OBSERVATION XXII (PERSONNELLE
Ecrasement de la jambe gauche. — Amputation de la cuisse gauche.
H..., Jules, 32 ans, employé à la Compagnie de l'Est, entre le 27 septembre 1888, à l'hôpital Lariboisière, salle Ambroise Paré, n° 42, service de M. le Dr Périer, suppléé par M. le Dr Nelaton.
Ur
Le 27 septembre, à 8 heures du matin, H.… à eu la jambe gauche prise sous les roues d’une locomotive. Ecrasement de la jambe à l'union du tiers moyen et du tiers inférieur. Apporté à l'hôpital, on fait un nettoyage soigné de la plaie, une abondante irrigation à la solution de sublimé au millième. Des pinces hé-. mostatiques sont placées sur les artères tibiales et péronière. La plaie est régularisée et bourrée de gaze au salol, imbibée de naphtol camphré. Le malade est dans un abattement profond et souffre peu pendant le pansement.
Vin de Bagnols, toniques, piqüres d’éther.
Le soir le malade ne souffre pas, répond bien aux questions qu'on lui pose. Température normale.
Le 28 septembre à 10 heures du matin, le malade est en bon état. L'état de collapsus de la veille a complètement disparu. Grâce à l'extrême obligeance de M. le Dr Nelaton, M. Reboul, interne du service, fait une amputation de cuisse au tiers moyen {Grand lambeau antérieur). Chloroforme, compression, digitale de l'artère fémorale, Ligatures au catgut. Sutures profondes et superficielles au crin de Florence. Deux drains, pansement au salol : gaze, ouate, compression. Toniques. Champagne glacé.
Le soir, bon état.
Le 4er octobre. Elévation de la température 39,8. Pansement. Mortification de la partie inféro-interne du lambeau antérieur. Incision profonde de l’escharre. Drainage et pansement avec gaze au salol, imbibée de naphtol camphré.
5 octobre. Pansement. La partie mortifiée est éliminée. Les lambeaux un peu adhérents sont reséqués. La grande cavité irrégulière formée par la mortification est lavée soigneusement à la solution de sublimé au millième, puis bourrée de gaze au salol, imbibée de naphtol camphré.
En avant eten dehors les lambeaux sont réunis. Pansement au salol. Suppression des drains.
10 octobre. Pansement. Pas d’odeur.
Bourgeonnement actif de la cavité. Pansement au naphtol camphré.
43 octobre. Pansement, La cavité diminue.
20 octobre. Pansement. Bourgeonnement actif de la cavité. Bon état général.
28 octobre. Pansement. Bon état de la plaie.
5 novembre. Diminution considérable de l'étendue de la plaie. Le fémur est presque entièrement recouvert de-bourgeons actifs. Pansement avec gaze au salol, imbibée de naphtol camphré.
28 novembre. Il ne reste plus qu’une surface bourgeonnante de l'étendue d’une pièce de 5 francs. Même pansement maintenu par du collodion.
9 janvier. Le fémur est adhérent à la cicatrice, et faisant un peu Saillie, après décollement du périoste on fait une resection de 4 à 5 centimètres. Sutures profondes et superficielles au crin de Florence. Pas de drain. Pansement au salol.
29 janvier. Cicatrisation absoiue. Bon moignon.
Réflexion. — Dans ce cas, grâce à l'emploi du naphtol camphré dans les pansements, la gangrène partielle d'un lambeau n’a déterminé ni suppuration infecte, ni élévation de température.
OBseRvATION XXIII. (Communiquée à la Société clinique de Paris, par M. Reboul, interne des hôpitaux) (1).
Septicémie gangreneuse gazeuse, développée à la suite d’une plaie à la jambe par coup de couteau. Incisions au thermocautère. Pansements au naphtol camphré. Antisepsie intestinale. Amputation de cuisse. Guérison.
Le nommé A..., Henri, âgé de 20 ans, flûtiste, entre le 45 décembre 1888 à l'hôpital Lariboisière, salle Ambroise Paré, lit n° 26, service de M. le D" Périer suppléé par M. le D: Nélaton.
Bonne santé antérieure, syphilis contractée deux mois auparavant. — Une blennorrhagie, il y a un an.
Le 11 décembre, dans une querelle, le malade reçoit un coup
(1) Publiée dans la France médicale, 20 avril 1889.
de couteau au tiers supérieur de-la face externe de la jambe gauche : plaie profonde, hémorrhagie assez abondante. Un médecin appelé fait, sans lavages antiseptiques, une suture enchevillée avec une épingle et Gu fil de ménage et prescrit des cataplasmes de graines de lin et le repos.
Le 13. La plaie est douloureuse; la-jambe se tuméfie. Le malade éprouve un grand malaise et une lassitude extrême. Cet état s’aggravant, le malade est, transporté à l'hôpital où il arrive le 15 décembre à 10 heures du matin.
A son entrée, le malade est pâle, amaigri, débile. Le facies est profondément altéré et infectieux.
Les yeux sont enfoncés, ternes, la peau sèche terreuse. Abattement profond. La langue est rouge, sèche, l’haleine est fétide. Pouls petit, fréquent, irrégulier, dyspnée légère, perte complète de l'appétit. Diarrhée infecte. Albuminurie notable.
La plaie produite par le coup de couteau est entr'’ouverte, violacée, de mauvais aspect. Les bords sont épais, infiltrés, il s'en écoule un liquide séro-sanguinolent infect. La pression au pourtour de la plaie permet de constater une crépitation gazeuse très nette et en même temps il sort par l'orifice béant une plus grande quantité de liquide séro-sanguinolent, spumeux, dont les bulles, en éclatant, mettent en liberté des gaz d'odeur putride.
La jambe gauche est tuméfiée et cette tuméfaction s'étend jusqu'à la racine de la cuisse. La crépitation gazeuse est nettement perçue dans toule l'étendue du membre. Traînées de lymphangite à la partie inférieure de la cuisse. Teinte bronzée des téguments de la jambe, au voisinage de la plaie. La peau est sèche, pâle, au niveau de la cuisse. La circulation veineuse sous-cutanée n’est pas augmentée, tuméfaction des ganglions lymphatiques du creux poplité et de l’aine.
Diagnostic : septicémie. gangreneuse gazeuse ayant pour origine la plaie par coup de couteau de la face externe de la jambe gauche. Immédiatement, et sous la direction de M. le D: Nelaton, je fais de longues et profondes incisions au bistouri et au thermocautère sur le membre atteint.
Les incisions principales sont faites sur les faces externe,