‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 14 sur 33 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SOMBIAIRE.

Le révérend M. Newnian. — Sa position h Oxtbrd. — S«>s prédications. — Les trente-neuf articles du symbole anglican. — Le dernier des traités pour le temps présent , connu sous le numéro quatre-vingt-dix. — De la polémique soulevée par ce travail. — Jugement d'un théologien romain. — Réiraclation de M. Newnian. — De quelques membres de TUoivcrsité d'Oxlord , partisans du puseyisme.

Le révérend John Henry Newman a contribué tout aussi puissamment que le docteur Pusey k faire revivre dans l'Église anglicane les vieilles traditions et les pratiques catholiques. Quoiqu'il n*ait pas eu l'honneur de donner son nom a l'école nouvelle, ses écrits et sa parole exercent sur les pusey istes une influence en tout égale a celle du maître. Profond penseur et brillant écrivain, M. Newman s'est toujours fait remarquer par sa

science et surtout par sa grande franchise. Il est auteur de plusieurs volumes de sermons et de quelques ouvrages relatifs aux sciences ecclésiastiques.

M. Newman n'est pas docteur; il s'est contenté de prendre le titre modeste de bachelier en théologie. Il n'est pas professeur à l'Université dont il est membre. Sa position a Oxford esl celle de felloiv du collège d'Oriel , fondé par Edward II en 1526 ; il jouit aussi d'un des bénéfices dont dispose ce collège : celui de curé de l'église de Sainte-Marie-la-Vierge. Il a été nommé a Sainte- Marie en 1828. C'est dans le cours des sermons prêches dans celte église qu'il a développé à la jeunesse studieuse de l'Université les doctrines catholiques, et qu'il a, en quelque sorte, jeté le germe et activé le développemeut du parti religieux qui étend aujourd'hui ses ramifications dans toute la Grande-Bretagne.

La parole simple et puissante du curé de Sainte-Marie acquit un si grand prestige, que les chefs des collèges, pour la plupart attachés aux anciennes traditions, essayèrent de détourner les jeunes gens d'assister aux sermons prêches k Sainte-Marie; mais le conflit qu'ils firent naître tourna au triomphe de leur antagoniste. M. Newman n'en eut que plus d'auditeurs, et le nombre de ses admirateurs s'accrut.

M. Newman est encore à la force de l'âge; son extérieur n'annonce guère que trente-huit ans. Ses manières sont d'une gracieuse et aimable simplicité ; il sait concilier d'affectueuses prévenances avec la réserve et la modestie qui brillent dans tous ses actes et sa conversation. M. Newman prit avec le docteur Pusey, en 1836, une part

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active dans l'affaire du docteur Hampden. Ost surtout depuis cette époque qu'il a été plus particulièrement regardé comme un des chefs du parti religieux que Ton désigne quelquefois par son nom : Newmanschool. Mais, avant cette époque, dès 1832, ses articles dans le British magazine et plus tard dans le British-Critic avaient soulevé d'ardentes polémiques sur les questions à Tordre du jour. Les Tracts for tlie Times, à la collaboration desquels M. Newmanprit une part si active, vinrent élargir, 'a la tin de i855, l'arène du combat. La controverse gagnait chaque jour en vivacité et en importance, lorsque, en 1841 , l'apparition du traité 90 dont M. Newman s'est reconnu l'auteur, souleva tant de violences et de récriminations, que lëvêque d'Oxford intervint dans la lutte et arrêta la publication de ces intéressants traités*» Ce iî^act quatre-vingt-dixième a acquis un si haut degré d'importance, que nous croyons devoir en faire le sujet d'un examen particulier. C'est comme le pivot sur lequel a roulé depuis deux ans toute la controverse entre l'église anglo-catholique et les protestants, leurs adversaires. Mais, pour donner plus d'intérêt à notre travail , nous avons cru devoir recourir à l'autorité d'un savant théologien romain, pour juger la tentative si hardie de M. Ne^vman. Il nous a paru en même temps utile de montrer comment le mouvement qui se manifeste dans l'Église anglicane est jugé dans la capitale du monde chrétien par des hommes aussi distingués par leurs vertus que par leurs lumières. C'est au jugement du savant abbé de Luca que nous soumettons les observations de M. Newman sur certains passages des trente-neuf articles ('re-

marks on certains passages in the tliirty nine articles). Nous nous bornons donc h traduire ici un excellent article de Tabbé de Luca qui a été publié en Italien.

Le petit ouvrage dont nous donnons plus haut le titre, fait partie des Traités pour les temps présents, et sans aucun doute il mérite l'attention particulière de ceux qui s'intéressent à la controverse soulevée par l'apparition de ces Traités (1).

Tout le monde sait qu'a la suite du schisme déplorable de l'Église anglicane, les ministres du culte, revêtus de fondions ecclésiastiques , reçurent du parlement l'ordre formel de s'obliger, sous la foi du serment, à régler leur conduite et leur enseignement religieux sur une espèce de symbole de foi en trente-neuf articles , décrété par celte assemblée toute laïque (2). Pendant longtemps la plus grande partie des prêtres anglicans exécuta loyalement cet ordre. Mais , dans la suite , quelques-uns conçurent des doutes sur différents points de ce symbole ; et aujourd'hui les choses en sont venues au point que , sinon la majorité , du moins un nombre considérable de ministres anglicans promet, de bouche, de croire et d'admettre la doctrine du symbole , mais , au fond du cœur, la discute et la renie. La vérité de ce fait se trouve attestée d'une manière irrécusable par l'évêque

(1) Annali délie scieuze religiose.

(2) On trouvera dans l'Appendice les trente-neuf articles qui forment le symbole anglican. — La publication de ce document, qui n'est pas généralement connu , nous a paru fort utile pour faire apprécier la valeur du travail de M. Newman dans le dernier des tracts.

[iroleslaiH de Norvvich, qui, dans une assemblée publique de la chambre des pairs d'Angleterre, et ce n'est pas peu dire , déclara n'avoir jamais rencontré un seul ecclésiastique (anglican) qui voulût accorder chacun des points de la profession de foi qu'il jurait lors de son ordination , bien que le nombre de ceux qu'il avait interrogés là-dessus fût très-considérable. Aussi une foule de personnes présentent-elles tous les jours au parlement britannique de pressantes requêtes pour faire supprimer Tantique usage qui oblige a promettre ce que l'on ne lient pas, et à professer extérieurement un ensemble de dogmes religieux qui n'est plus en harmonie avec les besoins de l'époque actuelle. Quelques évêques anglicans ont manifesté le même désir : la décision se fait encore attendre.

Mais, sans nous occuper plus longtemps du côté moral de cette controverse, et de la délicatesse de conscience de ces ministres anglicans qui jurent de croire aux trente-neuf articles tout en les traitant d'absurdes et de surannés, parlons d'une autre particularité qui n'est pas moins importante. Ce sont ces mêmes anglicans qui crient de tous leurs poumons que leur Église bien-aimée court un grave danger ; qu'elle est sur le bord de l'abîme; qu'il y a au sein des universités protestantes , et particulièrement dans celle d'Oxford , des perlides , des traîtres qui, tout en signant les trente-neuf articles de la réforme anglicane , voudraient en saper les fondements au profit du Papisme. 11 n'est pas besoin de dire que ces plaintes amères s'adressent aux puseyisles d'Oxford. « Vous êtes bien nourris et bien payés , disent aux nouveaux théologiens les zélés et en même temps parjures ministres de

l'Église anglicane , pour enseigner les doctrines protestantes, et tout au contraire vous êtes en chemin d'enseigner les doctrines catholiques. C'est se moquer de l'Église reconnue par l'État , dont vous mangez le pain , pendant que vous en sapez les bases. > — Vous vous trompez , répondent les puseyisles, • nous ne nous écartons pas des formulaires de l'Église établie par la loi : nous ne renions pas ses articles de foi. Il est vrai que la rédaction de ces articles ne nous paraît ni claire , ni logique : mais nous croyons qu'on peut très-bien leur donner une signification logique, conforme a la grammaire et à la saine raison. Nous acceptons ces articles et nous les enseignons. Nous acceptons la Ulurgie, et bien que nous la trouvions imparfaite, néanmoins elle ne nous paraît renfermer aucune erreur positive. Quoique nous regardions ces articles et cette Hturgie comme incomplets , nous pouvons cependant y souscrire franchement , puisqu'ils ne contiennent rien d'absolument contraire à la vérité. En agissant ainsi, nous n'adhérons point à ce que nous regardons comme un mensonge : et vous , nos adversaires , pouvez-vous en dire autant? De plus , bien que nous ne soyons pas d'accord dans l'interprétation des articles, nous ne désirons pas vous imposer la nôtre. Tant que vous les professerez, tant que vous les enseignerez , jouissez paisiblement de vos gras bénéfices , portez vos chapeaux k plis , pareils a des pelles a feu , et ne redoutez pas nos attaques. »

En cet état de choses, on peut comparer l'œuvre qu'ont entreprise les puseyistes au vil travail imposé aux Israélites par les Égyptiens , de fabriquer des briques sans paille. La plupart de leurs raisonnements sentent

le sophisme; ils font des distinctions trop subtiles; leurs conclusions sont mal fondées et se soutiennent difficilement. C'est un véritable crève-cœur de voir des hommes de tant de nerf et de vigueur travailler dans un moulin , les yeux bandés. Cependant nous trouvons leur manière de procéder plus honnête et plus loyale que celle de leurs adversaires, zélés en paroles, infidèles dans l'action.

Le révérend M. Newman s'efforce d'écarter l'accusalion portée contre la nouvelle école d'Oxford , par les rigides et sévères anglicans; il cherche a montrer que ces derniers, au contraire, vont droit au précipice. Les trenteneuf articles, tels qu'ils sont interprétés par les anglicans de la vieille roche , sembleraient contenir des propositions contraires à la foi catlioUque. Interprétés d'après les puseyistes , le sens en devient assez élastique pour qu'on puisse les mettre en harmonie avec les dogmes de l'Église primitive et de l'Église universelle. C'est la le point fondamental de la discussion , à laquelle nous , catholiques , devons prendre un vif intérêt. Voyons donc avec quels arguments les puseyistes s'efforcent de concilier les dogmes anglicans avec la foi primitive et universelle de l'Église chrétienne , et par conséquent de l'Église catholique.

Les trente-neuf articles, dit M. Newman, ne furent pas rédigés dans l'intention d'y exposer, d'une manière scientifique, un système complet : ils furent simplement une protestation contre certaines doctrines et certains usages pratiques qui avaient cours en Angleterre, et qui s'y trouvent décrits et condamnés en gros. Partant de ce principe, M. Newman va plus loin, et il affirme que, dans

les passages où les Irenle-neul' arlicies coiulamucut les doctrines romaines, il n'est pas fait allusion aux décrels du concile de Trente sur les mêmes objets, puisque ces éécreis sont postérieurs en date aux articles de l'Église anglicane ; mais qu'on y condamne seulement tous les abus alors existants en Angleterre, abus qui lurent depuis condamnés avec une égale énergie par le concile de Trente.

Pour donner un exemple de cette nouvelle manière d'interpréter les articles du symbole anglican, M. Newman cite, entre autres, l'article xxn, où se trouve condamnée, comme invention bizarre et vaine, la doctrine sur le purgatoire. Cet article, dit M. Newman, ne condamne ni la doctrine de l'Église grecque sur le purgatoire, ni le décret du concile de Trente, ni le dogme tel qu'il était professé dans l'Église primitive : il réprouve seulement la doctrine reçue à l'époque de sa rédaction, ce qui est toute autre chose. A l'appui , M. Newman rapporte un passage d'une Homélie sur la prière, d'où il fait ressortir la doctrine condamnée par les rédacteurs des trente-neuf articles : on y parle d'un purgatoire , dans lequel notix état sera cliangé, et oà la sentence de Dieu sera révoquée. Celle doctrine, ajoute M. Newman, est directement contraire au décret du concile de Trente ; d'où il conclut que « l'Homélie, et, par le même motif, l'article xxn, ne parlent pas du purgatoire tel qu'il a été défini a Trente. >

Ce même article condamne les indulgences , c'est-àdire les indulgences telles qu'elles étaient entendues au seizièm-C siècle, et non les indulgences en général. On

V condamne seulement « ces indulgences imprudentes et trop étendues, obtenues au moyen d'un déboursé pécuniaire pour satisfaire aux. peines du péché. >

Cet article condamne aussi les adorateurs des images et des reliques. Ici encore il ne s'agit pas de toute espèce de vénération à l'égard des images et reliques , mais bien des usages pratiques des catholiques de l'époque, ((ui admettaient « des énormités reconnues et prohibées par le concile de Trente. » Toute espèce d'invocation des saints n'y est pas non plus réprouvée , mais « celle-lk seulement qui tient au culte de latrie; et la question de savoir si Vora pro nobis tient b ce culte reste indécise. »

Quant aux cinq sacrements rejetés par l'Église anglicane, M. Newman s'efforce de prouver que l'article xxv nie seulement que < ce soient des sacrements dans le même sens que le baptême et la Cène du Seigneur. > Car ils n'ont < aucun signe extérieur > directement institué par Dieu on par le Christ. Et si un signe extérieur établi par l'Église peut constituer un sacrement, on dira que ces cinq cérémonies sont autant de sacrements, sans pour cela contredire l'article xxv.

Nous pourrions nous étendre davantage sur ce sujet en citant ce qui a rapport à la transsubstantiation, au sacrifice de la messe, au mariage des clercs, \ l'autorité de l'évêque de Rome. Notre auteur s'efforce, sur chacun de ces points, de démontrer que les articles de l'Eglise anglicane ne sont pas si protestants qu'on l'a cru jusqu'à présent , ce qu'il fait avec plus ou moins de bonheur.

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La conclusion de l'ouvrage est très-remarquable. M. Newman s'y défend de la tache de déloyauté qu'on voudrait imprimer h son caractère, parce que le résultat de ses travaux est de donner aux trente-neuf articles une tendance contraire au protestantisme. 11 déclare ouvertement qu'on ne doit obéissance aucune aux rédacteurs des articles, el que c'est au contraire une obligation vis-a-vis l'Eglise catholique de donner a ces articles une signification aussi catholique que possible. 11 insiste avec force sur cette considération qu'ils furent autrefois rédigés dans le but de réunir en un seul corps les cathohques anglais et les protestants, et que s'il en eût été autrement, jamais on ne les eût acceptés. Il termine par cette déclaration hardie :

« Ce qui vient d'arriver dans le monde politique, peut jeter du jour sur le point en question. Un ministre français, qui désirait la guerre, a conservé néanmoins, par raison d'État, dans les documents officiels un langage si modéré, que son successeur, ami de la paix, peut cependant les accepter, sans pour cela renoncer k ses convictions. En présence de ce résultat, le monde s'est félicité parce que le premier de ces ministres, qui avait agi avec duplicité, se trouvait pris dans ses propres fdets. Il n'est ni convenable, ni nécessaire de pousser plus loin la comparaison et d'en faire une entière application à notre espèce ; c'en est assez pour éclaircir notre pensée. Le symbole de la foi protestante fut rédigé dans l'intention de ne point exclure les catholiques : les catholiques aujourd'hui ne seront point exclus. Ce trait de politique de la part des réformateurs sera notre protection. La situation

perplexe des protestants d'alors subsiste toujours. Nous n'aurions pu autrefois taxer leurs paroles d'erreur; qu'ils ne repoussent donc pas aujourd'hui notre interprétation. >

En même temps M. Newraan ne désire pas que l'état religieux de l'Angleterre change au moyen de l'agitation, de la tyrannie, ou de l'intrigue. Il veut un changement, mais volontaire et pacifique, provoqué par l'assenliment de tous, et dont les moteurs soient la douleur et l'huraililé, non l'orgueil et le déhre du triomphe.

A peine ce petit traité que nous venons d'analyser eutil vu le jour, qu'il suscita par toute la Grande-Bretagne l'étonnement et le dédain chez les partisans des vieilles rancunes protestantes. Quatre professeurs des collèges annexés à l'Université d'Oxford voulurent protester solennellement contre la propension évidente des puseyistes aux doctrines catholiques. A cette fin, ils adressèrent à l'éditeur des Traités pour les temps présents la lettre suivante que nous traduisons fidèlement :

<( A rEdUeîir des Traités pour les temps présents.

. 0\ford,8marsl841.

« Monsieur,

« Ayant lu avec attention le numéro 90 des Traités pour les temps présents^ publiés par quelques membres de l'Université d'Oxford , et dont vous êtes l'éditeur , nous en avons éprouvé une impression si douloureuse , que nous regardons comme un devoir de vous adresser à cet égard de courtes observations. Ce petit travail porte

le tiire de Considérations stir quelques passages des Trente-Neuf Articles. Or, les statuts de l'Académie d'Oxford obligeant les professeurs à se servir des Trente- Neuf Articles comme de texte dans leur enseignement théologique, nous avons confiance que les fonctions rempHes par nous dans nos collèges respectifs ne permettront pas qu'on nous accuse de présomption, si nous prenons la liberté de vous adresser celte lettre.

< Le traité dont il s'agit, a, suivant nous, une tendance très-dangereuse, en ce qu'il donne h entendre que certaines erreurs très-graves de l'Église de Rome ne sont point condamnées par les articles de l'Église anglicane ; et, par exemple, que ces articles ne contiennent aucune condamnation des doctrines, 1*" sur le purgatoire ; 2° sur les indulgences ; 5" sur le culte et l'adoration des images et reliques; 4** sur l'invocation des saints ; 5° sur la messe, telles qu'elles sont enseignées avec une souveraine autorité par l'Église de Rome , mais seulement de certaines pratiques et opinions réputées absurdes par les catholiques romains instruits non moins que par nousmêmes. En outre on y affirme que la déclaration qui précède les articles, en supposant qu'elle soit de quelque autorité, sanctionne cette manière de les interpréter, en ce qu'on les entend ainsi dans leur sens littéral et grammatical, et qu'on ne leur attribue aucune nouvelle signification. Il nous semble en conséquence que ce traité tend a adoucir plus que ne le demande la charité, et au préjudice de la pure vérité de l'Évangile, les très-graves différences qui séparent l'Eglise de Rome de la nôtre, et qu'il peut ébranler la confiance des personnes peu ver-

sées dans le caractère scriptural des formulaires de toi prescrits par l'Église anglicane cl de son enseignement.

i Nous n'hésitons pas k reconnaître la liberté pour chacun d'interpréter les formulaires de notre Eglise, liberté revendiquée et défendue par une foule de ses évoques les plus instruits et de ses pluséminents théologiens. Mais le traité dont nous parlons soutient des opinions nouvelles et étranges sur la sphère même dans laquelle peut s'exercer cette liberté. En effet, si nous comprenons bien ce qu'a voulu dire l'écrivain, nous ne voyons pas quelles garanties nous resteraient , dans le cas où ses opinions seraient généralement admises , conlre l'invasion des doctrines et des pratiques le plus manifestement erronées de l'Église de Rome que l'on pourrait prêcher du haut des chaires de nos académies et de nos églises.

€ Nous osons donc vous prier de réfléchir sur l'inconvenance qu'il y a a traiter de pareilles questions dans un ouvrage anonyme, et vous exprimer notre espoir qu'il vous sera permis de rendre public le nom de l'écrivain. En considérant combien grave et solennel est le sujet de la discussion, nous ne pouvons nous empêcher de croire que l'Église et l'Université ont quelque droit de connaître la personne, autre que l'imprimeur et l'éditeur, qui voudra répondre des choses qui se trouvent contenues dans le Traité.

« Nous sommes, Monsieur, elc.

t T. T.Churton, vice-président et professeur au collège de Brasenose.

c H. B. AViLsoN, doyen des professeurs du col lêge de Saint-Jean.

« Jean Griffiths, professeur du collège Wadham.

< A. C. Tait, doyen des professeurs du collège Balliol. >

M. Ne^vman ne s'effraya pas decemenaçant défi, et sans délai il adressa à un de ses amis, le docteur Jelph, chanoine anglican, une lettre dans laquelle non-seulement il se déclare l'auteur du Traité , mais en défend encore les doctrines avec autant de franchise que de courage. Il est \rai que dans cette lettre il proteste , ouvertement et a plusieurs reprises, ne point approuver l'enseignement ACTUEL de l'Église de Rome, enseignement qu'on doit faire résulter, selon lui , non-seulement de ses décrets et de ses canons , mais encore de ses actes et des pratiques sanctionnées par elle ; il laisse enfin échapper des paroles injurieuses contre notre sainte et unique Église de Jésus- Christ, disant qu'elle cherche k substituer au pur Evangile du Rédempteur un autre Evangile tout humain et rempli d'usages condamnables. 11 faut attribuer ces paroles amères h l'habitude invétérée de juger les pratiques religieuses des catholiques, non d'après les intentions droites avec lesquelles nous nous y soumettons, non d'après la juste fin vers laquelle nous les dirigeons ; mais d'après les interprétations chimériques et gratuites que se plaît à inventer l'imagination protestante.

Cependant, a côté de ces allégations fausses, et disons-

le franchement, calomnieuses, se trouve un aveu si beau, si sincère et si éloquent de la grande et tranquille ascension du catholicisme dans toutes les parties du monde, et surtout en Angleterre, que nous ne pouvons nous empêcher de le retracer ici.

« Et, en etiet, dit le révérend NeAvnian dans sa lettre au docteur Jelph , il y a en ce moniRnt, dans notre église (anglicane), une extraordinaire impulsion qui porte les esprits religieux vers quelque chose de plus profond et de plus vrai que ce qui suffisait au siècle passé. J'ai soutenu et je soutiendrai toujours qu'on ne peut rendre raison de ce fait, en l'assimilant aux mouvements partiels des individus vers un but particulier. Il y a déjà quelques années que les poètes et les philosophes de cette époque rendent témoignage de ce phénomène. Ces grands hommes, qui ont tant illustré notre littérature, sir Walter Scott, Wordsvvorth et Coleridge, chacun à sa manière et à quelque système ecclésiasti(|ue qu'il appartînt, attestent néanmoins tour a tour ce fait dont Alexandre Knox , en Irlande , témoigne d'une manière admirable ; Irving en est une autre preuve. Le siècle tend vers je ne sais quel inconnu; et, par extraordinaire, la seule communion religieuse qui , dans le cours de ces dernières années , se soit montrée parmi nous (en Angleterre) en possession de cet inconnu, c'est l'église de rome. Elle seule, malgré ses erreurs et les inconvénients de son système pratique, a donné un libre et régulier/léveloppement aux sentiments intimes d'adoration , de mysticisme, de tendresse, de révérence, de dévotion, et k tant d'autres, qui se peuvent appeler plus spécialement catholiques.»

Noire cœur ne peut s'empêcher de ressentir une intime joie, en voyant un homme en butte a l'aveugle malveillance des anglicans irrités avoir le noble courage de prononcer a la face du monde un pareil aveu. Nous nous en félicitons, non-seulement dans le secret de notre cœur, mais encore avec lui , parce ijue nous avons l'espoir, et cet espoir ne sera pas vain, de le voir aborder au port du balut avec ses vénérables compagnons , lorsqu'il plaira au Seigneur de faire descendre sur leur intelligence les rayons de la lumière surnaturelle et de plus grandes clartés.

Et puisque nous parlons de l'affaiblissement des préjugés anti-calholiques chez les puseyisles, voici un autre fait qui mérite bien d'être rapporté. Il s'est élevé, il y a quelque tenjps , dans la ville de Brighton en Angleterre , une controverse entre deux prédicateurs protestants. L'un est un certain M. Addison, vicaire du curé protestant de la nouvelle église de Saint-Pierre en cette ville; il est zélé partisan des doctrines de Técole puseyiste et en conséquence admirateur des Traités pour les temps présents. Il avait commencé une série de conférences religieuses, dans le but de démontrer que l'Église catholique romaine n'est point l'Antéchrist (ainsi que le croient sottement les protestants entêtés) ; mais qu'elle est au contraire l'Église légitime de Jésus-Christ, dont l'Église anglicane n'est qu'une dérivation, purgée, a la vérité, des erreurs que l'on suppose toujours exister dans l'Église de Rome. Ses discours tirent beaucoup d'impression, et ce résultât engagea un autre mmistre protestant , M. Sortain, à entreprendre de son côté une suite de conférences , pour prouver le contraire , c'est-a-dire que l'Église catholique est l'Ante-

christ. Mai» laissons-le aboyer a son aise. Constaloiis seulement qu'un prêtre ordonné, selon le rite de l'Église anglicane , a pu secouer le joug du respect humain au point de prendre du haut de sa chaire la défense de l'Église catholique, que l'Eglise anglicane a condamnée et maudite comme blasphématrice et idolâtre. On ne peut douter que l'intention du célèbre professeur Pusey ne soit d'amener, si ses forces et celles de ses partisans suffisent a pareille œuvre , la réunion des deux Eglises romaine et anglicane. Partout où se trouve un ministre protestant, attaché a la nouvelle école puseyiste , on voit briller les cierges sur les autels des églises; l'amen se chante a la fin des prières avec accompagnement d'orgues; enfin l'on donne, de l'autel, l'absolution au peuple avant qu'il ne s'approche pour participer au festin de TEucharistie, suivant le rite accoutumé. Ce sont la sans doute des signes qui annoncent des temps nouveaux, et qui attestent dans l'élite du clergé anglican une propension merveilleuse et toute nouvelle à rentrer dans l'universelle et catholique unité de la famille chrétienne. Il semble que le Seigneur se souvienne de ses antiques miséricordes a l'égard de cette île , et que sous l'admirable direction de la Providence, il nous soit permis d'attendre de grands

événements.

Novus jàm nascitiir ordo.

Ici se termine l'article de l'abbé de Luca sur le traité

quatre-vingt-dixième. Mais depuis qu'il a publié ces

lignes, le savant théologien, auteur de ce traité, a donné

B «ne nouvelle preuve de sa hardiesse , et surtout de sa

m piiJ l'aile bonne foi.

L Angleterre a été témoin d'un acte de réparation qui, malgré son caractère isolé , individuel , présente comme un symbole précurseur de la conduite que tiendra l'Eglise anglicane dans un avenir plus ou moins rapproché de nous. L'auteur du dernier iract a rétracté parla voie des journaux tout ce qu'il a publié contre l'Eglise de Rome. M. Newman avait entendu sans doute les objections qu'on nous a fréquemment adressées a nous-mêmes quand nous avons parlé du retour de l'Angleterre au catholicisme. Que peut-on attendre , nous a-t-on dit souvent , d'hommes dont les ouvrages fourmillent de propositions calomnieuses et injurieuses pour le représentant de Jésus- Christ, les doctrines de l'Eglise, les pratiques qu'elle prescrit? Quand, par exemple, l'éveque d'Oxford a dit que Rome avait des réformes à opérer avant qu'une réunion avec l'Eglise d'Angleterre devînt possible, on s'est demandé avec inquiétude de quelles réformes le prélat voulait parler et comment l'Eglise a qui le Sauveur du monde a promis l'infaillibilité pourrait jamais transiger sur la vérité. On a vu dans les propositions erronées des théologiens anglicans et dans les prétentions de leurs évoques des obstacles qui devaient à jamais s'opposer à la réalisation de douces espérances. Mais nous craignons que, dans ces craintes, l'on ait trop perdu de vue les variations que les opinions de ces hommes éminents ont graduellement suivies depuis quelques années, variations dont chacune laisse en arrière quelque lambeau d'erreur, a mesure que la vérité se dévoile a eux. Pour notre part, sans nous préoccuper des erreurs et des illusions que nourrissent encore les puseyisles, nous avons

constaté l'immense progrès qu'ils ont fait faire a l'église anglicane dans la voie d'nn rapprochement. Nous avons dit qu'on leur devait l'anéantissement d'une foule de préjugés absurdes; qu'ils avaient répudié plusieurs erreurs introduites dans leur Eglise parleprotestanisme, et qu'ils travaillaient a réformer l'opinion sur les prétendus bienfaits qui ont suivi l'apostasie de l'Angleterre.

Il y avait évidemment dans ce changement soudain de dispositions et de sentiments de la part d'un établissement protestant, de justes motifs de joie et d'espéranjp , quand surtout il exprimait , par l'organe de ses membres les plus éminents, le désir de rentrer en communion avec l'Eglise dont il avait été si longtemps séparé.

On comprendra que, dans ces circonstances, nous attachions une grande importance k la démarche faite par M. Newman. Sa position dans l'Eglise anglicane , son influence dans l'Université d'Oxford , donnent a la rétractation qu'il a publiée un caractère d'une haute signification . M. Newman a relevé dans ses ouvrages et ses divers écrits toutes les propositions malsonnantes pour des oreilles catholiques. Dans un travail qui a pour titre : Ly7m aposiolica, il disait de l'Eglise romaine que

t c'était une Eglise perdue. Dans un ouvrage sur les ariens, il parlait de V apostasie papale. Il avait déclaré, dans les Tracts for tlie Times, que Rome est héréti-

Ique ; qu'e//e avait apostasie à l'époque du concile de Trente; que la communion romaine s était liée à perpétuité à la cause de i Antéchrist ; (\\xelle avait substitué le mensonge à la vérité de Dieu; qu'o/i devait la fuir comme îine pestilence , etc. , etc. Nous

r,iG

ferons remarquer que les écrits d'où ces phrases sont extraites ne datent pas de ces dernières années ; leur publication remonte a 1855 , 185 i , 1857. Mais , quoique les ouvrages plus récents de l'illustre membre de l'Université d'Oxford soient purs de pareilles souillures , l'auteur n'a pas cru devoir laisser subsister ces passages dans ses œuvres, et il les répudie aujourd'hui comme des déclamations insensées.

• Si vous me demandez , nous dit M. Newman , comment uA simple individu peut se permettre non-seulement de penser, mais de publier de pareilles choses sur une communion si ancienne , si répandue , et qui a produit tant de saints, je répondrai par le langage que je me tenais a moi-même ; je me disais : « Ce ne sont pas mes € propres paroles que je fais entendre ; je ne fais que « suivre le sentiment {conse7isus) des théologiens de mon c Église. Ils ont toujours parlé en termes extrêmement « violents contre Rome , sans en excepter même les plus c distingués et les [)lus savants d'entre eux. Je désire € adopter leur système. Quand je répète ce qu'ils ont « dit eux-mêmes, je suis en toute sûreté. Dans notre po- « sition , embrasser leurs vues est chose presque néces- € saire. >

i J*ai aussi, continue M. Newman, des raisons de craindre que ce langage puisse être en grande partie attribué h un caractère ardent et k l'espérance de voir ma conduite approuvée par des personnes que je respecte. Je désirais en même temps repousser l'accusation de Romanisme. > M. Newman a soin de déclarer ensuite

qu'on ne saurait dikluire de ces aveux qu'il rétracle qu'il a écrit en défense de la doctrine anglicane.

L'humble confession du savant théologien d'Oxford est assez éloquente par elle-même pour que nous nous dispensions d'en relever la valeur. Il a fallu bien du courage et un courage surhumain pour braver par un acte aussi solennel les flots d'injures et d'accusations qui s'élèvent de toutes parts en Angleterre contre les chefs du puseyisme et en particulier contre l'auteur des Bemar" ques sitr quelques passages des trente-neuf articles.

Depuis cet acte public , M. Newman a été signalé par ses adversaires comme rejetant avec tous les puseyistes la méthode qui avait servi de règle de foi aux protestants. L'école d'Oxford a été accusée de reconnaître l'autorité de la tradition ; et ce n'est pas ici une simple allégation, reposant sur des on dit, car on cite les sources où elle est puisée ; on nous indique les ouvrages et les pages où nous pouvons vérifier l'exactitude des citations. M. Newman dit, dans un de ses ouvrages [Newman's lectures, page 0^7) : « La Bible et la tradition calhohque forment ensemble une règle de foi. » Ce même théologien a écrit, h la page 545 du même ouvrage : < La Bible n*est qu'un document d'appel ; le maître qui a autorité d'instruire les chrétiens, c'est la tradition catholique. »

La déclaration faite dans le Tract 90 par M. Newman, qu'il n'existe point déraison pour que l'Église anglicane, quant à ce qui touche ses formulaires, regarde les décrets du saint concile de Trente comme un obstacle à la réunion des deux Églises, a été reproduite dans une foule de publications faites dans le même bni. Elle est adoptée

par d'autres hommes distingués du clergé anglican , qui en ont entrepris la défense. De ce nombre sont M. Ward, un des hommes les plus savants du collège de Balliol , à Oxford, M. le docteur Pusey, M. Oakiey , chanoine de la cathédrale de Lichfield, ministre doué de remarquables talents et d'une piété non moins grande, et plusieurs autres encore, dont les noms seront un jour célèbres d'une extrémité de l'Europe a l'autre , pour avoir contribué a cette grande et belle œuvre de la réunion de l'Angleterre à la sainte Église catholique , apostolique et romaine.

Ainsi qu'on l'a vu par la protestation signée en faveur du docteur Pusey, a l'occasion de la suspension dont l'a frappé le vice-chancelier, les puseyistes comptent dans leurs rangs des hommes politiques éminents, tels que lord Dangannon,lord Courtenay, M. Coleridge, M. Gladstone, ministre actuel du commerce, l'un des hommes les plus distingués du parti conservateur. L'Église anglicane possède en M. Gladstone un chaud défenseur de ses prérogatives. Tout le monde connaît ses savants écrits sur l'Église dans ses rapports avec l'Étal et les Principes de l'Église anglicane considérées dans leurs résultats. Le président du bureau de commerce ne comprend cependant point les intérêts de l'établissement anglican comme quelques-uns de ses collègues, car il marche à la tôle du parti puseyistc,

M. Gladstone, aujourd'hui représentant de Newark, est fils d'un riche négociant de Liverpool, parvenu, d'une position obscure, à être un des plus opulents commerçants de l'Angleterre. Il a fait partie du cabinet de 1851 comme

lord de la trésorerie , et subséquenimeiit en qualité de sous-secrétaire au département des colonies.

Les publieistes anglais revendiquent a juste litre dans M. Gladstone une de leurs illustrations, et nous ne saurions dissimuler qu'il occupe une place avantageuse, à la chambre des communes , parmi les orateurs de second ordre.

Après la suppression des Tracts for tlie Times, parut un petit traité ayant pour titre : Un Traité de plus, par un laïque {One Tract more by a lagman ) , qui avait pour but d'exposer la véritable situalion de la nouvelle école. Ce traité a été attribué a M. Gladstone, qui en est généralement regardé comme l'auteur. Cet écrit nous a fourni des renseignements utiles; nous l'avons cité plusieurs fois en parlant de l'Église anglicane et des divisions qui existent entre ses membres.

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