ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES
Nous diviserons ce chapitre en deux parties : Dans la première, nous étudierons le myxome des membres en tant que tissu. Dans la deuxième, ñous l’étudierons dans son siège, dans ses rapports et son évolution.
A. — Histologie du myxome diffus des membres.
Cette étude peut être faite à l'œil nu et au microscope.
1° Histologie macroscopique du myxome.
L'aspect et la consistance du tissu ne sont pas toujours les mêmes sur tous les points de la tumeur. Mais
er le tissu prédominant dans tous les cas par nous observés, le tissu qui existe quelquefois seul, est remarquable par son aspect gélatiniforme ; c’est une gelée gluante de consistance et de coloration variables. Au point de vue de la consistance, tantôt c’est une masse gélatiniforme un peu dense, tantôt c’est un véritable liquide ; entre la gelée ferme bien réussie et la gelée manquée, on observe tous les intermédiaires. Cette olue rend les doigts visqueux et donne une impression désagréable et gênante dans le cours des opérations.
La coloration est différente, suivant les tumeurs et les points d’une même tumeur. La gelée est translucide ou opaque, où blanchâtre ou jaunâtre, ou teintée en rouge comme de la gelée de groseille. Nous dirons tout à l’heure à quelle disposition histologique répondent ces divers aspects. Ils tiennent en partie à la nature des éléments cellulaires, ainsi que l’affirment les auteurs, mais aussi, croyons-nous, à des colorations par le sang épanché dans la substance intercellulaire.
Ce type de tissu, qu'on peut appeler le type muqueux, est le plus répandu ; quelquefois, surtout dans les tumeurs jeunes, il existe seul. Mais on peut trouver, par places, des points de tumeur qui présentent un extérieur différent et rappellent tantôt l'aspect d’une chair rosée assez consistante, tantôt l’aspect blanc grisâtre de la pulpe cérébrale, tantôt enfin la teinte jaunâtre du lipome ; d’où trois nouveaux types, les types sarcomateux, encéphaloïde et lipomateux. Mais notons que ces nouvelles variétés de üssu, non seulement ne sont pas constantes dans les
tumeurs dont nous nous occupons, mais encore ne se rencontrent qu'en proportions restreintes, surtout dans les tumeurs volumineuses et avancées dans leur évolution. Ces caractères les distinguent, à notre avis, des véritables tumeurs mixtes du tissu cellulaire, qui renferment du sarcome, de la graisse, du cartilage, et dans lesquels le tissu d’aspect muqueux n’occupe qu'une place restreinte.
On peut trouver au milieu des tissus que nous venons de décrire des foyers de ramollissement, des épanchements sanguins donnant à la tumeur une coloration plus ou moins noirâtre et surtout des cavités kystiques dont le contenu est une matière muqueuse diffuente. Ces kytes proéminent souvent à la périphérie de la tumeur, sous forme de saillies sphéroïdales fluctuantes.
Nous nous occuperons plus loin, à propos des rapports, de la capsule et de la forme générale de ces tumeurs.
2 Histologie microscopique du myxome.
Nous serons bref et réservé : une étude très approfondie sur ce point étant hors de notre compétence.
Si nous laissons de côté l’existence de la substance intercellulaire qui se présente dans tous les cas avec les mêmes caractères, les éléments figurés sont assez différents d’une tumeur à l’autre et d’un point à l’autre d’une même tumeur.
Nous regrettons de n’avoir pu nous livrer à l'étude chimique de ces tumeurs, qui nous aurait renseigné sur la richesse en mucine de la substance dite muqueuse, question controversée, ainsi que nous l'avons dit, à propos de l’hisiorique.
LARNSE
La substance intercellulaire, plus ou moins abon: dante, suivant les cas, sur nos préparations colorées au picro-carmin, apparaissait comme une substance incolore, faiblement colorée en rouge ou légèrement teintée en jaune.
Les éléments figurés se sont présentés sous diverses formes dans les quatre tumeurs sur lesquelles a pu porter notre examen.
Nous avons rencontré : 1° le myxome à petites cellules rondes avec interposition d’une substance intercellulaire plus ou moins abondantes ; 2° le myxome à cellules étoilées.et anastomosées ; 3° des cellules adipeuses en forme d’ilots disséminés au milieu des autres éléments ; 4° un tissu tout à fait analogue au tissu connectif lâche distendu par une injection, comme Si on avait fait une boule d'œdème, en injectant de la substance intercellulaire muqueuse.
Dans nos quatre tumeurs, nous avons trouvé associés :
1° (Obser. IX) du myxome à petites cellules arrondies, du myxome à cellules étoilées, des îlots de cellules adipeuses ;
2° (Observ. VIT) du myxome à petites cellules et du fibrome œdémateux, des points où les cellules arrondies se touchent ;
3° (Obser. VI) du myxome à petites cellules et des points où les cellules arrondies se touchent. w
4 (Observ. VIIT) du myxome à cellules étoilées, du fibrome œdémateux, des îlots de cellules adipeuses.
Nous n’avons jamais rencontré le myxome à grandes cellules étoilées. Ces diverses formes microscopiques
nous ont paru correspondre aux formes macroscopiques de la facon suivante (1). Les points gélatineux (type muqueux) offrent au microscope les caractères du myxome à petites cellules arrondies où à cellules étorlées. Les colorations jaunâtre et groseille nous ont paru se rapporter à des épanchements sanguins. Dans ces cas, 1l existait des amas de globules rougés du sang, et nous croyons que la substance intercellulaire était teintée par la substance colorante du sang.
Les points les plus consistants, jaunâtres ou grisâtres, correspondant aux types lipomateux et encéphoïde, présentaient au microscope des îlots de cellules adipeuses associées en proportion variable au myxome proprement dit.
Quant aux points du type sarcomateux, et présentant une certaine consistance, ils nous ont paru répondre à des portions néoplasiques constituées par des éléments cellulaires séparés par une petite quantité de substance interposée, ou possédant la structure du sarcome proprement dit. Toutefois, nous ne saurious affirmer qu’il s'agisse là d’un rapport constant ; car, souvent, des lobes de consistance ferme répondent à la description typique du myxome. Il se pourrait donc que l’aspect de gelée plus ou moins liquide tienne au moins autant à des états chimiques différents de la substance intercellulaire qu'à des proportions relatives de cette même substance et des éléments figurés. M. Pollosson nous a dit à ce propos avoir observé,
(1) Nous avions eu soin de placer à part, dans des flacons étiquetés, des fragments de tumeur présentant les divers aspects macroscopiques signalés plus haut.
RES il y a quelques années, une tumeur de la glande sousmaxillaire extirpée par M. Poncet, laquelle présentait avec la forme extérieure du tissu adénoïde la constitution microscopique du myxome à petites cellules.
Nous avons cherché à déterminer le mode d’envahissement des muscles. Des préparations faites sur des pièces empruntées au malade de l’Obs. VIT nous ont montré entre les fibres musculaires, intactes en apparence, un tissu œdémateux substitué au tissu conjonctif interfasciculaire. Sur des préparations faites par M. Pollosson (tumeur de Cottet), on voyait, au contraire, l’envahissement se faire par les espaces interfasciculaires, mais sous forme de trainées constituées par un agglomérat de petites cellules. Il y aurait donc deux processus d’envahissement, ou du moins deux formes : l° œdème interfasciculaire ; 2° tissu d'aspect sarcomateux.
Un point nous a frappé dans tous nos examens, c’est la pauvreté vasculaire de ces tumeurs. Les vaisseaux sont rares, très espacés et sous forme de lacunes sans parois propres. Il y aurait peut-être là un signe de diagnostic différentiel entre le myxome et le sarcome proprement dit.
Dans tous les cas observés par nous, les éléments cellulaires paraissaient jeunes, doués d’une grande vitalité. Ils étaient fortement colorés par le carmin.
Essaierons-nous de sortir de l’observation et de nous lancer dans les hypothèses, d'établir quelque comparaison entre ce tissu néoplasique et les tissus normaux de l'organisme à l’une ou l’autre période de leur développement? Il semble ressortir de nos exa-