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commission un ccrlaiii nombre de personnes soumises a (les taxes pour cel objet;
2 Le président de la commission sera nommé par les membres qui la composeront ;
5' Les saintes Ecritures, dans la version autorisée, seront enseignées dans toutes les écoles (\\u\ la commission croira devoir établir;
A" On devra prévoir le cas où des parents catboliques romains s'opposeraient a ce que leurs enfants fussent instruits dans les saintes Ecritures par les maîtres de ces écoles;
5' Les livres d'instruction religieuse employés dans ces écoles devront être revêtus de la sanction des archevêques de Cantorbéry cl d'York, avec le concours du comité du conseil privé pour l'éducation;
G' Pour éviter les inconvénients qui pourraient résulter de l'ignorance des instituteurs en matière religieuse , les livres de religion, autres toutefois que la sainte Bible, seront expliqués par le pasteur de la paroisse, ou par une personne désignée par lui , aux enfants dont les parents appartiennent à l'Eglise établie, ou qui désireraient que leurs enfants reçussent une instruction de ce genre ;
7 ' Les enfants qui recevront l'enseignement dans ces écoles seront libres de se rendre h une école des dimanches, ou dans tout lieu destiné au culte, avec l'approbation de leurs parents;
8" Toute école se rattachant h la société des écoles nationales, a la société des écoles britannique et étrangère, toute école de dissidents prolestants, toute école catholique qui , après inspection , aura été reconnue
bien dirigée , obtiendra du conseil prive l'autorisation de délivrer des certilicals d'assiduité aux enfants pour qu'ils puissent obtenir du travail dans les manufactures;
9"" La chambre pense que le comité du conseil privé pour l'éducation devrait obtenir une allocation de fonds sulTisante pour entretenir un certain nombre d'écoles normales en Angleterre ;
iO^ Ce comité devrait aussi iJ.ouvoir allouer des gratillcations à des instituteurs bien méritants , et donner des secours aux écoles établies par souscriptions volontaires, a l'eiTet de compléter leurs moyens d'instruction.
Cet amendement est évidemment conçu dans un esprit beaucoup plus libéral que le bill ministériel. Les sectes dissidentes furent plus satisfaites de la liberté que lord Jobn Russell leur promettait; mais les catholiques ne trouvèrent pas dans ce contre-projet des garanties suffisantes pour pouvoir eii conscience lui donner leur concours. Il répondait en effet d'une manière très-peu satisfaisante aux reproches qu'ils adressaient au projet de loi du niinistre de l'intérieur.
Le ministère anglais ne se dissimula pas les dangers de la lutte qu'il engageait; mais il lui était impossible de rester les bras croisés en présence des désordres qui avaient troublé naguère les districts manufacturiers, et des sollicitations pressantes de lord Ashley en faveur des populations ouvrières dont il a révélé l'ignorance et la profonde démoralisation. Il restait seulement a savoir si le moyen proposé par le ministre de l'inlérieur, pour faire germer des idées d'ordre et de moralité dans l'esprit de ces classes abruties, était de nature a atteindre ce résultat; c'est ce
«]ui nous paraît fort problématique. L'Angleterre a fait (lassez nombreuses expériences en matière de charité officielle , de philanthropie de par la loi et l'Église nationale; elle devrait connaître l'impuissance radicale de ses inslilulions , et s'épargner de nouvelles leçons. C'est en vain que l'Angleterre a opposé ses workfioiises aux Ilots envahissants du paupérisme , et nous craignons bien que ses écotes nalioncdes ne réussissent pas davantage a dissiper l'ignorance et a arrêter les ravages de la corruption qui gangrène les classes ouvrières. Le principe sur lequel repose la première institution servirait aussi de base à la seconde : ce serait la domination de l'anglicanisme au mépris des droits de tous les citoyens professant un autre culte que celui de l'État, principe encore écrit dans la constitution britannique , mais dont le temps a fait justice et que les événements bnlient on brèche tous les jours.
Les dispositions du bill que nous avons résumé disent déjà que les catholiques no pouvaient prêter leur concours a celte mesure despotique, malgré les concessions que prétendait leur faire sir James Graham. Le ministre croyait calmer toutes les susceptibilés, en accordant aux enfants catholiques admis dans ces établissements la faculté de ne pas assister aux offices anglicans, aux instructions religieuses données par le maître d'école, dans le cas où leurs parents s'y opposeï aient. Le projet de loi ne disait pas comment les élèves catholiques, méthodistes, baptisles, presbytériens, pourraient être visités et instruits par un ministre de leur culte; mais toutes concessions a ce sujet devenaient illusoires devant les en-
Iraves qu'elles rencoatraieiU dans la pratique, et nous ne voyons pas qu'un moment de répit accordé a ces enfants pût les mettre a l'abri des dangers qui auraient menacé sans cesse leur foi dans l'atmosphère pestilentielle où ils auraient été condamnés a vivre.
Les catholiques anglais ont parfaitement compris que le projet de loi de sir James Graham allait devenir un instrument de propagande religieuse a l'aide duquel on chercherait peut-être a entraver les progrès du catholicisme, et ils l'ont combattu en s'armant des principes de liberté et d'égalité qu'ils ont conquis en 1820. Tontes les sectes dissidentes, dont les droits étaient généralement méconnus , organisèrent une opposition devant laquelle recula le ministère, le jour où la discussion s'engagea au sein du parlement.
Une véritable grêle de pétitions signala l'ouverture des débats de la chambre des communes ; c'étaient des protestations plus ou moins motivées contre le bill. Il n'est pas de pays où le peuple use plus largement du droit de pétition qu'en Angleterre; mais disons aussi a l'honneur de son gouvernement que ce droit n'est pas illusoire, et que les chambres n'y escamotent pas les pétitions avec cette habile dextérité dont les représentants de la France font trop souvent preuve. Ce qui s'est passé en Angleterre dans cette circonstance pourra servir d'exemple et de stimulant aux amis de la liberté en France; c'est pourquoi nous racontons avec détail l'agitation qu'a soulevée chez nos voisins la prétention d'y établir un monopole jusqu'alors sans précédent. Le corps seul des méthodistes présenta a la chambre de huit a dix mille pétitions,
cl à ce nombre vinrent s'ajonter celles signées par les catholiques et toutes les sectes dissidentes.
Depuis 1811, les méthodistes anglais n'avaient pas déployé une activité pareille l\ celle dont nous avons été témoins durant la session de 1845. Ils combattaient, a cette première époque , un projet de loi de lord Sidmouth qui voulait soumettrQ tous les ministres des sectes dissidentes a subir certains examens et à recevoir un diplôme pour pouvoir exercer leur ministère. C'est a l'aide du système de pétitions que les dissidents triomphèrent alors du cabinet. Les pétitions ont aidé aussi le succès du bill de réforme; c'est en invoquant leur autorité qu'O'Connell a obtenu l'émancipation de 1829.
Que les catholiques de la France essaient de ce système, qu'ils refoulent le monopole universitaire dans ses derniers retranchements h l'aide de quelques millions de signatures, et ce jour-là ils auront conquis leur liberté!
Dans la discussion qui s'éleva h la seconde lecture du bill de sir James Graham , lord Surrey présenta au nom des catholiques des considérations fort sages , quoique dans un langage trop timide peut-être , et l'Institut de la Grande-Bretagne, cette institution qui veille avec tant de vigilance aux intérêts de la cause religieuse , exprima sa reconnaissance a lord Surrey en lui votant desremercîments dans un meeting tenu le 27 mars. Nous ne reproduirons pas les paroles de lord Surrey ; l'Institut catholique les a respectueusement recueillies, et elles ont servi de cadre aux pétitions signées par les catholiques , et qui furent présentées a la chambre dès que le projet
loi
de loi y fui discute. Ces pétitions étaient uniformes ; elles avaient été adressées à toutes les paroisses par les soins de l'Institut , pour être revêtues de la signature des membres du clergé et des fidèles.
Nos frères d'Angleterre ont donné dans celte circonstance un bel exemple aux calboliques de la France ! Quand saurons-nous, comme eux, agir avec cette barmonie de sentiments et cette simultanéité qui assurent le succès de toute entreprise ? quand verrons-nous le clergé et les fidèles de toutes les paroisses de la France adresser ainsi des pétitions au parlement, faire retentir nos enceintes législatives de leurs griefs contre un monopole défendu aujourd'hui par la sotte prétention que les coups dont on le frappe portent sur le gouvernement du pays?
L'Institut avait formulé dans sa pétition les principales raisons qui mettaient les catholiques dans la nécessité de combattre le projet du gouvernement. Ainsi , le bill méconnaissait le principe de l'égalité des droits civils pour tous les citoyens, proclamée dans l'acte d'émancipation de 1829. Les pétitionnaires, tout en applaudissant au but louable que se proposait le gouvernement en cherchant les moyens de faire donner une éducation convenable aux enfants des classes pauvres , ne pouvaient voir sans alarmes un plan qui excluait les catholiques de tout contrôle sur l'éducation des enfants professant la religion catholique romaine. Les pétitionnaires protestèrent aussi contre Texclusion des catholiques de la direction des écoles , contre la prescription pour tous les enfants de faire la prière en commun et d'assister a la lecture de la Bible, contre l'usage de livres ([u\ i>ou\aicnt être bicvS-
saïUs pour leurs croyances , contre l'abandon où le projet de loi laissait les écoles catholiques existant aujourd'hui, etc., etc....
Cette pétition se terminait en demandant au gouvernement que des écoles séparées fussent établies dans les districts manufacturiers pour les enfants des ouvriers ca* Iholiques, et que ces maisons fussent admises a recevoir de l'État les mômes secours et les mômes encouragements que les écoles placées sous le patronage du clergé anglican. Ce système nous paraît être en effet le plus rationnel et le seul praticable. Nous ne savons si, a la rigueur, dans un enseignement sii|)érieur, il serait possible de traiter exclusivement de littérature et de science , en écartant la question religieuse, ou en la réservant pour des heures déterminées ; mais comment suivre celte méthode avec de jeunes enfants qui reçoivent une instruction élémentaire? Est-ce que les croyances et les pratiques de la religion ne sont pas le fond de cet enseignement, en Angleterre surtout, où la Bible est le premier livre que l'on place entre les mains de l'enfance, où la Bible est lue, exphquée , traduite , récitée comme chez nous les Fables de La Fontaine ou celles de Florian ?
L'établissement d'écoles distinctes pour chaque dénomination religieuse , placées, pour les catholiques, sous le patronage des vicaires apostoliques, et, pour les anglicans, sous celui de leurs évoques, tel est, a notre avis, le seul moyen de satisfaire à toutes les exigences , de calmer toutes les susceptibihtés. Mais un pareil projet ne peut être proposé ni par sir James Graham, ni par aucun des hommes aujourd'hui a lu tôte du gouverne-
ment. Les tories ne peuvent pas être plus libéraux que les ^vlligs et faire aux dissidents, en 1845, des concessions plus larges que celles qu'ils ont combattues et repoussées il y a cinq années a peine.
L'opposition religieuse, organisée par h défense delà liberté d'enseignement , obtint tout d'abord un premier succès. Sir James Graham lit un pas en arrière ; le champion du monopole demanda a la chambre des corn* munes un ajournement. C'était la seconde fois que M. le ministre faisait défaut à l'appel au moment où allait s'engager la bataille. Son bill devait être porté le 4 avril en comité ; mais la discussion fut renvoyée au 22 mai , sur la proposition de sir James Graham, alin que le gouvernement eût le temps de modifier certaines dispositions du bill. Le projet de loi fut donc revu et corrigé. En demandant le renvoi , le ministre répondit a quelques objections des amis de la liberté , et il essaya de les rassurer, en annonçant une refonte du projet qui avait déjà subi une première modiOcation. L'opposition craignit cependant que cette tactique ministérielle ne couvrît un piège, et elle n'en prépara pas avec moins d'activité ses moyens de résistance.
Nous avons parlé des pétitions présentées a la chambre des communes, mais nous n'avons donné au lecteur qu'une idée imparfaite de leur nombre et de leur importance.
11 n'est peut-être pas de membres des communes a qui des pétitions n'aient été adressées; whigs, tories, radicaux et chartistes, tous les membres arrivèrent aux séances de la chambre , les 29 avril et 1*^' mai , chargés
des protestations des ennemis du monopole. Quand nous disons charges, nous n'usons pas d'une figure, car la grande majorité des représentants du pays ont été dans la nécessité de se rendre aux séances en faisant voiturer les pétitions qui entraient a la chambre sous leurs auspices.
€ Nous n'avon^ jamais assisté , disait un journal de Londres , a un spectacle semblable a celui dont nous avons été témoins le 29 avril. Le vestibule de la chambre élait encombré de ballots de pétitions attendant les représentants des villes et comtés d'où elles avaient été expédiées, tandis que d'autres membres arrivaient accompagnés de porteurs qui charriaient, dans l'enceinte législative les pétitions que leurs commettants leur avaient adressées directement. A mesure que le président faisait Tappel des noms, les membres se levaient, annonçant qu'ils avaient 20, 50, 100 pétitions a présenter contre le projet de loi qui voudrait établir le monopole de l'enseignement. »
M. Aldam présenta à la chambre une pétition de la ville de Leeds , revêtue de 22,000 signatures. Lord AVorsley avait reçu 569 pétitions signées par 152,000 personnes. M. Ewart en a présenté une des catholiques de Liverpool qui portait 25,000 noms, 500 pétitions avaient été confiées a M. Ha\ves. Les pétitions présentées dans la séance du 29 avril comptaient plus d'un million cinq cent mille signatures. Ce spectacle se renouvela dans la séance du 1" mai , où cinq mille pétitions, couvertes ensemble de deux millions de signaturcs, ont été présentées a la chambre. Un des incidente?
les plus divcrlissanls de cette séance fut de voir la triste figure de MM. Plumlre et 11. Inglis, quand ils durent déposer sur le bureau de la chambre les pétitions qu'ils avaient reçues contre un projet de loi qu'ils défendaient aussi énergiquement que le ministre dont il émanait. M. Plumtre n'avait pas moins de 89 pétitions a déposer, et sir R. Inglis s'est dédommagé de la violence qu'il s'était faite, en présentant une pétition du clergé anglican deRipon, pour supplier la chambre de ne pas laisser modifier les clauses du bill ministériel. Un journal anglais observait , en rendant compte de la séance , que les membres de la chambre, du côté où siège l'opposition, étaient à la lettre enterrés au milieu des pétitions.
Sir Jajnes Grahara recula devant l'autorité de ces protestations, qui vinrent renverser les fondements sur lesquels il se disposait a établir son monopole. Le jour où la France voudra user des moyens que la constitution lui fournit pour faire redresser ses griefs, elle apprendra qu'il n'est pas de monopole si solidement établi qui puisse résister aux vœux de plusieurs millions de citoyens.
Un incident soulevé a la chambre des communes, dans la séance du 1*^' mai , a montré le respect des représentants de l'Angleterre pour le droit de pétition. Quelques membres qui commençaient a se lasser se permirent de murmurer, lorsque le colonel Sibthorp crut devoir donner quelques explications touchant une pétition qu'il était charge de présenter. Le colonel , usant du droit accordé par les règlements de la chambre , s'est vengé de ces murmures en condamnant les impatients a subir la
lecture eiuière de la pétition, et la pétition a été lue.
Nous nous bornons, on le voit, à enregistrer des faits. L'espace que nous avons déjà consacré a l'examen de la question qui agita si prolondémenl l'Angleterre, en 1845, ne nous permet pas de nous étendre davantage. Ajoutons, cependant, que lord Surrey formula au nom des catholiques un amendement très-développé qui nous parut satisfaire aux exigences de notre foi. Les vicaires apostolifjues signèrent en commun une protestation contre le projet ministériel.
Aux nombreuses objections soulevées contre ce biil examiné au point de vue religieux , vint s'en joindre une autre qui exerça une grande inlluence parmi les dissidents. Nous avons déjà dit que les deux tiers des fonds nécessaires pour l'établissement et l'instruction des écoles seraient prélevés par une nouvelle taxe. Le peuple d'Angleterre vit là une manière détournée de le frapper d'un autre impôt, et comme il trouve Vincome' tax , les poor-rates , et les autres taxes assez lourdes dans les circonstances fort peu prospères où sont les affaires, il se détermina a résister à toutes les tentatives faites pour augmenter le poids des charges qui pèsent surlui.
En présence de ces démonstrations, la tentative de sir James Graham se trouva aussi infructueuse que celles de ses prédécesseurs depuis 4820. D'ajournements en ajournements , le ministre recula devant les protestations des catholiques et des dissidents de toutes les sectes. Des modifications avaient successivement été introduites dans le projet primitif pour satisfaire aux
justes réclaïnations dos masses; mais aucune de ces concessions n'était de nature a calmer les inquiétudes et les craintes qu'inspirait un projet de loi qui allait livrer h l'Église anglicane l'éducation de la classe ouvrière. Le 5 mai, 13,000 pétitions comptant 2,015,607 signatures avaient été présentées a la chambre des communes contre le projet dans sa forme primitive. Un nombre tout aussi considérable allait bientôt être envoyé aux représentants du pays contre le bill , tel que sir James Graham l'avait amendé. C'est devant ces faits que le ministre déclara à la tribune :
« L'opposition contre ce projet de loi était si grande dans le pays, que je crus nécessaire d'en modifier les dispositions, dans l'espoir que ces changements feraient évanouir toutes les objections. Mais je dois déclarer que j'ai été entièrement désappointé dans mes espérances, La résistance étant aussi forte que jamais, le gouvernement a pensé qu'il était de son devoir de ne pas insister davantage et de retirer le bill. »
Ces paroles devaient être reproduites pour montrer qu'en Angleterre on ne se joue pas de l'opinion publique, comme certains minisires croient pouvoir le faire en France. Rien cependant n'était plus facile a sir James Graham que d'imposer a l'Angleterre le projet de loi en question. On sait que le ministère disposait à celte époque dans le parlement d'une m.ijorité déplus décent voix; mais le pays avait protesté ; il avait énergiquement exprimé les molifs de sa résistance dans les pétitions adressées aux chambres. Ces manifestations d'une parlie notable de la population furent prises en considération par le gouverne-
ment; il leur fut fait justice. Cet exemple ne devrait pas être perdu pour la France.
Le jour où les catholiques voudront sérieusement la liberté d'enseignement, le monopole universilaire, sous un gouvernement consiitutionnel , ne saura résister aux vœux de la grande majorité de la nation. Quel que soit le mauvais vouloir du gouvernement ou d'un ministère, les catholiques sont assurés de la victoire, car la constitution du pays est pour eux , et un ministre ne la violerait pas impunément. Mais il faut que les catholiques, a l'exemple des Anglais , sachent apprendre aux hommes qui nous gouvernent qu'ils ont une volonté et qu'ils sont déterminés h poursuivre la conquête de leurs droits. Les dissidents anglais ne se sont laissés séduire ni par les promesses de sir James Graham , ni par les concessions trompeuses que leur faisait ce ministre. Leur persévérance et leur fermeté ont triomphé; leur liberté a été mise a l'abri de toute atteinte.
Sir James Graliam paraît entendre la liberté et les droits des citoyens a la façon de M. le grand-maître de l'Université de France; mais ce rapprochement, juste en tant que les deux ministres se sont faits les champions du monopole, manque d'exactitude , si nous nous demandons au profil de qui ils veulent le conserver ou l'établir. En France , le ministre de rinslruclion publique revendique au nom de l'État le droit d'instruire, d'élever la jeunesse, de la façonner selon son bon plaisir et son caprice; en Angleterre, au contraire, c'est au profit de l'Eglise établie que sir James Graham voulait confisquer l'éducation de la génération naissante. Son projet de loi proclamait l'Église
rinsliUilricc légilimc de la nation ; il rendait en cela hommage a la religion , dont il faisait la base de toute éducation morale. Le bill du ministre anglais renfermait sons cerapt)on une haute leçon dont nous invitons le grandmailrc de l'Université de France à profiter. Sir James (Iraham , malgré les conséquences absurdes auxquelles il arrivait dans son projet, reconnaissait implicitement ce principe : que si l'Éiat peut exiger certaines garanties d'un instituteur, s'il peut, par des inspections, s'assurer de la manière dont les maîtres de la jeunesse remplissent les devoirs de leur charge, la aussi s'arrêtent les limites de son droit et qu'il ne saurait les franchir sans faire violence à la liberté que tout citoyen anglais tient de la constitution de son pays.
Ainsi donc, tout en approuvant la conduite des catholiques d'oulre-Manche, qui ont repoussé le bill présenté aux chambres, nous devons applaudir aux sentiments religieux du gouvernement anglais. Ce n'est pas d'ailleurs la première fois que les ministres prolestants d'Angleterre donnent à certains gouverneaients catholiques des exemples dont ceux-ci devraient bien imiter la moralité.
11 était fâcheux qu'un projet de loi empreint au fond d'une pensée si éminemment religieuse , portât en même temps atteinte à la liberté de conscience ; aussi les catholiques anglais repoussèrent le bill de sir James Graham, non parce qu'd leur était seulement hostile, mais parce qu'il cherchait à établir un moiiopole dans l'intérêt d'une église hérétique , et qu'ils redoutent le monopole, quelle que soit d'ailleurs la forme sous laquelle on le déguise , quel que soit le parti politique ou religieux au profil du-
quel on (Icsiro rcxploiler. Ainsi les callioliijiios finuçnis combatlenl le monopole universitaire au nom de la liberté et de l'égalité que revendiquent les catholiques d'Angleterre, au nom des principes que l'active intelligence des catholiques belges a su faire triompher !
En vain sir James Graham chercha-t-il a méconnaître l'existence légale ^Jes catholiques , ceux-ci ne se laissèrent pas frapper sans se faire entendre , et leur résistance prouva qu'ils ne sont pas une pure fiction. 11 est tel district rural de l'Angleterre où les fermiers catholiques paient en impositions et taxes de l'Église ou de l'État une somme supérieure à celle payée par les fermiers protestants du même district. Or, comment ces bons catholiques auraient-ils supporté la majeure partie des frais pour la construction d'une école, l'entretien d'un maître, les émoluments d'un chapelain, quand, en retour de ces sacrifices, ils ne pourraient faire élever leurs enfants dans ces établissements sans les exposer a y perdre la foi ? Ce que nous disons des catholiques s'applique également aux sectes dissidentes ; celles-ci comptent dans presque toutes les villes des adeptes plus nombreux que l'I^lglise établie. A South Lancaster, par exemple, on trouve en ce moment cinq écoles du dimanche appartenant aux anglicans et instruisant 5,100 enfants, tandis que les dissidents y possèdent vingt-trois établissements de ce genre, où sont reçus 7,025 élèves. Les catholiques ont dans la même ville trois de ces écoles fréquentées par 585 enfants. Dans le Lancashire, sur 05 manufactures, oG appartiennent a des propriétaires anglicans , et 27 à des fabricants professant divers autres cultes. Bref, sur une
population de 14,000,000 d habitants que compleut l'Angleterre et le pays de Galles , les dissidents figurent pour 5,000,000 au moins , et les catholiques pour 2,000,000. Or, en s'appuyant sur l'autorité de ces chiffres, on conviendra que M. Hawes , membre de la chambre des communes , ait pu manifester l'intention de s'opposer au projet de loi ministériel , parce qu'il ne voulait pas que l'éducation du peuple fût abandonnée à la merci de l'Eglise anglicane. M. Hume fut plus sévère encore, quand il s'écria que l'Eglise n'était à ses yeux que la secte dominante et qu'il tremblait de voir passer l'éducation de la nation aux mains d'un clergé qui s'est jusqu'à ce jour beaucoup plus occupé de livres sterlmgsj de shellings et de pences que des âmes dont il a la charge.
M. Hindiey combattit trente clauses du bill ministériel contre lesquelles il protesta au nom des sectes dissidentes , et M. Ewart s'éleva avec raison contre l'usage de faire de la sainte Bible un livre d'école, de placer les pages sacrées entre les mains des enfants , comme on leur donne un rudiment de grammaire ou de géographie.
Nous devons faire ressortir une des circonstances de la lutte entre le ministère anglais et la population qui ne professe pas le culte national : c'est que partout le clergé donna le signal de la résistance ; l'opposition s'organisa sous sa direction. C'est sur l'invitation de leurs ministres que les sectes dissidentes se soulevèrent contre les prétentions du gouvernement. Nous avons vu les ministres , les hommes revêtus d'un caractère religieux , chargés de veiller au salut des âmes, convoquer des réunions, préparer le peuple k la lutte, signer les pre-
niiers les péiiiions contre le projet liberticide désir James ï Graliam,
Les prêtres catholiques ne furent ni moins actifs ni moins ardents : les vicaires apostoliques leur en donnèrent rexemple.Nous avons déjà parlé de la proleslalion signée par les évêques d'Angleterre, et nous ajouterons que Mgr Wiseraan, consulté en particulier parle ministre, lui remit un mémoire dans lequel étaient exposées les raisons qui faisaient un devoir aux catholiques de s'opposer k ce qu'on leur ra^'ît la liberté d'enseignement.
Il est aussi en France des ministres qui consultent les évêques : l'expérience nous a appris le casque l'on faisait de leurs opinions et de leurs conseils. En France, les liommes du gouvernement ont cependant la prétention d'être catholiques, tandis qu'en Angleterre les ministres sont protestants, et la constitution ne leur permet pas de reconnaître l'autorité épiscopale de nos prélats! En Angleterre, les membres de la communion catholique sont à peine au nombre de deux millions. Si dans cet état de minorité, nos frères savent cependant , par la loyauté de leur conduite , la justice de leurs réclamations , la fermeté de leur attitude , forcer le gouvernement à compter avec eux, que ne pourraient pas les catholiques de France , les hommes sincèrement religieux , eux qui sont en si grande majorité dans toutes les provinces de notre belle patrie ?
Dans le débat soulevé en Angleterre en 1843, de quoi s'agissait-il? Non pas d'empêcher, comme cela se pratique en France , les catholiques et les autres dissidents de créer h leur gré des écoles pour y recueillir leurs propres
enfants, mais seulement de confier à l'Église établie ceux d'entre les enfants pauvres qui ne seraient pas autrement pourvus (1). La question ainsi posée courrait grand ris(iuc de ne pas exciter chez nous un bien vif intérêt. L'on peut en juger par la coupable apathie des catholiques dans la lutte contre l'Universilo.
(I) Nous enipriinions ceUe dernière considération à la brochure publiée par le comte de Monlalemberl : Du devoir des catholiques dans la question de la liberlc d'ptiseigupment.