OBSERVATION VII
Myxo-sarcome du bras. — Deux récidives. — Désarticulation souspériostée de l'épaule, (Comm. par M. OLLIER.)
Chavanis, âgé de 53 ans, employé d'administration, né à Grandris (Rhône), demeurant à Lyon, entre le 21 juin 1884 à la salle Saint- Sacerdos, n° 26, service de M. le professeur Ollier.
Daus sa famille, on ne trouve pas d’antécédents néoplasiques. Sa mère est morte de coliques de miserere. Son père est mort à 63 ans, de maladie inconnue. Deux frères ou sœurs morts en bas âge. Deux sœurs en bonne santé.
Chez le malade lui-même, pas d'antécédents pathologiques, pas de maladies vénériennes. Bonne santé habituelle, sauf quelques douleurs rhumatoïdes dans les articulations.
Il y ä 18 mois environ, il souffrait de ces douleurs dans l'épaule, lorsqu'il vit une tuméfaction se produire sur la face antérieure du bras, à 4 centim. environ au-dessus du pli articulaire. Il n’y prit pas garde d’abord,et ce n'est que lorsque la tuméfaction eut atteint un énorme volume, qu'il se décida à consulter un médecin. A ce moment, la tumeur avait envahi toute la face antérieure du bras. Elle se présentait sous la forme d'une tuméfaction, occupant le bras dans sa totalité, au point de doubler son volume.
Elle était régulière, sans bosselure, de la consistance d'un ballon de caoutchouc assez tendu : plus dure en d’autres points, elle avait la consistance d'un muscle qui se contracte. Développée sans douleur, elle était encore indolente, soit spontanément, soit à la pression. Pas de ganglion daus l’aisselle. Le malade fut opéré par M. Letiévant, qui pratiqua l'ablation de la tumeur le 17 octobre 1883, huit mois après le début de l’affection. Suites opératoires très simples. Cicatrisation complète au bout de trois semaines.
Après cette première intérvention, le malade se servait très bien de son bras, et il put travailler pendant un mois et demi. Mais au bout de ce temps, récidive sur la face antérieure du biceps, en mème temps qu'un petit noyau se montrait au pli du coude. Dès lors, la marche de la tumeur fut pius rapide que lors de l'apparition de la maladie : du reste, les symptômes subjectifs étaient les mêmes, il n'y eut jamais de douleurs bien vives, ni de phénomènes de compression. Le 23 mars 1884, le malade entrait à l'Hôtel-Dieu
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dans le service de M. Pollosson. La tumeur était alors volumineuse, son volume était cependant moindre que lorsqu'il fut opéré pour la première fois.
OPÉRATION. — 28 mars 1884.— Anesthésie par l'éther. Opération par M. Pollosson. Longue incision le long de la face interne du bras. Une partie de la tumeur, la plus inférieure est sous-cutanée ; ele s'étend plus haut, le long du bord interne du biceps et du paquet vasculo-nerveux. La veine céphalique est coupée, l'artère humérale et le nerf médion sont disséqués... Plus haut, la tumeur est intra-musculaire, elle a envahi le muscle brachial antérieur sous forme d'une gelée presque liquide. Le chef interne de ce muscle est complètement enlevé jusqu'au périoste. Aucun nerf important n'a été coupé, une vaste cavité est creusée à la partie interne du bras. La peau est recousue. Drains s'engageant dans la cavité. Suites opératoires très simples. En 25 jours, cicatrisation complète. La vaste anfractuosité se combla si rapidement qu'on ne püût s'empêcher de croire à sa réplétion par du tissu néoplasique récidivé : cependant la cicatrisation fut complète. Un mois après, la récidive était évidente, et M. Pollosson engagea le malade à se faire désarticuler le bras.
Le malade s'y décida au mois de juin seulement. M. Pollosson le conduisit alors chez M. Ollier, qui pratiqua la désarticulation de l'épaule.
A ce moment, tumeur volumineuse occupant tout le segment inférieur du bras, avec diverticule au niveau du pli du eoude, la tumeur est multilobée à sa surface et présente une consistance assez notable.
Pas de changement de coloration de la peau. Cicatrices des opérations précédentes. La force de flex:on des doigts est diminuée d’une façon notable.
La sensibilité de l'avant-bras n’a subi aucune modification, la sensibilité tactile, thermique et à la douleur sont parfaitement identiques des deux côtés. Le malade signale du côté atteint, une sécrétion sudorale exagérée. L'artère radiale droite présente des pulsations un peu diminuées dans leur amplitude.
Pas de ganglions dans l’aisselle.
21 juin 1884. — Opération. Anesthésie à l'éther. Pas d'Esmark.
En raison de ce fait, qu'il s'agit d'une tumeur des parties molles et non pas de l'os, M. Ollier se décide à pratiquer une désarticulation sous-périostée. Incision anté1o-externe, mise à nu de l'humérus qu'on attaque au détache tendons, et que l'on ne quitte plus jusqu’à ‘ce que l'articulation ouverte et la tête luxée, on l'ait largement dépouillé de son périoste, jusqu'au niveau de la section des parties
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molles. Celles-ci d'ailleurs, ont été exactement taillées comme pour l'opération de Larrey.
L'artère principale est coupée entre deux ligatures, et toute l'opération, pratiquée avec un bistouri et un détache-tendon, n'a pas été accompagnée d'hémorrhagie sensible ; les artères étaient liées à mesure qu’on les coupait.
Durée de l'opération, vingt minutes au maximum. La plaie est tapissée, dans sa plus grande étendue, par du tissu fibreux ; les interstices musculaires ne sont pas ouverts. On peut espérer des suites simples.
Toutes les précautions antiseptiques ont été prises. Pansement phéniqué et iodoformé.
Examen de la pièce. — Masses myxomateuses typiques, disséminées au milieu des muscles, leur adhérant en des points multiples, de telle sorte que la dissection de la tumeur oblige à les entamer. De plus, la gaïne vasculaire est envahie par de petits noyaux myxomateux qui forment une trainée sur le bord interne du biceps. La désarticulation a largement porté au-dessus du mal,
Point de départ impossible à déterminer. On peut se convaincre que l’énucléation de la tumeur eut été absolument impossible.
23 juin. — Le malade va bien. Pas d'hémorrhagie. Pas de douleur. Il a dormi une partie de la nuit,
4 juiller 1884. — Le malade quitte l'hôpital. Il reviendra de temps en temps se faire panser.
Août. — La cicatrisativn de la plaie opératoire est complète.
Mai 1885, — Le malade a été revu: son état général est bon. Il a repris ses occupations. À la partie de son moignon recouverte par les poils de l’aisselle, on remarque une petite bosselure, rouge et douloureuse qui n’est autre qu'un petit abcès. On ne constate pas de trace de récidive. Le malade ne souffre en aucun point de son moignon.