LOS
Chaque fois, le tissu pathologique dont les caractères macroscopiques n'avaient point chaugé, gagnait du terrain et s'ava nait Cu côté de l'aisselle.
Dans les derniers mois de 1881, les tumeurs enlevées ne se présentaient pas tout à fait sous la même aspect que les précédentes ; elles étaient plus solides, plus résistantes au toucher, leur coloration moins uniforme eu certains points, elles avaient une teinte grisâtre. L'examen histologique pratiqué, à cette époque, par M. Pollosson, montra qu'il s'agissait d'un myxome à petites cellules rondes et à cellules étoilées avec ilots adipeux.
Le développement de ces masses néoplasiques ne s'accompagnait d'aucune douleur ; elles déterminaient cependant une gène fonctionnelle de plus en plus marquée ; gène due, en grande partie, à l’ablation répétée de fractions étendues du triceps, du brachial antérieur. «
Lorsqu'au mois de décembre 1881, le malade entra à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Poncet, la récidive avait pris des proportions colossales, et une tumeur bosselée, du volume au moins d’une tête d'enfant de dix ans, occupait toute la face interne du bras, jusqu’à l'aisselle qui est cependant libre et dans laquelle on ne trouve point de ganglion. La peau qui recouvre la tumeur n’est ulcérée sur aucun point, mais sillonnée par les cicatrices des nombreuses opérations autérieures, elle présente un aspect éléphantiasique des plus bizarres. La main et l’avant-bras sont le siège d'un œdème constant. Le malade se plaint d'une sensation de pesanteur, de compression; depuis quelques semaines il ne peut travailler,
Le 18 décembre 1881, M. Poncet pratique la désarticulation de l'épaule; il fait préalablement la ligature de l'axillaire avec du catgut, et pour amputer dans lies tissus sains, il est obligé de tailler un lambeau postéro-externe ; le membre désarticulé, on peut s'assurer que nulle part, soit du côté du lambeau, soit du côté de la paroi thoracique, il ne restait de tissu malade.
Drainage de la plaie. Sutures. Pansements antiseptiques.
Les jours qui suivirent, la température ve s'élevait pas au-dessus de 38°, le drain fut enlevé le sixième jour, la réunion par première intention avait eu lieu, malgré l’âge du malade, dans presque toute l'étendue de la plaie. Le dixième jour le malade se levait ; le douzième jour, une hémorrhagie des plus abondantes se produisit au milieu de la nuit par l'angle inférieur de la plaie.
L'interne de garde crut à une hémorrhagie de l'axillaire, il fit de la compression locale, en même temps qu'il comprimait la sousclavière sur la première côte. — L'hémorrhagie s'arrêta, mais le malade qui avait perdu une grande quantité de sang resta très
faible. Pendant les jours qui suivirent, il fut condamné au repos le plus complet, on se tint prêt, le cas échéant, à lier la sous-clavière, mais l'hémorrhagie ne reparut pas.
Au mois de février 1882, le malade quittait l'Hôtel-Dieu, son état général était bon, et il n'y avait localement aucune trace de récidive.
Au mois de septembre 1882, M. Poncet étant absent de Lyon, le malade vint souvent à l'Hôtel-Dieu, se montrer à M. Pollosson. À cette époque, il restait encore une: fistulette, dernier vestige de la plaie opératoire, le malade accusait des douleurs violentes dans la paroi thoracique correspondante, les douleurs simulaient des névralgies intercostales des espaces situés à peu près au niveau de la plaie de la désarticulation, ces souffrances n'étaient calmées que par des injections répétées de morphine. ;
M. Poncet vit le malade au mois de décembre de la même année, et le fit entrer dans son service à l'Hôpital de la Croix-Rousse, où il séjourna du 15 décembre 1882 au 11 janvier 1883. — Il fut, pendant tout ce laps de temps examiné avec grand soin, nulle part sur la paroi thoracique on ne trouva de tumeur, une masse myxomateuse du volume d’une petite noix développée au-dessous de la peau dans le lambeau deltoïdien fut enlevée à cette époque. — Cette tumeur d'une teinte gris jaunàtre, paraissait à l'œil nu constituée par un tissu myxo-lipomateux.
Le malade dont l'état général était moins bon que par le passé, se plaignait de douleurs extrêmement pénibles dans la paroi thoracique droite, à l'épigastre, il localisait mal ses sensations douloureuses, accusait un sentiment de gène, d'angoisse, en mème temps que des souffrances très vives, s'opposant à tout repos et que des injections de morphine à doses élevées seules pouvaient calmer.
L'examen de,cœur et des poumons fait à diverses reprises ne révéla aucune particularité. — On supposa des masses myxomateuses dans la médiastin sur le trajet des nerfs intercostaux, mais aucun signe positif ne vint donner plus de valeur à ce diagnostic.
Le malade s'affaiblissant à l'hôpital et ne retirant aucun bénéfice d'une médication interne, fut renvoyé à la campagne, il partit muni d'une seringue de Pravaz et d’une solution de morphine.
Il revint dans les salles de M. Poncet, le 18 mai de la mème année, et y séjourna pour la dernière fois, du 18 mai au 2 juin. — Il était alors amaigri, les douleurs étaient encore plus continues, plus intolérables que par le passé. A droite, matité à peu près complète dans toute l'étendue du poumon, à l’auscultation plus de murmure respiratoire. — À quelques centimètres au-dessous de la cicatrice, petite
ue
tumeur myxomateuse paraissant développée dans le grand dentelé.
Le malade meurt chez lui, quelques semaines après, dans le courant du mois de juillet 1883.
Malgré toutes les précautions prises par M. Poncet, on n'a pu parvenir à faire l’autopsie.
L'observation de Claude Cottet est particulièrement remarquable au point de vue de la tendance extrème aux récidives qui ont nécessité trente-sept opérations, récidives qui paraissent avoir entraîné la mort par généralisation viscérale ; et au point de vue de la grande plasticité du patient, dont toutes les p'aies n'ont jamais suppuré, et se sont réunies par première intention.