CHAPITRE XIV
SOMMAIRE
Le docteur Wiseman et les puseyistes. — Opinion de ce savant prélat sur le mouvement de l'Église anglicane et la possibilité de sa réunion avec Rome. — Des conséquences politiques et sociales qu'aurait pour l'Angleterre un retour à Tunité catholique.
La publication de la lettre du révérend M. Wackerbaih, que nous avons reproduite dans un précédent chapitre , fut un aliment jeté a la curiosité publique. Les catholiques l'accueillirent comme un gage des espérances qu'avait fait naître la réaction religieuse.
Sur ces entrefaites, lord Shrewsbury s'adressa à Mgr Wiseman, vicaire apostolique, coadjuteurdu district de Birmingham (dans lequel se trouve l'Université d'Ox-
ford), pour connaître ses opinions sur ce mouvement. Le savant évêque de Mellipotamos s'empressa de répondre a cet appel. Le docteur Wiseman avait dès le principe prêté une attention sérieuse aux travaux des théologiens d'Oxford. Il avait , dans plusieurs numéros du Dublin Re^;^ew^ signalé les contradictions des puseyistes, tout en concevant de grandes espérances de ce mouvement. Cette appréciation d'un prélat catholique, aussi bien placé que le docteur Wiseman pour observer les faits , en apprécier la portée, fui recherchée et lue avec empressement sur tout le continent. Nous traduisons ici cette lettre (1), qui présente comme le résumé et la conclusion de notre travail.
Après quelques considérations préliminaires, le savant prélat s'exprime ainsi :
t Le manque d'union est le vice de notre état actuel. Quand tous les éléments de la force et de la dignité nationale tendent vers un seul et même but , et entraînent sur une même ligne le peuple et ses chefs; quand le clergé, la noblesse et les classes industrielles de tout rang agissent sous l'influence des mêmes règles de conduite , se jugent mutuellement par les mêmes principes, voient d'un même point de vue leurs prérogatives et leurs droits respectifs, comprennent également, et d'après une nolion commune a tous, Timporlanceetla nécessité des sacrifices mutuels; en un mot , quand tous travaillent sous la même loi et pour la même fin , alors la majesté et la puissance d'une nation brillent dans toute leur splendeur.
(1) A Letter on Catholic Unity, adressed lo Ihe right bon. the Earl of Shrewsbury.
Mais nous, où en sommes-nous? Chaque classe vit isolée, appelant la prospérité des autres sa ruine, leur avantage sa perle. L'esprit d'antagonisme et de dissolution s'est emparé des diverses parties de ce grand empire : au lieu d'harmonie , nous avons les cris de la discorde ; en place d'union , des conflits d'intérêt. Entre l'aristocratie et les classes pauvres existe , depuis longtemps, une réserve et une froideur inconnue dans les temps anciens , je veux dire dans les temps catholiques , et les frénésies du chartisme et du socialisme s'efforcent d'y substituer l'inimitié et la haine. Le clergé de l'Eglise établie est loin de posséder auprès du peuple la considération et l'influence nécessaires pour contenir les passions de la multitude, lui commander la patience dans la détresse, et la guider vers des circonstances plus heureuses. Dans les grandes villes, des masses immenses se sont soustraites à la sollicitude du clergé, ayant ou abandonné toute religion , ou embrassé la dissidence. Parmi les adhérents des sectes diverses, \esliommes de l'établissement, bien loin d'être traités avec respect, comme ministres reconnus de Dieu, ne sont qu'un objet de mépris et souvent de haine; et ceux-ci, de leur côté, considèrent naturellement les chefs des congrégations dissidentes comme des intrus, et leurs disciples comme d'aveugles schismatiques ; entre eux se tiennent nos frères , refusant de reconnaître les prétentions des uns et des autres , mais unis par le Saint-Siège dans une même foi et une même communion avec la grande Église catholique.
« De plus , si nous examinons les éléments de la prospérité temporelle du pays , la aussi nous retrouvons di-
vision d'opinion. Les intérêts agricoles et manufacturiers sont en état de rivalité. Ce que l'on fait pour l'un, l'autre le regarde avec jalousie et crainte comme une mesure qui lui est hostile. Au lieu de deux puissances agissant ensemble sur le môme point du levier, on dirait deux bassins suspendus aux extrémités opposées du fléau , et contrebalancés avec tant d'exactitude, que l'un ne peut s'élever sans que l'autre ne s'abaisse ; le moindre poids jeté dans celui-ci semble un poids enlevé k celui-là, et l'un ne peut se mouvoir en un sens qu'aussitôt son rival ne se meuve dans la direction opposée. De temps a autre se manifeste un conflit semblable entre la propriété |territorialeet la propriété financière, au moindre soupçon d'une charge imposée h celle-ci. Qu'ai-je besoin d'ajouter que cet esprit de désunion éclate d'une manière plus déplorable encore entre les plus grandes portions de notre empire; l'injustice et la dureté de l'Angleterre nous ont aliéné lesafl'eclions de l'Irlande ; et plusieurs de nos colonies ont montré des signes non équivoques de leur précaire attachement à la mère-patrie.
< On dira peut-être que malgré toutes nos divisions nous avons prospéré et prospérons encore. Ainsi prospéra aussi la république romaine, en dépit des querelles entre les patriciens et les plébéiens d'abord, puis entre les Romains ot les alliés. Mais vint la fin , et elle vint si effroyable , que les plus sages et les plus hommes de bien crurent Tunité du gouvernement, bien qu'achetée h un prix terrible, préférable aux maux enfin engendrés par la désunion. Nous ne sommes pas encore, grâce à Dieu, arrivés a celte crise; mais il est évident qu'une pensée
de désordre commence a travailler bien des cœurs. N'estil donc pas temps de chercher remède a une situation qui chaque jour laisse voir en ses conséquences une réalité plus fatale? On peut dire encore : si dans cet état de désunion et de mutuel éloignement nous avons prospéré jusqu'à ces dernières années, quelle n'eût pas été notre prospérité si nous eussions tous été d'accord ! si le résultat de nos forces divisées a été si grand, quel n'eût pas été celui de nos forces réunies!
« On est en général porté à se délier d'un remède vanté comme une panacée universelle. Néanmoins , si toute la maladie n'a qu'un principe et tous les symptômes qu'un caractère , sûrement on ne nous traitera pas de visionnaire pour ne proposer qu'un remède. El si les considérations les plus hautes et les plus nobles démontrent la nécessité de ce remède ; si , outre son utilité reconnue, il se recommande à nous par une excellence propre et indépendante de nos besoins ; si enfin chaque jour nous en fait mieux apprécier l'importance , la justice et la vérité, sûrement alors nous ne saurions hésiter k réfléchir du moins à la possibilité d'en faire usage. Il n'y a point d'influence qui puisse, aussi aisément que la religion , arriver jusqu'aux causes secrètes du mal , et les neutraliser aussi eflicacement; il n'y a donc rien qui puisse, aussi sûrement que l'unité religieuse, pénétrer jusqu'aux principes de nos divisions, et les guérir en réunissant les parties séparées. Elle exerce une action égale sur les discussions du noble et du plébéien, et sur les querelles du prêtre et du laïque, sur les haines de province à province cl sur les différends d'homme à homme ; et quand elle
aura absorbé ce qui est mauvais, elle y substituera bientôt ce qui est bon et salutaire. L'unité religieuse , enlacée avec les affections qui nous unissent, et comme êtres sociaux et comme membres d'un même état, l'unité religieuse, rbumanité et le patriotisme formeraient cette triple corde dont il est dit qu'il est difficile de la rompre {Ecoles., chap. 4, 12).
< Votre Seigneiltie comprendra qu'en recommandant l'unité religieuse comme un grand bienfait moral et social, mon intention n'est point de laisser dans l'ombre les motifs plus grands et plus nobles de nous efforcer d'y atteindre , qui découlent de la religion même , c'est-à-dire de l'unité absolue de la vérité , et de ce principe évident que toutes les opinions diverses sont, à l'exception d'une seule , erronées, et que par conséquent c'est notre devoir à tous d'écarter ces opinions, ou plutôt de les fondre toutes dans celle qui est une et vraie. Mais comme malheureusement il ne manque pas de gens qui examinent ces graves questions sous le point de vue de l'utilité mondaine, plutôt qu'a la pure et simple lumière de l'évidence religieuse, il n'était peut-être pas inutile de démontrer même a ces hommes que de grands avantages publics seraient le résultat du rétablissement de l'unité religieuse. Quant à ceux qui , par des motifs plus élevés , déplorent la funeste séparation de l'ancienne Eglise d'Angleterre , leur coopération nous est assurée sans qu'ils aient besoin des réflexions auxquelles je viens de me livrer.
i Mais l'idée de l'Angleterre redevenue une en religion est incompatible avec sa persistance dans son état présent d'isolement ecclésiastique et religieux , sous le nom
d'Église nationale (dans le sens restreint et odieux du mot), ç'est-à-dire séparée de la communion religieuse du reste du monde. Catholiques, nous devons nécessairement déplorer cette séparation comme une profonde plaie morale et comme un schisme dont rien ne peut justifier la continuation. Parmi les membres de l'Eglise anglicane, plusieurs, partiellement d'accord avec nous, considèrent la séparation sous le même point de vue et rappellent un fléau funeste , tout en excusant leur position individuelle dans le schisme comme un malheur inévitable. Aussi presque tous sommes-nous d'accord en ceci, qu'on ne saurait trop se hâter de mettre un terme à la douloureuse position de l'Eglise anglicane, et que nous pouvons compter sur une coopération empressée, capable et pleine de zèle, dans tous les efforts que nous pourrons tenter pour la replacer dans sa position légitime , dans l'unité catholique avec le Saint-Siège et les églises de son obédience, en d'autres termes, en communion avec l'Eglise universelle. Est-ce Ta une idée de visionnaire? N'est-ce rien, sinon l'expression de mes ardents désirs ? Ce sera, je le sais, la pensée de plusieurs ; et si je ne consultais que l'intérêt de mon repos, peut-être ne me hasarderais-je pas à publier ces lignes. Mais je veux , dans la simplicité de mon cœur, m'attacher à l'espérance que font naître en mon âme tant de flatteuses apparences.
« A une autre époque , nous voyons un grand évêque, l'aigle deMeaux, regarder comme un devoir d'entamer avec Leibnitz une discussion sérieuse sur la possibilité de réunir l'Allemagne a l'Eglise romaine. Et cependant rien alors qui pût encourager ou promettre le
succès , sinon le désir des princes el le zèle éclairé , il est vrai, mais solitaire de Molanus; de la part de l'Eglise séparée elle-même , ni prières ardentes , ni sentiment de ses besoins ; et de la part des docteurs de cette Eglise , point de soupirs pour l'unité, ni de vénération pour l'Eglise-Mère. Or, si cette condescendance de Bossuet , si renommé par son immense pénétration et sa prudence consommée , n'a point été considérée comme une faute , il semble qu'on ne devrait point déverser un blâme sévère sur un homme si fort au-dessous de lui k tous égards, parce qu'il attache quelque importance aux rapprochements successifs de beaucoup de personnes qui aspirent au même but, et parce qu'il ne rejette pas toutd'abord et absolument leurs vœux aujourd'hui clairement exprimés de voir leur Eglise rendue à la communion catholique. De plus, Bossuet était un évêque étranger, n'ayant en Allemagne ni intérêt ni responsabilité ; et cependant, au lieu de repousser les avances du parti opposé , il crut de son devoir d'accorder une attention sérieuse k la moindre proposition pour le rétablissement de l'unité, de l'accueillir avec zèle et bonté , et de consacrer ses talents a la féconder et k lui faire porter des fruits. On ne saurait donc accuser d'un zèle inconsidéré celui qui , ayant un intérêt profond et éternel en ce royaume, étant chargé d'une responsabilité personnelle et sérieuse dans la contrée même qui forme le centre du nouveau mouvement, croit devoir donner quelque attention k des déclarations du même genre, bien plus frappantes et bien plus positives, et consacrer ses faibles talents k la recherche des meilleurs moyens de répondre au désir qu'elles expriment.
J'ose donc offrir k la pieuse considération de Votre Seigneurie quelques points qui me paraissent dignes d'une sérieuse attention. Toutefois ce ne sont que des esquisses et des aperçus de ce qui peut-être deviendra avant peu le sujet d'une exposition plus finie et plus détaillée.
* Il peut paraître nécessaire que j'explique ici , à ceux qui, comme vous, ont depuis quelque temps vécu hors de l'Angleterre, les raisons qui font que je vois, ou, ainsi qu'il plaira k d'autres de s'exprimer, que j'imagine voir un rapprochement non pas seulement vers quelques points particuliers de la doctrine et des pratiques du catholicisme , mais encore vers V unité catholique. Il est souvent difficile de donner la forme spécifique de l'argumentation à une preuve qui est le résultat d'une grande combinaison d'inductions diverses , dont la force convergente opère la conviction. Néanmoins, il me semble impossible de lire les ouvrages des théologiens d'Oxford, et particulièrement d'en suivre Tenchaînement chronologique, sans découvrir dans les doctrines et les sentiments affectueux qu'ils professent un rapprochement journalier vers notre sainte Eglise. Peu h peu, en effet, ils se sont pris a aimer nos saints et nos papes ; nos rites , nos cérémonies , nos offices et nos rubriques même leur inspirent un respect que plusieurs d*entre nous, hélas! ne paraissent pas éprouver au même degré ; nos institutions monastiques , nos établissements d'éducation et de charité sont devenus les objets préférés de leurs études. Enfin, tout ce qui concerne notre religion excite profondément leur attention et leur intérêt. L'on dira, je le sais, qu'après tout cet intérêt n'est pas désintéressé; qu'ils
veulent prendre chez nous tout ce qui peut donner de la consistance k leur Eglise, mais qu'ils n'ont ni la pensée , ni le désir de faire un pas de plus et de s'unir k nous. Or, ce soupçon , je le crois injuste et sans base réelle : il ne peut reposer que sur l'ignorance du caractère et des sentiments réels de ces écrivains. Leur admiration de nos institutions et de nos pratiques, et leurs regrets d'en être privés , émanent évidemment de la haute estime qu'ils éprouvent pour tout ce qui est catholique ; et supposer qu'ils aiment les diverses parties d'un système , et qu'ils veulent se les approprier, tout en ayant l'intention d'en rejeter le principe, seul point d'appui qui soutienne ces parties diverses, supposer enfin que leur dessein arrêté est de repousser le système lui-même , après l'avoir démembré et exploité k leur profit , c'est les accuser de duplicité sans qu'ils nous en aient donné le droit, c'est à mes yeux une contradiction révoltante. Mais ce n'est pas tout : lisez , Milord , le passage suivant , publié il y a deux ans :
« L'Église anglaise , autrefois la gloire de la chrétienté, cette Eglise oùBède enseigna, et qui produisit Boniface, est aujourd'hui sohtaire au milieu des nations. Comme elle a souffert sous le coup des passions humaines ! comme on l'a resserrée dans ses mers , cette reine des îles, qui jadis avait dans ses domaines un continent et ses évêques pour hôtes et visiteurs ! Mais a quoi bon ce retour vers le passé? ce qui a été fait est, dit-on, matière historique, ce qui veut dire que nous pouvons avoir k cet égard notre opinion particulière. Le résultat est assez clair : la chrétienté a été bouleversée ; et de ce boulever-
sèment nous avons souffert non moins que les autres nations. Rome, la Grèce , l'Angleterre ont souffert ; mais ici nous ne voulons parler que de nous-mêmes. Eh bien , donc , nous avons perdu la sympathie du monde : ceux qui nous en ont privé se sont crus obligés de faire tout leur possible pour en réparer la perle. Le pouvoir civil, qui nous a séparés du reste de la chrétienté, a tout fait pour nous réconcilier avec notre dégradation. Il a maintenu, il est vrai , notre esclavage comme un des principes fondamentaux de la constitution; mais il n'a rien négligé pour nous empêcher de sentir nos chaînes. Si l'Eglise devait exister en Angleterre, c'était comme la loi desMèdesetdes Perses; elle ne devait exister que pour l'Angleterre seule. Si on lui permettait de vivre en ce pays , c'était comme prisonnière. Mais ceci une fois admis , on lui accorda la plus honorable captivité : rien ne lui fut refusé, sinon la liberté. On lit pleuvoir sur elle pouvoir, richesses , influence, honneur et considération : on voulait lui créer un enivrement de tous les instants : c'était Rasselas dans la Vallée heureuse, ou le Croisé dans les jardins d'Armide. A quoi n'avait-on pas pourvu? — Cependant il est dit de notre premier père, placé dans des circonstances beaucoup plus heureuses : Quant h Adam , il ne trouva point un aide semblable a lui. — Aliquid desideravere oculi. — Et ce besoin, la docilité des bêtes et la beauté des oiseaux ne pouvaient le satisfaire : quelque chose lui manquait dans le Paradis même. Ainsi notre pauvre Eglise d'Angleterre, qui certes n'est pas dans le Paradis , a senti, en dépit des princes et des autres enfants des hommes, le mal affreux d'être seule : elle a vu qu'elle était parmi les
étrangers. Hommes politiques, avocats et guerriers l'ont entourée d'attentions et d'hommages ; des créatures apprivoisées ou sauvages ont tenu leur conseil autour d'elle ; et malgré cela elle n'a trouvé personne k qui parler le langage de la confiance, personne qu'elle pût consulter et aimer. Aussi TÉtat, si nous en jugeons par ses actes, a pensé que c'était bien déraisonnable a elle de ne pas trouver qu'un lion et une licorne fussent des objets dignes de toutes les affections. » {Britisli Critic, 1859, p. 282. )
« Je pourrais signalera VolreSeigneurie un autre article sur la catholicité de l'Eglise anglaise, publié dans la même Revue, article dont M. Newman est, je crois, l'auteur reconnu. Ce n'est pas que j'en pusse citer aucun passage donné, avec une satisfaction entière ; mais personne ne le lira , je pense, sans acquérir la conviction que la position isolée de l'Eglise anglaise et sa séparation du reste du monde ne soient une cause de regrets profonds, et que la moindre probabilité que le mal pourrait être extirpé, suffirait pour qu'on n'épargnât ni travaux ni peines afin d'en assurer la guérison.
< Mais voici un autre motif k l'appui de mes espérances: dans les livres de ces écrivains, on lit clairement exprimé un sentiment général de mécontentement contre le système de l'Eglise anglicane. Ce n'est pas un blâme jeté sur tel ou tel article, ni une erreur condamnée en telle ou telle pratique : ici l'absence de la pensée catholique, et la quelque superfluité protestante. Mais c'est un dégoût absolu du tout , c'est l'accablement du bûcheron chargé de ramée ; il ne se plaint en particulier d'aucune des branches
qui composent son fardeau : c'est le faix entier qui le fatigue et l'accable. La dépendance de l'Eglise vis-a-vis de l'Etat, qui la tyrannise et l'opprime ; le clergé, sans une part convenable dans le choix des évoques ; les évêques dépouillés de l'autorité nécessaire pour gouverner réellement ; l'impuissance de l'Eglise k faire usage des censures spirituelles, l'abolition de toute autorité canonique dans la hiérarchie ; l'esprit protestant ûes articles en général et leur insupportable opposition avec la vérité catholique en certains points ; la discipline énervée, les sacrements et les rites liturgiques tombés dans l'oubli ; l'extinction des vocations monastiques et le mépris des observances de la vie ascétique ; l'absence de crainte, de mystère, de tendresse, de respect, de dévotion et de tous ces sentiments qu'on peut appeler plus spécialement catholiques; enfin le sentiment pénible de leur solitude et de leur séparation, voilà une partie des griefs contre lesquels nous lisons des plaintes à toutes les pages de leurs livres, et dont le redressement entraînerait un changement si complet dans la condition essentielle de TEghse anglicane , qu'il est impossible que ces écrivains ne voient pas qu'elle se trouverait alors placée dans la sphère de l'attraction irrésistible de l'unité , et qu'avant peu rien ne pourrait l'empêcher de s'unir au centre dans un étroit embrassement.
Si nous voulons une déclaration expresse qu'ils prévoient ce grand événement comme une conséquence nécessaire de la purification qu'ils invoquent, nous la trouvons, je pense, dans ce passage, par lequel M. Ward conclut sa seconde brochure :
€ Ceux qui ont une opinion prononcée sur la corruption
et la dégradation de noire Eglise, quelque douleur qu'ils puissent causer aux autres en en faisant l'aveu , quelque douleur qu'ils éprouvent eux-mêmes au bourdonnement des louanges qu'on lui prodigue, et au milieu desquelles les mots pure et apostolique résonnent si clairement et si distinctement; ceux-là du moins ont une grande consolation dont les autres ne peuvent jouir avec la même plénitude, dans leur amour et leur sympathie pom^ ceux qui sont dehors. Plus nous déplorons l'état des choses , plus nous confessons humblement que le sceau du royaume de Jésus-Christ , qui ne peut jamais être entièrement effacé d'aucune portion de son héritage, est obscurci, et qu'il n'en reste plus qu'une trace légère au front de l'Église anglaise, plus aussi nous sommes disposés k accorder une indulgence plus étendue a ceux qui n'ont pas su l'y discerner. Quand on voit une sainteté apparente fleurir en dehors de l'Eglise ou dans l'Eglise, parmi ceux qui ont perdu l'esprit de l'Eglise, il n'y a que deux solutions possibles au disciple de l'Eglise, savoir : que la sainteté n'est qu'extérieure, ou que l'Eglise n'est pas ce qu'elle devrait être. Puissions-nous, dans les cas où une sainteté semblable se manifesterait, non pas en paroles, mais dans toute la suite d'une vie de vertu et de sacrifice, avoir toujours le bonheur de choisir la dernière alternative î Puissions-nous considérer ces fruits de grâce, si abondants parmi les protestants , comme une accusation portée contre nous , pour n'avoir jusqu'ici offert qu'un tableau si imparfait d'une vie vraiment évangélique ! Puissions-nous, catholiques de l'Eglise anglaise, embrasser avec amour les exemples de piété , de pureté et de
renoncement, de quelque part qu'ils nous soient présentés ! Ce c'est qu'ainsi que nous pourrons donner à l'édifice de laotre Eglise une forme vraiment catholique ( je veux dire, accommodée a tous les hommes, quelle que soit la diversité de leurs goûts et de leurs caractères ), veillant scrupuleusement sur le dépôt de la vérité, et gardant précieusement l'esprit de charité. C'est ainsi qu'après avoir réani dans son sein tous ceux qui, parmi nous, sont vrais serviteurs de Dieu , noire Eglise peut espérer que son influence réagira à l'avantage de ses sœurs, dans les autres contrées , après une séparation si longue et si fatale. Et enfin, quand par une puissance naturelle, et comme spontanée d'aiiraction, elle sera rentrée en communion active avec le reste de la chrétienté, alors, si Dieu le permet, l'Église catholique-unie continuera encore , avec une fermeté courageuse , sa guerre d'agression contre le monde (p. 90-91 ). *
« De plus. Votre Seigneurie a ouï parler sans doute des prières à dire le jeudi matin pour l'Unité, qui ont paru k Oxford , et pour lesquelles on a fait choix des psaumes et des versets déjà choisis pour le petit recueil de prières publié à Londres, il y a deux ans. De même, le Rév. M. F. Wackerbalh a rédigé et fait imprimer à Lichfield, en laîin et en Anglais, une autre Prière pour rUnité de la Sainte Eglise. Enfin la belle lettre d'un jeune membre de l'Université d'Oxford, qui parut il y a quelque temps dans V Univers, déclarait au nom de plusieurs, que cet ardent et profond désir faisait l'objet de leurs prières et de leurs jeûnes durant la saison la plus solennelle de l'année. Voila quelques-unes des manifesta
lions publiques, qui altestent de la part d'hommes influents dans l'Eglise d'Angleterre, une disposition sincère h revenir a l'Unité catholique. Or, je n'ai pas besoin de vous demander avec quels sentiments nous devons les accueillir, sinon ceux de la sympathie et de la charité, sinon avec les offres d'une cordiale coopération? Quoi î tandis que de semblables regrets sont exprimés autour de nous, resterons-nous froidement assis, au lieu de nous lever en criant k nos frères désolés : Ayez bon espoir ! Assis dans les splendeurs de la lumière , pourrions-nous les voir essayant de s'ouvrir , en tâtonnant , un chemin vers nous, a travers la nuit qui les entoure, trébuchant faute d'une main amie qui les soutienne, ou s'écartanl du sentier, faute d'une voix qui les dirige, et rester tranquilles , et demeurer muets , prenant un cruel plaisir au spectacle de leurs pénibles efforts , ou , de temps en temps peut-être, insultant à leur détresse, en laissant arriver jusqu'à eux l'insolence d'un ricanement à demi étouffé ? A Dieu ne plaise ! Mais si l'on ne devait se tromper ; si, ne fût-ce que pour payer tribut a l'humanité, l'on devait absolument faire un faux pas, la chute serait plus douce, tombant sous l'inspiration de deux des vertus théologales, que tombant sur le stérile et glacial terrain de la prudence humaine. Si donc j'ai été trop hardi dans mes espérances, et trop charitable dans mes procédés, eh bien ! je me résigne k subir les sourires que ma simplicité fera naître, et sur la terre et dans le ciel. Lk haut du moins ils n'expriment jamais le dédain.
€ ^ue les sentiments exprimés en faveur du retour de l'Eglise anglicane k l'unité se répandent de plus en plus
et acquièrent chaque jour une nouvelle force , personne n'en doutera, parmi ceux qui ont les moyens d'en juger. Ces sentiments trouvent un écho silencieux dans les sympathies de bien des cœurs ; et ceux qui les embrassent comme une opinion chérie ne tardent pas à communiquer leurs propres pensées a ceux de leurs amis sur lesquels ils peuvent avoir de l'influence; et ainsi , il s'est formé sur les aff'aires religieuses une opinion beaucoup plus générale qu'elle ne le paraît au premier coup d'œil. Il ne manque pas de preuves (mais la discrétion ne permet pas d'en publier le détail) que des paroisses entières ont reçu le levain et qu'il y fermente; tandis que d'autres que l'on est bien loin de soupçonner assurément, semblent l'avoir reçu par des voies plus secrètes et plus mystérieuses.
« Tel étant l'état des choses, ou se demande naturellement quels sont les devoirs qui en découlent. Et d'abord, quant à ceux qui, en général, sont le moins habitués à considérer les choses sous un point de vue religieux ; quel est le devoir politique des chefs de l'Étal ? Il semble qu'il y ait la à peine l'objet d'une question. Tout adhérent sincère des principes anglicans ne peut que reconnaître qu'il devrait y avoir, autant que possible, union entre les chrétiens ; et que l'Eglise est dans un état violent, quand ses enfants sont divisés et séparés entre eux.
€ 11 n'est personne qui ne doive regretter que ces circonstances aient jamais conduit k un semblable état de division , personne qui ne doive désirer que le temps vienne enfin où, ces circonstances ayant cessé, on puisse changer la condition des choses , et rétablir l'unité reli-
gieuse des anciens temps. Voici , sous un point de vue pratique, comment la question se présente. — Tant que l'Eglise établie a gardé le silence sur ce sujet, tant qu'aucune voix ne s'est élevée pour déclarer qu'il était temps d'essayer un retour a l'unité religieuse , l'homme d'Etat n'avait point à s'occuper de !a question. Personne alors ne se plaignait de la nature des lois du pays sur cette matière, personne, excepté nous; et nos plaintes étaient trop insignifiantes pour attirer l'attention. Mais quand la question s'élève dans l'Eglise elle-même; quand elle excite l'intérêt des plus vertueux de ses membres et de personnages considérables ; quand elle commence b émouvoir et k ébranler les peuples; quand on s'aperçoit (et ce sera bientôt le cas) que l'autorité ecclésiastique est impuissante à calmer l'agitalion qu'elle fait naître, alors l'homme politique doit prendre un parti. Il faut qu'il admette ou que Jésus-Christ a fondé des Eglises isolées , qu'il a défendu toute communion active entre ce qu'il appelle lui-même les branches d'un même arbre et les membres d'un même corps, et que l'Etat, étant supérieur h l'Eglise, peut à volonté fouler aux pieds ses œuvres et anéantir ses décisions ; ou bien il doit examiner si son devoir envers Dieu et envers la société, qu'il considère comme l'Eglise de Dieu , ne lui impose point l'obligation solennelle de décharger sa conscience du crime de placer des obstacles au devant de la société qui aspire à l'union entre l'Eglise nationale et l'Eglise catholique. Car, dans l'hypothèse où cette union pourrait se conclure , si ce n'étaient les obstacles que l'homme d'Etat peut, mais ne veut pas écarter, la responsabilité de cette faute retomberait
sur lui. Or, il est certain, par exemple, qu'aussi longtemps qu'existera la loi odieuse du prœmunire, toute relation amicale est impossible entre ceux que l'Etat reconnaît comme évêques et le siège apostolique de Rome. Et pourtant ce n'est que par Rome seulement que l'on peut espérer de revenir à l'unité.
« Mais on me dira sans doute que ces lois et statuts, d'un caractère purement politique, n'ont pour objet que des intérêts temporels, en d'autres termes , qu'ils ont été rendus en partie avant la réformation , pour prévenir ou arrêter les empiétements des papes sur les droits de la couronne et de la nation , et que c'est un devoir de conserver avec un soin jaloux cette sauvegarde constitutionnelle. Accordons cet argument. Que s'ensuit-il? tout au plus qu'il faut conserver de ces lois tout ce que les desseins politiques supposés des papes peuvent en rendre nécessaire , et rien de plus. Mais si ces lois ont un double caractère , comme cela est évident ; si , d'une part , elles ont pour objet l'influence temporelle du Saint-Siège, et, de l'autre, les droits spirituels de la chaire apostolique de Pierre, la législature nationale peut, dans sa prudente prévoyance , conserver leur force a celles de ces lois qui s'appliquent au premier de ces objets; mais rien ne peut autoriser la continuation des statuts qui se rapportent au second. Et encore l'Etat n'a-t-il pas le droit de se constituer juge en ce point ; car, s'il reconnaît l'existence d'une Eglise , il doit lui reconnaître le droit de décider ce qui est essentiel a ses intérêts spirituels. Or, si, de tous côtés, on convient que l'union entre toutes les Eglises chrétiennes, dans le cas où elle serait possible, est la chose
la plus désirable, pour ne rien dire de plus, le devoir évident de l'Etat est de laisser a l'Eglise une liberté sans limite dans ses efforts pour effectuer l'union, tandis que le magistrat veillera aux dangers politiques , réels ou imaginaires, ne qiiid detrimenti i^espublica capiat. Que l'on puisse ne point confondre ces deux points, et qu'une communion active puisse exister avec les Eglises étrangères , sans le moindre danger pour le pouvoir civil , la France et l'Allemagne sont la qui le prouvent. On ne s'aperçoit pas dans ces deux pays qu'une parfaite unité religieuse expose au plus léger péril ou les droits constitutionnels du peuple, ou les prérogatives souveraines du monarque. Mais si le parlement alléguait que ce furent, non pas des raisons politiques, mais des motifs religieux qui firent interdire toute communication entre son Eglise et les chefs de la nôtre , alors il faut hardiment poser cette grande question : Le parlement a-t-il aucun droit, sauf celui de la force aveugle et de la tyrannie , de résoudre une question de cette importance et de prononcer sans appel que l'Eglise de ce pays ne devra jamais être en communion avec l'Eglise universelle, orbis terrarum? Que si le pouvoir civil est compétent pour décider sur ce point, c'est lui , et non l'Eglise , qui est le juge ecclésiastique suprême : que l'Eglise , en ce cas , prenne garde h sa position. Si l'Etat n'a point cette autorité, il l'usurpe donc de facto; et alors que l'Eglise veille a ses droits.
« Quel est donc le devoir de ceux qui ont entrepris la cause de cette Eglise ? et d'abord quelles sont leurs intentions ? M. Newman a écrit ces mots : < Si elle (Rome) se réforme.... alors il sera du devoir de notre Eglise
d'entrer en communion avec les Eglises çonlinentales, quoi que puissent dire nos hommes d'Etat , et quoi que puisse faire le pouvoir civil. » [Brilisli-Critic , janv. 1840, p. 8.) Quant a la condition que posent les premiers mots de cette proposition , permettez-moi de la traduire ainsi : Quand le temps sera venu où nous nous croirons obligés.. i, et peut-être montrerai-je plus tard que tel en est le vrai sens. En tout cas , nous lisons en ce passage la détermination clairement énoncée de ne point se laisser effrayer par les décrets et les mesures gouvernementales, et d'embrasser la communion catholique aussitôt que les dilficultés religieuses du moment, réelles ou apparentes, auront été surmontées. Or, quel est le devoir do ceux qui professent hautement de semblables intentions? Quant a moi, il me semble que :
« 1" Envers l'Eglise de Jésus-Christ , leur premier et plus saint devoir est de faire cesser le déplorable schisme actuel ; qu'ils ne se laissent point décourager par le mauvais succès des précédentes tentatives, ni par les difficultés actuelles , ni par les dangers a venir, mais qu'ils commencent résolument et qu'ils persévèrent avec énergie dans les mesures qui tendent directement à l'œuvre de la réunion religieuse ; qu'on ne dise pas que le temps n'est pas venu encore," mais qu'on s'efforce de hâter les moments, et de seconder la Providence pour abréger les jours d'épreuve.
€ 2° Envers le peuple. — Leurs prédécesseurs dans le ministère ont fait beaucoup pour tromper le peuple de ce pays au sujet de la religion, pariiculièrement touchant le vrai caractère de l'Eglise romaine et la nature de ses
différends avec l'Eglise anglicane. De là une foule de préjugés qui se sont opposés et s'opposent encore à toute réconciliation. C'est donc le devoir de ceux qui exercent aujourd'hui le même ministère, de réparer le mal et de ramener les peuples par tous les moyens en leur pouvoir à des idées plus charitables , plus justes et plus vraies.
« 5° Envers l'Etat. —Tirer une ligne distincte de démarcation entre les droits de l'Etat et ceux de l'Eglise ; demander hardiment à l'autorité civile le rappel de toute loi qui gène la vraie liberté religieuse , c'est-a-dire la faculte de jouir de tous les privilèges du système chrétien; l'unité , la charité universelle et la communion catholique , dont la nation est privée aujourd'hui parles dispositions oppressives et tyranniques d'une loi rendue dans un siècle de persécution. — Que si cette démarche n'obtient aucun résultat , qui dira alors qu'il ne reste pas à remplir un devoir plus rigoureux ? 11 y a des temps (et l'on peut en écrire la prophétie aussi bien que l'histoire) où les hommes sont obligés de dire aux puissances de la terre : « Est-il juste, devant Dieu , de vous obéir plutôt qu'à Dieu? prononcez vous-mêmes (art. 4, 19); > où i!s ont à distinguer avec une attention plus qu'ordinaire les choses de César d'avec les choses de Dieu, et à se montrer jaloux de n'attribuer jamais à l'un ce qui appartient à l'autre. Le sceptre et la tiare peuvent n'être pas toujours d'accord, et l'on peut choisir entre les deux, non pour déposséder le premier d'aucun de ses droits légitimes, mais pour veiller à la défense de l'autre contre tout empiétement. Or, le meilleur moyen d'éviter ces difficiles circonstances, c'est d'être prêt à les affronter.
< A" Envers l'Eglise anglicane.— S'ils l'aiment, comme ils le disent, ils ne doivent point cesser de faire tous leurs efforts pour la rendre telle qu'ils la désirent. C'est pour eux un devoir de presser leurs supérieurs avec importunité et résolution, les conjurant de mettre la main à l'œuvre ou de laisser agir les autres. Science, conseils, prudence , ils devront tout employer pour influencer en ce sens les cœurs de leurs frères, et, dans leurs efforts, il ne doit y avoir ni délai ni faiblesse.
c Permettez-moi de revenir sur un sujet que j'ai déjà touché en passant , et dont il faut nécessairement tenir compte en examinant les devoirs que nous impose , k nous catholiques anglais, la situation présente. Je veux parler des violentes accusations contre Rome, telle qu'elle estde nos jours, que nous trouvons si souvent répétées dans les écrivains d'Oxford ; et , pour ne point multiplier les exemples , je me contente de rappeler ici la dernière citation que j'ai faite (dans la troisième partie de cette lettre, Univers du 27 octobre) du British-Critic , et les paroles qui précèdent celles que j'ai rapportées : Tant qu'elle (Rome) sei^a ce qu'elle est dans la pratique, L'union est impossible entre elle et l'Angleterre ; mais si elle se réforme... — Ceci, au premier abord , semble la mort de toute espérance , non-seulement pour le présent , mais jusqu'à un certain point pour l'avenir même. Cependant, que Votre Seigneurie veuille bien se rappeler que j'attribuais un sens plus doux à ces mots. Je vais justifier mon interprétation.
f Ce désir répété si souvent que Rome puisse étrea?/^rc que ce qu'elle est peut s'accomplir en différentes manié-
res, et quoique exprimé en un sens, on y peut répoudre en un autre. — Une comparaison me fera comprendre. Les taches observées sur un objet peuvent quelquefois en être enlevées simplement en essuyant le milieu au travers duquel on le regarde , et qui projette sur lui ses propres défauts. Ainsi Rome peut être bien différente de ce qu'elle apparaît aux yeux d'un observateur même sincère qui la regardé dans des représentations fausses, ou qui la juge d'après des descriptions trop fortement colorées en certains points , ou enfin sous l'impression d'une erreur encore plus légère. Un tableau peut nous paraître sombre et désagréable, non a cause de la disposition des couleurs, mais parce qu'il ne reçoit qu'une lumière insuffisante. Ainsi, bien des choses nous paraissent tristes et repoussantes, non qu'elles le soient en effet, mais parce qu'on ne les a point exposées à la pure lumière d'une explication raisonnable. Enfin, le défaut peut venir entièrement de la position du spectateur. Un homme , aussi pieux qu'instruit, me faisait observer, l'autre jour, que nos dévotions envers les saints peuvent se comparer à ces magnifiques tableaux peints aux fenêtres de nos vieilles églises. Vues de dehors , ces représentations n'offrent qu'une surface grisâtre et un assemblage bizarre de lignes informes ; mais vues de l'intérieur de l'église , ce sont des figures pleines de grâce et de majesté, toutes brillantes de la pure et riche lumière du ciel. [Je ne me sens donc ni effrayé ni découragé en voyant avec quelle force on insiste si souvent sur cette condition de réforme ; car je sais qu'elle a son origine dans la manière d'envisager les choses, beaucoup plus que dans les choses elles-
mêmes ; et Voire Seigneurie et moi-même avons connu bon nombre de personnes qui nourrissaient les plus violents préjugés contre Rome, et qui les ont vus se dissiper dans Rome et par Rome.
€ Mais je pourrais revenir sur ce point. Quant k présent, je veux traiter de nos devoirs, et c'est dans cette vue que j'ai touché ce sujet. Faut-il donc accueillir ceux qui viennent à nous dans leurs plaintes contre les pratiques de dévotion permises ou tolérées , dans les pays catholiques , même contre celles que nous ne serions pas personnellement disposés à conseiller au pauvre et a l'ignorant? Je pose cette question , parce que, d'après tout ce qui a été écrit, je serais porté a conclure que l'on voudrait nous voir plus disposés que nous ne le sommes à blâmer nos frères du continent. Je puis même, sans amourpropre, dire que j'ai été particulièrement exposé à la censure sur ce sujet , et le regret ra'a été exprimé , et publiquement et d'une manière confidentielle, de ce que j'aie cru devoir, par exemple , essayer de défendre et de justifier certaines expressions ou phrases usitées dans les dévotions populaires. A ceci je réponds qu'en justifiant ces expressions, je me suis borné a établir que, quelque fortes qu'elles paraissent, elles sont susceptibles d'un sens pieux , orthodoxe et vraiment catholique. Je n'ai jamais, que je sache, dit un mot de la propriété ou de la convenance de ces expressions, particulièrement quant à l'impression qu'elles peuvent faire sur les autres , et ceci n'est point une inconséquence. Je puis soutenir que l'on n'est point idolâtre , parce que l'on accomplit certains
actes de piété devant une image , et désirer en même temps que l'on s'abstienne de ces actes en des circonstances données, comme quand il peut s'ensuivre quelque malentendu. Et pour les expressions , ceux qui adoptent ouvertement le principe que, dans l'interprétation de leurs articles, ils sont obligés d'abord de les expliquer en un sens conforme à la doctrine catholique , puis de torturer les mots jusqu'à la violence pour en faire ressortir cette conformité, ceux-là ne peuvent nous refuser le droit de mettre nos formulaires de dévotion en harmonie avec nos formulaires de croyance, etd'exphquer, par exemple, les expressions d'une encyclique du pape par les décisions du Saint-Siège.
(c Sur ce principe, je réponds qu'on ne peut s'attendre à ce que nous condamnions des pratiques (j'entends des pratiques autorisées) que nous croyons parfaitement compatibles avec la saine doctrine. Tout au plus devonsnous les expliquer, comparer entre elles les diverses parties du système , insister sur l'interprétation la plus favorable, et juger du sens qu'on leur donne par les actes et les sentiments. Or je suis certain, et tout catholique doit l'être également, que parmi les pratiques clairement approuvées ou permises par l'Eglise, il n'en est pas une seule qui ne puisse être ainsi expliquée en un sens orthodoxe. Dans les cas particuliers de dévotions abusives et superstitieuses, comme en tout ce qui résulte de la faiblesse ou delà dépravation humaine, montrons-nous prêts à reconnaître que nous avons des motifs de douleur'et (Je honte ; mais que ce ne soit point dans un esprit de récrimination.
La communion des saints sur la terre doit être une communion de chagrin, d'humilité et de componction , aussi bien que de joie et d'allégresse. Portons mutuellement le fardeau les uns des autres, mais sans mesurer avec un jaloux orgueil combien peut peser celui de nos frères.
€ Quand nous refusons de prononcer contre Rome une condamnation même partielle , ce n'est pas que nous croyions que l'enceinte de la cité sacrée soit à l'abri des tentations humaines, à l'abri du péché ou du crime. Nous avons, Votre Seigneurie et moi, trop souvent entendu les nobles orateurs romains tonner du haut de la chaire contre les vices de la société ou des individus, pour que nous puissions entretenir une illusion semblable. Mais pourquoi nous ferions-nous les accusateurs et les juges d'une mère si chère à nos cœurs, et qui a tant de droits à notre gratitude? Ah! plutôt, laissant à Dieu le soin de juger les méchants qui la déshonorent, pourquoi ne pas reporter nos pensées vers les nombreux exemples d'abnégation, de zèle, de charité, de haute piété, qui, nulle part, ne brillent d'un éclat plus pur? Selon moi , chacun doit prononcer contre soi-même une condamnation sévère , et n'avoir pour autrui que charité et affection. Caiholiques anglais , pleurons notre lenteur a accomplir les œuvres du devoir, notre froideur à embrasser les inspiralions du zèle. Prêtres anglais, déplorons l'absence de ton et d'esprit ecclésiastique qui, sur le continent, donnent au ministère sacerdotal une régularité si belle, et dirigent toutes les habitudes et les actions les plus ordinaires du prêtre. — Quanta nos frères séparés, qu'ils jugent euxmêmes les maux de leur situation dans l'Église et l'État.
Nous ne voulons point intervenir dans ce jugement.— Mais aussi qu'ils s'abstiennent , et qu'ils nous permettent de nous abstenir de la tâche présomptueuse de juger et de censurer l'Église apostolique. Quand la divine Providence nous aura tous réunis , il sera temps alors de confondre nos larmes et nos douleurs ; nous aurons plus d'une occasion de verser des pleurs. On se dira les secrets domestiques qui causeront un sentiment général de peine, et des faiblesses peut-être seront révélées, qui engendreront une sympathie catholique. Quand , après une querelle , des frères et des sœurs se donnent mutuellement le baiser de paix et de réconcihation , chacun cherche à s'attribuer le plus de tort possible et k décharger les autres de tout blâme. Au moins serons-nous heureux alors d'oublier avec nos querelles la cause de nos divisions.
« Je viens d'indiquer indirectement ce qui me semble être notre devoir : offrir avec joie et simplicité toute explication en notre pouvoir, et signaler les points où nos vraies doctrines sont mal comprises, ceux où on les confond avec ce qui n'est que simplement permis , et ceux où elles peuvent être sujettes à abus. Pour le bien général de la cause , on ne saurait en venir trop tôt , par écrit ou par conférences personnelles , à des termes clairs et précis sur toutes ces matières. Je sais qu'aujourd'hui des hommes sérieux et graves sont tombés en une pénible méprise par rapport a ce nouveau mouvement, et je ne doute pas que des relations plus directes et plus amicales, conduites dans ce but , ne détruisissent bientôt leur erreur. J'avais d'abord l'intention d'éclairer ma pensée par quelques exemples; mais je m'aperçois que ce serait
m'éloigner du sujet de celle lelire, el m\engager dans une discussion compliquée , qu'il n'est pas encore leraps d'aborder.
« Un second devoir nous est encore suggéré par les réflexions précédentes : celui de travailler a notre perfection, et, s'il est nécessaire , a notre réformation. Cette simple allusion doit suffire , je pense. Je laisse donc h d'autres, mieux qualifiés que moi , a désigner les points particuliers qui doivent attirer notre attention. Que chacun se juge, par comparaison , avec les modèles que nous ofl'rent des temps plus heureux , et il aura assez à faire , s'il travaille à en retracer le tableau dans sa vie. Toujours est-il certain que , pour inspirer a nos compatriotes l'amour de notre religion , il faut la leur présenter ici , puisque ce n'est qu'en ce pays que le grand nombre la peut voir, embellie de tous ses charmes divins , majestueuse dans le temple, fervente a l'autel, pure et sublime dans la chaire , maîtresse des mœurs et de la discipline au séminaire, chrétienne et pieuse à l'école, austère et mortifiée dans le cloître, édifiante dans les confréries; chez le noble, généreuse et zélée, exemplaire chez l'homme du monde, résignée et humble chez le pauvre, libérale dans l'opulence , contente et régulière dans la détresse; chez le jeune homme, chaste et aimable, vénérable et sainte chez le vieillard ; partout, relevant les institutions catholiques , semant sous ses pas le contentement et la paix , bénissant et bénie pour le bonheur, pour les consolations qu'elle répand autour d'elle. Or, en ceci, il y a assurément k faire pour tous, pour le prêtre et pour le laïque, pour le riche et pour le pauvre.
f De plus, ce n'est point être présomptueux que d'inculquer a ceux qui travaillent à ravancement de cette œuvre grande et glorieuse, que la violence, bien que parée du manteau du zèle, n'aura point part aux bénédictions promises k la douceur et a la charité. Des paroles dures, le sarcasme et Tamertume ne sauraient, ni convaincre les esprits, ni gagner les cœurs. D'un autre côté, la confiance en la sincérhé des autres, et en la pureté de leurs motifs, l'espérance au succès de nos efforts, quoique souvent trompée, la patience au milieu des désappointements répétés, une charité et une douceur qu'aucun mauvais accueil ne saurait rebuter, un zèle qui ne perd rien de sa chaleur, malgré l'indifférence de ceux avec qui il traite; enfin, l'esprit de Jésus-Christ et de son Eglise ne manqueront pas, tôt ou tard, de vaincre les obstacles qui, aujourd'hui, semblent insurmontables, et d'obtenir les succès qui paraissent les plus désespérés.
a Y a-t-il dans l'état présent des choses plus qu'aux époques antérieures , et surtout plus qu'au temps des archevêques Laud ou Wake, des raisons d'espérer que l'on amènera h bien la grande entreprise de la réunion de l'Angleterre à l'Eglise catholique? Selon moi, il y en a beaucoup.
€ \ ° Jusqu'à ce jour les esprits étaient tournés contre et non pas vers la vérité catholique. On s'éloignait graduellement de l'Eglise de J.-C. plutôt qu'on ne s'approchait d'elle. Le dégoût de la règle était a son croissant et non sur son déclin. Le flot de la réformation s'avançait furieux au lieu de reculer paisiblement pour rendre à l'Eglise les rivages envahis. — Ceux qui essayaient en ce sens
quelques tentatives n'avaient point l'appui de l'opinion publique; la force de la nation, au lieu d'être avec eux, était contre eux. Aujourd'hui les choses ont grandement changé. La licence religieuse a parcouru toutes ses phases, et l'on commence à chercher une lumière flxe et un havre sûr. Pendant un temps on trouva du charme à la nudité et a la solitude du culte. Ce temps est passé. On sent le besoin de trouver dans la religion encouragement et direction , une source de consolation aussi bien qu'une règle de nos devoirs , le baume du cœur et l'aiguillon de la conscience. Bien des âmes envient ces tendresses spirituelles , cette douce contemplation , que l'Eglise catholique seule peut inspirer. Il leur faut ses consolations journalières, ses souvenirs de tous les moments pour désattrister le sentier pénible de la vie.
«2° A d'autres époques, la protection accablante de l'Etat comprimait et étouffait, au lieu de la seconder, l'énergie de l'Église établie. On avait peine à comprendre alors que l'Eglise pût agir indépendamment du pouvoir civil. On regardait l'Etat comme l'ami et l'allié le plus sûr de l'Eglise. Tous deux semblaient unis par des liens indissolubles. Aujourd'hui celte amitié est refroidie; une séparation ou un divorce se pourraient aisément faire , comme dans le cas, par exemple, où les hommes poHtiques s'opposeraient aux mesures nécessaires , au bien-être religieux du pays.
< 5° Mais , pour en venir a un point plus intimement lié a la question , il me semble que les avances aujourd'hui faites sont moins entachées qu'à toute autre époque antérieure, de considérations mondaines, de l'esprit de
marché, ou, pour me servir d'une expression plus douce, d'une trop grande ardeur k s'assurer des conditions avantageuses. D'un côté, on ne peut plus, par la pronoesse d'un adoucissement k la persécution des catholiques en ce pays, essayer d'obtenir de l'Eglise romaine des concessions peu d'accord avec sa dignité, et de l'autre, l'Eglise anglicane ne se trouve point en un état de violente oppression temporelle, qui puisse engager ses membres a chercher, sous le prétexte d'unité religieuse, l'appui d'une alliance politique avec l'étranger contre ses ennemis domestiques. Les besoins de l'Eglise anglaise, besoins si profondément sentis par les partisans de l'unité, sont d'une nature toute spirituelle: c'est surtout le besoin de cette unité et des consolations dont elle est le principe. Ainsi suis-je intimement convaincu que l'on déploiera aujourd'hui plus de zèle et d'ardeur qu'on ne l'avait jamais fait pour en obtenir le bienfait.
« 4" Je crois trouver une autre garantie contre les anciennes chances de mauvais succès dans la forme même que le désir de l'unité a revêtue. C'est dans un esprit d'humilité et de confession que les amis de l'unité expriment leurs vœux. Ils ne demandent point a traiter cette affaire comme offrant des avantages égaux aux deux partis. Us ont la conscience que leur position est déplorable, qu'ils ont fait des pertes immenses, qui seraient réparées par nous; que, dans le fait même de leur séparation , il y a de fortes apparences contre eux, et que le rétablissement de l'union avec le Saint-Siège redonnera une vigueur et une énergie nouvelles a une existence maladive et languissante. De tels hommes doivent être
disposés à ne reculer devant aucun des sacrifices de sentiments personnels qui peuvent êlre nécessaires pour assurer le succès de lenr sainte entreprise. Et ici encore je suis obligé de m'abstenir de produire des preuves et des exemples qu*il n'est pas encore temps de publier.
« 5* Il est une autre circonstance qui me paraît promettre davantage encore : Votre Seigneurie la trouvera dans le plan du mémorable traité, n°90, plan convenu et concerté avec MM. Ward et Oaklay, et avec le docteur Pusey lui-même : je veux parler de la méthode adoptée de mettre, par voie d'explications, leurs doctrines en harmonie avec les nôtres. Un prêtre étranger a signalé à notre attention un document précieux: c'est une Réponse de Bossuet au Pape. Ayant été consulté sur le meilleur moyen de réconcilier au Saint-Siège les adhérents de la confession d'Augsbourg , le savant évêque fait observer que la Providence ayant permis que beaucoup de vérités catholiques fussent conservées dans cette confession, il fallait profiter de cette heureuse circonstance , et demander, non pas des rétractations , mais des explications qui fissent concorder celte confession avec les doctrines catholiques. Eh bien î la voie a été préparée à l'adoption de cette méthode, quand on a démontré que les articles les plus difficiles sont susceptibles d'une interprétation qui leur ôte tout caractère de contradiction avec les décrets du Concile de Trente. On peut suivre la même méthode en d'autres points ; et ainsi l'on épargnerait aux individus de graves inquiétudes, et à l'Eglise de grandes difficultés.
« Je voudrais ne rien dire , en cet essai , des difficultés
qui peuvent , qui doivent même s'opposer h rexéculion de cette grande œuvre ; mais si je les omets , j'ai lieu de craindre que l'on ne me traite de visionnaire , d'enthousiaste qui fermetés yeux pour ne pas voir l'inanité de ces rêveries. — L'ennemi de tout bien ne laissera point se terminer nos divisions et nos querelles sans tenter de nombreux et puissants efforts pour les prolonger encore. Nos passions *et nos vices feront souvent échouer nos tentatives. Il n'y a pas de doute que des considérations d'intérêt, d'un caractère plus mondain, ne traverseront nos efforts ; quelques personnes aussi interviendront avec des vues moins élevées et moins pures , et le grand contradicteur de toute œuvre bonne et sainte , le monde , avec sa froideur et son indifférence , avec ses railleries et ses sarcasmes , ses maximes mauvaises et son faux amour de la liberté, avec son horreur de toute contrainte nouvelle et sa haine de toute vertu austère , soulèvera contre nous un parti puissant et une armée d'ennemis. Ajoutez encore que nous aurons aussi a combattre des obstacles d'une nature plus sérieuse : scrupules sincères contre certaines pratiques, répugnance h renoncer h certaines formes , questions compliquées touchant les arrangements hiérarchiques, touchant les saints ordres et la discipline cléricale , et une foule d'autres , inutiles a prévoir ici parce qu'elles se montreront assez tôt d'elles-mêmes. Mais en voilk assez pour prouver que ce n'est point avec les yeux d'un enthousiaste que je regarde l'avenir. — La route est triste et désolée. La terre promise estau-delk du désert, désert d'âpres montagnes et de plaines sablonneuses, les unes et les autres égale-
ment difficiles h franchir pour des raisons différentes , exigeant celles-ci une pénible et infatigable persévérance, celles-lk une énergie k toute épreuve. La sont des serpents de feu et les rusés séducteurs , les prophètes de malédictions et les géants armés; les solitudes arides et les sources amères ; Ik nous attendent les désappointements , les murmures , les défections : plus d'une fois peut-être les tables seront jetées a terre et brisées , et récrites encore. Enfin, l'on peut mourir au sommet du Nébo, déjà embrassant du regard , mais sans espoir de la posséder jamais, la terre de promission où coulent le lait et le miel. Grâce k Dieu , la manne ne nous fera point défaut, ni l'espoir et la confiance au Dieu Seigneur d'Israël. Nous porterons avec nos frères le poids du travail et de la fatigue ; nous combattrons , nous prierons avec l'Eglise de Dieu , et nous laisserons entre ses mains bénies le succès et la récompense. Notre voie , après tout , ne saurait être plus laborieuse, plus difficile que celle des apôtres, qui nous ont devancé, ni notre sentier plus épineux que celui du Seigneur. Or le disciple n'est pas meilleur que le maître.
c Que le retour de ce pays , c'est-a-dire de l'Eglise établie , k l'unité catholique , mît fin k la dissidence religieuse et aux discordes intérieures , je ne saurais en douter. La population serait formée k des mœurs plus pures par deux puissants moyens: dans les campagnes, par l'influence du clergé paroissial; dans les villes et les districts manufacturiers, par les ordres monastiques. L'expérience a aujourd'hui montré que les habitants des campagnes sont prêts k recevoir sans murmure et même
avec plaisir les enseigiiemeiUs catholiques proposés par les théologiens d'Oxford , et même plus encore , pourvu qu'ils leur soient présentés par le canal régulier des iostruclions paroissiales. Ajoutez la splendeur et la majesté du rituel catholique , la variété sublime des différents services, les offices si touchants propres aux diverses saisons de l'année , cette sanctification de tous les instants de la vie domestique , et ces établissements sans nombre consacrés à la charité, et cette dissidence tomberait bientôt réduite en poudre sous l'action paisible du catholicisme ; et ses fragments ne tarderaient pas a se réunir autour du principe tout-puissant d'attraction universelle. Puis , envoyez des hommes d'une vie austère et de manières aimables , ceints de la corde d'un saint François, ou portant sur la poitrine le sceau de la passion du Christ , et dans leurs traits les signes de la mortification (comme les disciples du vénérable Paul de la Croix), des hommes dont le vêtement ne se distingue de celui des pauvres qui les entourent , ni par la beauté du tissu , ni par une pauvreté affectée , mais dont le costume est à la fois majestueux et humble : pieds et têtes nues , tenant à la main l'emblème de la rédemption, qu'ils prêchent le jugement, la mort, les châtiments futurs, la pénitence, la justice et la chasteté, et on les écoutera avec crainte et respect ; et nous verrons des prodiges de réforme , et une foi pure engendrera des mœurs plus pures; et la conversion du cœur entraînera la conversion de l'esprit.
« Mais il est temps de conclure , et d'offrir à Votre Seigneurie mes sincères excuses pour la longueur de cette
AU
lettre, et pour rimperfection des renseignements qu'elle contient. La contiance me reste que personne , quelque éloigné qu'on puisse être de partager mes opinions , ne refusera de s'unir a moi dans l'otTrande journalièrô de ferventes supplications au Dieu de paix, pour qu'il daigne diriger nos sentiments et nos actes vers Taccomplisseraent de ce grand et noble but. Intéressons l'Eglise entière en notre faveur. Le gage le plus certain que nous puissions avoir que Dieu veut accorder une grâce , c'est qu'il inspire à son Epouse de lui en faire la demande. Le sceptre d'or sera tendu vers elle , au moment où elle avancera, priant pour sa vie et celle de son peuple.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
« Nicolas , évêque de Mellipotamos.
« Collège de Sainte-Marie, fêle de saint Malihieu, 1841. i