MEMBRES DE L'EGLISE
« Nous appelons votre sérieuse attention sur un aveu fait récemment touchant le but réel que se propose le parti schismatique qui a depuis quelque temps agité et divisé d'une manière si lamentable l'Eglise nationale. Ce manifeste se trouve dans le Britisii-Critic , n° 59 , p. 45. Le voici :
€ Nous DEVONS NOUS SÉPARER DE PLUS EN PLUS DES PRIN- CIPES , SI ON PEUT LES APPELER TELS, DE LA RÉFORMA- TION ANGLAISE !! ! »
€ Que celui qui lit comprenne.—- C'est en vain que les filets sont tendus a la vue des oiseaux. »
Vient ensuite cet avis :
« On peut se procurer cent exemplaires de cette pièce pour un shelling , chez tous les libraires de Londres ou des provinces. On recommande de la faire circuler avec zèle, dans le but de servir la cause de la vérité et de défendre notre PROTESTANTISME NATIONAL contre les tentatives de trahison , des agitateurs ecclésiastiques , qui n'ont pas honte de manger le pain d'une EGLISE PROTESTANTE, alors qu'ils travaillent à sa ruine.
« Que Dieu dans sa miséricorde conserve la vraie religion PROTESTANTE PARMI NOUS î »
Ce petit document nous a paru offrir assez d'intérêt pour être reproduit ; mais quelque violentes que soient les passions qu'il constate , ces tentatives demeurent impuissantes, et la bonne cause gagne du terrain. Lepuseyisme sort victorieux des combats qu'on lui livre , et l'éclatant témoignage rendu a la vérité par M. Newman , loin de soulever dans la jeune Eglise des murmures désapprobateurs, a rencontré une sympathie générale. On annonce que son exemple trouvera bienlôl des imitateurs. Le clergé anglican commence donc à faire amende honorable envers Rome; les évêques viendront ensuite, en attendant le jour marqué par les décrets providentiels où l'Angleterre, comme nation, demandera, par l'organe de son parlement et de son souverain , a rentrer dans l'unité de l'Eglise de Jésus-Christ.
Les membres de l'Eglise anglicane évangélique font chorus avec les dissidents de toutes les sectes hostiles
a V établissement national, pour annoncer le triomphe du papisme et prodiguer l'injure aux hommes qui favorisent le retour à la foi primiiive. Un de leurs journaux s'est écrié en parlant des puseyistes : « Que FEglise d'Angleterre se débarrasse de ces hypocrites! Le plus tôt sera le mieux. > La même feuille ajoutait :
i Mais , hélas ! hélas ! leur noiiibre se multiplie d'une manière incalculable. Un ecclésiastique dont la parole fait autorité nous assure que la moitié de l'Eglise est déjà puseyiste.Un autre nous apprend que cinq cents ministres puseyistes et quatre évêques professant leurs opinions étaient naguère présents k une consécration solennelle. D'autre part , un écrivain distingué affirme que V affreuse hérésie est embrassée par 12,000 ministres de l'Eglise d'Angleterre... On sait aussi que les journaux de France et du continent qui défendent le papisme , reconnaissent ouvertement les puseyistes comme des frères, et qu'ils expriment la ferme conviction de voir, dans un espace de temps plus ou moins court, l'Eglise d'Angleterre tout entière retourner dans les bras de Rome! »
Après ces révélations des feuilles hostiles aux partisans des doctrines d*Oxford , voici quelques aveux du Times, qui sont précieux a recueillir. Le Times défend les puseyistes.
€ On devrait bien considérer, dit cette feuille , s'il est prudent et s'il y a chance de bon résultat, de laisser a un parlement composé de personnes appartenant à toutes les dénominations religieuses, le soin de faire des lois sur les questions qui affectent d'une manière vitale les intérêts spirituels de l'Eglise. On devrait au moins consulter sur
AOi
ces mesures l'Eglise elle-même, représentée dans l'ordre de sa hiérarchie....
« Ce dont l'Eglise a le plus grand besoin , c'est de discipline, et, pour l'obtenir, elle doit avoir non-seulement des juges compétents, mais des cours dignes de confiance, un bon système de lois pratiques , un ordre établi et un gouvernement exécutif. Elle doit secouer la protection sous laquelle la tiennent des influences séculières, et se purifier de tout ce que le pouvoir civil lui a légué de vicieux, de mondain, d'insolent, d'insubordonné et de corrompu. L'Etat a enlevé à l'Eglise sa discipline, et il est nécessaire que l'Etat rende a l'Eglise ses pouvoirs; sans cela, parler de réforme, ne serait qu'une moquerie. »
Le parti protestant puritain ne dissimule pas les craintes que lui inspirent les progrès que fait parmi les membres du clergé anglican l'enseignement des puseyistes. Il n'est pas de bruit ridicule que les feuilles antipuseyistes n'enregistrent avec soin pour s'en faire une arme contre leurs adversaires, ou un épouvantail a l'aide duquel elles cherchent à effrayer les masses encore imbues de tant de préjugés contre la foi des catholiques.
Voici quelques extraits de journaux qui égaieront le lecteur, tout en lui faisant apprécier celte situation :
< Un journal d'Edimbourg, dit une feuille de Londres, publie un article alarmant que nous croyons devoir reproduire :
« Il est question d'une lettre dans laquelle Louis-Philippe recommanderait k notre reine de reconnaître le pape comme chef de l'Eglise. La raison de ce conseil extraordinaire est la paix universelle qui règne dans le
monde. Ainsi qu'on peut le supposer, cette lettre a produit au palais une sensation très-grande. On dit de plus que le pape doit venir en Angleterre pour consacrer en personne là cathédrale que l'on bâlit en ce moment près de Westminster. >
Ces nouvelles d'un voyage du pape en Angleterre et de l'intervention de Louis- Philippe comme négociateur entre Rome et le gouvernement anglais , furent données par le Witnesses d'Edimbourg. Nous trouvons dans un autre journal d'Ecosse un article qui proteste contre les puseyistes, accusés de préparer par leurs doctrines le grand événement d'une réunion religieuse.
€ Le pasteur d'Arbroth, dit le Dundee Warder, a scandalisé , il y a quelque temps , ses paroissiens par un sermon puseyiste. lia prétendu qu'on avait tort d'appeler papistes les catholiques romains, et qu'on ne devait pas se servir envers eux de cette épithète injurieuse. Le révérend prédicateur a dit aussi que, si ce n'était pour les doctrines des catholiques sur la suprématie du pape, le célibat des prêtres , le purgatoire, et quelques autres points, il n'hésiterait pas un instant a embrasser la foi de l'Eglise romaine. Les chances de salut, a-t-il ajouté, 7ne paraissent aujourd'hui beaucoup plus gi^andes dans la communion romaine qu'au sein de l* Eglise anglicane, et j'espère voir le jour où il nous sera permis de rentrer dans la véritable Eglise catholique, notre sainte mère. >
Nous dirons, en terminant ce chapitre, quelques mots d'une brochure qui parut à Londres à la fin de 1842, et qui souleva dans le clergé métropolitain une polémique dont nous n'avons pas le dernier mot. Cet écrit n'avait
rien moins pour objet que d'inviter le clergé de l'Angleterre a quitter l'habil séculier pour reprendre la soutane. Son auteur, qui appartient à l'école puseyiste , représentait le clergé anglican comme luttant depuis plusieurs années pour reconquérir les privilèges de son ministère et rétablir des pratiques laissées dans l'oubli. Les anciennes traditions de l'Eglise d'Angleterre étaient invoquées a l'appui de l'opinion que le clergé doit porter un costume qui le distingue des laïques.
On comprendra facilement qu'une résistance presque générale sesoit élevée conlrecette proposition. La plupart des révérends ont trouvé qu'ils feraient triste figure avec un bonnet carré sur la tête et leurs épouses sous le bras ; plusieurs ont donné h entendre que s'ils se soumettaient h une pareille mesure , on chercherait bientôt à substituer le bréviaire h leurs femmes, et qu'on les obligerait au célibat. On pense a Londres que l'évéque métropolitain est favorable a l'objet de la brochure, et qu'il se propose de donner en temps opportun force de loi aux propositions agitées.
« Le clergé des villes, dit l'écrit en question, porterait la soutane et une robe par-dessus ; celui des campagnes pourrait se borner à porter la soutane. La robe serait d'ailleurs portée ou non , selon le froid ou la chaleur de Tatmosphère. En hiver, les soutanes seraient en drap ; en été, elles pourraient être de cachemire noir, de soie ou toute autre étoffe légère. Les inventions, pour satisfaire a tous les besoins, sont si nombreuses, qu'on ne manquera jamais d'étoffes fortes et légères, fraîches et chaudes, de
manière h satisfaire , suivant les saisons , aux exigences de chacun. >
Le soixante-quatorzième canon de l'Eglise anglicane est invoqué par l'auteur, comme recommandant au clergé la décence et la convenance de son costume. Ce canon ordonne aux évéques de ne jamais quitter les vêtements de leur charge ; il fait aussi une loi aux doyens, chefs des collèges, archidiacres et autres fonctionnaires ecclésiastiques de porter la robe. L'habit clérical et le bonnet carré sont , d'après le même statut , prescrits k tous les membres du clergé, non-seulement dans les occasions solennelles, mais toutes les fois qu'ils sortent.
On voit, par ces quelques dispositions du canon soixantequatorzième, combien le clergé anglican a dévié des règles qui lui étaient primitivement tracées. Lhabit séculier qu'il porte aujourd'hui a favorisé le relâchement et le dérèglement de sa conduite ; et c'est pour sévir contre un mal que les annales judiciaires de l'Angleterre nous montrent croissant chaque année, que les puseyistes proposent l'adoption d'un costume clérical, qui déjà commence à être porté par un assez grand nombre de ministres.