CHAPITRE IL
S030IAIRE.
I /émancipation des catholiques de la Grande-Bretagne en 1829. — Luttes au sein du parlement. — Influence de l'agitation irlandaise. — Réveil de la foi religieuse. — Ses progrès. — Accro'ssement considérable des catholiques. — Établissement de nouveaux vicariats apostoliques. — Le nombre des évêquesest augmenté. — Sollicitude de ces nouveaux pasteurs. — Association de prières pour la conversion de TAnglelerre, fondée par l'abbé Georges Spencer. — Les voeux de l'association commencent à être exaucé-;.
Les lois pénales décrétées après la réforme contre les catholiques (1), furent graduellement révoquées depuis 1780. La guerre contre la révolution française relarda un instant les réparations que le parlement avait commen-
(i) Afin de donner au lecteur une idée de ce qu'a été en Angleterre la tolérance protestante , nous publions dans l'Appendice de ce volume un abrégé des ac;es du parlement passés contre les catholiques depuis l'année 1458 jusqu'à l'année 1780.
cées en faveur d'une portion des sujets restés fid^Mes h la foi de leurs pères. Ce ne fut qu'au rétablissement de la paix que l'opinion publique s'empara de nouveau de ces questions, qui , de 1819 k 1829, furent annuellement agitées au sein du parlement. Les faits suivants indiquent rafîaiblissenient progressif des préjugés qui s'opposèrent si longtemps à la révocation de ces lois barbares.
En 1819, la cbambre des communes débattit la question de savoir s'il était prudent d'abolir le test (1) et les incapacités prononcées contre les catholiques. La motion fut repoussée à deux voix de majorité. Plus tard, en 1821, un bill sur le même sujet obtint une majorité favorable (le six voix. Les communes adoptèrent, l'année suivante, un bill réglant l'admission des pairs catholiques dans la chambre des lords. Ces deux résolutions échouèrent dans l'autre chambre, qui les repoussa à une grande majorité, malgré les cITorts des membres influents du ministère. En 182;'), sous Fintluence de l'agitation irlandaise, la chambre des communes adopta de nouveau une résolulion favorable aux catholiques, a une majorité de vingisepl voix.
En 1827, la même chambre rejeta la mesure.
En 1828, six voix de majorité décidèrent « qu'il était urgent de relever les catholiques romains des incapacités qui pesaient sur eux , en vue d'un arrangement conciliateur et définitif pour la paix et la force du royaume-uni ,
(î) On appelle serment du test ou serment de suprématie un aeie qui n'est rien moins que l'abjuration du catholicisme. Celui qui le prête nie )a suprématie du pape, le dogme de la transsubstantiation, le culte de la Vierge et des Saints, et jure d'abhorrer le papisme.
la stabilité de l'Église établie, la concorde et la saiisfaclion de toutes les classes des sujets de Sa Majesté. » La chanjbre des lords n'était pas animée de dispositions h\ conciliantes. Mais on vit, toutefois, en 18*29, sir Robert Pcel et le duc de Wellington , les deux hommes (pii , en i828, avaient si vivement comballu dans le parlement l'émancipation des catholiques , présenler le biil qui concédait cette grande mesure ; et gagner a cette cause une majorité de cent soixante-dix-huit voix dans la chambre des communes, et de deux cent cinq dans celle des lords. L'explication de ce revirement d'opinion et de conduite , c'est que V association catliolique de l'Irlande avait élevé dans ce pays un gouvernement plus formidable que celui de l'Angleterre. Les circonstances étaient h peu près identiques k celles qui se produisent en ce moment avec Vassocialion du rappel. Le bill d'émancipation renfermait cependant des clauses restrictives. Ainsi , il interdit aux catholiques romains de devenir régent du royaume , lord chancelier, lord du grand-sceau , lord lieutenant d'Irlande ; d'user du droit de présentation aux bénéfices ecclésiastiques , soit comme propriétaires , soit comme membres de corporations municipales ; de faire partie d'une cour de justice où il y aurait appel des sentences rendues par les tribunaux ecclésiastiques ; d'occuper aucun emploi, chaire ou oftice dans les universités; enfin, certaines restrictions et limitations pour les congrégations religieuses dépendantes de l'Église romaine.
Ces restrictions importaient peu; le point essentiel était l'admission du principe ; or, ce principe , le parle-
ment venait de le proclamer : on confia a Tavenir le soin (l'en déduire les conséquences. Les catholiques sujets de la Grande-Bretagne étaient affranchis , et c'est h rirlande, a Tassocialion catholique, à l'agitation formidable qu'elle avait soulevée , a O'Connell , qu'ils devaient ce bienfait. L'élection de Clare^ ce coup hardi tenté par O'Connel avec tant de confiance et de succès, avait triomphé de toutes ks résistances : la couronne , les mj. nistres , le parlement , comprirent le danger, et fléchirent devant O'Connell! Le 15 mai 1829, le grand agitateur fit son entrée au parlement, et relusa de prêter le serment de la suprématie protestante. 11 était juste que celui qui avait pris la principale part , et avait le plus puissamment contribué a l'émancipation de ses co-religionnaires, eût le premier l'honneur de représenter, au sein du parlement, le principe de la liberté religieuse que venait d'admettre la loi du pays.
L'émancipation lut le signal de la renaissance reUgieuse dont nous avons été témoins depuis 1830.
L'oppression , sous laquelle les catholiques anglais gémissaient depuis trois siècles , leur avait imprimé une physionomie toute particulière de réserve et de timidité. Craintifs et défiants , ils avaient contracté l'habitude de s'envelopper de mystère , évitant avec soin toute sorte d'éclat ; car ils avaient appris qu'attirer les regards et l'attention publique, c'était aussi attirer la persécution. Aussi , tout ce qui concernait leur foi et les pratiques de la religion, ils le dissimulaient avec tout le soin possible. Les chapelles, outre qu'elles étaient bien rares encore , ils les cachaient dans le fond des campagnes ou dans
quelque rue ignorée des faubourgs , leur donnant l'apparence, ou d'un bâtiment de ferme, ou d'une habitation ordinaire. Pour se rendre à l'assemblée sainte, on prenait des voies détournées; ainsi le malfaiteur cherche à donner le change et à dissimuler le but de ses démarches. Le prêtre avait-il à remplir au dehors quelques fonctions de son ministère , ce n'était que déguisé sous le costume de l'homme du monde qu'il pouvait se hasarder à descendre dans la rue et a traverser la place publique. Entouré d'ennemis ou du moins de terreurs, le catholique, plein de défiance, renfermait sa foi dans sou cœur, sans oser s'en ouvrir même a ses plus intimes amis protestants, au point qu'il arrivait quelquefois que l'époux ignorait la religion de sa femme et de ses filles , et que l'épouse ne savait pas a quelle société religieuse appartenaient son mari et ses fils. Bien des faits sont là qui prouveraient au besoin cette situation exti*aordinaire , mais nous nous contenterons de citer celte réponse d'un vice-roi d'Irlande, k qui un seigneur exprimait le soupçon que la vice-reine ne fût catholique : c Je n'en sais rien , milord; elle ne me l'a pas dit ; et je n'ai jamais eu l'indiscrétion de le lui demander. »
Or, depuis ces temps , les choses ont bien changé. Le catholique, a qui la loi a enfin rendu son titre et ses droits de sujet britannique , a senti naître la confiance dans son cœur, et le sentiment de la sécurité que l'émancipation de i829 lui assure , n'a pas tardé à se manifester au dehors par une conduite pleine de dignité. N'ayant plus rien a craindre pour sa foi, il a, peu à peu, écarté les voiles sous lesquels une longue tyrannie l'avait forcé
d'abriter sa relii^ion et son culte. Il a quitté l'ombre , il a voulu vivre au ?oleil , marcher sans crainte et la léle liaulc au milieu de ses concitoyens, comme leur égal. Loin de fuir les regards , il s'est présenté aux assemblées publiques, il a sollicité, et souvent obtenu de la confiance de ses concitoyens protestants, l'honorable mission de défendre, de protéger leurs intérêts , soit dans le parlement national , soit dans les conseils municipaux.
C'était déjà beaucoup que le catholique anglais , réhabilité parla loi , pût faire contirmer celte réhabilitation par l'opinion publique ; mais il restait une œuvre plus grande, plus dilVicile et bien plus importante, celle de réhabiliter la religion dans l'estime d'un peuple abusé et imbu des plus étranges préjugés. Il fallait à tout prix tirer la foi catholique de cet état d'abjection où l'opinion publique s'obstinait a la maintenir. Pour obtenir ce but si désirable, il fallait avant tout environner la religion et le culte catholique d'une certaine pompe, d'un certain éclat, nécessaires en tous lieux, mais en ce pays plus qu'ailleurs pour quiconque désire se concilier le respect des masses. L'on ne tarda pas h se mettre à l'œuvre , et , de tous côtés, on érigea de nouvelles chapelles, non plus cachées et déguisées , comme par le passé , sous les dehors de la demeure de Thomme, mais au grand jour, et en les décorant à l'intérieur de croix, de statues saintes et des symboles ordinaires du culte catholique. On les pourvut d'ornements sacrés, sinon magnifiques, toujours au moins propres et décents : on y établit des orgues , on y forma des chœurs de chanteurs, de sorte que maintenant les divins offices v sont célébrés avec la solennité conve-
iiable , et dans quelques endroits , avec une pompe et un appareil qui rappellent les églises du continent. Les cérémonies sacrées ne restent pas même toujours renfermées dans l'enceinte des maisons de prières. Plusieurs fois, en des circonstances solennelles , on a fait des processions avec croix et bannières déployées; le plus souvent k l'occasion de la consécration de quelque nouvelle chapelle , ou pour rendre les derniers honneurs a quelques anciens du sacerdoce, ou a un membre pieux de quelque confrérie catholique.
Ce fut une chose bien étrange pour les protestants que celte apparition presipie subite des catholiques au milieu d'eux ; et , a la vue de ce culie inconnu et oublié depuis si longtemps , ils durent se demander avec une curiosité mêlée d'inquiétude : que signifie cette religion nouvelle? Or, les réponses ne manquèrent pas. Sans parler et des iustrucùons presque innombrables qui se font publiquement chaque dimanche dans les chapelles , et des conférences publiques ou privées pour lesquelles les prêtres catholiques sont toujours prêts , on eut recours a la presse. On publia une foule de sermons , de petites brochures, de traités populaires, alin d'éclairer l'opinion. De plus, des écrits périodiques furent fondés avec mission spéciale de combattre et de réfuter, sans paix ni trêve , les erreurs de tout genre que l'ignorance ou la mauvaise foi opposent chaque jour 'a la vérité. Enfin une vaste société s'est organisée, composée de tout ce que la Grande-Bretagne renferme de catholiques distingués à quelque titre que ce puisse être , dans le but de travailler, par tous les moyens que la charité et la religion
avouent, k la défense et a la propagation de la vérité catholique. Nous allons parler en détail de toutes ces créations.
Ce n'est pas la lumière qui manque aux protestants ; ce ne sont pas les moyens d'instruction qui leur font défaut. Les catholiques ont été prodigues k cet égard , et il ne reste pas une objection , une difficulté , un doute qui ne soit résolu, éclairé, dissipé. Mais à quoi sert que l'esprit soit convaincu , si le cœur n'est pas touché , et qui peut toucher le cœur, sinon celui qui le tient en ses mains? Qui peut déterminer la volonté, sinon celui dont la grâce forte et douce a la fois, ploie sans les rompre, les volontés les plus rebelles? M. l'abbé Spencer avait l'âme occupée de ces pensées sans doute, quand il conçut les desseins de cette belle association de prières pour la conversion de son pays , qu'il a la joie de voir aujourd'hui répandue dans toute l'Église , et hautement approuvée du souverain pontife, qui l'a enrichie des indulgences et des grâces les plus précieuses. Oui, la cause des catholiques est belle , leur triomphe délinitif est assuré ; il est impossible que tant de travaux , tant de dévoûment , tant de prières enfin n'obtiennent pas de la bonté de Dieu la grâce du retour à l'unité catholique pour cette puissante Angleterre , dont la conversion semble manquer a sa gloire comme au repos du monde.
Nous ne craignons pas de le dire , beaucoup de protestants commencent a voir qu'on les a trompés , et qu'on voudrait prolonger leur erreur. Que l'on cherche bien , Cl l'on en trouvera peu, qui croient encore aux bienfaits de la réforme et qui aient sérieusement quelque frayeur
de ce qu'ils appelaient la tyrannie du papisme. La grande majorité du peuple témoigne un profond respect pour les cérémonies et pour les symboles du culte catholique , naguère si odieux. Combien de faits ne pourrait-on pas citer qui prouvent que ce respect s'étend même k la personne des prêtres î Or, cette disposition des protestants tend chaque jour à diminuer la distance qui les sépare de leurs frères. 11 est certains catholiques qui ne voient pas ces choses , mais leurs adversaires les voient » ils voient chaque jour la masse du peuple faire un nouveau pas vers la religion ancienne qu'ils croyaient abolie pour jamais. Us voient surtout avec un vrai désespoir que rien ne peut arrêter cette marche du peuple anglais vers la vérité. Le peuple ne prête plus aux prédicateurs protestants qu'une oreille défiante ; et lorque le ministre , dans sa chaire , a cru devoir traiter quelqu'un des points controversés, il n'est pas sans exemple de voir aussitôt une députation des principaux membres de la congrégation protestante se rendre auprès du missionnaire catholique le plus voisin , et le prier de vouloir bien exposer, pour l'instruction des protestants, quel est sur ce même point la doctrine de l'Église catholique.
Ainsi , entre autres faits de ce genre, un journal anglais citait celui-ci :
t Une pétition , dont tous les signataires sont protestants, a été présentée au révérend William Wright, prêtre catholique de Hartlepool , pour le prier de vouloir bien faire celte année, comme les années précédentes, des instructions sur les doctrines et les principes de la religion catholique.
Ai
i Les péiilionnaires allèguent pour raison de leur demande le dégoût que leur ont inspiré les exposés, évidemment exagérés, qu'ils ont entendus des minisires protestants dans leurs églises sur les doctrines et les pratiques de leurs frères catholiques.
f II va sans dire que M. Wright s'est rendu avec plaisir k la demande des pétitionnaires, et qu'il va commencer «ne suite de conférences religieuses. »
Le journal anglican qui rapporte ces faits s'écrie : c Comment s'étonner que l'Église soit en danger, (juand le troupeau est ainsi dispersé par les pasteurs qui devraient s'efforcer d'y maintenir l'union î >
Une dizaine d'années suflirent pour rendre manifeste à tous les yeux ce travail du catholicisme.
Au commencement du règne de Georges 111 , soixante mille catholiques étaient tout ce que l'on comptait en Angleterre et en Ecosse de sujets restés fldèles au culte de leurs pères. Leur nombre en 1821 , d'après le recensement officiel, s'élevait k cinq cent mille. Il était en 1842, de deux millions à deux millions cinq cent mille.
En 1828, les quatre vicaires apostoliques de l'Angleterre, NN. SS. P. A. Baines, T. Walsh , J. Briggs et T. Griffiths, adressaient collectivement une lettre aux fidèles pour recommander leurs séminaires à la charité. Dans cette lettre , les vicaires apostoliques parlaient en ces termes du mouvement religieux qui déjà commençait :
t Considérez avec quelle rapidité notre sainte religion étend ses rameaux sur ce royaume, la quantité de personnes qui sont récemment retournées an sein de l'Eglise
caibolique , combien de nouvelles missions onl été établies. Dans un grand nombre des anciennes , le troupeau s'est accru de manière a rendre l'augmentation des pasteurs nécessaire. Considérez aussi le nombre de catholiques qui , surtout dans ie district occidental , sont laissés sans prêtres, parce qu'ils sont ou trop pauvres pour fournir h ses besoins, ou trop éloignés d'une mission pour être visités par un prêtre voisin. De Ik les enfants sont laissés non-seulement sans instruction, mais ils n'ont pas de prêtres pour leur administrer le sacrement de baptême et apporter les consolations de la religion aux mourants. >
Rome, qui suivait avec l'affection d'une mère le retour a la vérité de ces enfants que l'erreur avait si longtemps égarés, comprit le poids du fardeau imposé aux vicaires apostoliques, l'impossibilité oiiils se trouvaient de parer k tant de nécessités, de secourir tant de besoins. Elle se décida h augmenter le nombre des évêques et à changer l'ancienne division ecclésiastique. Jusqu'en 1840, la juridiction de l'Angleterre se partageait en quatre districts : celui de Londres , celui du Centre (Midland ), celui du Nord, et celui de l'Ouest. La Congrégation de la propagande augmenta, le 11 mai 1840, le nombre des vicaires apostoliques et fixa les limites de leurs diocèses, en même temps qu'elle arrêta leur nomination.
Voici les noms des évêques choisis h celte époque , ainsi que les divisions auxquelles ils sont attachés :
L District du Nord. — Vicaire apostolique, Mgr Mostyn, évêque d'Abydos; comprend les comtés de Norlhumberland, Durham,Cumberland, Weslmoreland.
II. Celui (le Lancaslre.— Vicaire apostolique, Mgr Georges Brown, évêque de Bugia; comprend les comtés de Cheshire, Lancashire et Tîle de iMan.
III. Celui de York. — Vicaire apostolique, Mgr Briggs, évêque de Trachis; comprend le comté de York.
IV. Celui du Centre.— Vicaire apostolique, Mgr Walsli, évêque de Cambysopolis; coadjuleur Mgr Wiseman, autrefois recteur du cqjiége des Anglais h Borne; comprend les comtés de Derby , Notlingham , Statford, Worcesler, Warwick, Salop, Leicester, Oxford.
V. Celui de l'Est. ~ Vicaire apostolique, Mgr Wareing, évêque de Ariopolis; comprend les comtés de Lincoln , Butland , Nortliamplon, Huntingdon, Cambridge, Norfolk, Suffolk, Buckingham, Bedford.
VI. Celui de l'Ouest. — Vicaire apostolique, MgrBaines (1); comprend les comtés de Glocesier, Wilts , Cormvall, Devon, Somerset, Dorset.
VII. Celui du pays de Galles. — Vicaire apostolique , Mgr Brown, bénédictin, évêque de Appolonia ; comprend le pays de Galles (douze comtés), et Monmoulh et Hereford en Angleterre.
VUl. Le district de Londres. — Vicaire apostolique , MgrGriffiths; comprend les comtés de Berkshire, Ilertford, Hampshire, Surrey, Sussex, Kent, Essey, Middlesex, et les îles de Wight , Guernesey et Jersey.
Les nouveaux vicaires apostoliques étaient h peine arrivés dans leurs diocèses respectifs ; ils avaient k peine eu
{{) Mgr Baines, mort il y a quelques mois, n'a pas encore été remplacé.
le temps de jeter un coup d'œil rapide sur l'état de la religion dans les vastes districts soumis à leur juridiction spirituelle, que déjà se manifestaient les symptômes d'un mouvementqui promettait à notre sainte religion de nouvelles et précieuses conquêtes. Les catholiques répandus dans ces vastes contrées ont senti renaître leur courage et leurs espérances , en voyant paraître au milieu d'eux les nouveaux pontifes auxquels le père commun a confié le salut de leurs âmes. Ces pauvres catholiques, si longtemps comme perdus au milieu des populations protestantes, ne recevant qu'a de *très-rares intervalles la visite ou les conseils des vénérables prélats qui , jusqu'à ces derniers temps, ont gouverné l'Église d'Angleterre, et qui succombaient sous le fardeau sans cesse croissant de leurs travaux et de leurs sollicitudes, étaient tentés de se croire oubliés et exclus par le malheur de leur position, de la participation aux choses saintes et du bienfait de l'instruction religieuse. Car dans les Galles et dans l'Ouest de l'Angleterre, dans les comtés du Nord et dans ceux de l'Est, il n'y a qu'un fort petit nombre de chapelles, séparées par d'immenses distances, et souvent le voyageur parcourt plus de trente milles sans rencontrer aucun signe de catholicité. Cependant , môme au milieu de ces contrées désolées , on trouve encore ça et la des catholiques ; dans les campagnes , de pieuses familles de fermiers restés fidèles à la foi ancienne, et dans les villes, de pauvres Irlandais, que la tyrannie de quelque lord tory a condamnés a l'exil et a la misère. Or, les catholiques , jusqu'ici, placés en dehors du cercle de l'activité et de Tin;lluence des premiers pasteurs , souvent même inconnus
à leur charité, savent qu'ils ont iDaintenant plus près d'eux des apôlres toujours prêts k entendre leurs réclamations ; ils savent qu'en faisant connaître leurs besoins el leurs nécessités spirituelles, ils trouveront, dans les nouveaux prélats, non pas plus d'intérêt et de tendresse , mais des consolations et des encouragements ; ils savent que des distances moins énormes , que des travaux moins multipliés, permettront désormais h leurs vénérables évêques, de les visiter quelquefois, et de consacrer h eurs intérêts spirituels un temps et des soins que les anciens évêques se voyaient si souvent dans la dure né' cessité de leur refuser.
C'était pour ces hommes apostoliques une douleur que les mots ne peuvent dire, d'être ainsi forcés, par le malheur des circonstances, à laisser dans une sorte d'abandon une portion du troupeau confié a leur vigilance; et les grandes choses qu'ils ont faites, les merveilles qu'ils opéraient sur tant d'autres points du pays ne pouvaient même les consoler de l'impuissance à laquelle ils étaient réduits. Ce fut donc pour eux une grande joie en même temps qu'un grand soulagement , quand le Saint-Siège consentit enfin à établir le nouvel ordre de choses dont l'Angleterre recueille déjà les fruits.
Pour seconder cette renaissance, demander au ciel les grâces nécessaires pour la féconder, un vénérable ecclésiastique, membre d'une des plus anciennes et des plus illustres maisons de l'Angleterre, conçut le pieux dessein dont nous parlons plus haut, de former une association de prières pour demander au ciel la conversion de son pays. L'honorable abbé Georges Spencer, d'une famille
anglicane, et lui-même minisire de cette Eglise, devait sa conversion a ia prière ; il voulut éclairer l'Angleterre à Taide du llambeau qui avait dissipé les ténèbres de son esprit. Voici comment lui-même nous raconte l'origine de son association :
* En 1838, me trouvant a Paris, et ne voulant pas qu'un seul moment de ma vie s'écoulât dans l'oubli de la grande entreprise a laquelle je l'ai depuis si longtemps consacrée (le retour de ma patrie à l'unité catholique) , je résolus d'employer dans ce but les jours que je devais passer en France. Grâce a Dieu ! et grâce aussi a la charité de cette grande nation, mes vœux furent exaucés; mes faibles paroles suffirent pour allumer dans tout ce beau royaume un zèle presque sans exemple. Dès le premier appel, tous les cœurs catholiques se mirent a l'œuvre, et leurs prières montèrent vers le trône de Dieu pour le salut de ma patrie. En nation vraiment fidèle, mettant de côté le souvenir des anciennes querelles et de tout ce qui pouvait faire naître de haineux ressentiments, la France chrétienne ne regarda l'Angleterre que comme une sœur en Jésus-Christ, sœur égarée, il est vrai, mais par cela même plus digne de commisération et d'amour. Et ce premier mouvement de zèle ne fut ni purement local, ni passager. De fréquentes informations m'assurent que cette ardeur au lieu de s'éteindre ne fait que s'accroître, et que Texemple donné par les âmes religieuses de France a produit des fruits admirables dans toutes les parties du monde catholique, a commencer par Rome, qui soupire après le moment où elle pourra de nouveau serrer dans ses bras cette contrée jadis rornemenl et la gloire de l'Église. »
La France, et à son exemple les callioli(]ues de tous les pays, prièrent le Tout-Puissanl de regarder d'un œil de miséricorde les églises désolées de saint Thomas de Canlorbéry et de tant d'autres saints pontifes qui remplissent encore toute l'Église du parfum de leur belle et sainte vie. Leurs prières furent exaucées, et le fondateur de l'association eut la consolation de nous raconter les merveilles de la grâce divine. Laissons-le parler :
€ Quand Jésus s'approcha de la maison du chef dont la fille unique venait de mourir, parmi les amis du père désolé réunis pour le consoler, il s'en trouvait peut être quelques-uns dont la foi au Sauveur était assez vive pour espérer de sa venue quelque consolation. Us se seraient étonnés et grandement réjouis pour le pauvre père, d'être assurés de la bouche du Seigneur que Dieu lui donnerait une autre enfant pour combler le vide que la mort venait de creuser dans son cœur. Mais quand Jésus leur dit, la jeune fille n'est pas morte, elle est seulement endormie, je viens l'éveiller; bientôt vous la verrez rajeunie, pleine de force et d'une santé nouvelle après ce sommeil , ils se moquèrent de ses divines paroles et ne purent y ajouter foi. Et pourtant, peu après, ils en virent l'accomplissement. C'est ainsi que Notre-Seigneur va répondre à nos vœux, à nos prières pour l'Angleterre ; pour cette Église, que le reste de la chrétienté avait cru morte, que les saintes âmes ont pleurée depuis trois siècles. Nous demandions a Dieu de nous donner h sa place une nouvelle Église qui, après les funérailles de la première, nous consolerait de sa perte par des fruits de sainteté pareils h ceux qu'elle avait autrefois produits. Voilà ce que nous demandions, et
il nous semblait que celle grâce fut la plus grande que Dieu pût accorder a noire pairie. Oh ! réjouissons nous. Dieu, riche en bontés, commence a nous montrer qu'il songe à nous exaucer d'une manière tout aulrement admirable. La chaleur de la vie ranime déjà ce cœur que nous avions cru à jamais glacé ; ce cœur recommence à battre. Déjà ses yeux s'ouvrent; déjà, voyant que nous avions trop tôt désespéré d'elle, voyant , pour ainsi dire, que nous nous disposons à ses funérailles, elle s'écrie, ou plutôt Noire- Seigneur s'écrie par sa bouche et nous dit : Elle n'est pas morte; elle était seulement endormie. Déjà il a mis dans son sein un nouveau souffle de vie ; bientôt il lui ^rendra sa première jeunesse, son ancienne beauté; elle va de nouveau se parer de ses anciens ornements, après les avoir rendus plus parfaits, plus riches que jamais. >