‹ Du Myxome Diffus du Tissu Cellulaire des MembresChapitre 12 sur 29 · CA · texte numérisé non relu

CA

phénique, la plaie présente un vaste lambeau circulaire avec une large échancrure. Elle a une forme légèrement conique, aboutissant au tond de la cavité cotyloïde. On fait des lavages avec l’eau phéniquée additionnée de la moitié d'eau de Pagliari.

On place un gros drain aboutissant dans le fond de la cavité cotyloïde, et dont les extrémités viennent sortir par la partie verticale de la plaie. Un second drain, plus petit, est placé au milieu du moignon, une de ses extrémités sort vers l'angle interne, l'autre à l'aboutissant des incisions obliques et verticales. On fait, en outre, des points de suture réunissant les lambeaux, mais en ayant soin de laisser un espace non réuni à l'angle interne et à l'angle externe. Ce dernier forme une ouverture béante d'environ cinq centimètres carrés.

On ne fait pas de pansement, mais le malade porté dans son lit, on pose le moignon sur un linge phéniqué et on le recouvre de mème.

Les fils à ligature sout fixés sur le haut du moignon avec une baadelette de diachylon. Des pulvérisations d'acide phénique seront faites toutes les heures. Potion cordiale à 4 heures du soir. Le malade n'a pas pu se réchauffer. Soif intense; il a vomi tout ce qu’il a essayé de boire. Toutefois, l'état général et le moral sont bous. Le malade n’a pas eu envie d'uriner. On le sonde, et on ne peut pas obtenir d'urine. T. ax, 3903.

25 novembre. — T.R. 40° 4. Les vomissements ont persisté. La soif est toujours très vive. L'opéré n’a pas uriné et n’en a pas éprouvé le besoin. Il a assez bien dormi.

Localement, rien de saillant à noter. Pas d'hémorrhagie. Gonflement très modéré. Pas de pansement, Puilvérisations faites alternativement avec de l'eau phéniquée et de l'alcool vulnéraire.

Soir, à 4 heures: La température dépasse 40°. Le pouls est à peine perceptible : on compte environ 140 pulsations ; c'est à peine si les bruits du cœur peuvent s'entendre. Néanmoins, le malade ne se trouve pas mal, son moral est excellent. IL a moins vomi qu'hier, et a pu émettre une certaine quantité d'urine claire, nullement colorée en noir. La pâleur est toujours considérable, et l'œil brillant.

7 heures: Le malade meurt doucement, sans secousse aucune, l'agonie ne dure pas cinq minutes.

26 novembre.— L'examen des rapports anatomiques da la tumeur a permis de constater les lésions suivantes: Les muscles antérieurs sont absolument indépendants de la masse morbide, il en est de mème de la partie antérieure de l'os. La sensation perçue en ces points doit ètre attribuée au groupement de ces muscles, qui étaient

comme comprimés par la masse néoplasique, qui faisait saillie sur les deux parties latérales de la cuisse. Quant aux autres muscles, c'est au milieu d'eux que s’est développée la tumeur; sur la ligne médiane, en arrière, ils sont écartés les uns des autres et divisés en ua groupe interne et un externe ; à la partie inférieure, leur portion effilée et tendineuse est indépendante de la tumeur, mais, en remontant vers la partie la plus volumineuse de leur masse, on trouve que cette portion est étalée sur la masse, amincie beaucoup et considérablement élargie.

D'autres muscles (droit interne et demi-tendineux)se sont creusés un sillon entre les lobes, et ne sont nullement déformés. L'adhérence de ces muscles au néoplasme n'est pas complète: ce n'est qu'à leur partie supérieure qu'il est excessivement difficile de les détacher, et l'on y parvient qu'en déchirant soit le muscle, soit la tumeur.Celle-ci est en effet intimément adhérente à la gaine celluleuse, et dissocie même en certains points les faisceaux musculaires.

Quant à la gaine des vaisseaux, elle ne présente rien à noter ; elle parait indépendante, bien que pendant l'opération elle ait paru être déjà le siège d’une infiltration néoplasique.

La tumeur est incisée dans toute sa hauteur, d'arrière en avant. On constate par ce moyen qu'elle est implantée, dans la partie supérieure de la cuisse, dans uu interstice celluleux, juste en arrière de la partie postérieure du vaste interne. La consistance sous le couteau est inégale : molle et presque liquide dans la plus grande partie, elle est formée de lobes dont les cloisonnements sont composés de partie plus dures.

Après l'incision, il y a des poches dont les parties molles, muqueuses se vident, et, en certains points, on a affaire à une apparence kystique. Au milieu de cette gelée tremblotante, on trouve, en certains points, des hémorrhagies en foyers plus ou moins étendus. Ces foyers, toutefois, sont peu nombreux et paraissent être très récents, dus probablement aux malaxations dont la tumeur a été l'objet pendant l'opération. À la partie inférieure, on trouve, à la coupe, des portions dures, irrégulières, sous forme de traïnées, de deux à trois centimètres de longueur sur un ou deux de largeur. Ces calcifications ou ossifications (on ne sait, car l’examen histologique de ces parties n'a pas été fait), sont, en plusieurs points, développées au milieu de petites masses de cartilage hyalin très net. A la partie supérieure, la tumeur s'infiltre au milieu de faisceaux musculaires. Ceux-ci sont pâles, décolorés et leur coloration se confond avec la couleur rosée de la gelés myxomateuse.

Enfin, à l'examen histologique, fait à la hâte, pour les besoins de la clinique, sur des points mous, durcis imparfaitement dans l'alcool

et colorés par le picro-carmin, on constate des points de myxome à peu près pur ; sur d'autres points, il existe des parties très nettement et très classiquement sarcomateuses.

28 novembre. — Autopsie générale. Emphysème très notable du moignon, des bourses et de la verge.

Les bourses ont le volume de deux poings environ. Piquées avec une épingle, elles laissent échapper un jet de gaz qui brûle avec une flamme bleue. Le moignon est aussi bien plus gonflé qu'il ne l'était trois heures avant la mort.

À ce moment il ne présentait ni gonflement, ni crépitation gazeuse ni coloration.

Actuellement on constate vers les sutures de la partie interne particulièrement, une large plaque gangréneuse, de couleur gris verdàtre. Une autre se voit à la partie externe ; ces plaques ont dù se produire tout à fait dans les derniers moments de la vie, car elles ne présentent pas la couleur et l’aspect des plaques de gangrène gazeuse déjà vieille. Elles sont mal limitées, leur coloration est encore peu intense. Odeur gangreneuse caractéristique. Les fils à suture enlevés, on examine la plaie. Elle est entièrement recouverte d'une sanie épaisse, rougeûtre assez abondante. On n’y trouve pas de véritable pus.

ORSERVATION V

Myxome de la face interne du bras droit. — Ablations, récidives. — Trente-six opérations. — Désarticulation du membre. — Petites masses myxomateuses dans le moignon deltoïdien et dans le grand dorsal. — Mort près de trois ans après la désarticxlation de l’épaule, très probablement par généralisation viscérale. (Observation due à l’obligeance de M. le docteur Poncer,)

Le malade qui fait le sujet de cette observation a été vu et opéré un grand nombre de fois ; unespremière fois par M. Gailleton, puis par MM. Ollier et Poncet ; il a fait divers séjours soit à l'Hôtel- Dieu, soit à l'hôpital de la Croix-Rousse.

Claude Cottet, né à Longié (Rhône), demeurant à Collonges, près Lyon, où il axerce la profession de cultivateur.

ES

Lorsqu'il se présente pour la première fois à l'Hôtel-Dieu dans le courant de l’année 1878, il est âgé de 61 ans.

Homme très fort, très vigoureux, d'une taille bien au-dassus de la moyenne.

Bonne santé antérieure. Pas d'antécédents pathologiques héréditaires ou personnels.

I y a six mois,il vit se développer à la face interne du bras droit, une petite tumeur qui tout en étant indolente, grossit peu à peu, et acquit en six mois le volume d’un œuf, M. Gaiïlleton en pratiqua alors l’ablation. L'opération fut des plus simples, elle eut lieu sans anesthésie. Au bout d'un mois, apparition d'une nouvelle tumeur, nouveile ablation par M. Ollier ; récidive peu de temps après, autre ablation par ce chirurgien.

Lorsque M. Poncet vit le malade pour la première fois, au mois d'août 1878, il sentait plusieurs petites tumeurs indolentes, situées à la partie moyenne du bras, au-dessous du bord interne du biceps, le long de la gaine vasculo-nerveuse. Le ‘malade étant étherisé, M. Poncet enleva ces diverses tumeurs indépendantes les unes des autres et comme enkystées dans divers points de la gaine vasculaire ; les nerfs furent disséqués ainsi que les vaisseaux, sur une certaine hauteur, et les masses myxomateuses énuclées avec facilité; elles étaient constituées par un tissa muqueux de teinte citrine, se laissant facilement écraser avec les doigts. Ces masses gélatiniformes enlevées donnaient dans la paume de la main en leur imprimant des mouvements la sensation d'hydatides.

Les suites opératoires furent comme dans les autres interventions, des plus simples : il y eut toujours réunion par première intention.

Du mois d'août 1878 au mois de décembre 1881, époque à laquelle M. Poncet lui pratiqua la désarticulation de l'épaule, le m:lade subit trente-cinq opérations : neuf furent faites par M. Ollier, les vingt-cinq autres par M. Poncet.

Quelques mois, quelques semaines, après une ablation cependant complète, une récidive survenait au voisinage de la cicatrice. Le malade venait alors se faire opérer ; le plus souvent il n'entrait pas à l'hôpital, confiant dans la simplicité des suites, dans la rapidité de la cicatrisation, il partait après l'opération, et après quelques jours pouvait, tout au moins pendant un certain temps, reprendre ses occupations pénibles.

Ainsi que le notait M. Pollosson, alors chef de clinique de M. Oilier, les tumeurs siégeaient au bras, à la partie interne et un peu postérieure. À chaque opération, elles étaient constituée par cinq ou six nodules d'un tissu muqueux accompagnant les nerfs, les vaisseaux, puis on trouvait dans le triceps des masses de même nature.

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