‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 7 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SOMMAIRE

Propagande catholique.— Institut de la G;ande-Bfetagne.— Histoire de sa formation. — Ses développements , son action en Angleterre et dans toutes les possessions britanniques. — Le pape reconnaît l'institut et l'encourage.— Bref de sa sainteté Grégoire XVI à lord Shrewsbury. — Les journaux , revues et publications catholiques. —Influence politique des catholiques dans le parlement et le pays. — Premiers effets de l'action régénératrice du catholicisme sur les masses. — Projet d'envoyer un ambassadeur anglais près la cour de Rome ot de renouer avec le Saint-Siège les relations diplomatiques.

Les Catholiques anglais , une fois maîlres de la posilion ' que nous leur avons vu conquérir, devaient songer aux moyens de résister aux attaques incessantes d'adversaires jaloux, qui ne reculaient devant aucun moyen de leur nuire. Leur premier soin fut donc d'organiser une association chargée de propager les vérités de la foi catholique, de les défendre contre ies calomnies des hétérodoxes , tout en s'occupanl de protéger les pauvres que

pouvaient inlimider, dans la pratique de leurreligion, des maîtres protestants, des supérieurs hostiles au catholicisme. On voit que la lâche de cette association devait être des phis difficiles et des plus délicaies ; c'était une raison de plus pour se hâter de la constituer. Voici en peu de mots l'histoire de V Institut de la Grande-Bretagne , h qui fut confiée cette importante mission.

Il avait existé a Lbndres , quelques années avant 1837, une société connue sous le nom de Metropolitan catholie tract society, dont rohjet élait, ainsi que son titre findique, de mettre en circulation des traités expliquant et vengeant la foi catholique.

Colle société dut son origine a feu M. William Eusehius Andrews, aidé de quelques amis zélés, et elle fil sans aucun doute un très-grand hien par la publication d'un nombre considérable de brochures; mais n'ayant pas été reconnue par les autorités ecclésiastiques, il devint douteux qu'elle pût subsister longtemps. Dans cet état de choses, quelques uns de ses membres s'adressèrent h un révérend ecclésiastique, pour lui demander conseil , afin de sauver la Société de l'anéantissement qui la menaçait. Ce digne prêtre entra chaudement (iaus les vues du comité et prépara une réunion de la Société pour y prendre en considération son état présent et ses espérances. Le révérend docteur Cox , atijourd'hui vice- président du collège de Saint-Edmond, consentit h se rendre a l'assemblée. Ce dernier et le révérend M. Sisk prièrent M. Smith, actuellement secrétaire de l'institut catholique, de les assister dans leurs délibérations.

Ces Messieurs convoquèrent un meeting, qui eut lieu le 15 décembre 1857, dans lequel , après de longues discussions, on résolut de former un comité pour modeler la société sur de nouvelles bases. Des membres furent désignés pour en remplir les charges pro tempore , et M. Smitli fut invité à remplir les fonctions de secrétaire.

Comme le plan d'organisation soulevait des questions importantes , les membres ci-dessus mentionnés jugèrent convenable de consulter le clergé , et plusieurs laïques influents que l'on pouvait supposer favorables a ce plan. On ne prit donc aucune mesure détiniiive avant la réunion du parlement, en février 1858. Une assemblée préliminaire fut arrêtée alors avec M. O'Connell et l'honorable Charles Langdale , membres du parlement, auxquels se joignirent plusieurs autres personnes influentes du corps catholique. Le secrétaire adressa en conséquence une circulaire au clergé de Londres et des environs, ainsi qu'à un grand nombre de laïques, pour les inviter a se rendre au meeting qui devait se tenir à l'hôtel Sablonière, le 26 février 1858, afin de réorganiser la metropolilan catliolic tract society. L'honorable M. Langdale fut appelé à présider l'assemblée; plusieurs résolutions , proposées par le secrétaire pour cette réorganisation , furent adoptées à l'unanimité. M. O'Connell cependant avait des vues plus étendues ; et, après un discours brillant et animé , il proposa qu'un comité fût nommé pour prendre en considération les moyens les plus propres a faire concourir le clergé et les laïques catholiques de la Grande-Bretagne a la formation

d'un institut protecteur, destiné a encourager le peuple catholique. Celte proposition fut adoptée k Tunanimité. On forma alors un comité composé de dix-neuf personnes chargées d'examiner le projet, de prendre des résolutions et d'en faire immédiatement le rapport.

Les membres du comité et les autres catholiques qu'intéressait ce plan se réunirent de nouveau a l'hôtel Sablonière, le 1" mars, sous la présidence de M. Langdale. A cette assemblée, M. O'Connell, portant la parole au nom du comité, dit que son opinion était qu'un institut composé du clergé et des laïques catholiques de la Grande- Bretagne devait être organisé afin de protéger les droits de conscience des classes pauvres, et de travailler pour le plus grand intérêt de la religion. Cette motion fat unanimement adoptée, ainsi que la proposition, faite aussi par M. O'Connell , d'adresser une communication respectueuse aux prélats catholiques , pour leur faire connaître les résolutions ci -dessus, en demandant leur opinion et leur coopération. L'honorable C. Langdale, M. O'Connell, le révérend Picquot, le révérend M. Sisk et M. J. Quin furent chargés d'adresser un mémoire aux évêques. Le mémoire fut en elTet rédigé, et une copie signée par M. Langdale, en sa qualité de secrétaire, fut adressée a chacun des vicaires apostoliques de la Grande- Bretagne.

Le rapport de l'adresse fut fait a la réunion que tint le comité, le 6 avril, sous la présidence du comte de Shrewsbury.

A un autre meeting, tenu le 51 mai, et présidé par le noble comte , M. O'Connell émit le vœu de voir se former

un second comité qui dresserait un projet d'organisation pour l'Institut catholique. On ajourna au 7 juin suivant la réunion où le rapport de ce second comité devait être entendu.

Les comités se réunirent les 7 et 13 juin , et décidèrent que le mémoire adressé aux évêques catholiques, suivi de la réponse qu'on en avait reçue , serait imprimé et mis en circulation parmi les catholiques auxquels on communiquerait aussi le projet d'organisation , afin de connaître leur opinion et les prier de faire les observations qui leur paraîtraient convenables.

Au mois de juillet 1858, on tint deux réunions dans lesquelles on prit ces résolutions :

1. Un Institut catholique sera formé, pour les fins ciaprès , sanctionnées par les vicaires apostoliques.

2. Tous les prélats catholiques de la Grande-Bretagne et des colonies seront membres de l'Institut, sans aucune contribution que celle qu'il leur plaira de donner.

3. Tous les prêtres catholiques, exerçant leur ministère dans la Grande-Bretagne et les colonies, seront membres aux mêmes conditions.

4. Tout catholique laïque qui paiera au moins six shellings par an ou six pences par mois, sera membre aussi longtemps que cette contribution sera payée.

5. L'objet de l'Institut est uniquement d'exposer les faussetés et les calomnies avancées contre la religion, de défendre les vraies doctrines du catholicisme, de mettre en circulation de courts traites "de toutes les connaissances utiles sur les sujets mentionnés ci-dessiis , de pro-

léger les classes pauvres et de défendre leur liberté de croyances et de pratiques religieuses.

6. L'Institut sera sous la direction d'un président , d'un vice-président et d'un trésorier, élus d'après les formes ci-après, et enfin d'un comité.

7. Le très-honorable comte de Shrewsbury sera président de l'Institut.

8 et 9. Règlent la nomination aux charges, la formation du comité, etc.

10 et 11. Fixent l'époque du meeting annuel, la manière d'appliquer les fonds de Tlnstitut aux objets désignés, etc

12. Le comité entreprendra aussi, dans toute occasion, l'examen des cas d'oppression religieuse ou de violation des droits de conscience des catholiques pauvres et sans protection.

13. Le comité est autorisé à organiser d'autres comités locaux et à solliciter la coopération des catholiques dans les différentes parties de la Grande-Bretagne et des colonies.

14. 15, 16 et 17. Ces articles désignent le trésorier, le secrétaire et fixent les droits des membres du comité.

On voit que le principal objet de l'Institut est compris dans la cinquième résolution , c'est-a-dire qu'il embrasse l'exposition des mensonges et la réfutation des calomnies contre la religion, la défense des vraies croyances du catholicisme, la circulation d'imprimés sur -ces mêmes sujets , et enfin la protection des droits de conscience des pauvres que leur misère et leur timidité avaient , jusqu'à

ce jour, rendus victimes de l'intolérance qui a toujours été le caractère distinctif du protestantisme. Les brochures, imprimés, pamphlets, mis en circulation pour réfuter les calomnies dirigées contre l'Église ou expliquer ses enseignements , doivent préalablement être soumis a l'examen de l'autorité ecclésiastique.

Ces imprimés sont aujourd'hui distribués gratuitement, autant que les fonds de l'Institut le permettent, par l'entremise des ecclésiastiques ou des membres du comité.

Un autre objet de l'Institut, compris dans la cinquième résolution , est de mettre entre les mains des catholiques pauvres , au plus bas prix possible, tous les livres propres à nourrir et entretenir leur piété et de les leur distribuer même gratuitement quand ils ne peuvent les acheter.

Procurer aux soldats et aux marins catholiques, à ceux qui sont dans les hôpitaux ou dans les prisons , la liberté pleine et entière du culte et le bienfait d'instructions religieuses donrfées par des prêtres , est encore un des buts que se propose l'Institut.

Il n'est pas nécessaire de citer les noms des patrons , des vices-présidents et des membres du comité de l'Institut pour montrer le haut patronage sous lequel il a pris naissance. Il suffît de dire que les vicaires apostoliques, et les prêtres de la Grande-Bretagne, la noblesse catholique et tous les hommes influents qui appartiennent k ce corps en sont les membres les plus actifs.

Depuis la formation de cette institution admirable, ses ramitications se sont peu à peu étendues du centre aux extrémités de l'empire, partout se sont formés des comités

secondaires qui travaillent avec zèle sous l'impulsion qui leur est donnée parle comité central.

Le résultat de la pensée qui a donné naissance à cet Institut est donc d'unir en corps tout ce que la Grande- Bretagne renferme de catholiques, et de mettre k la disposition de la Société des sommes suffisantes pour faire face a toutes les dépenses en recevant une légère oftVande de chaque individu. On conçoit que les résultats d'une telle combinaison sont vraiment incalculables.

Dès que l'Institut est organisé, nous le voyons se mettre à l'œuvre. C'est par son organe que les ouvriers catholiques demandent au parlement la liberté de conscience que les habitudes protestantes violent si souvent. Dans une réunion de l'Institut, il fut décidé que la pétition suivante serait adressée aux chambres :

Humble pétition des catholiques résidant dans la capitale ou aux environs, à l'honorable chambre des communes du parlement delà Grande-Bretagne.

« Dans l'opinion de vos humbles pétitionnaires, les catholiques de ce royaume ont un aussi grand droit naturel, moral et constitutionnel de servir Dieu selon leur conscience, que les autres sujets de Sa Majesté.

€ Ils ne perdent pas ce droit par le malheur accidentel et temporaire qui oblige les pauvres, parmi les catholiques, de chercher du soiîlagement dans la loi pour les pauvres {the poor laiv), et de résider pour cela dans les ateliers publics.

« Les pétitionnaires sont, ainsi que tous les autres ca-

tholiques, strictement obligés, sous peine de péché, d'entendre la messe tous les dimanches et fêles d'obligation.

M Ces fêtes, où il y a obligation d'entendre la messe, sont au nombre de huit, savoir : la Circoncision, !•' janvier; rÉpiphanie, 6 janvier; la Fête-Dieu {corpus Cfiristi); la P'ête de saint Pierre et de saint Paul, 29 juin; FAssomplion de la sainte Vierge Marie, lo août; la Toussaint, 1*' novembre, et Noël, 25 décembre.

c Les catholiques se croient non-seulement obligés en conscience d'assister au saint sacrifice de la messe les dimanches et les susdits jours de fête , mais ils croient aussi qu'en remplissant dévotement ce devoir, ils reçoivent de grandes consolations et autres avantages spirituels.

< Or, l'exécution actuelle de la loi ne fournit pas à ceux des habitants (inmates) des ateliers, qui professent la religion catholique , le moyen d'accomplir ces devoirs religieux, qui, dans l'état d'alîliction où ils se trouvent, leur deviennent encore plus chers.

t Dans l'intérêt des habitants des ateliers appartenant à l'Église anglicane, il y a généralement un chapelain pour le service religieux , tandis que ceux qui professent la religion catholique ne possèdent pas le même avantage.

< Les catholiques ne peuvent, en conscience, se joindre au service religieux de l'Église anglicane, et il est, par conséquent, nécessaire que les habitants catholiques des ateliers aient la permission de se rendre aux lieux spécialement affectés a leur culte.

«En couséqucnce, les pélilioûnaires dernaiideiil humblemenl que, dans le bill actuellement porté devant votre honorable chambre pour Famendement de la loi des pauvres, on pourvoie a ce que les catholiques, habitant dans les ateliers publics , aient la permission de se rendre aux chapelles de leur culte, les plus voisines de leur atelier, pour y entendre la messe les dimanches et fêtes d'obligation.

« Et vos pétitionnaires prieront toujours pour vous.»

Plus tard, l'Institut obtenait du parlement une loi qui dispense les catholiques du service funèbre de l'Eglise anglicane, k l'enterrement des catholiques, et qui permet aux prêtres de célébrer publiquement le service pour les morts, conformément aux prescriptions de l'Église pour les funérailles des catholiques décédés.

Tout en s'occupant de faire redresser les griefs des catholiques en Angleterre, l'Institut ne perd pas de vue la propagande qni entre aussi dans sa mission. Un rapport de son secrétaire nous apprend que, trois années après sa fondation, des comités correspondants ou branches de l'association existaient, non-seulement dans toutes les parties de l'Angleterre, mais en Ecosse, a Gibraltar, au cap de Bonne-Espérance, a Calcutta, dans l'Australie, à la terre deVan-Diémen, h la Nouvelle-Ecosse, à l'île du Prince-Edouard, etc., etc. Dans ces divers pays, on ne comptait pas moins de cent treize branches de la Société. Dans le Haut-Canada, l'Institut est florissant. Le secrétaire annonçait, en terminant son rapport, que des lettres reçues du cardinal Aclon et'd'autres personnes ne luiper-

meUaienl pas de douier que des indnlgenees el faveurs spiriliielles ne fussent bienlôt accordées par le Sainl- Siége k celle inslitulion.

En 1841, rinslitut catholique prit de nouveaux développements. M. O'Connell proposa un plan qui devait augmenter les ressources de la Société. Ce plan consistait à admeltre,à tiire d'associés, les personnes de toutes les conditions qui consentiraient h payer deux sous par semaine. Cette proposition, admise a l'unanimilé, ouvrit la porte de l'Institut à tous les catholiques de la Grande- Bretagne, et mil a sa disposition des ressources plus considérables.

M. J. Smith, secrétaire-général de l'association, annonçait aux catholiques, en 1842, que le comité de Tlnslilut s'était mis en rapport avec plusieurs membres du cabinet, el que le résultat de ces entrevues avait été d'obtenir, au profit des catholiques, la modification de plusieurs clauses de la loi des workhouses. Leur situation dans les colonies, dans les prisons et dans les hôpitaux, doit aussi, par suite de ces rapports, subir prochainement de sérieuses améliorations.

Un fait intéressant, rapporté par le secrélaire de la vSociété, c'est qu'il a reçu de Malte une lettre qui lui donne les noms de cinquante personnes qui, en 1842, ont embrassé la foi catholique, et qui ont été amenées à étudier notre religion parla lecture des tracts (traités) que publie l'Institut.

Rome avait suivi avec intérêt !e développement de l'association et le succès de ses efforts. En 1840, le souverain pontife, voulant lui donner m encouragement

officiel, adressa k lord Shrewsbury, son président, le bref apostolique que nous reproduisons ici :

Lettre apostolique de sa sainteté Grégoire XVI, au comte de Slirewsburtj , président de i Institut catholique de la Grande-Bretagne.

«A noire fils bien-aimé , le comte, etc...., salut et bénédiction apostolique.

f Tandis que nous sommes abreuvés de chagrins parles calamités toujours croissantes de l'Église de Jésus-Christ, il nous a été donné une source de bonheur tellement abondante, qu'elle nous a relevé non-seulement de notre douleur, mais qu'elle a encore excité en nous une joie plus qu'ordinaire. Nous avons été informé que, par vos soins et ceux d'autres nobles et pieux chrétiens, l* Institut catholique a été, il y a deux ans, établi dans la Grande-Bretagne , dans le but spécial de protéger ceux qui suivent notre divine foi , et de venger, par la publication d'ouvrages chrétiens, l'épouse de l'agneau immaculé, des calomnies des hétérodoxes. Ce projet , tendant au plus haut degré h l'avantage de la nation anglaise , vous pouvez facilement imaginer, fils bien-aimé , quelle joie nous avons éprouvée, nous qui avons été, par la volonté du Tout-Puissant, constitué l'héritier du nom et de la chaire de ce Grégoire-le-Grand , qui, le premier, éclaira la Bretagne du flambeau de la foi catholique, alors qu'elle était enveloppée des ténèbres de l'idolâtrie. Nous sommes encouragé à entretenir la douce espérance que la lumière de la foi brillera de nouveau sur ce peuple

avec la même clarté qu'autrefois. Nous ne désirons rien avec plus d'ardeur que d'embrasser, dans un tressaillement paternel, la nation anglaise , ornée de tant d'excellentes qualités, et de recevoir de nouveau dans la bergerie du Christ, ce troupeau si longtemps perdu. C'est pourquoi, filsbien-aimé, nous ne pouvons nous abstenir di3 vous exhorter vivement , vous et tous les membres de l'association pieuse que vous présidez, a offrir avec nous vos prières au Père des miséricordes ; alîn qu'il daigne dissiper les ténèbres qui aveuglant encore l'esprit d'un grand nombre, les retiennent malheureusement dans l'erreur, et afin que, dans sa clémence, il daigne ramener ces enfants de l'Église au sein de la Mère qu'ils ont abandonnée.

€ En même temps, nous donnons , avec la plus grande affection , a vous et h tous vos compatriotes qui appartiennent en quelque manière à V Institut catfwtique , notre bénédiction apostolique.

« Donné à Saint-Pierre de Rome le dix-neuvième jour de février mdcccxl, le dixième de notre pontificat.

< Grégoire P. P. xvi. »

Le comte de Shrewsbury disait, en adressant au secrétaire de rinslilut la lettre ci-dessus : « J'espère que sa publication servira non-seulement à augmenter le zèle des membres actuels de l'Institut, mais qu'elle engagera d'autres personnes, qui jusqu'ici s'étaient tenues éloignées de la Société, a se joindre a nous. C'est seulement par l'union de nos efforts que nous parviendrons à opérer un grand bien. Les succès qu'ont déjà obtenus nos travaux

sonl, je l'espcre, une garantie de ce que nous ferons a l'avenir. >

Chaque année, l'Instiiut tient une séance solennelle k laquelle assistent d'ordinaire les sommités catholiques, lord Shrewsbury, lord Cliiïord, lord Slourton, lord Camoys, lord Lovât, Daniel et John O'Connell, M. Langdale, les vicaires apostoliques et une partie du clergé. Dans la séance de 1842, le secrétaire nous apprit que l'Institut avait distribué, dans l'année, cent soixante deux mille traités religieux dans les diverses parties du monde.

Le lecteur a vu la part active prise par M. O'Connell k la formation de l'Institut catholique. Aussi ne sera-t-il pas surpris d'apprendre que, dans la solennité annuelle de l'association, c'est pour le glorieux agitateur de l'Irlande que sont presque tous les honneurs. Ceux qui écriront l'histoire de l'Institut auront h décrire l'enthousiasme qu'y fait naître sa présence ; ils diront les vives sympathies qu'éveille son éloquence , quand il parle des devoirs et des espérances des catholiques. On est malheureusement forcé de reconnaître que rarislotralie catholique de l'Angleterre n'a pour O'Connell ni la haute estime, ni la reconnaissance qu'elle lui devrait, si elle pesait dans sa conscience les services éclatants qu'O'Connell lui a rendus en retour de ses dédains. Le seul tort du héros de l'émancipation catholique, c'est de ne s'être jamais préoccupe du mérite ou du démérite de ceux à qui devait profiter le bien qu'il voulait réaliser. O'Connell a toujours placé les intérêts de la rehgion et de l'humanité au-dessus des mesquines préoccupations de personnes, et il aurait le droit de dire à certains nobles seigneurs de l'Angleterre :

€ Si vous vous montrez indignes des droits que je vous ai conquis , sur vous en retombe la honte ! » Mais ajoutons que M. O'Connell est bien dédommagé des dédains aristocratiques par l'estime et l'affection des autres classes de la société catholique qui ont su le comprendre et l'aimer. Les catholiques anglais n'ont pas perdu de vue les moyens d'influence que pouvait leur donner la presse ; mais nous remarquons avec regret que les tentatives faites pour créer des organes périodiques et quotidiens de la pensée et du sentiment catholique dans l'atmosphère protestante de l'Angleterre ont, sinon complètement échoué , du moins fort médiocrement réussi.

Une dizaine d'années avant l'émancipation , on ne connaissait a Londres qu'une seule publication catholique, exclusivement consacrée a des controverses théologiques. Ce recueil, qui paraissait dans un format in-8", sous le litre de Catliolic infelligencer, avait été principalement encouragé par Mgr Milner, vicaire apostolique du district Central avant le docteur Walsh. Cette feuille rendit 'a cette époque d'éminents services k la religion ; elle servit à combattre l'erreur, à éclairer bien des intelligences et a convertir bien des cœurs. A mesure que de nouveaux journaux ont été publiés, le Cailiolic intelli' gencer a perdu sa première importance; mais il ne continue pas moins a paraître le samedi de chaque semaine. La médiocrité de son prix (4 sous par Hvraison) le met a la portée des bourses les plus modestes. L'on s'en sert comme d'un véhicule pour porter la vérité a de pauvres ouvriers qui cherchent dans sa lecture quelque délassement. Chaque livraison donne les nouvelles rehgieuses

lie la semaine pour rAnglelerre cl l'étranger , cl contient plusieurs articles sur la religion, l'histoire, l'art ou la littérature. Son ancien litre est aujourdhni précédé de celui-ci : Tlie London and Diihlin orlhodox journal of use fui Knowledge (Journal oriliodoxe de Londres et de Dublin pour les connaissances utiles). Si nous ne nous trompons , ce changement eut lieu à la suite d'une polémique fort vive dans laquelle l'orthodoxie du Catliolic intelligencer fut contestée. L'autorité ecclésiastique s'étant prononcée en faveur du journal, il prit le titre ù^Onhodox,

En 1836, les catholiques comprirent la nécessité de se créer un organe qui pût acquérir quelque importance. C'est pour répondre à ce vœu que parut, a Londres, la revue de Dublin {Dublin Beview). Le docteur Wiseman, M. O'Connell et autres catholiques dévoués s'imposèrent dans ce but de généreux sacrifices. La revue de Dublin, comme toutes les grandes revues d'Angleterre , est une publication trimestrielle, a la collaboration de laquelle concourent les écrivains catholiques les plus distingués. Ces sortes de revues donnent tous les trois mois à leurs abonnés un volume in-8°. C'est le genre de publication qui exerce en Angleterre le plus d'inlluence, et tandis que les écrivains de la presse quotidienne, hebdomadaire et mensuelle n'y jouissent que d'une très-maigre part de considération, les hommes politiques les plus éminents ne dédaignent pas de confier aux revues trimestrielles le fruit de leur délassement.

La Revue de Dublin paraissait sous un patronage qui devait assurer .son succès. Elle fixa, dès son début, la

sérieuse atlcnliou des. proteslanls. Sous le rapport iiltéraire, ce recueil ne le cède à aucune aulre pul)licalion anglaise. Il avait une belle mission a remplir dans les controverses ihéologiquesqui occupent l'Angleterre, et il s'est acquillé de celle tâche délicate avec un rare talent. Le savant docteur Wiseman y traite la plupart des questions religieuses; nommer l'auteur de ses arlicles ibéologiques, c'est dire leur valeur. La Revue n'aborde que rarement les débats purement politiques. Après la religion, riiistoire, la bauie critique littéraire, la biographie forme le fond de ses articles. Les questions que soulève la situation anormale de l'Irlande, y sont traitées avec une incontestable supériorité.

Une publication, moins grave que la Revue de Dublin ^ et plus sérieuse que VOrthodox journal, parut en 1837, sous le titre de CcUfiolic magazine. C'était comme un milieu entre les deux premières. Le Magasin catholique, publié une fois par mois seulement, peut traiter plus longuement que V Orthodoxe des affaires religieuses du jour, tout en laissant a la Revue de Dublin le soin d'approfondir ce que lui-même ne fait qu'eiïleurer. Le Catliolic magazine a rempli un rôle plus utile qu'important; et, malgré la médiocrité de la presque totalité de ses articles, c'est encore le recueil que Ton parcourra avec le plus de fruit, en étudiant la renaissance catholique de l'Angleterre.

Dans ces dernières années, plusieurs tentatives ont été faites pour donner au corps catholique des organes hebdomadaire et quotidien ; une seule a réussi.

Au mois de mai 1840, parut a Londres le premier

journal catholique et politique qu'ait eu rAngleterrc depuis la réforme : c'était le journal hebdomadaire The TabieL Cette feuille a fait un certain tort matériel aux premières publications, VOrtliodox journal et le Cailiolic magazine^ mais elles n'en continuent pas moins toutes trois a remplir, chacune dans sa spécialité, la tache qu'elles se sont imposée.

Le Tablet avait, comme organe catholique, un bien beau rôle à prendre dans la presse. Ce rôle a malheureusement été compromis dans plus d'une circonstance par l'inexpérience de ses rédacteurs qui, malgré la supériorité de leur talent, n'ont pas parfaitement compris la neutralité qu'une feuille catholi(]ue doit garder au milieu des mesquines querelles de partis. Ainsi, lors de son apparition, le Tablet arbora le drapeau ^vhig avec beaucoup trop d'éclat , et il souiint, pendant un certain temps, la politique du dernier cabinet Melbourne, avec une passion, un acharnement qui sied toujours mal à des catholiques, dont les intérêts doivent toujours dominer les préoccupations étroites de nationalité, quand ces préoccupations blessent les intérêts de la religion et de l'humanité.

Le Tablet s'est oublié aussi en donnant trop souvent a des querelles personnelles les proportions d'affaires d'Etat; les personnalités sont une des faiblesses de celte feuille. Ce travers lui est commun avec les autres journaux d'Angleterre, chaque fois que, derrière une question de personne, se trouve un intérêt d'argent.Ces torts avaient lin instant compromis l'existence du Tablet, qui fut désavoué par une partie de l'aristocratie catholique ; mais l'âge donne de l'expérience ; et la feuille de Londres ne

craint pas aujourd'hui de faire amende lionorabje pour son passé, jusqu'à suivre, dans plusieurs questions politiques, la ligne qu'elle avait combattue autrefois. C'est peut-être pousser trop loin le repentir.

Le Tablet ajouta un instant à son nom l'cpithète de True Tablet, pendant qu'un de ses propriétaires se relirait en emportant le premier titre, qu'il donnait à un journal hebdomadaire paraissant concurremment avec le True Tablet.

Le Tablet se plaça sous le patronage du noble lord Shrewsbury, du docteur Wiseman et de l'aristocratie catholique; tandis que le Truc Tablet comptait, parmi ses amis les plus dévoués , le libérateur de l'Irlande et une grande partie des membres du clergé.

Le Tablet ne put soutenir la lutte que quelques semaines; il succomba; et le True Tablet, victorieux, reprit le titre de Tablet, qu'il a conservé depuis.

Nous comprenons difficilement l'indifférence des catholiques anglais à soutenir leurs organes dans la presse; ils semblent n'apprécier qu'a demi l'influence sociale qu'un journal bien fait leur donnerait. Le Tablet, leur seule feuille politique, a eu bien de la peine a se maintenir, et une souscription à son profit a été nécessaire pour assurer son existence.

Nous avons vu paraître, en 1842, quelques numéros d'une publication connue sous le nom de Liicas's penny Library, destinée a l'instruction des pauvres. Il n'a pas été donné suite à cet essai. Un autre journal, tlie Catholie, fut créé a la même époque ; il devait être envoyé gratuitement a tous les membres du clergé catholique en

il8

Angleterre, dans le pays de Galles cl en Ecosse. Tous les prêtres attachés aux paroisses d'Irlande devaient aussi recevoir gratuitement ce journal purement ecclésiastique et littéraire.

Le plan des propriétaires était que les catholiques, en dehors du clergé, leur viendraient en aide, et que la grande publicité du journal leur fournirait, par les annonces, un moyen de continuer leur œuvre. Mais ce genre de propagande, qui réussit avec les prolestants, n'eut aucun succès chez les catholiques; il fallut renoncer a publier cette feuille, après avoir fait des sacrifices assez considérables. On tenta d'établir un organe catholique en Ecosse , mais le Pliœnix (nom de ce journal) ne vécut que quelques mois. On a fondé depuis, à Edimbourg, une feuille qui paraît sous le titre d'Edimbourg courrier; mais il serait difficile de dire si elle a des chances de succès.

Quand les anglicans, les méthodistes et les autres sectes protestantes disposent, par la presse, de moyens si nombreux de propagande, il est douloureux de voiries catholiques si pauvres en publications pour venger leur foi des attaques que des milliers de journaux lancent incessamment contre elle.

En 1841, les catholiques songèrent à acquérir un organe dans la presse quotidienne. Le Courrier, une des plus anciennes feuilles de Londres, était en vente. Les propriétaires du Tablel firent des propositions, mais tout se borna à des pourparlers. Il eût fallu, pour soutenir un journal quotidien, s'imposer de trop lourds sacrifices.

Les écrivains catholiques rivalisent de zèle. Nous les

no

vo*yons dans plusieurs journaux hebdomadaires et mensuels , dans une revue trimestrielle , s'efforcer d'arrêter les ravages de ce torrent de publications protestantes qui inonde l'Angleterre, et ralentit les progrès de sa régénération. Mais leurs écrits, malgré leur incontestable utilité, ne sauraient suffire aux exigences du moment. Les esprits se préoccupent de questions plus graves que celles que défraient la polémique courante ; les mystères de la religion deviennent un sujet général d'études et de méditations. Le malaise qui travaille les intelligences en présence des ruines que le protestantisme a faites autour de lui , les porte a s'enquérir des dogmes de la foi catholique , et la société britannique , sans se rendre compte peut-être de l'impulsion à laquelle elle obéit, apparaît errante et cherchant par un instinct providentiel les sentiers qui pourront la conduire a la vérité qu'elle ignore. Dans ces circonstances, un besoin se faisait sentir; c'était de pouvoir mettre à la portée de tous les esprits sérieux les ouvrages dés théologiens catholiques qui ont traité et approfondi d'une manière spéciale les questions aujourd'hui controversées entre les catholiques ei les ]uotestants anglais. Un éditeur de Londres , dont le nom s'associe toujours aux œuvres qui ont pour but la cause de la religion , a entrepris de combler cette lacune. Il était d'autant plus impérieux de se hâter, qu'à cette heure, une association protestante {Parker societij) réimprime les ouvrages de Frilh , de Tindal , de Cranmer, de Latimcr, de Ridiey, de Jewcl, de lîainolds, do Parker, de Fulkc , de Fox et autres hérésiarques et sectaires d'Angleterre. Cctle association compte déjà sept

mille souscripteurs, qui se sont abonnés a tous ces livres. A l'exemple des protestants, M. Charles Dolmaa a eu la généreuse pensée de réimprimer et de publier, sous le litre de bibliothèque catholique, les écrits des évèques et théologiens d'Angleterre qui, pendant les seizième et dix-septième siècles, ont combattu pour la défense de la fui , et qui ont réfuté les écrivains protestants de leur époque. Au nombre de ces ouvrages , figurent en prcmièreligne ceux de sir Thomas Moore, des évèques Fisher, Gardiner, du cardinal Allen , de T. Harding, de T. Stapleton, deN. Sanders, de Bristow, de Pcrsons, de Walshingham, etc., etc.

Depuis longtemps, ces livres sont devenus d'une rareté extrême , et les quelques copies que l'on en trouve se vendent a des prix exorbitants. Tandis que les presses protestantes reproduisent les calomnies de Jewell et autres ennemis du catholicisme, les fidèles ne pouvaient demeurer inactifs en présence de cette propagande infernale. Il eût été criminel que leur indiirérence laissât dans l'oubli les réfutations de Stapleton et les controverses de Harding. Ils ont dû chercher a mettre les écrits si admirables de Fisher, de Smitz , de Walshingham , à la portée de ceux qui les recberchent. Ces ouvrages sont, dans les circonstances où se trouve l'Angleterre, les plus propres a répondre et à satisfaire aux besoins qui se manifestent; ils semblent avoir été écrits dans ces dernières années, tant ils ont d'actualité etd'à-propos.

Les personnes qui suivent le mouvement religieux de r Angleterre , et qui s'intéressent à sa régénération , applaudiront au projet de faire revivre ces écrivains qui

furent de si généreux athlètes de la foi dans les trois derniers siècles ; leurs écrits vont devenir les armes dont la milice sacrée usera aujourd'hui pour terrasser ces ennemis, contre lesquels elles étaient destinées; et euxmêmes, après des siècles, viendront ainsi recueillir leur part de gloire dans les triomphes de l'Église.

Le plan de M. Dolman n'est pas seulement à 1 état de projet; il a reçu un commencement d'exécution. Déjà a paru le premier volume de la Bibliotlièque catholique. C'est un ouvrage intitulé : Recherches en matière de religion, par François AValsingham. La Bibliothèque catholique se composera de volumes petit in-S", imprimés avec tout le soin qui distingue les éditions anglaises. Nous voyons avec plaisir, par l'ouvrage de Walsingham , que l'orthographe moderne a été substituée à l'ancienne : la typographie de ce premier volume ne laisse rien a dé* sirer.

Les Recherches en matière de religion nous disent les combats d'une âme qui s'est d'abord ouverte au doute, et qui cherche ensuite la vérité. C'est un récit d'une instruction profonde , nous montrant l'opération admirable de la grâce. L'auteur est d'autant mieux placé pour exposer les luttes du cœur et de l'esprit , qu'il raconte sa propre histoire. François Walsingham naquit dans le Nor- Ihumberland, en 1576; il fut élevé dans la religion réformée , et obtint , par la protection d'un de ses parents, secrétaire d'État de la reine Elisabeth , d'être reçu k l'École de Saint-Paul à Londres, puis k l'Université de Cambridge, où il fut ordonné diacre. L'ouvrage d'un P. Jésuite lui tomba sous la main; il le lut. C'était le

premier pas dans le seniier qui devait le ramener à l'Eglise. Après avoir embrassé la foi de ses pères, il partit pour Rome, où il étudia la théologie. En 1609, il entra dans la Compagnie de Jésus, et retourna en 1615 en Angleterre, en qualité de missionnaire. Il y travailla avec un zèle admirable, en bon ouvrier évangélique, pendant trente-deux années , et mourut h Tâge de 71 ans.

Ces quelques lignes sur l'auteur des Reclierclies feront comprendre l'intérêt qui s'attache à ce livre. Le second volume de la Bibliothèque catliolique sera l'ouvrage d'un bénédictin anglais, le savant Richard Huddleston , intitulé : Route facile et courte de l* Église {Short and plain 7cay to the Cimrcli).

Lord Shrcwsbury, le comte Arundel, lord Camoys, lord Stourton , Mgr Wiseman et les autres vicaires apostoliques, l'archevêque de Tuam et plusieurs évêques d'Irlande, ont pris en quelque sorte sous leur patronage l'œuvre de M. Dolman, en se faisant inscrire des premiers parmi les souscripteurs. Des témoignages nombreux de sympathie arrivent a l'éditeur, de Rome, de l'Italie, de rAllemagne; les catholiques de toutes les parties du monde semblent vouloir contribuer k assurer à cette œuvre de propagande religieuse , le succès le plus complet.

Cette entreprise de réimpressions n'est pas restée isolée. Pendant que l'Institut de la Grande-Bretagne répand avec profusion des traités religieux , destinés à dissiper les ombres de Terreur, une société d'ecclésiastiques réimprime et livre a un prix excessivement modique tous les ouvrages de piété propres à entretenir les bonnes dis-

positions des fidèles. Les catholiques ont encore accompli d'autres travaux. Sans énumérer les importants ouvrages sortis de leurs plumes , il nous sera permis de mentionner ici le vaste travail de M. Kenelm Digby, intitulé : Mores catliolici or âges of failli,

A mesure que la vérité gagne les intelligences et régénère les cœurs, les catholiques marquent leur place dans la presse, la littérature, les sciences, les arts. Grâce a l'Irlande, ils comptent une quarantaine de représentants dans la chambre des communes , et une quinzaine dans la chambre des lords. Les églises et les couvents qui s'élèvent, constatent partout leur présence et leur accroissement; et ils cherchent h user de l'influence qu'ils acquièrent pour briser les entraves que rencontre encore leur liberté religieuse. Ainsi , pour la première fois , depuis répoque de la réforme , ils ont exercé , lors des élections générales de 1841, une influence politique.

11 fut, à cette époque , fait appel a tous les électeurs catholiques. On leur représenta que, vu la division des partis, leurs votes acquéraient une haute importance; qu'en bien des cas il dépendait d'eux, etde l'usage qu'ils feraient de leur droit , d'assurer le triomphe ou la défaite de l'un ou l'autre parti ; que la crise politique était pour eux d'un intérêt décisif et absolu ; qu'il ne s'agit pas seulement d'obtenir l'abolition ou la diminution de certaines taxes, ou d'assurer l'adoption de certaines mesures, d'un mérite plus ou moins contestable; mais qu'il s'agissait des droits les plus sacrés et les plus chers au cœur de l'homme, des droits de la conscience; qu'ils seraient grandement coupables devant Dieu et devant les hommes, s'ils négligeaient

Toccasion d'assurer a eux-mêmes, a leurs enfants, et h tous leurs concitoyens catholiques ea général, les droits et les libertés qui leur manquent encore sous le rapport religieux.

Cet appel fut entendu a Londres, a jNoliingham et en beaucoup d'autres villes ; les électeurs catholiques se réunirent; des comités furent organisés, et on arrêta en principe général que tous les catholiques voteraient ou s'abstiendraient ensemble et d'un commun accord, suivant l'exigence des circonstances, et que, dans tous les cas, ils refuseraient l'appui de leurs votes h. tout candidat qui ne s'engagerait pas, sur l'honneur, k user de toute son influence dans le parlement aux fins de faire décréter comme lois du pays les propositions suivantes : T l'Irlande sera, sous tous les rapports religieux et politiques, mise sur le pied d'une égalité complète avec l'Angleterre et rÉcosse ; 2° tous les catholiques des colonies recevront , sur les fonds publics , des secours pour leurs besoins religieux , dans une proportion égale a ceux accordés aux autres colons ; o** les catholiques habitant les workiiouse s auront la liberté d'assister au culte divin dans leur église ou chapelle toutes les fois que l'Église en impose l'obligation; 4" les prêtres catholiques seront autorisés à administrer, à des époques convenabes, les sacrements de leur Eglise aux prisonniers de leur communion.

Cette démarche des catholiques ne manqua pas de produire des résultats importants pour le bien et l'avancement de la foi. D'abord elle fit connaître leur nombre et leur force a beaucoup de protestants qui étaient k cet égard dans une ignorance presque absolue et même à

beaucoup de caiholiques qui n'étaient guère plus instruits ; puis elle unit les catholiques entre eux par de nouveaux liens et lendit à leur inspirer, même pour les matières politiques, une unité de vues, dont Tabsence, jusqu'ici, a été regrettable. Enfin elle leur fit connaître leurs amis, ceux qui sont disposés a défendre leurs libertés et leurs droits. Grand nombre de membres des communes n'ont dû fort souvent leur élection qu'aux votes des catholiques réunis aux libéraux. Ces suffrages, ils les avaient obtenus par des protestations vagues de soutenir les droits elles intéièts du peuple , de favoriser la liberté religieuse et l'égalité des droits pour toutes les sectes chrétiennes ; mais désormais, les voles des catholiques ne pourront plus s'obtenir a pareil prix ; le candidat qui voudra s'assurer leur appui , devra prendre rengagement solennel de soiilenir, d'appuyer, de proposer des mesures dont Tobjet est précis et déterminé ; de se faire en toute circonstance le défenseur et l'avocat des droits et des intérêts religieux des catholiques dans toute l'étendue de l'empire soumis au sceptre britannique. On vit aux dernières élections plus d'un candidat libéral, whig ou radical, s'empresser, pour assurer sa nomination, d'accepter les propositions des catholiques , et engager son honneur de gentleman h les faire valoir ; le membre ainsi élu, après avoir accepté ces conditions, devient nécessairement un ami zélé de la cause catholique, tandis qu'en d'aulres circonstances il se fût contenté de ne lui être point hostile.

L'importance acquise par les catholiques fut une des premières questions dont se préoccupèrent les hommes d'Etat que les élections de 1841 avaient appelés aux affaires.

Au bruit des conversions nombreuses qui s'opéraient dans les rangs inférieurs de la société ; en voyant s'orijaniser partout des confréries pieuses d'hommes et de femmes, le gouvernement voulut connaître le véritable objet de ces associations et s'assurer que cet accroissement considérable des enfants de l'Eglise romaine ne présentait aucun danger pour l'avenir de la société britannique. Une enquête secrète fut faiie par les ordres du gouvernement, et le ministère apprit que, partout , dans les manufactures et dans les champs, les catholiques formaient une société d'élite, se distinguant par son instruction, sa moralité, son amour de l'ordre. D'après les rapports des manufacturiers, les catholiques sont les ouvriers les plus laborieux et les mieux disciplinés; on les voit toujours a l'écart des meneurs qui fomentent les dissensions et cherchent le désordre. Il n'en fallut pas davantage pour que le gouvernement laissât les choses suivre leur cours, sans chercher a entraver en aucune manière l'élan général qui se manifeste pour un culte que les lois de l'État ont jadis condamné. Ainsi commence à se faire sentir, au point de vue social , l'action régénératrice du catholicisme.

L'aristocratie, elle-même, témoigne de l'affaiblissement de ses préjugés contre Rome. Ainsi , des réclamalions se sont élevées au sein du parlement pour demander l'abrogation de certaines lois qui déshonorent le code anglais, et qui n'appartiennent plus ni aux mœurs ni au siècle où nous vivons, entre autres, celle qui interdit toute communication diplomatique entre Rome et l'Angleterre. Les hommes d'État anglais sentent depuis long-

(omps les iiiconvéïiieiUs qu'entraîne pour leur pays l'absence d'un ambassadeur près du Saint-Siège.

Aravénemenl de la reine Victoria, il fallut bien, en dépit des dispositions du stalule book, que l'Angleterre entrât en relation avec la cour de Rome, lorsque la couronne de Hanovre et celle de la Grande-Bretagne se trouvèrent séparées.

L'aristocratie anglaise se plaint d'ailleurs hautement de n'avoir pas à Rome un représentant ofllciel , dans cette ville qu'elle visite si souvent, et où , plus que partout ailleurs, elle aurait besoin de ses services.

Lord Avanley, membre de la chambre haute, a déjà exprimé combien l'élat actuel des choses était impolitique. Le bruit s'est répandu un instant que sir Robert Peel songeait sérieusement a négocier un concordat avec le pape pour le gouvernement de l'Église catholique en Angleterre et en Irlande. L'on peut donc s'attendre que les relations oiïicielles, depuis si longtemps interrompues entre Londres et la capitale de la chrétienté , seront prochainement renouées. Espérons que ce rapprochement ne sera que le prélude d'une union plus désirable et plus importante.

Page 1