait plus de poids et d'intérêt à notre travail. Aussi Tavons-nous empruntée à un excellent article publié en italien par l'abbé de Luca dans les Annales des Sciences religieuses de Rome, livraison de juillet et août 1843.

Or, Géséniiis fait observer avec beaucoup de raison , dans sa Grammaire liébràique, qu'en hébreu les participes passifs marquent le participe latin en ndiis (p. 791), d'où l'on voit qu'on peut traduire les paroles grecques citées par les mots : effundendu s [cesi-h-dive qui effundetur), dandum, frangendum, etc. De l'usage du participe, le docteur Pusey ne peut donc pas conclure que le Christ souffre ou a souffert dans l'Eucharistie , lesdites expressions devant se rapporter à sa passion sur la croix (i).

Cependant le docteur Pusey dit très-suffisamment que le Christ, lorsqu'il institua l'Eucharistie, s'offrit par l'éternel Esprit sans tache à Dieu , et que ce sang précieux est encore répandu pour nous en continuation et par application de tunique ablation faite une fois sur la croix, transmettant à nos âmes, parce qu'il est le sang du Sauveur, la rémission des péchés avec tous les autres bénéfices de la Passion.'}th\s quand le docteur Pusey se plaint des théologiens catholiques, qui limitent la rémission des péchés dans l'Eucharistie aux seuls péchés véniels , il semble qu'il ne se fait pas de notre doctrine sur ce point une juste idée. C'est un dogme de foi que le principal effet de l'Eucharistie n'est pas la rémission des péchés , car on doit recevoir ce sacrement en état de grâce ; cependant, si quelqu'un le reçoit de tonne foi en état de péché mortel , saint Thomas en-

(1) Les paroles sacrées proférées par le Seigneur devant servir non-seulement pour la dernière cène , mais encore pour tous les siècles, non-seulement avant, mais encore après la Passion, on voit par quelle raison profonde le Seigneur n'a employé ni le passé, ni le présent , ni le futur, mais le participe.

seigne, avec d'autres ihéologiens, que, dans ce cas , on reçoit ordinairement la grâce sanctifiante. L'Eucharistie remet les péchés véniels et préserve des péchés futurs ; quant au sacrifice de la messe , il est ofTert k Dieu pour les péchés et pour les peines dues au péché , etc., etc. (Conc. de Trente, sess. 22, can. 5). Par cette doctrine, on peut facilement expliquer tous les textes de la sainte Ecriture , des antiques liturgies et des saints Pères , allégués par le docteur Pusey , et où il est question de la rémission des péchés comme attachée à TEucharistie , sans supposer, comme le savant docteur semble le faire , que qui va de propos délibéré recevoir l'Eucharistie en état de péché mortel , reçoit la rémission des péchés , doctrine condamnée par saint Paul , qui nous dit : Jiidicium sibi mandîicat et bibil (Cor., xi, 20). Il paraît donc que le célèbre prédicateur confond la fin du sacrifice avec la ûti du sacrement. Le docteur Pusey fiuit par une exhortation en faveur de la fréquente communion, réglée, bien entendu , par la prudence , et accompagnée de la charité fraternelle; pour comprendre toute la portée de cette exhortation , il faut savoir que les anglicans , les mi= nistres comme les laïques, ont l'habitude de ne consacrer et de ne communier qu'une fois par mois et même plus rarement encore.

Voici les passages du discours qui ont fait naître les^ réflexions qui précèdent :

Dans la seconde partie de son sermon , le docteur Pusey insiste beaucoup sur ce point capital , que « partout où il est question dans l'Ecriture de la doctrine de la sainte Eucharistie, // s agit aussi de la rémission des

pécliés, et que la chair et le sang du Christ donneront la vie, non-seulement pirce qu'ils sont la chair et le sang du Verhe incarné, qui est la vie, mais aussi parce qu'ils sont celte même chair et ce même sang qui ont été donnés pour la vie du monde , et qui sont donnés a ceux pour lesquels ils ont été offerts. S'appuyant sur les paroles de saint Chrysostome, le docteur Pusey établit ainsi la réaUté du sacrifice sanglant delà croix : « Toutes les fois, dit le docteur Pusey, que le Christ parle de cet acte (la consécration), il en parle comme d'un acte présent : t Ceci est mon corps qui est donné pour vous. » « Ceci est mon sang du Nouveau Testament , qui est versé pour plusieurs , pour la rémission des péchés. ^) Notre-Seigneur ne dit pas « qui sera donné, qui sera rompu, qui sera versé, mais qui est donné, qui est rompu, qui est versé, > et ce contraste est remarquable, si on le rapproche des expressions dont il se sert quand il parle de ce don comme futur. € Le pain que je donnerai est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. » Et saint Chrysostome fait remarquer qu'aucune des paroles dont s'est servi le Christ ne peut s'appliquer h la croix, mais qu'elles sont vraies de la sainte Eucharistie , car il est dit : c Pas un de ses os ne sera rompu ; mais ce qu'il ne souffre pas sur la croix, il le subit pour toi dans l'ablation, et il se soumet a être rompu pour remplir tous les hommes. > Par la, continue le docteur Pusey, il semblait nous enseigner que le grand acte de la Passion commençait alors; comme prêtre, il s'est offert, lui sans tache, a Dieu, en vertu de son esprit éternel ; alors il s'est consacré lui-même avant d'être crucifié et immolé par des

mains criminelles... Et quand Noire-Seigneur a prononcé les paroles de la consécration, il a voulu , sans doute , nous annoncer cette vérité , que son précieux sang , comme continuation et application de l'oblation unique qu'il a faite sur la croix, est versé maintenant pour nous, afin de procurer à nos âmes , avec les autres bienfaits de sa Passion , la rémission des péchés. . .

« Les liturgies de l'Eglise universelle s'accordent , dans les prières, les bénédictions, etc., à reconnaître que la sainte Eucharistie procure la rémission des péchés. Saint Jacques et saint Marc paraphrasent les paroles de la consécration de manière à développer ce sens , que non-seulement elles s'appliquent au sacrifice sanglant de la croix , mais encore à la communication qui nous est faite aujourd'hui de ce précieux sang : c Ceci est mon corps qui est brisé pour vous et qui est donné pour la rémission des péchés. Ceci est mon sang du Nouveau Testament versé pour vous et pour plusieurs , pour la rémission des péchés. >

« Toutes les liturgies regardent la rémission des péchés et la vie éternelle comme les deux grands fruits de ce sacrement... Même la liturgie romaine, qui est moins explicite sur ce point, dit dans ses prières : c que la communion peut nous jmrifier de nos péchés , » — t peut nous laver de nos fautes, nous remettre toutes nos offenses. »

« On regardera probablement comme une distinction trop raffinée et trop restreinte de quelques théologiens de cette communion, autorisés, en cela, par le langage du concile de Trente , l'opinion émise en opposition a

d'autres erreurs, qu'il n'y a que les péchés véniels de remis par la sainte Eucharistie , puisque s'en approcher en état de péché mortel , serait en soi-même un péché mortel. Car, bien que notre Eglise aussi exige au moins la confession a Dieu (reqiiires , at least, confession io God), et prononce son absolution sur nous, avant que nous osions approcher de ces saints mystères, cependant, quoique nous soyons parla assez affranchis de nos péchés pour aller au devant de notre salut et non de notre condamnation , pouvons-nous dire que nous en soyons assez purifiés pour qu'il ne reste rien à laver? que Tabsolulion , qui admet au sang qui purifie , est tout , que ce sang lui-même n'y ajoute rien? Ce qui fait , au contraire, la consolation du pénitent , pour parler comme saint Basile, quand il traite de la communion fréquente , c'est que t la continuelle participation à la vie devient comme une vie multiple. » Aussi, la fréquente communion de ce corps qui a été immolé et de ce sang qui a été répandu pour la rémission des péchés, est la rémission multiple de ces péchés sur lesquels pleure le pénitent. De sorte que, lorsque l'aimable bonté de Dieu l'admet et l'admet encore a la participation de ce corps et de ce sang , les souillures que son âme a contractées sont de plus en plus lavées, sa culpabilité de plus en plus effacée, ses blessures de plus en plus guéries ; ce sang d'expiation s'entremet de plus en plus entre lui et ses péchés, et luimême se trouve plus nui au Seigneur, qui est seul la justice , la sanctification et la rédemption.

€ Si ce divin sacrement a pour but propre et immédiat l'union avec celui qui a uni notre humanité à Dieu,

l'infusion en nous de son esprit , de sa vie et de son immortalité, puisque ce même sacrement a en outre, pour résultat ultérieur, la purification de nos péchés et de notre corruption , la réparation de nos ruines , quelle doit être la perte de l* Église de ces derniers jours, où les communions sont si peu fréquentes? Comment pourrions-nous nous étonner que Vamour se soit refroidi,que la corruption abonde, que, pour notre jeunesse , commettre des fautes graves soit devenu la règle de conduite, tandis que la justice en est l'exception ; que la régularité des païens devienne un reproche a l'égard du relâchement des chrétiens, et que la vie religieuse soit si rare ; qu'on en trouve si peu d'exemples , et encore de si faibles exemples? Comment s'en étonner, lorsqu'on perd volontairement la force de cette vie? Comment y aurait-il la plénitude de la vie religieuse, là où tout le résultat obtenu est déjeuner pendant un mois de notre pain quotidien? Lorsque, dans la plus grande partie de l'Église , on ne fait que regarder l'entrée du ciel, sans y pénétrer, que faisons-nous? On dirait, hélas! que nous avons oublié, même dans nos pensées, celte communion de tous les jours , qui fut autrefois le privilège commun de toute i Église, et qui, lorsque l'Église d'Orient se relâcha de son premier amour, continua dans celle d' Occident , usage que ceux (les premiers évéques anglicans) dont nous tenons le service de la communion dans sa forme actuelle, espérèrent d'abord rétablir. Cette communion de tous les jours implique une vie si différente des lieux communs de notre existence ordinaire , une vie si au-dessus de ce

monde , comme étant liée a celui qui a vaincu ce monde ; si angélique , puisqu'elle nous fait vivre de celui qui est la nourriture des anges; elle suppose une union si intime avec Dieu, que, le plus souvent, nous ne saurions nous imaginer comment nous pourrions cire ainsi journellement dans le ciel et en même temps ici-bas , dans les a/Taires communes de la vie journalière , et enfin sanctifier nos devoirs quotidiens , nos pensées , nos délassements, en y faisant descendre le reflet de ce ciel de tous les jours ; nous craindrions , je le suppose , que le don céleste fût terni par l'esprit terrestre de noire humanité. Comme nos âmes, pendant tout le jour, brilleraient de la gloire de cette ineffable présence dont nous nous serions approchés et dont nous n'approchons pas, parce que nos imes sont obscurcies par les idées de la terre ! Il est impossible qu'il en soit autrement ; nous ne pouvons connaître le don de Dieu , si nous n'en profilons pas ; nous devons , le plus souvent , cesser de désirer ce que nous négligeons; nous perdons même le sens qui nous serait nécessaire pour le comprendre.

« Ce n'est point ici un blâme que j'adresse à d'autres, mes frères. Dieu m'en préserve! c'est comme l'aveu d'une faute commune, dont ceux-là sont moins coupables qui sont les moins indignes, et dont, si nous pouvons le reconnaître , Dieu peut nous apprendre à nous corriger. »

On voit par ces extraits quel est en substance le sermon du docteur Pusey, qui lui a fait interdire pour deux années la prédication dans l'Université d'Oxford. Ce sermon a été imprimé depuis, et on lit dans la préface dont

le docteur Pusey l'a fait précéder : Je crois que les éléments demeurent dans leurs propres substances ; d'où il suit clairement que, quoiqu'il admette la présence réelle, il n'admet pas la transsubstantiation. Au sermon est joint un appendice où se trouvent cités un grand nombre de passages tirés des écrivains anglicans , pour montrer que ces ^écrivains ont eux-mêmes enseigné la présence réelle; le docteur Pusey reconnaît cependant, dans la préface, que quelques-uns de ses auteurs, Mède, par exemple, se contredisent parfois. Certes il n'y a a cela rien d'étonnant, puisque la doctrine de l'Église anglicane touchant l'Eucharistie est contradictoire, la grande réformatrice Elisabeth ayant désiré, comme Burnet Tavoue, réunir dans la même communion tant ceux qui ne croyaient pas que ceux qui croyaient a la présence réelle. Que quelques-uns des passages rapportés dans l'appendice contiennent des expressions très-fortes en faveur de la présence réelle , non-seulement du corps et du sang, mais du Christ comme Dieu et Homme, nous le reconnaissons volontiers ; tels sont les textes cités de Mède et de Bramhall; mais, parmi ces textes, quelques autres, ceux par exemple de l'archevêque Laud et des évêques Forbes et Cosin, nient que le corps et le sang de Jésus-Christ soient corporellement dans l'Eucharistie. Brett dit qu'ils s'y trouvent en puissance et virtuellement, Taylor, Palmer et d'autres nient que le y;ec/icwr reçoive le corps et le sang du Christ. La plus belle confession est celle de Grabe , d'après lequel les tliéologiens anglicans enseignent que, dans la sainte Eucliaristie , le corps et le sang de JésusChpxist

sojit offerts à Dieu sous les espèces, c'est-à-dire sous les appareiices du vin, et deviennent une représentation du sacrifice du Christ fait une seule fois sur la croix, représentation par laquelle Dieu peut nous être rendu propice.

Palmer, suivant ses instincts de haineux sophiste, assure que : La doctrine romaine de la transsubstantiation est fondée entièrement sur le raisonnement humain touchant la nature des corps et sur la prétendue incompatibilité avec d'autres paroles de l'Écriture, de cette doctrine scripturale entendue littéralement, que i Eucharistie est pain et vin. Il a lu cependant les théologiens catholiques , et doit connaître par conséquent les preuves tirées de l'Écriture et la tradition perpétuelle de l'Église que ces théologiens produisent en faveur de la transsubstantiation (1).

On a vu par quels progrès successifs les puseyistes sont arrivés au point où nous les voyons , et combien leurs doctrines présentes différent de leurs doctrines d'il y a quelques années ; il faut ajouter qu'on remarque une pareille diversité entre les sentiments, actuels des membres de cette école : Palmer et Sewell , par exemple , sont séparés par un grand intervalle de Ne^vman et de Pusey. Quoi qu'il en soit, les uns et les autres rejettent jusqu'à présent l'infaillible autorité de l'Église, et leur règle de

(1) L'Eglise catholique enseigne clairement ce que l'on doit croire par rapport à TEucharistie ; mais une telle doctrine contient , comme celle de la très-sainte Trinité, un grand mystère; l'Église anglicane enseigne à la fois le oui et le non , et par conséquent au lieu d'un mystère elle enseigne une contradiction.

foi se réduit^ en dernière analyse, an jugement jwivé, source inépuisable , ainsi qu'ils le disent eux-mêmes, de diversité d'opinions. Sur quoi la Revue d'Edimbourg (janvier 1845, page 397) fait celle remarque : Rien , excepté la doctrine papiste de L'infaillibilité de l'Eglise, ne pourra jamais annuler ou seulement limiter le droit du jugement privé ; cette doctrine, et cette doctrine seide , est pour cela suffisante. D'après la Revue d* Edimbourg , il semble que les puseyistes l'aurarent compris. On lit dans la livraison d'avril 1845, page 548 de ce recueil : « M. Isaac Taylor a mon- € tré dans son puissant et savant ouvrage , que les pu-

< seyistes d'Oxford doivent ou revenir aux principes du

< proteslantisme , ou pousser beaucoup plus avant leur « système ; si l'on en peut juger par certaines démoli- « strations récentes, ils sont pleinement disposés à « prendre ce dernier parti. *E{ ailleurs : t Pour èlre conc séquenls, ils doivent conclure que le roraanisrae, bien c loin d'être une épouvantable corruption, n'est, comme • l'Eglise du cinquième siècle , qu'un développement « harmonieux. On s' achemine à cette conclusion. >

Nous espérons que l'avenir ne démentira pas ces prévisions de la Revue d'Edimbourg.

Voici la péroraison du discours du célèbre docteur : L'orateur, s'adressant solennellement aux chanoines de la cathédrale et aux autres docteurs qui étaient assis près de la chaire, leur reproche d'avoir abandonné l'usage de la communion dominicale et fait allusion k la négligence où est tombée, dans l'église cathédrale , celte sainte pratique. Cilons ses paroles :

mi)

i .le crois de mou devoir de faire observer que, dans ce lieu privilégié, 7ioiis abandonnons (fénéraiement ce qui nous reste, et ce que notre liturgie nous enjoint encore, 11 semble même que nous ayons appris à justifier celte omission. De même que ceux qui ne connaissent pas les avantages du service quotidien^ pensent que des prières journalières doivent devenir une forme dépourvue de toute vie, de même des personnes bien intentionnées expriment l'opinion (et peut-être doivent-elles l'exprimer jusqu'à ce qu'elles aient fait l'expérience du contraire), non pas que nous avons besoin d'un plus grand respect envers Dieu, pour participer dignement à la communion chaque semaine, mais que la communion heddomadaire tend à diminuer et non a augmenter ce respect. Et ainsi, dans ce lieu auquel Dieu a accordé tant de privilèges éclatants, où un si grand nombre aspirent au même but , et ont d'autant plus besoin de zèle et de force dirine pour ne pas succomber ; où nous pouvons nous retirer en nous-mêmes, autant que nous voulons, et où BOUS avons des prières quotidiennes pour préparer nos âmes , bien souvent nous ne profilons pas des privilèges qui deviennent communs dans les églises de village. Nous tous auxquels il est expressément enjoint de « recevoir la sainte communion avec le prêtre, chaque dimanche au moins , » nous la recevons mensuellement, et l'action de grâces pour l'Ascension de Noire-Seigneur reste muette chaque année dans notre livre de prières, parce que , tandis qu'il s'est élevé au ciel , afin de recevoir des dons pour les hommes, il n'y en a point ici bas pour recevoir le Do>' qu'il nous a obtenu , et dans lequel il est

LUI-MÊME le don et le donataire. Il n'en a pas toujours été ainsi : il y a même cent cinquante ans , cette cathédrale était remarquée comme Tune de celles où, après la désolation de la grande révolte, on célébrait encore des corn* mimions hebdomadaires.

€ Mais cependant, quoiqu'il faille lutter contre cette décadence , nou§ n'entreprendrons pas témérairement l'œuvre d'une restauration. Il ne s'agit pas ici de rubriques à suivre, c'est une question de vie ou de mort , de santé ou de maladie , de rapprochement de Dieu pour ou contre nous, de salut ou de condamnation. Une restauration véritable est l'œuvre de l'humilité , qu'il ne faudrait pas tenter lors même que nous en aurions les moyens , et que nous pourrions, a volonté, rétablir ce que nos ancêtres ont perdu par leur négligence, et ce qui nous est encore interdit par nos péchés et les leurs. Une véritable restauration religieuse doit être un don de Dieu, qu'il faut lui demander dans Thumilialion, dans la prière, dans un esprit de mutuelle charité , avec une plus grande régularité de vie et un usage plus assidu de ce que nous possédons. L'un doit servir à l'autre. Il y a , dans notre état de chute, un éloignement respectueux d'une plus fréquente communion , fondé sur des craintes réelles , quoique non légitimes. Nous devrions tous avoir la conviction que la communion plus fréquente entrauierait un changement de vie, plus de concentration en Dieu, une existence plus retirée, quelquefois un sentiment plus profond de sa présence, quelque chose de plus religieux dans nos actions ordinaires, un plus grand amour pour sa passion que nous célébrons, et dont nous reproduirions

l'exemple dans la règle, la discipline de notre \ie et l'abnégation de notre amour pour Dieu. Et ces grâces, nous ne le savons que trop bien, viennent lentement. Il vaut donc mieux , pour un temps , renoncer à ce qui devrait être l'objet de nos désirs, ou l'obtenir, quand le permettront la bonté et la providence de Bien , plutôt que de manquer de charité par un empressement prématuré , ou de risquer de compromettre l'âme d'un frère. Celui-lk seul qui peut faire de la communion plus fréquente un bienfait, et qui a mis tant de vertus dans cette nourriture céleste , peut, si nous sommes fidèles et si nous savons garder le don que nous recevons, donner une telle efficacité a nos rares communions, qu'elles nous conduiront, à travers nos années d'épreuves , a la sainte Montagne et à la vision de lui-même, dans l'état bienheureux... Défions-nous de nous-mêmes et non des autres; que les timides craignent leur propre timidité, et les hardis un trop vif empressement ; que chacun interprète avec charité les actions et les motifs des autres; que ceux qui s'efforcent de participer plus souvent a la nourriture céleste , honorent le respect et l'humilité qui s'abstiennent, et que ceux qui croient , par respect , devoir s'abstenir, ne censurent pas, comme une innovation, le retour à V ancienne dévotion et à V ancien amour. Rétablissons, si nous le pouvons , la communion fréquente a celte heure du jour oi!i l'absence ne sera pas une cause de peine et d'anxiété , afin que, pleins de bonne opinion les uns pour les autres, nous puissions ensemble , raffermis par le même pain , lavés dans le même sang , approcher, dans l'unité de l'esprit, dans la paix et la sainteté d'une même vie, de ce

banquet ineffable où , non pas comme maintenant et an mibeu des mystères, mais face à face , nous verrons toujours Dieu, et nous serons remplis de sa bonté et de sou amour.

t En attendant, ceux d'entre nous qui aspirent a la pénitence doivent sentir que nous sommes au-dessous de la dernière des miséricordes de Dieu ; que nous avons déjh beaucoup plus que nous ne méritons(car, après avoir mérit'^ l'enfer, nous avons l'avant-goût du ciel); que le pain des enfants est réellement donné aux chiens ; que celui qui est sans tache admet les pécheurs a sa table, et que la nous trouverons consolation et force. Car, là où il est, comment n'y aurait-il pas vie, pardon, paix et joie? Quel autre désir aurions-nous, si nous pouvions espérer que nous habiterons en lui et qu'il habitera en nous, sinon avec toute la plénitude de ses grâces, au moins avec celles qui conviennent k notre état, lavant nos iniquités et guérissant nos intirmités, lui, le pardon après lequel nous soupirons; nous en lui, en qui, si nous sommes trouvés en ce jour, notre pardon est à jamais scellé, notre purilication à jamais accomplie , notre iniquité h jamais remise et notre péché k jamais pardonné ! >

En publiant ce discours, après qu'il eut été condamné par la cour du vice-chancelier, le docteur Pusey le lit précéder d'un avant-propos , dans lequel il s exprimait sur le dogme de la présence réelle d'une manière encore plus explicite, ou , du moins, il y résume en peu de mois la doctrine que son sermon a eu pour but de défendre. Nous le laissons parler :

c UËvangile devient, dit-il, un élément de vie ou nn

éiéinent de mon ; il a élé blasphémé partout où il a été prêché. Il a été blasphémé par les Juifs , par les païens et par tous les hérétiques, h mesure qu'ils se levaient. Les ariens faisaient des plaisanteries blasphématoires ; ils mettaient leurs blasphèmes en chansons pour l'usage du peuple, et profanaient la sainte eucharistie. Les impies et les blasphémateurs doivent augmenter a la tin des temps ; ce sera là un des témoignages de son approche , et cependant, quoique vêtus de sacs, les deux témoins doivent lui rendre témoignage. A mesure que la vérité est proclamée de toutes parts, la folie du monde augmente , et les blasphèmes qu'on lui jette ne sont que le gage de sa victoire.

« Le premier devoir d'un ministre de Jésus-Christ est envers ses enfants; c'est pour eux que ce sermon est publié ; c'est pour eux que je l'accompagne de ces réflexions, afin qu'ils ne soient pas plus longtemps dans l'inquiétude, relativement h ce qu'ils ont pu entendre dire de mes doctrines.

< Rien, quand je prêchai ce sermon, n'était plus loin de ma pensée que d'engager une polémique. J'avais commencé une série d'instructions sur les consolations que TEvangile offre au pénitent qui a la conscience de ses fautes , afin de répondre aux reproches de sévérité qu'on oppose au développement d'une partie de la vérité catholique. Dans cette série de sermons, le sujet delà sainte eucharistie s'est nécessairement présenté , et je voulais montrer les consolations qu'elle donne au pénitent. Ces consolations sont de deux sortes : les premières découlent de ce que la sainte eucharistie esi le corps et le

sang du Seigneur, et que c'est rinslrument de sa sainte présence dans l'âme; les secondes, de ce que, d'après les saintes Ecritures , la rémission des péchés est attachée à la réception de l'eucharistie.

€ Dans le cours de cet enseignement , je ne songeai nullement à soulever une controverse; j'avais des le début invité mes auditeurs h se tenir en garde contre l'esprit de dispute ; je n'étais préoccupé que des saintes Ecritures et des ouvrages do leurs plus profonds commentateurs, les Pères de l'Eglise; je m'efforçai de parler leur langue plutôt que la mienne sur cet ineffable sujet.

€ Certain tV adhérer entièrement aux formulaires de mon Eglise; ayant eu plusieurs fois l'occasion de m'cxpliquer la-dessus , et ce sermon lui-même montrant que je crois que les éléments conservent leur substance natm^elle , je n'avais aucune crainte de voir mal interpréter mes paroles, quoique je n'aie pas cherché à définir le mode du mystère par lequel ces éléments sont aussi le corps et le sang de Jésus-Christ.

« Mes vues étaient en quelque sorte passées au moule de l'évêque Andrewes et de l'archevêque Bramhall , que je regarde comme les types les plus purs de l'enseignement théologique de notre Eglise. C'est par eux , et , tout en croyant que les éléments consacrés deviennent vraiment et véritablement ( truly and realy ) , quoique spirituellement et d'une manière ineffable , le corps et le sang de Jésus-Christ, que j'ai appris a détourner mes pensées de ce qui regarde la manière dont s'opère le grand mystère, mais en l'adorant toutefois en tant que mystère. Je ne croyais donc pouvoir parler, avec les Pères et les

grands théologiens de noire Eglise , des éléments consacrés, que comme étant, selon les propres paroles de Noire-Seigneur , après la consécration , son corps et son sang. »

Tout en s'appuyant de témoignages qui prouvent le mystère de la transsubstantiation , tel qu'il est admis dans l'Eglise catholique , le docteur Pusey n*est pas encore arrivé a ce point. Embarrassé entre la foi de l'Eglise anglicane, qui enseigne la consubstantiation, et la doctrine cathoHque, il défend, d'une part, la présence réelle, rejetée aujourd'hui par un grand nombre d'anglicans, et, de l'autre , il leur cède sur la question de savoir comment s'opère ce mystère. Nous ne doutons pas qu'il ne croie en la transsubstantiation ; mais, après avoir lu son discours, empreint d'un sentiment de piété inaccoutumé dans une chaire réformée, on dirait qu'il a voulu ménager les membres de son Eglise , qui n'auraient pas manqué de l'accuser de pat)isme, s'il avait franchement exprimé son opinion. Mais ne semble-l-il pas faire pressentir qu'elle lui échappera, lorsqu'il dit en terminant ses explications :

« Que Dieu ait pitié de son Eglise !.. Et , puisque je ne puis me faire entendre d'une autre manière, je'm'adresserai ici aux jeunes gens qui ont jusqu'à ce jour reçu de moi un enseignement plus solennel du haut de la chaire, pour leur rappeler le mot d'ordre que je donnai aux amis de la vérité, dans le livre qui fut, comme l'aurore, l'avant-coureur du réveil d'une vérité phis complète; ce mot d'ordre était : Dans le repos et la confiance sera votre force.

« Nous avons eu depuis de rudes épreuves a subir, et le mérite de la pénitence est une grande grâce que Dieu semble vouloir accorder à notre Eglise : la colère de rhomme n'opère pas la justice de Dieu,

« Quoiqu'il soit donc très-douloureux de voir la vérité rejetée, combattue, foulée aux pieds par un grand nombre, ceux qui l'aiment doivent être patients, puisque celui dont c'est la vérité le supporte patiemment. Mais soyons bien persuadés que plus on la foulera aux pieds, plus elle pénétrera profondément dans la bonne terre des cœurs bons et honnêtes pour en sortir, à l'heure marquée, et se multiplier au centàple (1). »

Arrivons au procès auquel ce sermon a donné lieu.

Depuis longtemps les ennemis des puseyistes épiaient l'occasion de frapper au cœur leurs adversaires ; c'est à Oxford même qu'ils désiraient les atteindre et les attaquer. Quoique la bonne moitié des membres de cette Université soient puseyistes , elle compte encore quelques chauds partisans des doctrines erronées que la négligence des évêques a laissé introduire dans l'Église d'Angleterre; c'est à eux que fut confiée la mission de livrer assaut au puseyisme.

Le bruit s'était répandu dans l'Université que , d'un moment a l'autre, quelqu'un des puseyistes serait immolé îi leurs exigences. On attendait donc en silence cet événement , lorsqu'un des prédicateurs de l'église du Christ fut sommé de livrer son sermon au vice-chancelier. Le

(t) On pourra juger de l'intérêt qu'a exciié la controverse soulevée par ce sermon, quand on saura que six mois après sa publication , il en avait été vendu plus de trente-cinq mille exemplaires.

coup ne porta pas, car, après examen, le discours fut renvoyé à son auteur : on prélendit que rien ne justifiait les dénonciations dont il avait été l'objet. ]N*était-ce pavS que Ton préférait immoler le docteur Pusey lui-même plutôt qu'un de ses amis ?

Le tour du professeur d'hébreu ne tarda pas à arriver. Sa qualité de chanoine de l'église cathédrale du Christ l'appelait a monter en chaire, et, selon l'usage, le nom de l'orateur avait attiré une affluence considérable. 11 avait choisi , comme on sait , pour texte ces paroles : € Ceci est mon sang du Nouveau Testament, qui est versé pour plusieurs pour la rémission des péchés. > (Saint Matt. , chap. xxi, v. 28.) Les amis du prédicateur trouvèrent le sermon empreint d'une grande modération. Son savant auditoire l'écouta dans le plus grand recueillement. Le silence le plus profond régnait dans cette imposante assemblée. On observa seulement que vers la fin du discours des murmures éclatèrent, lorsque le docteur Pusey , s'adressant aux chanoines et aux docteurs de la cathédrale, leur reprocha leur indifférence et leur tiédeur; mais, a part cet incident, chacun parut satisfait du ser* mon. Aussi apprit-on avec quelque surprise que le vicechancelier avait fait demander le discours. Ce haut fonctionnaire n'agit pas de son propre mouvement, mais sur la plainte du docteur Faussett, professeur de théologie et chanoine de l'église du Christ. Les statuts universitaires ne permettaient pas au vice-chancelier d'hésiter; il pria en conséquence le docteur Pusey de lui confier son manuscrit. Le prédicateur demanda deux jours pour annoter son sermon, afin de faciliter les recherches de ses juges.

Il se rendit humblement à la prière de son supérieur, lui envoya son manuscrit, et attendit avec confiance le résultat de cette enquête.

Le public ne tarda pas a apprendre que le vice-chancelier avait choisi cinq docteurs pour l'assister dans le procès. Le docteur Fausselt, demandeur, était, ex officio, membre de ce tgbunal. Les cinq assesseurs étaient : le docteur Jenkins, maître du collège de Balliol ; le docteur Ilawkins , prévôt d'Oriel ; le docteur Symons, du collège de Wadham; le docteur Jelf, chanoine de la cathédrale, et le docteur Ogilvie, professeur de théologie.

Nous aurions k nous arrêter ici pour expliquer la nature et les prérogatives de ce tribunal ; mais la question est tellement complexe, que ce serait sortir du cadre que nous nous sommes tracé. A Oxford même, parmi les membres de l'Université, il est fort peu de personnes qui comprennent le mécanisme de ce rouage judiciaire. Tout le monde sait k Oxford qu'il existe une cour du vice-chancelier, qui décide des causes controversées, mais, quant a ce qui regarde les opérations de cette cour , ses formes, ses usages, ses lois, on ne trouverait pas un membre de l'Université sur vingt qui fût capable de donner sur tout cela la moindre explication. Le livre des statuts universitaires renferme un long chapitre sur ce sujet, exposant la juridiction, la constitution, les formes de procédure de cette cour exceptionnelle ; mais ce livre, bien que possédé par chaque membre de l'Université, est ordinairement regardé comme une relique que l'on couserve précieusement sans y toucher jamais. Nous nous bornerons donc a (aire observer que le tri-

bunal du vice-chancelier exerce une juridiction spirituelle semblable à celle des cours diocésaines. L'Université jouit de ce privilège, en vertu de plusieurs bulles pontificales, et notamment de celle du pape Boniface, qui confirma , en 1301 , toutes les chartes royales accordées a rUniversité, et la mit en dehors de la juridiction des archevêques et évéques. Ces vieilles prérogatives ont été religieusement conservées au milieu des innovations de la réforme , avec cette différence que les appels en dernier ressort , au lieu d'être portés devant la cour de Rome , doivent être soumis au roi d'Angleterre.

La compétence du tribunal devant lequel le docteur Pusey allait être traduit , ne peut être contestée ; mais on ne saurait en dire autant de la légalité de la procédure tout exceptionnelle suivie en cette circonstance, au mépris des lois civiles et ecclésiastiques , au mépris du droit naturel. — L'accusateur et les juges étaient en présence ; mais l'accusé était absent ; on a refusé de l'entendre. Le docteur Pusey n'a pas été admis a se justifier. Le tribunal n'a pas même permis qu'un ami présentât sa défense. — C'est la une singulière manière de procéder contre un accusé ! Croirait-on qu'en déi)it de celte violation du droit naturel et sacré de la défense , le tribunal d'Oxford ait trouvé parmi les feuilles protestantes, qui crient chaque jour contre la discipline despotique de l'Église cathoHque et qui invoquent sans cesse la liberté de conscience et d'examen , croiraiton que tous les journaux protestants de Londres aient approuvé cette procédure , en applaudissant a la conduite du vice-chancelier et des docteurs qui formaient son

tribunal. Tous les journaux, les revues, les magasins de l'Angleterre, ont traité longuement de cette atïaire. Le Times et le Morning-Chronide sont les seuls organes de la presse anglaise qui aient protesté contre l'illégalité de ce procès. L'opinion publique s'en est vivement émue. M. Ewart a appelé l'attention de la chambre des communes sur la manière^dont cette affaire avait été conduite ; mais sa voix a été étoutïée par les cris : à l'ordre ! Ainsi en Angleterre , où le sentiment de la liberté individuelle est si profondément gravé dans tous les cœurs , le docteur Pusey est sacriûé sans pitié et sans moyens de défense k la jalousie de ses ennemis; mais c'est qu'il y a derrière la question de liberté , une question religieuse dont la solution pourrait n'être pas favorable au protestantisme : indè irœ.

Reprenons l'exposé des faits. Dès que le sermon fut entre les mains du vice-chancelier, celui-ci convoqua les six docteurs de son choix. On se réunit plusieurs fois ^ mais le docteur Pusey, principal intéressé dans cette affaire, ne voyait personne , ne recevait aucune communication, n'entendait olïiciellement parler de rien. Trois a quatre jours s'étaient écoulés, lorsque la rumeur publique annonça que le docteur Pusey avait été acquitté. Le Times s'empressa de reproduire la nouvelle ; mais le bruit était sans fondement : on ne tarda pas à apprendre qu'un jugement avait été prononcé qui condamnait le professeur d'hébreu ef le frappait d'interdit pour deux ans.

Cet étrange jugement resta pendant quinze jours enve= loppé du plus profond mystère, lorsqu'enhn une protesta-

tioû du docteur Pusey leva tous les doutes. Il est assez curieux que la première pièce relative au procès, qui ait été connue du public, émane de l'homme qui vient d'être condamné.

Dès que M. Pusey fut informé de la sentence qui le frappait , et par laquelle il lui était interdit de monter en chaire de deux ans, il envoya au vice-chancelier une protestation où il constatait que ses juges refusaient de spécifier les propositions sur lesquelles ils motivaient leur arrêt. Le docteur Pusey y déclare qu'il a vainement insisté auprès d'eux pour savoir quels étaient les passages de son discours qui leur paraissaient en opposition avec les doctrines de l'Église anglicane. Le savant professeur dit qu'il adhère à tout ce qui est enseigné par son Église, et il attribue sa condamnation , ou aux opinions particulières de ses juges, qui se sont mépris sur le sens et la portée de ses paroles , ou a des motifs puisés en dehors des formulaires de l'Église. Il termine en déclarant que la sentence dont il est frappé est contraire aux statuts de l'Université, autant qu'elle est injuste. C'est, en effet, une singulière manière de juger un accusé que de ne vouloir pas entendre les explications qu'il est prêt a donner sur les griefs articulés contre lui.

.Quelques jours après avoir rendu publique celle protestation , le docteur Pusey publia un nouveau document qui nous a révélé deux circonstances importantes k constater. La première , c'est que l'éloquent prédicateur fut informé par la personne chargée de lui faire connaître le jugement, que le fait de cette communication, aussi bien

que le contenu des pièces qui lui élaienl remises , étant strictement confidentiels , il kii était défendu d'en parler. La seconde , qui n'est pas moins curieuse que la première, c'est que le vice-chancelier semblerait avoir été d'avis que le docteur Pusey devait être entendu par ses juges , car il lui écrivit une lettre où il disait : « Le docteur Pusey peut déclarer, sur mon autorité, qu'on a refusé de l'entendre. >

Il résulte de ce document que si le docteur Pusey n'avait pas cru , pour son honneur personnel et celui de l'Université , devoir protester contre une sentence de tous points entachée d'illcgahté, personne en Angleterre, au sein même de l'Université, ne se serait douté du jugement rendu par la cour du vice-chancelier. Le docteur Pusey ne serait plus monté en chaire ; mais il lui eût été défendu d'en faire connaître le motif.

Nous avouons que si le sermon du docteur Pusey renferme, de l'avis de ses juges, des propositions contraires aux doctrines de l'Église anglicane , ils ont eu recours à un singulier expédient pour empêcher la propagation d'un enseignement qui leur a paru dangereux. Quelles sont les propositions du docteur Pusey qui ont été condamnées? Quelles sont les parties de son sermon qui ont été approuvées? C'est ce que le tribunal s'est bien gardé de nous apprendre ; et cela, sans doute, alin que les membres de l'Université pussent se tenir en garde contre Terreur. Cette conduite est contraire a l'usage canonique toujours observé par les conciles et parle chef suprême de l'Église catholique, lors même que les propositions sont condam-

nées in globo. Ainsi agissent ceux qui se plaignent de la prétendue tyrannie du Pape !

Ne voit-on pas dans toute cette affaire un véritable guet-apens dressé contre le docte théologien dans l'espoir denuire aupuseyisme?

Mais des adversaires qui sont réduits à une telle extrémité sont mille fois vaincus, et nous ne voyons pas ce que la vérité pourrait craindre de leurs menées.

Tout en nous servant des mots procès et condamnation, nous devons protester contre l'intention qu'on pourrait nous prêter d'appliquer ici ces mots dans leur véritable acception, en admettant que les poursuites contre le professeur d'hébreu aient passé par toutes les phases d'une procédure régulière. Nous avons rapporté les circonstances de cette affaire avec assez de détails pour permettre au lecteur d'apprécier la valeur et la portée des formes légales auxquelles le tribunal inquisiteur du vice-chancelier a eu recours. Nous sommes loin d'accepter la sentence arbitraire de ces juges , qui ont refusé d'entendre l'accusé parce qu'ils redoutaient sa science , comme une condamnation qui en réalité ait pu atteindre le docteur Pusey. Le savant théologien est regardé aujourd'hui par ses collègues dans l'Université , ses frères dans le sacerdoce , la communauté anglicane tout entière, comme aussi orthodoxe qu'il l'était avant la suspension prononcée contre lui. La sentence des six docteurs n'a produit d'autre effet en Angleterre que de faire naître chez les uns et de fortifier chez les autres le désir de voir réformer une institution où de pareils abus de pouvoir peuvent se commettre impuné-

ment et sans appel. Le coup dirigé contre le docteur Pusey a porté contre l'Université elle-même. On appréciera plus facilement ce résultat après avoir lu les piècCvS que nous allons reproduire. Il nous reste à dire de quel statut universitaire la prétendue cour du vice-chancelier s'est autorisée pour couvrir son arbitraire. Nous verrons ensuite quelle conduite ont tenue les membres de rUni* versité. Voici d'abord la traduction du statut en question.

Le chapitre XVI du onzième statut, qui s'applique tout entier aux sermons de l'Université , s'exprime ainsi , sous la rubrique « De ofjensionis et dissensionis materia in concionibus evilanda :

« Si quelqu'un, préchant dans l'Université ou ses limites, avance des propositions qui varient ou soient contraires a la doctrine ou discipline de l'Église d'Angleterre, ainsi qu'elle est établie par la loi ; si le prédicateur se permet de dire quelque chose de défendu par l'autorité légale pour la circonstance ou autrement , et que le vice-chancelier soupçonne lui-même que ces propositions aient été avancées, ou que le prédicateur en soit accusé par toute autre personne qui fournira à l'appui de son opinion quelque preuve raisonnable de soupçon , le prédicateur, sur la demande du vice-chancelier ou de son délégué, livrera, sur la foi du serment, une copie vraie et littérale de son sermon ; et dans le cas où il alléguerait qu'il n'en a pas pris copie, il s'expliquera directement, après avoir prêté serment , sur les propositions dont il aura été soupçonné ou accusé.

< Ceci fait , le vice-chancelier, ou son délégué , après •4Voir soumis l'affaire a la cour et examiné soigneusement

les mots et le sens des passages en question ; après avoir aussi consulté six autres personnes qui doivent être des docteurs en théologie , parmi lesquels devra se trouver le professeur royal de théologie, s'il a assisté au sermon, le vice-chancelier, disons-nous , pourra , a sa discrétion , s'il trouve le défendeur coupable , ou lui interdire la faculté de prêcher dans les limites de l'Université , ou le forcer k rétracter ce qu'il a avancé de condamnable. Mais, dans le cas où les paroles reprochées au prédicateur paraîtraient au vice-chancelier avoir une tendance a exciter des séditions dans l'Université ou quelqu'un de ses collèges, le vice-chancelier seul, après s'être consulté avec un docteur en théologie présent a la prédication, punira le coupable d'un emprisonnement , d'une amende pécuniaire, ou exigera une rétractation publique» Ces accusations équivaudront a celle d'avoir troublé le repos de l'Université. »

Le British'Critic , qui nous fournit cette citation, fait observer avec raison qu'on ne peut s'attendre a trouver dans un statut particulier toutes les données nécessaires a sa mise en pratique (1). Il est évident aussi que toutes les expressions de ce passage ne sauraient être comprises et appréciées en dehors des connaissances spéciales a la matière. Entre les premiers mots stalutum est , et les derniers , reus liabeatiir, le législateur ne pouvait placer une encyclopédie de droit canon et de droit civil. Un statut ne détruit pas les lois et les usages préexistants, à moins qu'il ne particuralise quelque chose

{I) British-Criiic, livraison de juillet, The six Doctors, p. 230.

qui leur soit conlraire; mais, dans cette circonstance comme dans toutes les autres , les dispositions du statut doivent être éclairées par les règles de la jurisprudence générale, et en particulier de la procédure ecclésiastique. Or, y a-t-il quelque part une société où un juge ait jamais été investi d'un pouvoir qui ressemble de près ou de loin à celui que s'est attribué contre le docteur Pusey M. le vice-chancelier? En prenant même à la lettre, et en dehors des notions générales du droit , le statut en question , le vice-chancelier n'a-t-il pas violé ses dispositions? n'est-il pas dit que l'affaire doit être soumise à une cour ? Non-seulement les mots et le sens doivent être soigneusement examinés , mais six docteurs doivent aussi être consultés. Le mot aussi est assez explicite et prouve que si les six docteurs sont appelés , ils le sont pour éclairer la cour, auprès de laquelle ils interviennent comme arbitres. Mais cette disposition implique la nécessité de porter l'affaire devant un tribunal , et conséquemment d'y procéder d'après les règles de la jurisprudence. Une cour, quel que soit le sens qu'on attache h ce mot , ne peut jamais signifier le salon ou le cabinet du vicechancelier, et rien d'ailleurs ne justifie un huis-clos qui n*admet pas même l'accusé dans l'enceinte des délibérations.

Le Britisli-Critic pèse et discute chacun des termes du statut que nous avons cité ; il explique ses dispositions, la portée qu'on doit leur donner d'après le droit romain, le droit canon et le droit civil. Cette revue démontre que le docteur Wynter s'est arrogé une autorité supérieure a celle que les dispositions les plus arbitraires

(lu droit ecclésiastique ont jamais accordée a un tribunal. Certes , la royauté , avec toutes ses prérogatives, n'a pas le droit de faire et de défaire des juges. Il n'existe pas en Angleterre de circonstances où un président de tribunal puisse choisir les hommes qui doivent juger une cause avec lui. Or, celte omnipotence, le vice-chancelier d'Oxford est le seul mortel sur la terre qui prétende la posséder et qui l'exerce ! Pour ce qui regarde la publicité du procès, nous savons que, dans certaines circonstances, in caiisis criminalibus et Us quœ ad reformationem morum spectant, le vice-chancelier peut procéder à huis-clos contre les accusés. On en comprend les raisons. Mais si, dans ces cas particuliers, il est sage et prudent de ne pas initier le pubhc aux détails et aux révélations de la procédure, peut-il en être ainsi quand le crime reproché h l'accusé a été commis publiquement, qu'il a occupé non-seulement toute l'Angleterre, toute la Grande-Bretagne, mais encore l'Europe et l'univers chrétien? Quand les mille organes de la presse ont répandu , dans toutes les parties du monde , le sermon condamné , il semble que le plus simple bon sens indique et commande de rendre le châtiment public ? Mais décidément le docteur Wynter et ses amis n'admettent pas cette logique, et leur sécurité est si grande, qu'ils n'ont pas même essayé, en réponse aux attaques dont ils sont l'objet, de justifier leur conduite ! Après avoir discuté et exposé dans tout leur jour les dispositions du slalut dont s'est prévalu le vicechancelier, le Britisli-Crilic ajoute :

€ On prétend que le statut n'exige pas la citation de

l'accusé et ne force pas ses juges à rentendrc. Soit : ConstieUido vincit legem. La pratique de TUniversilé en a décidé aulreraent. En voici les preuves :

« Humphrey Leech, chapelain de l'église du Christ, s'était égaré dans un sermon sur les conseils évangéliques, prononcé le 27 juin 1608. Il fut cité et comparut devant le vice-chancelier, (qui avait reçu une copie de son sermon. M. Leech demanda a ses juges (nous citons ses propres paroles) « de procéder contre moi juridiquement et par voie d* article, afin que je connaisse précisément V erreur et la fausseté de mes doctrines, et vous recevrez mes réponses dans les formes légales. Telle a tonjottrs été la coutume dans cette Université et l'Eglise de Dieu, >

« Cette prétention de l'accusé fut admise par ses adversaires ; mais le vice-chancelier répondit : < Tout le i sermon est mauvais, scandaleux , papiste, erroné. >

« Thomas Hill, du collège de Hart-Hall, traita, dans un sermon prêché à l'église de Sainte-Marie, le 24 mai 1631, de matières prohibées. Il fut amené devant le vice-chancelier.

c Thomas Ford, du collège de Magdalen-Hall, commit la même offense le 12 juin 1651. Son sermon fut condamné, et lui-même fut cité à comparaître.

« Le 30 janvier 1637, Richard Kilkye , de Lincoln , prêchait a Sainte-Marie. Son sermon fut demandé. Son erreur lui fut démontrée dès qu'il parut devant ses juges, et il se rétracta.

€ Le 6 avril 1638, Gaspard Mayne, de l'église du

Christ, parut devant le vice-chancelier et autres docteurs, afin de présenter sa défense sur certains passages d'un sermon.

< En 1640, le 6 septembre, John Johnson, du collège de Sainle-Mag'Jeleine , prêcha un sermon k Sainte-Marie , qui parut reprochable. Il fut appelé devant les autorités et se soumit.

(( Le même jour, Henri Wilkinson , de Magdalen-Hall, commit la même faute. Il fut cité; mais, refusant de reconnaître ses torts, il fut suspendu jusqu'à ce qu'il se rétractât.

i II est à remarquer que les quatre dernières affaires ont eu lieu après que le livre des statuts eut reçu la sanction royale , de sorte que les dispositions invoquées aujourd'hui devaient nécessairement être présentes à l'esprit du vice-chancelier, quand il eut à poursuivre ces affaires. Or, il est expressément mentionné dans tous ces cas, que l'accusé comparut ou , du moins , qu'il fut cité à comparaître. En fait , il est évident qu'en 1636, 1637, 1638 et 1640, on ne tenait guère a faire un procès sans que l'accusé fût présent. Au moins le prédicateur devait-il êlrelh, k l'ouverture du procès, puisqu'il devait prêter serment en livrant son sermon. »

En opposition a ces précédents, on ne trouve pas dans les annales de la justice universitaire un seul exemple où les statuts aient reçu l'interprétation que le vice-chancelier prétend leur donner aujourd'hui.

Le procès du docteur Pusey une fois vidé, nous voyons intervenir en sa faveur le public universitaire , qui désirait savoir a quoi s'en tenir sur les chefs d'accusation et

le jugement. Cet intérêt s'explique, et le droit d'intervention ne saurait être dénié k des hommes qui voient condamner une des illustrations de l'Eglise anglicane, un membre de leur corps, un de leurs collègues les plus vénérés. Quelque disposé que l'on soit à s'incliner respectueusement devant l'autorité de la justice et la sagesse des hommes qui , en cette circonstance , ont rendu l'arrêt en question, il était cependant naturel que l'Université, ainsi frappée dans un des siens, se demandât pourquoi. Or, personne ne connaissait ce pourquoi, et c'est en vain que l'on cherche où se trouve, dans le long sermon du docteur Pusey, l'erreur contre laquelle on doit se tenir en garde. Douter qu'une ou plusieurs erreurs s'y trouvent jetées sous quelques phrases captieuses, serait faire injure a ses juges; mais ceux-ci auraient bien dû signaler le danger â l'Université, a l'Eglise et au public en général. C'est dan^ le désir de pouvoir prendre contre les prétendues erreurs du docteur Pusey toutes les précautions désirables , que nous avons vu adresser d'humbles requêtes au vice-chancelier. La pièce suivante est une des premières qui lui aient été remises. Il était difficile aux signataires de ^'exprimer avec plus de modestie et d'humilité,

€ Monsieur le vice-chancelier, — Nous , soussignés , membres de la convocation et bacheliers en droit civil , demandons humblement la permission de nous adresser ^ vous touchant la sentence dernièrement prononcée contre le docteur Pusey. Nous pensons que vous n'aurez pas d'objections a faire connaître k l'Université sur quoi repose ce jugement, atin que nous sachions quelles sont les doctrines que ce jugement a eu pour but de signaler

comme mal sonnantes avec ou contraires k celles de l'Eglise d'Angleterre , telles qu'elles sont publiquement admises. »

A cette prière, que répond le vice-chancelier ? — « Messieurs, je respecte les motifs de votre conduite; mais , malgré le désir où je suis de satisfaire dans toutes les circonstances a vos justes demandes, pour cette fois vous me permettrez de fermer la bouche ; allez vous instruire ailleurs. » Telle est la traduction libre de la lettre du vice-chancelier en réponse aux membres de la convocation. Peu de jours après, de nouvelles instances étaient faites auprès de ce discret docteur Wynter. Un bachelier en théologie du collège de Sainte-Magdeleine lui écrivait en ces termes : '

€ Je prends la liberté , dans un profond sentiment de respect pour vous et la place que vous occupez , de vous adresser quelques mots relativement h l'affaire du docteur Pusey :

€ Il y a, dans cette affaire, un point qui intéresse vivement tout ecclésiastique qui peut être appelé à prêcher dans l'enceinte de l'Université : c'est que nous n'avons aucun moyen de discerner poî/r^î(oi les examinateurs du sermon ont condamné le professeur d'hébreu. En admettant qu'ils soient dans leur droit , aucun prédicateur ne pourra à l'avenir se servir de leur décision comme d'un flambeau pour éviter les écueils contre lesquels il a échoué. On a toujours pensé que le statut du titre xvi , chapitre 2, avait pour objet de veiller aux intérêts de l'orthodoxie et de prévenir l'invasion d'un enseignement erroné dans la chaire de l'Université. Mais la méthode

suivie dans cette circonslance semble en faire uniquement le brutîim futme7i de celui qui a la puissance. Le jugement rendu récemment n'instruit personne, car aucun principe n'a été vengé , aucun n'a été condamné. Nous savons seulement qu'un prédicateur a été accusé et suspendu , et cela, pour avoir enseigné une doctrine qui pourra être prêchétî demain dans la même église , sans que l'orateur ait conscience qu'il blesse l'orihodoxie. Certainement, telle ne pouvait être l'intention de ceux qui ont rédigé le statut. Son titre seul : De materiâ offensionis evitandâ prouve le contraire, car ce serait accuser la plus grossière ingénuité que de chercher comment on doit éviter une foute quand il est défendu de découvrir en quoi consiste cette faute.

« Je fais observer que tout ecclésiastique dans l'Université est profondément intéressé dans la question, car chacun peut s'appliquer cet adage ; Mea res agittir paries cnm proximus ardet; personne ne saurait se tenir en garde contre ceux qui frappent dans l'ombre... »

L'auteur de ces remontrances pose ensuite ce dilemme âu vice-chancelier : Ou les juges du docteur Pusey ont trouvé dans le sermon une cause pour le condamner, et alors ils en doivent l'explication au public, ou le sermon était orthodoxe ; mais alors que penser de leur conduite? Le silence des juges ne pourrait se justifier que si les statuts leur en faisaient un commandement. Mais comme aucune de leurs dispositions ne leur interdit de parler, ils doivent compte de leur conduite à l'Université et au clergé.

Depuis l'apparition an numéro du British-Critic qui

contenait cette protestation , de nouvelles démarches ont été tentées auprès du docteur Wynter, mais sans plus de succès. Une adresse signée par 250 membres de l'Université qui n'habitent pas Oxford et qui sont appelés membres non résidents, lui a été envoyée ; mais, pour cette fois, il a refusé de la recevoir, en répondant qu'elle renfermait des insolences et qu'elle tendait à faire violence au gouverneur de l'Université. Or, parmi les insolents signataires de cette adresse, se trouvaient plusieurs da«i jurisconsultes les plus éminents de l'Angleterre. Le ministre du commerce, M. E. Gladstone , lordDangannoo, lord Courtenay, M. Coleridge, de la cour du banc de la reine, et autres célébrités s'étaient associés à cette démarche en apposant leur signature a la supplique adressée au vice-chancelier. Celui-ci ne s'est pas laissé intimider par tous ces noms, et pour éviter de justifier son silence, il a refusé de recevoir le document , en traitant ses signataires d'insolents î Cette pièce était ainsi conçue :

f Nous, soussignés, membres non-résidents de la convocation , demandons respectueusement la permission de vous exprimer nos regrets relativement à la manière dont on a procédé touchant le sermon du docteur Pusey. Nous désapprouvons l'interprétation donnée au statut, interprétation qui, contrairement aux principes généraux de la justice , soumet une personne à un châtiment sans lui fournir les moyens de se défendre. Dans l'intérêt de l'Eglise et de l'Université , nous pensons que lorsqu'un sermon renferme des doctrines condamnables , les points sur lesquels portent les erreurs doivent être distinctement établis , si la condamnation a pour Ibut d'éclairer les

autres prédicateurs ou de tenir le public en garde contre les doctrines que Ton croit erronées. »

Le docteur Wynler, après avoir lu cette pièce, s'est hâté de la remettre sous enveloppe et de la faire jeter k la poste , en déclarant qu'il ne pouvait pas garder chez lui un document si séditieux. Nous nous attendions à une détermination plus stge : c'eût été de poursuivre les signataires de ce document qui cherchaient h faire violence k l'autorité. Mais il eût été dilVicile d'instruire Taflaire au coin du feu , entre le dîner et une tasse de thé , et , probablement, M. le vice-chancelier a reculé devant les embarras d'une procédure régulière, qui l'eût forcé h siéger au milieu d'autres juges que les six docteurs de son choix. Que conclure de cet ensemble de faits ? Le Britisli-Criiic , dans son volumineux article, émet quelques opinions que nous acceptons volontiers et dont nous ferons ipémc la conclusion de ce travail. Le seul moyen, h son avis, de faire justice des procédés et de la conduite du vicè-chancelier , serait que le docteur Pusey prît sou tour pour prêcher k l'Université , absolument comme si rien n'était. Cela nous paraît un assez bon moyen de faire évanouir le jugement si singulièrement rendu contre lui. Le vice-chancelier et ses amis apprendraient ainsi qu'eu dépit de leurs faits et gestes, leur procédure et leur jugement ne sont qu'un rêve, qu'ils n'ont absolument rien fait de sérieux ni d'obligatoire ; qu'en réalité l'aflaire n'a eu ni instruction ni conclusion. Le docteur Pusey, aux yeux de tout le monde , se trouve en elTet dans la même situation qu'avant toutes ces tracasseries. La loi ne l'a pas atteint, et

il est aujourd'hui ce qu'il était avant d'avoir prononcé son sermon : un homme qui , par la profondeur de sa science, la supériorité de son talent , l'éclat de ses vertus, la sincérité de ses opinions , doit être regardé comme une des lumières de l'Eglise anglicane , et un des hommes qui auront le plus contribué a renouer dans son Eglise la chaîne des traditions catholiques.

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