‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 17 sur 33 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

SOMMAIRE

Accroissement de T influence des puseyistes. — Luttes au sein de l'Université. — Leur triomphe sur le parti évangélique. — Affaire du docteur Hampden. — De l'intérêt excité par le progrès des doctrines d'Oxford. — L'opinion publique s'émeut. — Les adversaires du parti anglo- catholique. -— Leur tactique. — Polémique des feuilles protestantes.

Tandis que le public anglais se préoccupait de savoir quelle était en réalité la force numérique et l'influence des puseyistes, une circonstance se présenta qui vint révéler leur puissance. La Providence fournit k la nouvelle école l'occasion de compter les siens, afln, sans doute, de ranimer le courage de ces hommes pieux , abreuvés jusque-là de tant de dégoûts dans l'accomplissement de leur laborieuse tâche. Ce fut, à notre avis, un événement d'une

grande importance , que celui qui permit d'apprécier la force numérique du parti d'Oxford au sein même de l'Université , et nous croyons être agréable au lecteur en le leur racontant avec quelques détails.

Le 7 juin 1842, la ville d'Oxford présentait une physionomie des plus animées. Les membres de l'Université, évêques, lords, membres du parlement, y arrivaient en toute hâte. Une assemblée générale y était convoquée pour décider une question qui depuis plusieurs années s'agitait dans son sein. Antérieurement à 1856, le révérend Hampden avait publié un ouvrage intitulé Bampton lectures, dans lequel se trouvaient émises plusieurs opinions hétérodoxes sur la doctrine de la trinité et des sacrements. Ces discours, sur les erreurs desquels on avait d'abord fermé les yeux , avaient été prononcés devant les étudiants de l'Université , et avaient valu au professeur de nombreuses faveurs. Mais, en 1836, le docteur Hampden se trouve subitement arrêté dans sa carrière privilégiée, au moment où la reine, sous l'influence du ministère , venait de lui confier la chaire de Recjius professer de théologie. L'Université s'émeut de cette promotion ; elle veut de son côté faire acte d'autorité, et nous la voyons adopter, dans une réunion solennelle, un statut qui censure le docteur Hampden , et décide que son cours sera suspendu jusqu'à ce qu'il fasse, bonâ fuie, rétractation de ses erreurs. Le docteur Haiûpden, forcé de garder le silence, a publié depuis cette époque plusieurs ouvrages ; il a même livré au public une seconde édition de ses Bampton lectures, mais sans donner le moindre signe de repentir.

Les membres de TUaiversité, qui avaient appelé l'ana. thème sur le docteur Hampden, formaient k Oxford le parti hostile à l'administralion Melbourne, au ministère whig; et , si l'on en croit certaines chroniques, la politique aurait eu tout autant d'influence sur leur conduite , que le désir de conserver pure et intacte la doctrine de l'Eglise. Quoi qu'il en soit, les amis du docteur Hampden épiaient le moment de prendre leur revanche, et ils ont attendu six ans. Ce n'est qu'en 1842 qu'ils ont cru le moment opportun pour relever le professeur Hampden de la censure qui pesait sur lui.

Les doctrines puseyisles avaient fait depuis quelques annéesdesprogrèsalarmantsaux yeux d'une pariiedel'Eglise anglicane; plusieurs évoques avaient pris la parole pour prémunir le clergé elles fidèles contre leur danger. Identifier la cause du docteur Hampden h celle des ennemis du puseyisme parut devoir assurer le triomphe de la première. Ainsi raisonnaient les amis du docteur Hampden. Nous les vîmes cependant procéder avec timidité et avec ruse ; c'est par surprise qu'ils cherchèrent à atteindre leur but.

Le 12 mai, ils proposèrent à l'Université un statut qui créait un nouveau bureau d'examen. Ce statut renfermait les germes de plusieurs changements importants ; et par suite de considérations dans lesquelles nous n'avons pas k entrer ici , il fut convenu qu'il serait voté dans son ensemble , qu'il serait adopté ou refusé en bloc , sans qu'on eût a en discuter les clauses particulières. Le statut , dans ses dispositions , présentait assez d'avantages pour réunir la majorité des suffrages; il fut en effet adopté. Mais un des articles de ce statut désigne les

dignitaires qui sont appelés h examiner les éliidianls en théologie, et parmi eux se trouve le professeur auquel est confiée la chaire occupée en ce moment par le docteur Hampden. De Ik les amis de ce dernier concluaient que le docteur Hampden, appelé à examiner les étudiants en théologie , à leur accorder ou k leur refuser leurs grades universitaires, pourrait désormais professer; que l'Université, eh adoptant le statut qui venait de lui être présenté, avait tacitement rescindé son jugement de i856; et aussitôt le parti hostile aux puseyistes d'annoncer avec satisfaction ce résultat. On se rend facilement compte de l'impression que dut produire cette nouvelle parmi les membres de l'Université qui avaient appuyé la condamnation du docteur Hampden. Des meetings sont convoqués dans tous les collèges, des pétitions sont adressées au chancelier; on proteste contre l'interprétation pharisaïque que les amis du professeur donnent k la clause eu statut par laquelle ils justifient leur prétention. De son côté, le docteur Hampden veut assurer le succès de la tentative faite en sa faveur, et il cherche, dans ce but, k envelopper dans sa disgrâce tout le parti hostile aux puseyistes. Le professeur remonte en chaire , et se pose comme une victime des tractarians ; il attaque avec plus de violence que de raison les docteurs de la nouvelle école dans un discours sur les trente-neuf articles , où il cherche surtout k combattre le fameux traité connu sous le numéro quatre-vingt-dix.

Ce discours eut pour effet de fomenter l'agitation. Les puseyistes voulurent soumettre de nouveau la question à l'Université ; on en appela a une assemblée générale ;

tous ses membres furent convoqués. Oxford se divisa en deux camps bien distincts : celui des puseyistes et celui des hampdenisles. Ces derniers signalèrent leurs adversaires à l'indignation publique en les accusant de papisme; ils cberchèrent a les accabler, en provoquant contre eux le cri sinistre : A bas les papistes ! Mais en dépit de leurs efforts, le moment solennel où TUniversité devait prononcer était arrivé ; ses membres passèrent au scrutin , et 536 voix contre2i9 se prononcèrent pour les papistes! Le docteur Hampden ne put pas reprendre sa chaire; la censure prononcée contre lui est encore en pleine vigueur.

Chacun peut apprécier l'effet moral produit par ce vole. Non-seulement il constatait la force numérique des puseyistes , mais il les posait comme les gardiens vigilants de l'orthodoxie de l'Eglise anglicane. C'est avec raison que le journal le plus influent de l'Angleterre s'écriait , en rendant compte de cette lutte : « Qu'il était impossible de fournir aux partisans des Tracts l'occasion d'un triomphe plus éclatant. Car qu'on ne dise pas, ajoutait-il, que certains membres de l'Université ont pu voter avec les puseyistes sans partager leurs opinions; non, le docteur Hampden a pris soin de nous assurer lui-même que ses antagonistes sont les puseyistes et les puseyistes seuls. *

La nouvelle école d'Oxford se trouve donc en majorité dans l'Université j c'est elle qui élève la voix pour signaler les erreurs dont on cherche à entacher la doctrine de l'Eglise !

Ce triomphe du parti anglo-catholique ne flt qu'envenimer la polémique soulevée par son enseignement , polémique a laquelle la presse anglaise prenait, depuis

1840 surtout, une part irès-active. Les articles des feuilles quotidiennes constatent la préoccupation générale où la question religieuse lient le public anglais; à ce titre, il est assez curieux d'enregistrer ses éloges et ses récriminations.

Tous les journaux et feuilles périodiques se sont , au commencement de la lutte , prononcés pour ou contre les théologiens d'Oxford.

Une lettre publiée par tlie Globe demandait que la législature nationale fut appelée à trancher les difficultés que soulevaient les questions agitées par les professeurs d'Oxford. Cette lettre fut le signal d'un véritable déluge d'épîtres et d'articles , dans lesquels , sous le masque de l'anonyme , les écrivains ont censuré avec sévérité et amertume l'attitude silencieuse ou timide des évêques anglicans.

Le Morning-Chronidey qui soutenait la cause dite des évangéliques contre les hommes éminents d'Oxford , auxquels il s'est rallié depuis , répondait k son confrère le Moniing-Post, en déclarant quelesaltaquesdont ce dernier se rendait coupable contre le clergé évangélique , montraient clairement l'esprit mondain dans lequel la nouvelle secte avait pris naissance et qui la caraclérisait. Le Morniîig-Clironicle allait jusqu'à accuser les puseyistes d'avoir souillé leur caractère de manière h ne laisser aucun espoir de réhabilitation. Selon cette feuille, leurs principes sont erronés et leur piété est superstitieuse.

L'ardeur du Clironide pour la défense de l'Eglise basse , appelée loiv diurdi , lui faisait accuser le Times de manquer de tact dans tout ce qui regarde le sens

moral, parce qu'il avait examiné et traité froidement la question. Le Clironicle concluait enfin d'une lettre que le docteur Wiseman avait adressée a M. Newman , qu'il n'y avait aucune différence entre l'enseignement d'Oxford et celui du Vatican, parce que le docteur Wiseman regardait le mouvement d'Oxford comme t une lutte de nobles esprits qui cherchent à briser les chaînes qui les ont liés pendant de longues années, > et que « cet éminent papiste, continuait le Movning-Cfironide , remercie la Providence du mouvement vers les idées et les sentiments catholiques qui s'est manifesté chez les théologiens d'Oxford. »

Le Sun, feuille radicale, attaquait le iS'/aïicfarrf, journal tory, parce que celui-ci prétendait que , parmi les plus hautes autorités de TEglise, l'archevêque de Cantorbéry avait eu raison d'intervenir pour imposer silence aux rédacteurs des Tracts for tlie Times. Le Sun s'efforçait de démontrer que l'intervention de l'épiscopat serait impuissante pour calmer l'inquiétude qu'avaient éveillée les puseyistes; que l'Eglise d'Angleterre, telle qu'elle est administrée aujourd'hui , ne répond pas k l'état actuel de la société , et combien les doctrines qu'elle enseigne sont peu propres a remplir les espérances et k donner satisfaction aux sentiments naturels de Thomme.

Les articles de la presse de Londres se trouvaient commentés et reproduits par les journaux de toutes les couleurs sur les divers points de l'empire. Plusieurs feuilles irlandaises, en reproduisant la lettre iVwn jeune membre de l Université (T Oxford, l'ont saluée comme un premier gage d'espérance , que ce débat aurait une

heureuse issue. Le Limerick Chronide assurait ses lecteurs que l'opinion des amis les plus clairvoyants de l'Eglise d'Angleterre était que ces divisions intestines entraîneraient la destruction de l'anglicanisme, et pour leur faire croire que ce moment est plus avancé qu'ils ne le pensaient, il ajoutait, quoique cette nouvelle se démentît par elle-même , que le docteur Wiseman et les premiers théologiens catholiques de l'Angleterre étaient réunis k Londres, tenant un concile où ils débattaient la question de savoir s'ils prendraient parti pour les puseyistes , et s'ils entreraient en communion avec eux.

Les principes remis en honneur par le docteur Pusey trouvèrent de l'écho jusqu'en Amérique. Le nom de protestaïU , disait le Netv York Freemans Journal, parait tomber en discrédit. A l'exemple des théologiens d'Oxford , les ministres de la haute Eglise revendiquent chez nous le titre de catholiques.

Le révérend docteur Miley de Dublin fit, dans une adresse publiée par le Dublin Evening Post, un appel a tous les protestants des Iles-Britanniques pour les prévenir contre les savants professeurs dont les doctrines rencontrèrent dès le début tant de sympathies.

Pendant que la presse se livrait à celte polémique , la chaire ne restait pas muette. Londres compte déjà plusieurs églises où de pieux ministres propagent les idées de renaissance catholique et sont écoutés avec faveur. Le Brigliton IJerald annonçait, il y a deux années, que, dans une des villes du midi de l'Angleterre, sur seize ecclésiastiques qui y résidaient, treize étaient puseyistes, et ce journal ajoutait qu'une majorité plus ou moins grande

était assurée aux puseyistes dans un grand nombre d'autres localités. Dans quelques villes, la chaire est devenue l'écho de savantes controverses, soulevées par les Tracts et le British-Crilic. Ainsi, nous avons mentionné ailleurs qu'un des ministres anglicans de Preston s'efforçait de démontrer que l'Eglise de Rome n est pas l'Antéchrist, tandis qu'un ministre dissident de cette ville conviait le public a venir entendre dans sa chapelle la réfutation de ces sermons ; c'était la Bible en mains et par le témoignage des Pères qu'il prétendait établir que l'Eglise romaine est évidemment l'Antéchrist. Mais malgré les fougueuses déclamations du ministre dissident , son antagoniste n'en suivit pas moins les conséquences des doctrines qu'il enseignait, et déjà, disait le Preston-Ctironide ^ des cierges allumés brûlent sur nos autels; les prières et l'otrice sont chantés avec accompagnement d'orgues, et les âmes conviées au banquet sacré reçoivent l'absolution avant d'approcher des sacrements.

On juge facilement par ce qui précède , de la gravité et de la portée du débat engagé en Angleterre sur des questions qui nous trouvent en France si indifférents. Après cet aperçu général des opinions diverses qui se heurtent et s'enire-choquent sur le terrain de cette lutte , entre la vérité et l'erreur, nous citerons un article du Su7i qui mérite de fixer l'attention , et qui montre l'orage amoncelé sur l'Eglise anglicane, par le relâchement qui s'est glissé dans son sein et les désordres auxquels elle a été en proie dans le dernier siècle.

« Le docteur Pusey, dit le Sun, a soulevé une question d'une haute importance , a savoir : Si l'Église d'Angle-

terre , telle qu'elle est gouvernée et administrée , répond k rëlat actuel de la société , et jusqu'à quel point ses doctrines peuvent satisfaire les sentiments naturels de l'homme , ou remplir ses espérances? Ces deux questions ont été résolues négativement, et les puseyistes propo» sent en conséquence de grandes réformes à opérer dans l'Eglise. Leurs ennemis admettent que ce sont des hommes intègres, qu'ils ont d'honnêtes intentions, qu'ils mènent une vie simple , que leur conduite est exemplaire , qu'ils ont des connaissances et du savoir. Mais ce serait calomnier leur caractère , compromettre les pro. grès qu'ils ont déjh faits et tromper l'attente du public , que de supposer que l'ordre qu'ils ont reçu de garder le silence pût, quoique émané de l'archevêque de Canlorbéry, les empêcher de répondre aux questions qu'ils ont soulevées , et que leurs recherches pour arriver à la vérité puissent être arrêtées par l'ordre du docteur Howley, prélat à la vérité très-aimable, mais fort insigniliant. Qu'on ne pense pas que le décret d'un archevêque ait la puissance d'arrêter les investigations qui se poursuivent dans l'Eglise d'Angleterre. Un archevêque n'a pas le droit d'interdire la discussion, et sa tentative ne fera qu'ajouter aux sujets de dispute qui existent déjà (1).

« Nous ne douions nullement que les archevêques, les évêques et le clergé inférieur ne se trouvassent extrêmement heureux de détruire le puseyisme a quelque prix

(1) Cet article éfail publié peu de temps après que, sur Tinvitalion du primat et de révéque d'Oxford , la publication des Tracts for the Times était arrêtée.

que ce fût ; jugez de leur salisfaclion s'il ne leur en coûtait que Tordonnance d'un archevêque !

€ Nous ne doutons pas que les soutiens de l'Eglise , les défenseurs des taxes qu'elle impose , les dénonciateurs de Maynooth , ceux qui sollicitent l'extension de l'Église, les avocats de la suprématie et de l'intolérance du clergé, nous ne doutons pas que toute celte cohorte de saints personnages, ne pense que l'Eglise d'Angleterre aurait les plusgrandes obligations à l'archevêque Hovvley,s'iI pouvait, sans autre formalité , tarir ce qu'ils appellent une source empoisonnée , et guérir la plaie qui atteste au monde sa difformité et sa misère; mais le docteur Howley n'a pas cette puissance. Le public s'est emparé de la question ; les journaux ont pris parti. Si le docteur Pusey garde le silence; si M. Newraan cesse d'écrire et de prêcher; si le docteur Sewel reste tranquille ; si le docteur Hook préfère la simplicité du méthodisme aux cajoleries d'un quasi -papisme , d'autres hommes se lèveront dans le sein de l'Eglise qui aideront le public a découvrir les fautes et les vices d'une institution corrompue et en décadence.

€ Nous pensons que les puseyistes ont parfaitement raison dans la solution qu'ils ont donnée des problèmes qu'ils avaient à résoudre : l'Eglise d'Angleterre ne répond ni aux besoins de la société, ni aux espérances, ni aux sentiments naturels de l'homme. »

Si quelques organes dans la presse rendent hommage aux généreuses intentions des hommes d'Oxford, ils sont de la part de leurs antagonistes l'objet d'attaques chaque jour plus violentes. C'est au miheu de ces

déchiremenls, et pour procurer, sans doute, une agréable diversion aux esprits qui s'en affligent, que Tanglicanisme semble méditer de vastes projets de conquêtes. Mais nous doutons qu'il parvienne à détourner par \k Torage qui gronde dans son sein; ses efforts seront impuissants à élever dans l'Inde, en Amérique, dans l'Ausirasie, dans la Terre-Sainte et au sein même de l'Europe continentale, ainsi (Ju'il l'a entrepris, l'édilicc dont il ne peut prévenir la ruine en Angleterre.

Mais si nous sommes calmes spectateurs de toutes ces tentatives , il n'en est pas de môme de nos frères égarés. Ce sont les protestants de la France et de l'Allemagne qui s'inquiètent et s'alarment des envahissements de l'anglicanisme ; ils y voient t un plan qui menace i,a réforme (i). » Certains articles de la Gazette iiniverselle de Leipsik et de la Gazette évangeiiqiie de Berlin, ont trahi l'émotion produite en Aliemagne par les rapports qu'on a tenté d'établir entre l'Eglise de Prusse et celle d'Angleterre. Il est donc évident que les tentatives faites pour opérer un rapprochtîmcnt entre le luthéranisme et l'anglicanisme, ont eu pour résultat d'exciter la jalousie, Tanimosité des communions protestantes, et de constater une fois de plus la profonde anarchie qui dévore les Eglises dites réformées.

A l'époque du voyage du roi de Prusse en Angleterre , nous vîmes, d'une part,le clergé protestant de l'Allemagne protester contre l'orthodoxie de l'archevêque de Cantor-

(1) Le Semeur, journal prolcslaïU.

béry ; tandis que, de l'autre, le clergé de l'Eglise anglicane révoquait en doute l'orthodoxie du pape de Berlin.

Une question préoccupa un instant le monde religieux de la Grande-Bretagne. Ce n'était ni plus ni moins que de savoir si le prince de Galles pourrait légalement et conslilutionnellement monter sur le trône , et hériter de la tiare anglicane, après avoir été tenu sur les fonls baptismaux par un parrain qui professe un culte dissident !

Le clergé de Londres remit a l'archevêque de Cantorbéry une protestation contre le baptême célébré avec tant d'éclat a Windsor. Dans cette pièce, le primat de l'Eglise d'Henri Vlïl est supplié d'intervenir et de se prononcer contre une innovation qui porterait atteinte a la pureté de l'anglicanisme.

L'exemple du clergé métropolitain trouva des imitateurs. L'évêque de Winchester fut invité par les ecclésiasiiques les plus éminents de son diocèse à transmettre à l'archevêque de Cantorbéry un mémoire où le roi de Prusse est dédaigneusement appelé dissenter. Or, dans l'opinion de ces théologiens, le dissenter, n'éiant pas en communion avec l'Eglise anglicane, ne saurait initier convenablement h la foi de cette Eglise celui qui est destiné à en devenir le chef. Nous ne savons ce que l'éminent prélat a répondu k cette objection. Dans l'Eglise apostolique romaine , un protestant ne serait pas admis comme parrain d'un enfant catholique, ol le prêtre qui baptise exige du père spirituel de l'enfaui une profession de foi orthodoxe.

Le clergé anglican se trouve donc dans l'alternalive d'admettre l'orthodoxie du monarque luthérien, ou de

nier qu'il ait pu canoniquement tenir sur les fonts baptismaux le prince de Galles. Il est fâcheux vraiment que les casuistes de l'anglicanisme n'aient pas songé à prévenir l'événement; mais dans l'état actuel des choses, ils paraissent déterminés a soutenir que le prince de Galles ne peut pas être regardé comme un véritable anglican et quipso facto il est déchu de tous ses droits au trône des royaumes protestants d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. C'est ainsi que le clergé d'Angleterre sut gré au monarque prussien d'être venu honorer de sa présence la cérémonie du baptême royal ! Cette question si inopinément soulevée au moment où l'on nous parlait de rapprochements entre les Eglises protestantes d'Allemagne et d'Angleterre , parut scandaleuse à quelquesuns des journaux qui ont le plus fêlé sa Majesté prussienne; ils s'indignèrent de la témérité cléricale, et déclarèrent que les puseyistes seuls avaient pu signer les protestations contre la validité du baptême de Windsor. La question pourrait bien , dans l'opinion du Globe de Londres , enfanter une révolution î

c Si les pusexjistes, nous disait cette feuille, continuent b augmenter dans l'Eglise, dans la proportion où ils se sont multipliés depuis cinq ans, nous regardons comme très-probable, qu'ils parviendront à acquérir assez d'influence dans la législature pour interrompre l'ordre régulier de la succession au trône , a l'époque où le prince de Galles sera appelé h y monter ; et cela parce qu'il a eu pour parrain le chef de l'Eglise luthérienne ! »

C'est ainsi que les ennemis du mouvement catholique ont cherché , en rapprochant du nom de puseyistes l'idée

d'une révolution, k rendre odieux ces hommes qui, par la prière , l'étude et la pratique des plus belles vertus , s'elForcent de ramener leurs frères dans la voie de l'orthodoxie. C'est ainsi qu'un grand nombre de journaux travaillent en Angleterre avec une incroyable activité k prémunir le public contre les savants théologiens d'Oxford. On leur attribue des propos qu'ils n'ont jamais tenus, des paroles qu'ils n'ont pas écrites, des pratiques qu'ils réprouvent , des actes auxquels ils sont étrangers.

Les uns les font plus papistes que le pape, plus catholiques que l'Église romaine , dans l'espoir qu'il restera toujours quelque chose de ces exagérations. Telle est en particulier la tactique suivie par un journal d'Oxford, animé d'un esprit systématiquement hostile à tout progrès vers les idées catholiques. Que ne ferait-on pas dire a un auteur, en groupant arbitrairement les mots que l'on trouve dans ses livres? Le Cfironicle , k l'aide de quelques expressions ça et Ik empruntées aux ouvrages qu'il cite et combinées par ses rédacteurs avec un certain art, prétend expliquer k son public protestant ce que c'est que le puseyisme. Nous connaissons le but de ce travail , et nous avons cru , en donnant ce petit échantillon de l'habileté du Clironide d'Oxford , devoir prévenir le lecteur contre les citations tronquées et inexactes qui nous arrivent par les journaux d'outre-Manche. Il nous serait fort agréable de trouver fidèle l'exposition du Chronide , mais nous devons k la vérité de dire que les puseyistes ne sont pas encore aussi parfaits catholiques que ce journal le prétend.

• En quoi consiste le puseyisme? se demande VOx*

ford-Clivonicle, — 11 consiste, répond cette feuille, a dire analhème au principe du protestantisme (1) ; a abandonner de plus en plus les fondements de la réforme anglicane (2) ; h déplorer la séparation d'avec l'Église romaine (3); h regarder Rome comme notre mère, et à dire qu'elle nous a enfantés a Jésus-Christ (4). Il consiste à représenter l'Église d'Angleterre comme une esclave condamnée aux fers et à un honteux travail ; k dire que son enseignement se borne à bégayer des formules équivoques (5) ; à dépeindre , au contraire , l'Église de Rome comme donnant un libre cours à tous les sentiments religieux de foi , de respect, d'amour et de dévotion (6), et comme possédant par ses sublimes bienfaits les droits les plus sacrés à notre vénération et a notre reconnaissance (7). Il consiste a dire que nos 39 articles sont la production d'un siècle étranger au catholicisme (8) ; que notre liturgie est la condamnation de notre Église (9) , tandis que le rituel de Rome est un trésor précieux (10), et son missel un riche et sacré monument des temps apostoliques (11). Il consiste k déclarer que l'Ecriture n'est

(1) Lettre de M. Palmer à Gothly.

(2) British-Critie, juillet 1841.

(5) Traités d'Oxford.

(4) Lettre de M. Palmer.

(j) Traités d'Oxford.

(6) Lettre de M. Newman au docteur Jelf.

(7) Traité d'Oxford.

(8) Ibid.

(9) Frond*s Remains.

(10) Traités d'Oxford.

(11) Ibid.

pas l'unique règle de la foi (1); mais que les révélations divines nous sont aussi proposées par la tradition orale dont l'Eglise est dépositaire (2) , et que la Bible , sans explications ni commentaires aux ignorants, n'est pas propre ordinairement a les diriger dans l'affaire de leur salut (3). Il consiste à affirmer que dans la cène le Christ est présent sous la forme du pain et du vin (4); qu'il est alors personnellement et corporellement avec nous (5), et que le clergé a reçu le mystérieux et sublime pouvoir de changer le pain et le vin en corps et en sang du Christ (6). Il consiste enfm à défendre comme légitime la prière pour les morts (7) ; a établir une différence entre un péché véniel et un mortel (8) ; à affirmer qu'on peut admettre l'existence d'un purgatoire, honorer les reliques , invoquer les saints , reconnaître sept sacrements , et qu'on peut ensuite en toute conscience souscrire aux 59 articles de l'Eglise d'Angleterre (9). »

Il n'est pas un acte des ministres anglicans en faveur des principes catholiques , qui n'excite la colère et ne redouble la fureur des protestants, leurs adversaires. Les efforts de ces derniers pour entraver les progrès d'un mouvement dont ils redoutent les con-

(1) Traités d'Oxford.

(2) Sermons de Linwood.

(3) Ibid.

(i) Ibid.

(5) Doctrine de l'Église en Angleterre sur la sainte Eucharistie.

(6) Ibid.

(7) Traités d'Oxford.

(8) Traités d'Oxford et Sermons de Linwood.

(9) Ibid.

séquences sont k peine croyables. Mais leurs craintes servent k ranimer le courage de ceux qui luttent pour la vérité. Des ouvrages intitulés : Catécliisme de l'Idolâtrie romaine, l'Angleterre sous le joug papal. Mariolâirie, l'Église d'Angleterre indépendante dans tous les siècles de l'Eglise romaine , et autres publications semblables, inondent les villes, les campagnes , et se débitent k pri« coûtant. Mais tous ces livres, sous un titre hostile au catholicisme, sont surtout dirigés contre le parti puissant qui, sous le nom de puseyisle, représente aujourd'hui TEglise anglicane. Le combat n'est plus entre les protestants et les catholiques; mais il est engagé entre les premiers et les anglicans ; ceux-ci sont accusés de schisme , et des appels passionnés sont faits au peuple contre leurs doctrines. Voici un des pamphlets les plus curieux de cette lutte, qui nous soit tombé entre les mains. Nous le traduisons et le reproduisons fidèlement :

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