‹ Du mouvement religieux en AngleterreChapitre 8 sur 33 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

SOMMAIRE

De la part faite aux catholiques dans rinsiruction publique. — Les Universités.— Les collèges. — L'enseignement primaire et secondaire. — Liberté du clergé catholique et des Ordres religieux. — Tentative faite pour créer un monopole au profit de rÉglise anglicane. — Résistances au sein du parlement. — Coalition de tous les intérêts menacés. — Exercice du droit de pétition. — Les catholiques défenseurs de la liberté d'enseignement.

La question de rinsiruction publique doit trouver place dans notre cadre ; car, sur ce terrain , les catholiques anglais ont vu s'abaisser des barrières, et ils ont conquis certains droits. En Angleterre , comme partout , renseignement public est une afîaire de trop haute importance, pour qu'on n'apprenne pas avec intérêt son état actuel , ce que lui promet l'avenir. Nous allons passer en revue les trois degrés d'enseignement , en disant la part de li-

herlé faite dans chacun d'eux , au clergé et aux catholiques. Les lois anglaises sur celle matière, comparées à celles de la France, offrent un contraste qui est peu a noire avantage. S'il est beau de voir, dans un pays protestant , un gouvernement légalement constitué l'ennemi du catholicisme, pousser le respect de la liberté d'enseignement jusqu'à en laisser jouir les sujets catholiques, quel sentiment doit inspirer l'opiniâtre résistance avec laquelle le gouvernement français refuse aux catholiques l'exercice d'un droit que leur garantit la constitution ?

Tandis que les lois de l'Angleterre posent encore des restrictions a la liberté politique des catholiques , et malgré les préventions naturelles d'un gouvernement hérétique, le principe de la liberté d'enseignement est admis et pratiqué sans entraves. C'est ce qui ressort de l'ensemble des faits que nous avons recueillis.

Les universités et les collèges d'Angleterre sont des institutions tout a fait distinctes. Nécessité donc de se dépouiller tout d*abord de Tidée que réveille nalurellement chez nous l'Université constituée telle que nous l'avons en France.

L'origine des universités anglaises esl de date fort reculée. Elles furent, dans le principe , instituées pour l'enseignement de tous, sans distinction de classes. L'origine des collèges est bien différente. Ces établissements sont dus a des fondateurs qui les ont dotés de propriétés foncières, dont la possession et la transmission se font en vertu de chartes de corporation données a ces établissements. Mais les fondateurs les ont institués avec une

(leslination délerniinée, on abandonnée au choix de celui qui était appelé aies diriger. Dans ces collèges, les étudiants se préparaient a recevoir plus tard le haut enseignement des universités. Mais on vit ces derniers établissements être peu a peu abandonnés , et les collèges recevoir presque exclusivement le soin d'instruire la jeunesse. Sous Henri VHl, il fut décidé que pour être admis dans les universités , il fallait avoir d'abord été reçu dans l'un des collèges élabhs près d'elles. Or, les collèges étant des institutions privées, où une certaine classe , un certain nombre de personnes pouvaient seules être admises, les universités elles-mêmes , d'institutions publiques, devinrent des institutions privilégiées.

On vit plus tard , sous la reine Elisabeth , le grand sénéchal de l'université d'Oxford décréter qu'il faudrait, pour être admis dans les collèges, jurer les trente-neuf articles qui constituent les dogmes du culte anglican. Le bienfait de l'instruction était déjà devenu le privilège des nobles et des riches ; il devint alors celui d'une secte , et cet état de choses s'est continué jusqu'à nos jours.

Les universités ont conservé leurs professeurs titulaires, qui jouissent d'énormes revenus; mais ces messieurs , laissant aux collèges le soin de faire les cours , possèdent a peu près des sinécures. Ce sont, aujourd'hui, les collèges qui enseignent ; les universités constatent seulement la science , en faisant subir les examens et conférant les différents grades. Ces établissements sont tout a fait indépendants du gouvernement, q*ui n'exerce pas même sur eux un droit de surveillance.

L'universiié (le Londres , fondée il y a peu d'années, est élablie sur des bases plus libérales. Elle diffère de celles d'Oxford et de Cambridge , en ce qu'elle n'est pas exclusivement anglicane : elle est ouverte h toutes les croyances.

L'université fondée à Dublin , par Elisabeth , quoique basée sur les principes protestants des universités d'Oxford et de Cambridge, est cependant moins intolérante que celles-ci, car elle admet les étudiants catholiques aussi bien que les dissidents a venir recevoir Tinstruction chez elle. Mais on s'imagine aisément avec quelle répugnance des parents catholiques, en Irlande surtout, se décident u confier l'éducation de leurs enfants a des maîtres anglicans. Les catholiques peuvent, non-seulement y recevoir l'instruction , mais ils sont autorisés a habiter l'université et à y prendre des grades. Toutefois, ils ne peuvent devenir ni felioivs, ni scholars (i).

A Cambridge, les cathohques peuvent babiter les collèges et suivre les cours , mais on ne leur donne pas de grades. A Oxford , l'intolérance est absolue : les catholiques ne peuvent, ni y être instruits , ni y habiter.

Voila les trois systèmes aujourd'hui en vigueur dans les universités anglaises. Il serait difficile de donner une explicaiion satisfaisante et raisonnable de ces différences.

(t) On appelle f^ilows les propriciaires des revenu» des coliégi^ ou de certaines dolalions dont ils joaissent. Le mode et les conditions d'élection sont réglés par les fondateurs. Les scholars sont des jeunes gens auxquels les collèges font certains avantages qui leur permeUeni de parcourir tous les degrés universitaires lorsque la inédioirilé do leur fortune les en tiendrait éloignés.

On ne couiprend pas que la présence des ealliuîiques romains puisse être dangereuse k Oxford , tandis qu'elle ne Test pas a Cambridge; et comment on leur donne plus de liberté a Dublin qu'en Angleterre, lorsque, vu leur nombre et leur influence en Irlande , on devrait se méfier d'eux bien davantage qu'à Cambridge ou Oxford.

Mais en dehors des universités, confisquées par l'anglicanisme, les catholiques jotiissenl d'une entière IIberté.

Pendant longtemps, il est vrai, pendant deux siècles et demi , ils ne purent avoir, ni écoles , ni collèges sur le sol britannique; et la loi punissait comme traître k la patrie tout catholique convaincu d'avoir enseigné a un ou plusieurs enfants de sa communion les premiers éléments des belles-lettres, ou même l'alphabet. Des collèges furent établis et fondés sur le continent ; mais ceux qui allaient a l'étranger demander l'éducation religieuse qui leur était refusée dans leur pays, la loi les punissait en les frappant d'une interdiction légale , *a peu près comme sont punis les élèves de petits séminaires de France, que l'Université refuse d'admettre aux examens du baccalauréat. C'était de la tyrannie , sans doute , mais, du moins, avait-elle le mérite d'être franche , avouée , et de ne point chercher k faire illusion en se cachant sous le manteau de la liberté. Les temps changèrent; et quand le gouvernement se décida h révoquer les lois oppressives qui pesaient sur les catholiques , c'est une justice de dire que, s'il avait été cruel et extrême dans la tyrannie, il fui juste et généreux dans la liberté. En disant aux catholiques qu'ils étaient libres d'ouvrir des écoles et de fon-

(1er (les collèges, on ne songea point à fixer le nombre des élèves, ni à dcterrainer le plan des éludes, ni à imposer des règlements de discipline ; on ne leur donna point une liberté menleuse, resserrant d'une main les chaînes que de l'autre on feignait de briser, mais on accorda une liberté vraie, entière et sans entraves, du moins quant à l'instruction.

Et pourtant il semblerait tout naturel que le gouvernement, en faisant ces concessions, eût pris des précautions et exigé des garanties; il était naturel que le gouvernement nourrît des défiances contre les principes et l'esprit que les évéques et les supérieurs inspireraient à leurs élèves. Ces évéques, en effet, ne sont-ils pas nommés et choisis par le pape , sans la moindre intervention de l'Étal? N'est-ce pas du pape seul qu'ils reçoivent leur pouvoir et leur autorité? Ne lui prêtent-ils pas serment, avant leur consécration , sans prendre envers l'État aucun engagement particulier? N'est-ce pas vis-à-vis du pape , et du pape seul , qu'ils sont responsables de Texercice de leur autorité? Ne sont-ils pas les apôtres d'une religion rivale de la religion de l'État?

Malgré toutes ces raisons et bien d'autres, malgré les préjugés et les haines si profondément enracinés encore à cette époque , dans presque tous les esprits et tous les cœurs, le gouvernement eut la sagesse de montrer de la confiance dans les catholiques, et les dernières années disent assez si cette confiance a été trompée. Quel a été, et quel est le résultat de cette conduite généreuse? Les collèges catholiques n'ont pas seulement formé des prêtres, mais ils ont produit et produisent encore une foule

(l'homnies distingués, qui, dans toutes les carrières et tous les emplois publics, rendent a l'État des services dont une politique moins généreuse aurait privé la patrie.

La Grande-Bretagne compte neuf collèges exclusivement catholiques; quelques-uns, comme les petits séminaires de France , entièrement soumis aux évéques des districts où ils se trouvent, sont gouvernés par des prêtres séculiers ; les autres appartiennent a des congrégations religieuses, et sont dirigés par des bénédictins, des dominicains et des jésuites. Mais quel que soit le régime de ces collèges , qu'ils soient la propriété des vicaires apostoliques ou le domaine de quelque congrégation religieuse, l'État ni l'Université n'exercent aucune autorité dans l'intérieur de ces maisons. L'État ne demande qu'une chose, l'obéissance aux lois; et l'Université, pour conférer aux élèves les grades scientifiques ou littéraires, n'exige rien des aspirants, sinon qu'ils satisfassent aux conditions d'un examen dont le programme est publié une année a l'avance. Tout est laissé à la sagesse et à la religion des évéques ou des supérieurs ; point de visites, ni d'inspection, ni d'exaiîien des études. Les catholiques anglais n'ont pas à craindre que l'on ferme leurs établissements pour quelque vice dans le plan ou la construction des édifices , ou parce que quelqu'un des maîtres n'est pas pourvu d'un brevet de capacité ou d'un grade littéraire. Les agents du fisc ne comptent pas leurs élèves et ne font pas payer tant par tête au profit d'une institution rivale.

Quand nous disons «pie fUnivcrbité confère des grades

aux élèves, nous parlons de l'université de Londres, k laquelle les collèges catholiques ont été incorporés.

C'est depuis 1840 que ces établissements jouissent de cet avantage. Le collège de Sainte-Marie (Oscott) a été le premier a obteni»^ une charte de corporation.

L'autorit^ation accordé ai collège d'Oscott brisa le joug qui pesait sur les catlioli pies, en les obligeant, pour pouvoir obtenir des grades universitaires , à se soumettre h un enseignement protestant. Ils peuvent aujourd'hui , non-seulement recevoir l'instruction hors de l'Université , mais des prêtres catholiques sont autorisés à la leur donner. Cette première mesure prépare les esprits a voir plus tard les étudiants catholiques admis dans les universités exclusivement anglicanes d'Oxford et de Cambridge. L'autorisation donnée au collège de Sainte- Marie offre assez d'intérêt pour qu'on lise la reproduction textuelle de cette charte avec plaisir. La voici :

« Victoria , par la grâce de Dieu , reine de la Grande- Bretagne et d'Irlande, défenseur de la foi, etc., a nos fidèles et bien-aimés président, vice-président, et professeurs du collège de Sainte-Marie, a Oscott, dans le comté de Warwich , salut.

< Vu que nous avons, par nos lettres patentes, sous le grand sceau de notre royaume uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, datées de Westminster, les cinquième et vingt-sixième jours de décembre, première année de notre règne , accordé et déclaré les personnes qui y sont dénommées, former, sous le nom d'université de Londres, une corporation politique ; vu que nous y avons ordonné et voulu, entre autres choses, que toute personne fût

admise comme caiidiclal aux grades de bachelier ès-lettres , licencié, bachelier endroit, docteur en droit, etc., conférés par ladite université, sur la présentation faite au chancelier, vice-chancelier et leurs collègues, d'un certificat, attestant qu'on a achevé le cours d'éludés exigées, délivré par le coliége appelé Universily collège ou celui appelé Klncjs collège, ou par toute autre institution formant ou non une corporation , maintenant ou plus tard établie dans un but d'éducation , soit dans la métropole ou ailleurs dans notre dit royaume uni, selon que nous, nos héritiers et successeurs, sous leur seing privé, autoriseront ces institutions a délivrer de tels certificats.

€ Maintenant, sachez que nous, ayant une entière confiance en votre habileté, science et discrétion , vous autorisons par la présente a délivrer aux personnes qui peuvent désirer de devenir candidats aux grades de bachelier, etc., accordés par ladite université de Londres, les certificats attestant que les candidats ont achevé le cours d'instruction que le chancelier, \ice-chancelier et leurs collègues de ladite université de Londres , auront déterminé par règlement sur ce sujet, i

Cette mesure prouve indubitablement un immense progrès; elle n'est cependant qu'une première conquête des améliorations qui doivent nécessairement accompagner le triomphe des idées libérales sur les préjugés religieux des siècles derniers.

Le collège catholique de Saint-Cuthbert, Durham, reçut ensuite une charte semblable à celle accordée au collège de Sainte-Marie. Ses élèves sont admis à prendre leurs grades h l'université de Londres.

Ainsi qu'on vient do le voir, la reine protestante d'un pays protestant, (lit à des prêtres catholiques: « Votre science, voire habileté, voire discrétion, m'inspirent toute confiance. Vous pouvez instruire la jeunesse; » tandis qu'en France, le gouvernement catholique d'un pays catholique refuse au prêtre le droit d'enseigner î

Depuis 1840, de nombreuses tentatives ont été faites pour obtenir l'extension de ces principes de liberté.

L'Irlande s'est remuée pour obtenir que des professeurs catholiques et dissidents soient appelés à partager avec les anglicans le soin d'instruire la jeunesse à l'université de Dublin. Des pétitions ont été signées dans ce but, et le lord lieutenant a reçu plusieurs adresses, dans lesquelles on le prie d'user de son influence dans un sens favorable aux catholiques.

L'Angleterre relardera autant que possible le moment d'accorder ce privilège, dans la crainte que le contrecoup ne porte sur ses universités; mais elle ne pourra pas toujours refuser celte justice aux catholiques d'Irlande. La crainte lui arrachera, comme par le passé, ce qu'elle ne veut pas accorder de bon gré , et les catholiques d'Angleterre sauront profiter de cet encouragement.

Entre autres fails importants a enregistrer, pour montrer l'affaiblissement des passions anti-catholiques , nous devons placer la proposition faite a la chambre des communes, par M. Christie, dans la session de 1845, tendant à obtenir l'admission des jeunes gens catholiques dans les universités d'Oxford et de Cambridge. Cet honorable membre, quoique prolesiant, a flétri, comme un état de choses odieux, l'exclusion qui frappe les catholiques, eux

qui ont si puissamment contribué à la fondation et a la dotation de ces deux universités. Le serment du test, qui peut seul ouvrir les portes des coiiéges d'Oxford , a été signalé avec raison comme contraire aux principes qui ont triomphé en 1829 avec le bill d'émancipation.

Il est assez curieux que les fils du premier pair d'Angleterre ne puissent pas recevoir l'éducation universitaire d'Oxford ou Cambridge, parce qu'ils sont catholiques ; il leur faut aller chercher à l'étranger les grades que leur refusent les lois de leur pays, en attendant qu'ils prennent place dans le parlement. Comprend-on qu'il soit permis aux catholiques de siéger dans les chambres, de faire des lois conjointement avec leurs collègues protestants, mais qu'ils ne puissent étudier ni les sciences, ni les belles-lettres dans les universités! C'est la une anomalie qui ne saurait subsister longtemps encore , et nous savons de bonne source que les membres de l'université d'Oxford , qui ne sont pas dominés par des préjugés d'une autre époque , loin d'être hostiles à cette inovation, seraient disposés à l'accueillir avec d'autant plus d'empressement, qu'ils y trouveraient l'occasion de témoigner leur bon vouloir et les sentiments fraternels qui les animent pour les membres de l'Église catholique. Une majorité de 70 voix a rejelé la proposition de M. Christie. Mais 103 voix ont protesté contre la loi actuelle , et nous garantissent le succès de la prochaine tentative qui sera faite au sein du parlement. Lord John Hussell , qui a appuyé par des considérations élevées la motion de M. Christie, a reconnu que c'était une justice

due aux catholiques et aux dissidents. Ou le voit, les catholiques ne tarderont pas à reconquérir la position que la réforme leur avait fait perdre ; ils avancent a mesure que l'Église de Jésus-Christ voit rentrer dans l'unité un peuple que les prières du monde y convient depuis si longtemps.

En attendant l'heure de renverser les entraves qui gênent encore leur liberté relativement a l'instruction universitaire , les catholiques anglais jouissent de toute liberté dans l'enseignement secondaire (celui des collèges) et l'enseignement primaire. Une tentative a été faite en J845, pour leur ravir ce dernier avantage : ils y ont résisté avec succès ; voici dans quelles circonstances.

On sait que depuis vingt-cinq ans les divers ministères qui se sont succédé en Angleterre ont été préoccupés de la pensée d'établir un système national d'éducation pour les enfants pauvres, et que depuis la tentative faite par lord Brougham en 1820 , tous les projets de loi présentés dans ce but aux chambres se sont successivement brisés contre les tempêtes qu'ils avaient soulevées, en disloquant les ministères et les partis. Sir James Graham avait déjà fait une tentative malheureuse : le 27 février 1845, il présenta à la chambre des communes un nouveau bill, qui comptait Ho clauses, et qui peut être regardé comme une modification de son premier projet.

11 n'existe pas en Angleterre, comme en France, de ministère de l'instruction publique , et l'Etat n'a aucune espèce de contrôle sur l'enseignement. Les universités, les collèges , les institutions privées jouissent d*une li-

horié qui s'exerce sans entraves. Les paroisses sont censées s'occuper de rinstructioii des pauvres (il en était ainsi dans les temps catholiques); de leur coté, les sectes dissidentes ont fondé des écoles à mesure que le nombre de leurs adeptes grossissait, qu'il devenait nécessaire de travailler à l'instruction des classes ouvrières. Des sociétés se sont aussi organisées dans le but spécial de pourvoir k l'éducation des masses dans la mesure des moyens mis a leur disposition par la charité publique, et il existe aujourd'hui deux grandes associations qui se partagent en quelque sorte le soin d'établir et d'entretenir des écoles gratuites : ce sont la Société des Écoles nationales et la société des Écoles anglaise et étran- (/ère. La première est placée sous le patronage de l'église anglicane ; la seconde vient exclusivement en aide aux dissidents. Ces établissements sont défrayés h l'aide de cotisations annuelles payées par les patrons, fondateurs et membres de ces sociétés ; la somme de ces cotisations se grossit des souscriptions et quêtes produites par des meetings et des sermons de charité. L'État contribue pour la somme de 750,000 fr. par an aux dépenses de ces deux associations; cette faible indemnité forme tout le budget <le l'Angleterre pour l'instruction publique. Observons en passant que, lorsque nous disons les sectes dissidentes, nous ne parlons pas des catholiques : ainsi la société de Brilish and Foreign-Sckool, qui distribue entre les écoles dissidentes la somme qui lui est allouée par le gouvernement, n'a jamais admis les maisons catholiques d'éducation à ses largesses. 11 va sans dire que la Société des écoles nationales se montre aussi généreuse

(jue sa sœur, en sorte que les calholiques, obligés d'acquitter l'impôt elles taxes comme les autres sujets, sont abandonnés a leurs propres ressources s'ils veulent donner une éducation convenable aux enfants pauvres de leur communion. Un gouvernement qui pousse le scrupule et le respect pour la constitution jusqu'à exclure, dans certaines circonstances, les cailioliques du droit commun, devrait bien avoir la logique de les mettre bors de la loi , quand il s'agit des charges que l'Étal impose aux ciloyens. Si vous soutenez ne pouvoir proléger ce que vous croyez être l'erreur, comment pouvez-vous logiquement forcer les catholiques k entretenir avec leur argent, votre Église qui, dans leur conviction , est hérétique ?

Pour revenir au bill en question , nous dirons qu'il se proposait le double objet de régler le travail des enfants employés dans les manufactures et de pourvoir à leur éducation.

La première partie du bill a été dégagée de la seconde pour former une loi spéciale. Les partis politiques et religieux s'entendirent facilement sur la manière de fixer le travail des enfants. Mais en revanche les clauses qui réglaient l'établissement des écoles et posaient les principes sur lesquels l'inslruclion devait être donnée, ont soulevé des réclamations énergiques, et les réserves faites par plusieurs membres des communes, a la seconde lecture du bill, annonçaient des débats orageux.

Les écoles nationales dont sir James Graham proposait rétablissement devaient être ouvertes à deux classes d'enfants; les indigents (parmi lesquels ou compte les enfants

illégitimes, les orphelins, les enfants abandonnés), et les enfants que les parents y enverraient librement. Les paroisses, d'après le biîl, se diviseraient en districts, et une école serait établie dans chaque district de quinze milles de diamètre ; les districts seraient seulement de dix railles pour Londres et les environs. Des contributions: volontaires paieraient un tiers des frais de ces maisons ; pour les deux tiers restant, on lèverait un nouvel impôt d'après le système de la taxe des pauvres {poor rates) ; l'impôt frapperait indifféremment tous les habitants de la paroisse, bien qu'ils soient méthodistes, catholiques, et qu'ils aient a fournir aux besoins des pauvres leurs coreligionnaires , a entretenir leur clergé , lenrs églises ou chapelles, etc. Il semble que tous les citoyens auraient dû participer, dans une égale proportion, aux avantages olï'erts aux familles indigentes par le projet de loi ministériel; mais il n'en était rien. Sir James Graham entend les droits et la liberté des citoyens à la façon de M. le grand-maître de l'Université de France; le monopole que celui-ci maintient entre les mains de l'Université, le ministère anglais voulait l'établir au profit de l'Église anglicane. Sir James Graham réservait ses faveurs aux enfants qui viendraient s'instruire de la religion de l'État, de même que notre ministre de l'instruction publique interdit l'entrée des carrières libérales aux jeunes gens qui n'ont pas été initiés a la religion universitaire. Les écoles de sir James Graham devaient être surveillées par un comité composé de sept personnes, dont un ministre anglican, deux fabriciens et quatre autres gentlemen nommés par le magistrat du district; ce qui équivaut h dire que les

membres du comité apparliendraient tous à l'Église nationale.

Ce comiié était chargé du soin de choisir le maître d'école, qui devait être anglican. Un chapelain était donné à la maison par l'évêque anglican du diocèse, pour diriger l'instruction religieuse des enfants. Tout maître d'école était tenu d'enseigner l'Écriture sainte sur la version fixée par la loi et en usage dans les églises anglicanes. Les enfants ne pouvaient être reçus comme ouvriers, dans les manufactures, que sur la présentation d'un certificat d'assiduité dûment délivré par le maître d'école , et quoique le magisler fût autorisé a donner ces certificats aux enfants catholiques, le projet de loi s'opposait h ce que des enfants protestants fussent reçus dans une manufacture, sur la (bi d'un certificat délivré par un instituteur catholique. C'est-à-dire que, s'il plaisait à quelque ame chrétienne de se vouer à l'instruction des pauvres, il lui serait permis d'établir, a ses risques et périls, sans recevoir ni encouragement ni secours de la paroisse, une école où les protestants ne pourraient envoyer leurs enfants. Tous les livres en usage dans ces établissements devaient être anglicans et approuvés par Tautorité. De sorte qu'un enfant catholique aurait été obligé d'apprendre un abrégé d'histoire où Ton admire les sages mesures prises par Henri VIII et Elisabeth contre ces idolâtres appelés papistes, qui ont massacré des milliers de protestants et brûlé tant d'héroïques défenseurs de la vérité !

Le projet de loi de sir James Graham détruisait le privilège des deux sociétés dont nous avons parlé. Celle placée sous le patronage de l'Église se laissait facilement

(iqiouillcr, puisqu'elle devait recueillir 1 héritage (le sa rivale a mesure que l'enseignement deviendrait entre les mains de l'Église un monopole sacré; mais les sectes dissidentes ne consentirent que leur corps défendant a voir l'Église, contre laquelle elles nourrissent une haine traditionnelle, devenir la grande institutrice d'une nation dont la moitié seulement de la population reste attachée au culte officiel. Elles organisèrent une formidable ligue de résistance; et lord John Russell parut accepter le commandement en chef de l'opposition dans la lutte qui s'engagea a la chambre des communes. Lord John Russell n'avait pas oublié l'acharnement avec lequel sir James Graham et les hommes qui sont au pouvoir attaquèrent, en 1838, le projet de loi qu'il avait présenté sur celte question. Les tories combattaient alors au nom de l'Eglise nationale un bill qu'ils accusaient de panthéisme. Les rôles étaient changés ; mais les partis sont restés attachés a leurs principes ; seulement , les ^vhigs et les dissidents, au lieu d'être sur la défensive, portaient l'attaque dans le camp des tories. Lord John Russell proposa au bill de sir James Graham un amendement qui était presque un contre-projet de loi. Nous croyons devoir le reproduire, parce qu'il fait non-seulement connaître les points sur lesquels a porté la discussion , mais encore l'esprit qui avait inspiré le bill de John Russell alors qu'il était a la tête des affaires.

Voici cet amendement :

i" Toutes les fois qu'un bill concernant l'éducation autorisera une commission à percevoir des taxes pour l'établissement d'écoles, le bill devra admettre dans la

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