PATHOGÉNIE
Ignoré pendant des siecles physiologiquement, le corps thyroïde voyait sa pathologie rattachée au système nerveux dont il formait une des parties. Déterminées peu à peu successivement par la clinique, la physiologie expérimentale, la chirurgieetla thérapeutique, ses fonctions ontélevé « cet organe, qui normalement pèse 29 grammes à peine, et qui pendant longtemps ne semblait même pas remplir le rôle d’une utilité, à la dignité de premier rôle dans le grand drame des transformations et des évolutions de la matière vivante » (Thabierge).
C'est le myxœdème qui a provoqué de si profonds changements dans les connaissancesrelatives au corps thyroïde, c'est la lésion de ce dernier qui produit les accidents myœdémateux.
La physiologie de la glande est donc nécessaire à connaître pour comprendre la pathogénie de la maladie, et si dans celle-ci bien des faits sont encore inexpliqués, c'est que la connaissance des fonctions thyroïdiennes n'est pas encore parfaite.
Hippocrate, Aristote, Galien counaissaient le type qu'offre la glande hypertrophiée dans le goitre, mais
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aucun d'eux, ni de leurs successeurs, jusqu'à notre siècle, n’a éclairet le rôle de cet organe, aucun n’a deviné son importance pour l'organisme animal et humain.
Ge n’est qu’au milieu de notre siècle que les essais entrepris par Sc/aff (1859) sur les animaux, montrérent que l’extirpation de la glande thyroïde amenait régulièrement la mort prompte des animaux opérés.
Lorsque, après l'introduction de l’antisepsie, les chirurgiens tentèrent de supprimer le goitre par lextirpation totale de la glande thyroïde‘, on vit apparaître, quelque temps après l’opération, une cachexie particulière que Kocher nomma cacheæia slumipriva. Ces opérations avec leurs conséquences et les essais de physiologie expérimentale firent naître les théories les plus variées sur les fonctions de la glande thyroïde, mais établirent en même temps ce fait, que la glande possède une fonction spécifique dont la suppression amène un trouble grave dans l'organisme.
Ces travaux de physiologie expérimentale commencérent avec /lorsley, qui montra que le singe thyroïdectomisé présentait du refroidissement périphérique, de lapathie, de la torpeur et des parésies généralisées.
Puis Segas, Scluff, Albertoni et Tizzoni, Carle, etc., constatent que le chien succombe avec des phénomènes convulsifs après la thyroïdectomie.
Le rôle véritablement initiateur de la physiologie expérimentale commence à paraître avec les expériences de Scluff, montrant qu'un animal privé de son. corps thyroïde entier peut subsister sans présenter d’accidents
1 Reverdin, 1882,
TROP pathologiques, à la condition qu’on lui crée une glande accessoire par une greffe péritonéale. Ces expériences, confirmées par les travaux de Colzi, Sanquirico et Canalis, Wagner, deviennent le point de départ du traitement thyroïdien.
Puis les greffes thyroïdiennes ne donnant pas de résultat permanent, Pisento, Vassule, Gley essaient les injections de suc thyroïdien avec plein succès contre les acci dents myxœdémateux.
Dès lors se dégage ce principe, que le corps thyroïde exerce une profonde action sur l'organisme, et que la suppression de cette action est la cause de la production du myxœdème, Cest en 1895 que Æocher ! le premier émet cette théorie. Dans le système nerveux central et dans les autres organes, des matières nocives, poisons de l'organisme, sont retenus, qui exercent une influence analogue à celle d’un poison sur le système nerveux. C’est pour les neutraliser et les rendre inoffensives que la glande thyroïde sécrète. Si elle est gênée dans sa sécrétion, apparaissent dans lindividu les effets de ce poison, qui ne sont autre chose que les accidents du myxædème.
Par quel mécanisme le corps thyroïde agit-il sur l’économie ?
Dépourvu de conduit excréteur, il doit forc ment agir sur le sang, soit en lui soustrayant quelque principe toxique des échanges organiques pour lui faire subir une transformation chimique, suivant l’hypothèse de Colzi, Ragowitsch,Jano et Zanda, et le changer en un composé
! Kocher, Corresp. für Schveizer Aertzte.
APE MES dépourvu de toute action nocive, soit en préparant suivant l’ancienne hypothèse de Sciff une substance nécessaire à la nutrition générale et, en particulier, à la nutrition des centres nerveux.
Les recherches chimiques sur la composition de la glande thyroïde ont permis d’aller plus loin dans la connaissance de ses fonctions et la pathogénie du myxœdème.
Notkinef a extrait du corps thyroïde une substance albumineuse qu'il appelle #yroprotéide. Gette substance a êté injectée à des animaux ayant subi la thyroïdectomie et à d’autres possédant encore intacte leur fonction thyroïdienne. Ghez tous, cette injection a déterminé la mort avec des phénomènes convulsifs. Voici ce que l’expérimentateur conclut de ces résultats. Le produit injecté n’est pas du suc thyroïdien, mais un déchet des substances organiques, un véritable poison, qui, la glande étant en fonctionnement normal, aurait été détruit par le produit de la sécrétion thyroïdienne, laquelle contiendrait un ferment spécial. Le rôle glandulaire consisterait donc à épurer l’organisme de la thyroprotéide contenue dans le sang, à emmagasiner cette substance dans les alvéoles de la glande, à l’y neutraliser, et à la verser ensuite de nouveau dans le torrent circulatoire,
Baumann, de son côté, a extrait du corps thyroïde une combinaison iodée organique qu’il appela {hyroïodine, puis todothyrine. Cette thyroïodine serait la substance active de la glande, combinée dans cet organe avec une substance albuminoïde d’une façon intime. Si cet extrait n’est pas la seule substance active du corps thyroïde, il
! Notkine, Semaine médicale, 1895.
NOR faut, tout au moins, lui accorder un rôle primordial, puisque, ingérée, elle supprime assez bien les phénomènes myxœdémateux.
Quelle est l’action de cette substance ?
Roos, Glaszinshi et Lemberger, Bartell, Vorit, ont montré qu’elle augmente la diurèse, l’excrétion d'azote, de chlorures et d’acide phosphorique.
Elle modifie les échanges organiques, comme le montre son action chez les sujets myxoædémateux.
De plus, la toxicité des urines, du sérum, des muscles des animaux thyroïdectomisés! serait combattue par la thyroïodine sécrétée par la glande thyroïde.
Ilen serait de même pour les poisons qui agissent sur les centres nerveux et produisent les symptômes cérébraux du myxœdème.
Tous ces faits et toutes ces recherches prouvent donc d’une façon incontestable que le myxœdème à pour cause primordiale une lésion du corps thyroïde ou une agénésie olandulaire, en un mot la suppression du fonctionnement de cette glande. Mars quelle est la cause de la suppression de la sécrétion thyroïdienne ?
On admet généralement l'existence d’une thyroïdite amenant l’atrophie, mais l’on n’est plus d'accord quand il: s’agit de déterminer l’étiologie de cette thyroïdite. Ordinairement, en effet, la cause est éloignée, et les accidents myxædémateux n'apparaissent que lorsque la glande est complètement atrophiée et que les réserves sécrétées antérieurement ont été toutes dépensées.
Bourneville fait jouer un grand rôle à l’hérédité alcoo-
! Gley, Revue générale des sciences, 1898,
FH oste lique et tuberculeuse. Mais la causeest si banale dans la classe ouvrière qu’il n’y a pas lieu de s’y arrêter.
Dans quelques cas, on pourrait incriminer les maladies infectieuses de l’enfance, la rougeole, la coqueluche, la scarlatine ; mais, outre que ces maladies frappent presque tous les enfants, les cas invoqués présentent tous un intervalle de temps trop considérable entre la maladie infectieuse et Le développement des accidents myxoœdémateux.
Une troisième hypothèse à été émise par Briquet, d'Armentièrest. La voici: Par suite d’une malformation congénitale, certains sujets naissent avec un corps thyroïde trop petit, insuffisant d'emblée, et ils présentent la forme du myxœdème congénital.
D’autres naissent avec un corps thyroïde suffisant d’abord, insuffisant plus tard, quand les besoins de l’organisme en thyroïdine augmentent, et ils présentent la forme du myxæœdème congénital spontané.
Alors, dans cette hypothèse, s’explique facilement ce fait du nombre beaucoup plus grand des myxœdèmes dans le sexe féminin que dans le masculin, la vie génitale de la femme employant une grande partie de thyroïdine.
Chez le nouveau-né, au contraire, où la glande est peu utile au début, les accidents n'apparaissent que plus tard.
Challand de Belval*? attribue cette absence d'accidents au début de la vie du nouveau-né à ce que l’enfant n’absorbant que du lait, ne fabrique pas de toxine et rend inutile la sécrétion thyroïdienne.
! Briquet, Presse médicale, 1899.
? Challand de Belval, Congrès de gynécologie et de pédiatrie de Marseille, 1898,
Hope
Cette hypothèse d’une malformation congénitale expliquerait mieux qu'une thyroïdite infectieuse les cas où, dans la même famille, il y aurait plusieurs sujets atteints d'affection d'origine thyroïdienne.
Une quatrième hypothèse, moins plausible que la précédente, à encore été émise. Dans cette dernière, le corps thyroïde manquerait ou serait insuffisant à la naissance, mais les accidents ne se produiraient qu’au moment où les organes susceptibles de le suppléer disparaîtraient ou deviendraient eux-mêmes insuffisants. Gette hypothèse a été échafaudée sur cette constalation d’autopsie, que souvent le thymus et la glande pinéale étaient hypertrophiés.
Nous ne signalerons qu’a titre de renseignement l'hypothèse de Menke'. D’après cet auteur, le myxœdèmie ne serait pas dû à des lésions thyroïdiennes, mais à des lésions vasculaires eten particulier à la dégénérescence des capillaires, à l’artérite et à l'athérome. Nous ne croyons pas que cette hypothèse puisse s’admettre, car non seulement les lésions signalées sont rares chezles enfants, mais l’origine thyroïdienne du myxœædème nous paraît un faitacquis, contre lequel on ne saurait aller.
{ Menke, Méd,. moderne, 1898.