‹ Du Myxome Diffus du Tissu Cellulaire des MembresChapitre 14 sur 29 · OBSERVATION VI · texte numérisé non relu

OBSERVATION VI

Service de M. AUGAGNEUR

Myxo-Sarcome développé dans le tissu celluluire du creux poplité du côté droit.

Morel Marguerite. 41 ans, célibataire, tisseuse, née à Burdigues (Loire), demeurant à Bourg-Argental (Loire), entrée le 23 mai 1884, dans le service de M. Augagneur, salle Saint-Paul, n° 76.

Pas d'antécédents héréditaires ou pathologiques. — Huit mois environ avant l'opération, la malade en se baissant,, sentit comme une piqüre à la partie postérieure de la cuisse, et y portant la main, constata la présence d’une tumeur. Elle entre à l'Hôtel-Dieu, on trouve à la partie postérieure du creux poplité, une tumeur du volume d'un gros poing ; molle maïs non fluctuante, sans altérations de la peau qui glisse sur elle. La tumeur empiète un peu en dedans et en dehors sur les muscles de la cuisse, auxquels elle paraît adhérer. — La marche est possible, maïs un peu gênée, la malade se plaint de picotement dans la jambe correspondante, Pas de gan-

glions dans l’aîne., — Facies et état général bon. 27 mai. — Opération. Anesthésie par l’éther. Bande d'Esmark.

Incision longitudinale suivant l'axe du creux poplité. On rencontre le tissu néoplasique sous l’aponévrose. Il est situé en arrière du faisceau vasceulo-nerveux auquel il adhère. Il faut se livrer à une

véritable dissection de ce faisceau. Sur les côtés, la tumeur envoit des prolongements dans les espaces intermusculaires des parois du creux poplité, la dissection se fait autant avec le doigt qu'avec le bistouri, on énuclée une série de lobules sur la disposition desquels nous reviendrons tout à l'heure. L'Esmark enlevé, on n'a à lier que quelques vaisseaux insignifiants, malgré le voisinage de l'artère. Les suites de l'opération sont très simples, la cicatrisation marche rapidement, et la malade sort un mois après de l'Hôpital, la plaie presque fermée. À ce moment on sentait, au dire de M. Augagneur, une tuméfaction faisant déjà craindre la récidive, qu'il n'était cependant pas permis d'affirmer.

Nous avons pris des renseignements sur l'état actuel de cette malade, et voici ce qui nous a été répondu :

Pendant les 6 à 7 mois qui ont suivi sa sortie de l'Hôpital, elle a marché, souffrant toujours un peu dans le creux poplité. Au bout de ce temps la marche serait devenue impossible, et actuellement on trouverait des tumeurs dans le creux poplité. Cette récidive affirmée par la malade, nous est confirmée par une lettre de son médecin, M. le Docteur Moulin, de Bourg-Argental, qui signale l'existence d’une tumeur lobulée dans cette région.

Examen de la tumeur. À l'œil nu, cette tumeur paraît composée d'un tissu exclusivement muqueux, c'est une gelée molle, tremblotante qui présente dans son ensemble une disposition curieuse. La tumeur est composée d’un grand nombre de lobules, du volume d'une noisette, d’une petite noix qui rayonnent autour d’une masse centrale. C'est comme une espèce de grappe, rappelant la disposition souvent figurée du myxome du placenta. Ces lobules paraissent entourés d’une mince capsule. Leur coloration est variable. Les uns sont comme une gelée transparente, les autres colorés en rose comme de la gelée de groseilles, les troisièmes légèrement jaunâtres lipomateux. Ces derniers sont plus consistants. Rappelons que les muscles eux-mêmes n'étaient pas envahis, mais isolés dans leurs cloisons celluleuses, par le tissu de la tumeur sous forme de nids.

Examen histologique. — À la coupe, on voit un tissu composé de cellules rondes, petites, jeunes, sans dégénérescence ; par place elles se touchent toutes, dans d’autres points, elles sont séparées par une assez grande quantité de substance interceliulaire. Nulle part on ne constate de cellules étoilées; ce qui frappe, c'est la pauvreté vasculaire de la tumeur.

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