‹ Du nerf dentaire inférieur: anatomie et physiologie, anatomie comparéeChapitre 4 sur 10 · QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES ORIFICES DE LA MACHOIRE · texte numérisé non relu

QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LES ORIFICES DE LA MACHOIRE

Avant d’aborder la description du nerf qui traverse la mâchoire inférieure, il est indispensable d’arrêter quelques instants notre attention sur cet os. Je n’ai pas la prétention d’en donner une nouvelle description qui m’entraînerait bien loin de mon sujet, je veux seulement signaler quelques particularités importantes dont je n’ai trouvé aucune mention dans les auteurs. J’ai dans ce but examiné 38 pièces sèches, déterminant le point précis où s’ouvrent les orifices du canal dentaire, leur nombre, leur fréquence. Puis j’ai pris quelques mensurations qui pourront servir de guide au chirurgien pour la pratique de la névrotomie.

Les classiques n’indiquent que deux orifices au canal dentaire, un orifice interne situé vers la partie moyenne de la branche montante de la mâchoire

l’autre vers la région antérieure de sa face externe, c'est le trou mentonnier. Des autorités très-imposantes sont encore à discuter sur le lieu précis où se trouve le premier. Est-il véritablement immobile pendant les mouvements de mastication ? est-il situé précisément sur l’axe autour duquel ont lieu ces mouvements? Je l’ignore, il n’entre pas dans mon sujet de le discuter. Je me contenterai de dire combien variable est la saillie de l’apophyse de Styx qui, située immédiatement à la partie antérieure de ce trou, dirige le doigt du chirurgien dans la recherche du nerf. Tantôt c’est une pointe très-aiguë qui fait une saillie considérable en dedans, tantôt ce n’est qu’une pe.tite éminence, mousse, lisse, à peine marquée. Au-dessous de cette apophyse est la gouttière du nerf mylo-hyoïdien. Sa profondeur est aussi très-variable. C’est quelquefois même, comme le dit Winslow, un petit conduit très-subtil creusé dans la table interne de l’os. Sur toute la partie inférieure de la face interne le tissu compacte présente une surface très-lisse, très-unie, sans aucun pertuis apparent. Au contraire, si l’on regarde sur le tiers supérieur de cette surface et surtout au niveau des alvéoles, on voit un grand nombre de petits orifices. J’ai trouvé cinq fois un orifice d’un demi-millim. de diamètre, situé immédiatement en arrière de la dernière grosse molaire et dirigé obliquement de haut en bas et d’arrière en avant. Ce trou aboutissait dans les cellules diploïques qui entourent les alvéoles des molaires.

Le troisième orifice que l’on rencontre sur la face

interne de l’os est situé entre les quatre apophyses geni. Je l’ai rencontré 30 fois sur 38. 11 conduit dans les cellules du diploé, c’est un trou vasculaire. En arrière de chaque incisive moyenne, ordinairement à 1 millimètre du bord postérieur de leur alvéole, se trouve une dernière ouverture dont le diamètre, à peine visible chez certains sujets, atteint quelquefois un quart de millimètre de diamètre. Je l’ai noté 29 fois sur 38. Elle manque donc quelquefois, mais le conduit dont elle est l’orifice est constant comme on le verra plus loin. En conséquence, je proposerai de la maintenir dans les descriptions sous le nom de trou incisif. Je l’ai vu figurer sur une des planches du système dentaire de Blandin, qui cependant n’en parle pas.

Sur la face externe nous n’avons en général qu’un seul orifice, le trou mentonnier. Il n’est pas situé entre la prémolaire et la canine, comme on l’a trop souvent répété; sur 58 mâchoires, Paulet et Sarrazin (1) l’ont toujours trouvé au niveau de la deuxième prémolaire. Sur mes 38 pièces sèches, ainsi que dans toutes mes dissections, je l’ai toujours vu en ce point. Seulement je crois que l’on a eu tort en cherchant à évaluer la distance qui sépare ce trou du bord inférieur de l’os, car elle est très-variable, tandis que du collet de la canine au trou mentonnier on trouve ordinairement vingt millimètres : 28 fois sur 38. Citons comme exception la tête de l’assassin Moutet, sur laquelle cette dis-

(l) Atlas d’anatomie topographique, p. 121.

Mollière. 2

tance atteignait 38 millimètres. Quelquefois on rencontre deux orifices au lieu d’un seul, deux orifices à peu près égaux. Je n’ai trouvé que deux fois cette disposition sur mes pièces sèches, mais mes dissections me permettent d’affirmer qu’elle est beaucoup plus fréquente. Cet orifice est également multiple chez nombre d’espèces animales; chez certaines ce nombre est constamment le même, chez d’autres il est extrêmement variable. J’ai pu le constater entre autres exemples sur les nombreux échantillons d 'ursus speleus que M. le professeur Lortet a déposés au musée de Lyon. Lorsqu’on arrive à la région mentonnière de l’os, à cette éminence plus ou moins large, plus ou moins saillante qui constitue la charpente du menton, on rencontre en général un nombre considérable d’orifices dits vasculaires, que l’on a trop souvent confondus avec les rugosités qui servent de point d’insertion aux muscles. Très-souvent l’on trouve l’un d’entre eux plus développé et dans ce cas plus ou moins rapproché du rebord alvéolaire, ou plutôt de la région gengivale de l’os. Ils ne sont plus destinés alors a donner passage à des vaisseaux, mais bien aux ramuscules terminaux des nerfs de la mâchoire. J’ai rencontré 10 fois sur 38 cétte disposition. Je proposerai de donner à cet orifice le nom de trou incisif antérieur.

Ces deux dernières variétés peuvent se rencontrer réunies sur un même sujet, et dans ces circonstances la mâchoire humaine présente avec celle des autres vertébrés supérieurs des rapports beau-

coup plus nombreux. On s’est parfois demandé si les deux maxillaires ont la même longueur, j’ai pris des mensurations comparatives avec les apophyses geai et l’apophyse de Styx comme point de repère. Sur 38, 4 seulement présentaient une longueur plus considérable à droite qu’à gauche ( différence de 2 à 3 millimètres au plus, de 6 chez une idiote). Cette distance est du reste assez variable : 70, 72* 80 millimètres. Cette longueur était de 90 millimètres sur la tête de Y assassin Deschamps. Entre le centre delà couronne de la dernière molaire et l’orifice dentaire postérieur j’ai trouvé presque toujours de 26 à 30 millimètres. On la trouve ordinairement aussi considérable à gauche qu’à droite.

Une autre mensuration pourrait également servir, ce serait celle de la distance qui sépare ce même orifice de l’insertion antérieure du masséter. On trouve 38 à 40 millimètres, 32 au minimum. Enfin,, je cite en dernier lieu 16 mensurations comparatives des distances qui séparent les apophyses corono'ides d’une part, les régions correspondant du chaque côté au passage de l’artère faciale de l’autre. Ces distances mesurent de 9 à 10* centimètres. La pre. mière a été trouvée dix fois supérieure à lu seconde* six fois égale, ce qui nous autorise à dire que la branche montante de la mâchoire est ordinairement dirigée de bas en haut et de dehors* en dedans.

Si j’insiste quelque peu dans cette description sur la position et le nombre des orifices de la mâchoire, c’est que je leur crois en anatomie comparée une certaine importance. Ils permettent en effet de

diviser la mâchoire en deux régions distinctes et que l’on voit se modifier pour ainsi dire séparément dans la série animale. La première de ces deux régions, à laquelle on peut donner le nom de portion molaire, s’étend entre l’orifice dentaire postérieur et le trou mentonnier ; la seconde ou portion incisive comprend toute cette partie de la mâchoire située en avant de ce dernier trou. Chez un grand nombre d’espèces, un espace connu sous le nom de barre sépare ces deux régions. Dans les recherches d’ana tomie comparée il faudra donc toujours considérer comme trou mentionner les orifices situés entre ces deux régions. Si l’on veut prendre une idée des modifications subies isolément par elles, il suffit de reg*arder simultanément une mâchoire de surmulot et celle d’un ornithorynque. Dans les deux espèces la portion molaire persiste ; elle présente chez les deux de très-grandes analogies : direction des orifices, nombre des molaires, car on peut considérer comme telles les fanons cornés qui en tiennent lieu chez l’ornithorynque. La portion incisive ne présente plus aucune analogie. C’est une spatule chez l’un, une longue incisive à croissance indéfinie chez l’autre. Faut-il un exemple du second ordre de variations ; je le pourrais prendre chez les rongeurs. Chez le lapin et le surmulot, les incisives sont restées les mêmes, les molaires seules ont changé.

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