‹ Du nerf dentaire inférieur: anatomie et physiologie, anatomie comparéeChapitre 5 sur 10 · DESCRIPTION DU NERF CHEZ L HOMME · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU NERF CHEZ L HOMME

Ne voulant ici m’occuper que d’une seule branche du trifacial, je prendrai le dentaire inférieur au niveau du trou ovale, c'est-à dire immédiatement à la bifurcation du maxillaire inférièur. A te niveau le tronc nerveux se dirige directement en bas et un peu en avant, chemine entre les muscles moteurs maxillaires et arrive après un trajet de cinq centimètres environ vers l’entrée du canal dentaire inférieur. A son origine, il reçoit quelques fdets du ganglion otique appendu au côté interne du tronc commun à une hauteur variable. Il est inutile, je pense, de rappeler combien intimes sont les rapports de ce ganglion avec le tronc nerveux auquel il est aceollé. 11 reçoit aussi quelquefois à ce niveau un filet assez volumineux qui l’unit à la corde du tympan (1). J’ai pu dans quelques circonstances

(1) Valentin donne de cette communication une description beaucoup plus compliquée. « Anastomose avec le plexus de la corde du tympan. Filet d’un huitième de ligne environ qui de la partie inférieure et postérieure du ganglion, passe d’avant en arrière et de haut en bas sur le nerf temporal superficiel et se jette dans le plexus qui est formé sur la partie la plus antérieure du rocher, par des ramuscules de la corde du tympan, du plexus tympanique, et on partie aussi du rameau alvéolaire et du nerf temporal superficiel. Quelquefois, sinon toujours, il se rend encore à ce plexus des filets plus déliés qui naissent du ganglion, au-dessous du précédent. (Traité de névrologie par Valentin, professeur d’anatomie et de physiologie à l’Université de Berne. Traduct. de Jourdan. In Encyclopédie anatomique. In-8, Paris, J.-B. Baillière, 1843", p. 365.)

poursuivre ce filet jusque dans le tronc maxillaire lui-même et constater qu’alors il n’avait aucune connexion avec le ganglion. Ce serait donc une première anastomose de la corde du tympan avec le trifacial. J’ai rencontré cette disposition d’une manière très-remarquable sur la tête d’un jeune chien. On sait que le ganglion otique n’existe pas toujours chej cet animal et se trouve souvent remplacé par un petit plexus.

La plupart des auteurs pensent qu’une très-faible partie de la racine motrice du trijumeau accompagne le dentaire. Cependant ces rameaux moteurs représentent un volume assez considérable nonseulement dans le nerf mylo-hyoïdien, mais encore dans le mentonnier. La question est du reste d’une très-grande difficulté; car, si à quelques millimètres de leur séparation lé lingual envoie des filets au dentaire ou en reçoit, si ces deux dispositions se rencontrent simultanément de manière à former une sorte d’anneau à travers lequel passe quelquefois l’artère maxillaire interne, ces échanges entre les faisceaux qui doivent constituer l’un et l’autre tronc, sont encore bien plus nombreux si l’on cherche à les débrouiller avant leur séparation. Cette intrication, ce dédale, échappe à toute description.

Dans cette première partie de son trajet, les rapports du nerf sont très-simples. Situé d’abord entre les deux ptérygoïdiens, il s’en sépare bien vite pour se loger entre la branche montante du maxillaire inférieur et le masséter interne. Une seule artère

— la —

excessivement ténue et portant le même nom que lui l'accompagne. Avant son entrée dans la mâchoire le dentaire fournit très-fréquemment une branche au ptérygoïdien externe (1). Cette branche est loin d’être constante et la plupart des auteurs n'en font pas mention. Cette omission vient aussi de ce que très-fréquemment le muscle ptérygoïdien externe reçoit son innervation un peu plus haut et directement du tronc maxillaire inférieur, ce n’est donc qu’une question d’accollement plus ou moins long. J’ai cependant rencontré les deux filets simultanément sur la même pièce. Avant de suivre le nerf dans le canal dentaire, nous avons à étudier le mylo-hyoïdien. Le volume de cette branche varie beaucoup suivant les sujets.

Le tissu cellulaire lâche et filamenteux qui remplit la région où elle rampe, rend son étude assez délicate. A ses côtés chemine une artériole qui suit à peu près la même direction. Lorsque ce rameau pénètre dans la gouttière qui lui est creusée dans la mâchoire, il abandonne plusieurs filets à son artère satellite (2). On voit naître ensuite de nombreux rameaux périostiques et d’autres enfin qui vont se perdre vers la racine des gencives. Il paraît à peu près certain que ces branches contractent des

(1) Entre le ptérygoïdien interne et la mâchoire inférieure, il donnelau ptérygoïdien externe un ou deux rameaux, qui, la plupart du temps, sortent l’un au-dessous de l’autre, de la partie antérieure de son tronc. Il fournit aussi un ou deux filets au muscle ptérygoïdien interne. (Yalentin, loc. cit., p. 381.)

(2) Ces filets n’ont pas encore été signalés. Je les crois constants.

anastomoses dans la muqueuse avec les filets que le lingual donne aux gencives près des dernières molaires (1) et qui sont si bien décrits par Valentin sous le nom de filets maxillaires inférieurs.

Située dans l’épaisseur du plancher buccal sous la muqueuse, la branche mylo-hyoïdienne se met en rapport avec la partie antérieure de la glande à laquelle elle fournit quelques filets, puis se glissant en tre les muscles mylo-hyoïdien et digastrique, se termine la plupart du temps dans leur épaisseur.

Chemin faisant elle continue à donner des rameaux au périoste et à la muqueuse. C’est à ce niveau que se trouve son anastomose avec le lingual. Cette anastomose se fait ordinairement par un filet volumineux à trajet récurrent de manière à former une petite anse à convexité antérieure située dans un plan oblique de haut en bas et de dedans en dehors. Malgré son volume considérable et sa constance, cette anastomose, vaguement signalée dans Bichat (fi), avait échappé aux anatomistes jusqu’au jour où M. Sappey la retrouvant lui consacra une place importante dans la description du dentaire inférieur. Du reste, la situa-

(1) Certains auteurs décrivent à peine ces filets du lingual et beaucoup les passent sous silence. Ce sont, dit Valentin, huit ou neuf camuscules qui partent du bord antérieur et externe du nerf lingual, fournissent des filets à la membrane buccale, immédiatement contre la branche ascendante delà mâchoire et se terminent au périoste de cette branche et de la portion de l’os qui correspond aux deux ou trois dernières molaires. (Valentin, ibid., p. 376.) Bichat ne signale que deux ou trois filets très-minces. (Bichat, Traité d’anat., t. III, p. 186. Paris, 1802.)

(2) Ibid.

tion de ce filet rend parfaitement compte de l’oubli où il est resté, car il est fort difficile de le ménager dans les dissections, et comme l’anastomose se fait souvent à travers les muscles, on sacrifie sans attention ce filet que l’on prend pour une branche musculaire. Le mylo-hyoïdien se termine très-probablement dans les muscles (mylo-hyoïdien ventre antérieur du digastrique), après avoir épuisé une partie de ses filets dans le périoste. Il m’a toujours été impossible de trouver le filet qui, d’après Valentin, irait se terminer au périoste, à la peau et au muscle transverse du menton (1).

J’arrive maintenant à la partie difficile de la question, au trajet intra-osseux. Que l’on se reporte un instant aux considérations développées dans notre premier chapitre. Le dentaire inférieur et le sous-orbitaire sont disposés d’une manière idèntique chez le fœtus. L’âge en développant le sinus du maxillaire supérieur a pour ainsi dire étalé les filets destinés aux dents.

(1) Valentin, loc. cit., p. 381. La description est d’autant plus étonnante que nulle part dans les auteurs il n’en est fait mention. Tous ceux que j’ai pu consulter le font épuiser dans les muscles du plancher buccal.

Meckel note cependant une disposition tout à fait analogue. Meckel, De quintopare nervorum cerebri in : Ludwig : Scriptoresnevrologici minores selecti sive opéra minora ad anatomiam nervorum spectantia. Leips.,1891, in-4, p. 210.

Longet dans son Anatomie et physiologie du système nerveux de l'homme et des animaux vertébrés (Paris, 1842), soutient une opinion différente. Il aurait en poursuivant le mylo-hyoïdien jusqu’à ses origines réelles, constaté qu’il vient exclusivement de la racine motrice de la cinquième paire, il lui refuse donc toute action sensitive.

Mollière. 3

Une gaine extrêmement solide, ordinairement en continuité avec les fibres du tendon du crotaphyte, renferme les nerfs et les vaisseaux. Ici suivant l’exemple de Meckel l’ancien, je poursuis deux nerfs que je considère comme parfaitement distincts, et je recherche leurs anastomoses, leur distribution (1). Ces deux nerfs sont : l°le mentonnier, qui est un nerf mixte ; 2° le nerf dentaire proprement dit, nervus dentalis, qui est avant tout ün nerf sensitif mais qui contient des filets sympathiques en très-grand nombre (2). C’est ce dernier qui fournit aux vaisseaux, le nerf mentonnier ne fait que traverser le canal dentaire inférieur recevant, mais donnant aussi de nombreuses anostomoses au dentaire proprement dit. Chez la plupart des sujets le canal qui traverse l’os se bifurque au-dessous des grosses molaires pour former une sorte de canal collatéral qui va rejoindre le canal principal un peu plus loin.

Nerfs dentaires. — Une bonne partie des filets

(4) A l’instant où il pénètre dans le canal dentaire inférieur le nerf se partage en deux branches, l’une supérieure plus petite (nervus dentalis ), l’autre inférieure plus grande (ramus mentalis ), qui marchent à côté l’une de l’autre et qui communiquent par un grand nombre de filets anastomotiques. (Meckel, Manuel d’anatomie, t. III, p. 104. Trad. de Jourdan et Breschet, in-12. Paris, 4825.)

Hyrlt, dans son Anatomie de l'homme (8 e édition), suit exactement la même méthode. Il réserve le nom de dentaire inférieur exclusivement aux branches nées dans l’os, donnant la désignation de mentonniers aux rameaux qui doivent s’échapper par le trou de ce nom.

(2) Au-dessous des racines des molaires il existe de grand* plexus, à ce qu’il paraît ganglionnaires (Valentin, ibid.).

qui constituent ce groupe peuvent se poursuivre en remontant jusqu’au ganglion otique (1). Le faisceau reçoit au-dessous de ce point une première anastomose que l’on retrouve en écartant les fibres nerveuses, à peu près au niveau de l’entrée du nerf dans la mâchoire.

Il s’engage dans le canal collatéral dont je viens dé faire mention (ou entre les racines de la première grosse molaire quand ce canal n’existe pas). Avant d’y pénétrer il envoie sur l’artère un filet assez volumineux. On sait que cette artère a déjà reçu à son origine un plexus nerveux, dépendance du plexus de la maxillaire interne. Ces rameaux s’anastomosent par un filet gros et court au tronc commun, dentaire et mentonnier (2), puis ils forment un plexus assez riche autour des molaires, envoient un filet dans chaque racine, puis s’insinuant entre elles et les alvéoles, ressortent dans les gencives.

C’est à ce niveau-là qu’ils s’anastomosent avec le lingual (3). Les branches qui vont se perdre dans les cellules osseuses sont excessivement petites. Immédiatement après avoir fourni aux molaires, ou en sortant du canal collatéral quand il existe,

(1) Ce fait à la constatation duquel on n’amve qu’après une dissection des plus minutieuses n’a pas étés.signalé jusqu’ici, h ma connaissance.

(2) Je ne sais si cette branche est constante, en tout cas elle n'est signalée par aucun auteur. On lit cependant dans Swan la description d’un filet du dentaire inférieur envoyé sur l’origine de la maxillaire interne (Swan, ibid., p 60).

(3) Il y a vraisemblablement de petits filets du lingual qui traversent la table interné de l’os de la mâchoire pour aller s’anastomoser avec les ramuscules du plexus dentaire inférieur. (Valentin, ibid.).

ce nerf dentaire donne un deuxième filet à l’artère. Le nerf recevant une deuxième puis une troisième anastomose du mentonnier, se divise en longs plexus qui entourent les racines des dents, ou plutôt qui se divisent dans les alvéoles, fournissent une branche à chaque racine dentaire, et enfin envoie entre les alvéoles et les dents des filets gingivaux analogues à ceux des molaires (1). Impossible de donner une description plus détaillée de ces plexus d’où partent cependant des filets assez volumineux qui vont se rendre dans les cellules osseuses (2j. Mais ce qui frappe l’attention, c’est la

(1) La branche dentaire est placée au-dessous des dents à chacune desquelles elle envoie un filet. Tous ces filets naissent bien plus en arrière que les dents auxquelles ils sont destinés. Entre chaque couple de dents la branche donne aussi un filet à la gencive. (Meckel,ibid.,p. 104.) On retrouve la même disposition figurée dans les planches d’Arnold.

(2) Quoique l’existence de ces plexus soit un fait depuis longtemps acquis, leur description est cependant omise dans la plupart des traités d’anatomie. Wrisberg (De nervis arterias venasque comitantibus in Ludwig, loc. cit., p. 37, t. III), n’en parle pas. Bourgery les figure dans son Atlas sans en parler. Swan (loc. cit., p. 60) s’exprime ainsi : Le nerf dentaire inférieur envoie en bas un rameau qui donne un filet à la racine postérieure de la seconde dent molaire, contourne en avant la partie supérieure de la même racine pour se terminer dans le tissu spongieux de l’os. «Valentin donne une description beaucoup plus détaillée (ibid., p.383) : « A la mâchoire inférieure il y a un plexus très-compliqué qu’on appelle plexus maxillaire inférieur... Il part de tous côtés des filets extrêmement nombreux qui dans les petits canaux médullaires forment à toutes les hauteurs et dâns toutes les directions, un plexus nerveux des plus serrés. » Hyrlt (loc. cit.) admet un plexus entourant l’artère et fournissant à la pulpe des dents, aux cellules du tissu spongieux et aux gencives à travers les alvéoles. La branche mentonnière concourt par ses anastomoses à la formation de ce plexus.

La description de Bauhin se rapproche aussi de celle d’un plexus.

facilité avec laquelle on reconnaît les points où la branche mentonnière donne des filets aux plexus. Elle reste donc parfaitement distincte dans tout son trajet.

Arrivée au trou mentonnier la branche mentonnière sort de l’os, mais le plexus dentaire se continue dans des vacuoles plus ou moins irrégulières et non dans un canal distinct à parois définies, comme on le dit ordinairement. Le canal dentaire régulier n’était destiné qu’aux nerfs mentonniers; les plexus dentaires sont en dehors de lui, perdus, pour ainsi dire, dans les cellules osseuses. Cette disposition persiste seule dans la région incisive. Mais au niveau du trou incisif, dans ces vacuoles à trois millimètres environ en avant, on trouve une intrication extrême des filets nerveux qui enlacent l’artère dans un réseau .très-serré. J’ai plusieurs fois trouvé dans ce point des grains ganglionnaires contenant des cellules nerveuses. Il existe donc un véritable ganglion incisif (1).

Le nerf vient ressortir immédiatement en arrière

(1) Aucun auteur n’a jusqu’ici signalé ce ganglion, j’ai pu constater sa présence et sa nature sur deux sujets seulement. Il m’a échappé chez les autres. Cependant l’anatomie comparée me permet de penser qu’il est constant. Il serait sujet à variation comme le ganglion otique. Ce qui du reste m’encourage à annoncer son existence malgré mes recherches si souvent infructueuses, c’est que le ganglion otique que personne ne discute aujourd’hui était encore nié en 1833 par l’anatomiste Shlemm dans le Journal médico-chirurgical d’Edimbourg. — Du reste, on trouve dans Valentin (ibid., p. 383) la phrase suivante : «Au-dessous et en dedans des racines de la troisième molaire, et entre celle de la canine et de la première molaire on peut distinguer de grands plexus d ce qu'il parait ganglionnaires.

— ai¬

des incisives par le trou constant auquel j'ai proposé de donner le nom de trou incisif. Il se perd alors dans la muqueuse. Avant sa sortie il se distribue en plexus autour des racines des incisives auxquelles il fournit des filets. Je ferai remarquer en terminant que d’ordinaire on peut séparer complètement le nerf menton nier, et que la partie du mentonnier qui donne les anastomoses aux plexus est distincte avant même l’entrée du tronc commun dans la mâchoire. Chemin faisant le tronc commun envoie des branches plus ou moins volumineuses dans les cellules osseuses situées au-dessous du canal. On en rencontre en général un plus volumineux que les autres, dont la direction est ordinairement récurrente (1).

Branche mentonnière. —» Nous la connaissons déjà dans toute la longueur de son trajet intraosseux, mais avant de la suivre dans l’épaisseur des lèvres, au moment où elle s’échappe par le trou mentonnier, je dois relèver une inexactitude qu’on trouve dans l’Anatomie de Bichat. Cet auteur avance, page 187, que le nerf mentonnier, à sa sortie de la mâchoire, représente la moitié environ du tronc nerveux à son entrée, l’autre moitié étant épuisée à fournir aux dents. Cette assertion est doublement erronée : erreur de.fait : les- filets qui s’échappent par T orifice en question représentent au

(!) C’est probablement celui que décrit l’Encyelop. anat. en ces termes: «Souvent on voit un rameau, plexiforme appelé rameau dentaire inférieur courir le long du bord externe du.nerf. » (Va. lentin, ibid.).

moins les deux tiers du'tronc à son entrée; erreur â j interprétation : car la moitié, ou plutôt le tiers qui manque est loin de représenter ce qui se distribue à l’os et aux dents. On a vu dans la description qui précède qu'une grande partie de ces nerfs sortaient par les orifices alvéolaires et les petits trous périostiques pour s’aller distribuer à la muqueuse geng’ivale. A sa sortie de la mâchoire, le nerf mentonnier présente en général trois faisceaux de volumes inégaux qui, unis d’abord par un tissu cellulaire assez lâche, peuvent se séparer sans difficulté. La marche, la distribution de ces branches est variable. Presque immédiatement naissent des filets qui se portent aux gdandules buccales, à la muqueuse labiale, à la peau de la lèvre. Au moment où les rameaux perforent ainsi les tissus, ils sont croisés par la branche cervico-faciale de la septième paire, avec laquelle ils présentent des connexions assez intimes , formant une sorte de plexus tout à fait identique à celui du nerf sous-orbitaire. Il y a vraisemblablement des anastomoses entre les deux. En général, et je ne l’avance qu’avec une certaine hésitation, on voit un certain nombre de pinceaux nerveux se perdre dans les muscles mentonniers, en particulier dans le muscle carré. Cette terminaison dans les museles me paraît chose certaine, et cependant il y a dans les auteurs de grandes divergences à ce sujet. Quelques-uns nous affirment son existence, d’autres passent sous silence ce détail de description, mais Longet est peut-être le seul à la nier. Il y a du reste dans les descriptions de

nombreuses variétés ; tantôt elles sont très-riches en détails dont je n’ai jamais pu constater l’exactitude, tantôt on trouve des termes vag*ues comme lèvre inférieure, téguments de la bouche, etc. (1) .

(1) La branche mentonnière se partage aussitôt sous le muscle triangulaire fies lèvres en deux rameaux, les nerfs labiaux inférieurs... L’externe donne des filets au muscle triangulaire des lèvres, mais principalement à la partie inférieure de l’orbiculaire... L’interne donne des filets au muscle abaisseur de la lèvre ou releveur du menton, à la partie moyenne de l’orbiculaire des lèvres, etc... Il s’anastomose avec le facial. (Manuel de Meckel, p. 104.) Une opinion semblable est soutenue par lui in Ludwig, Op. cit. Meckel, de Quinto pare nervorum cerebri, p. 210. Il le fait distribuer au carré du menton. — Wrisberg et Sœmmering sont muets à ce sujet.

Presque tous les filets en remontant entre la membrane de la bouche et les muscles envoient leurs filaments aux abaisseurs de l’angle des lèvres, abaisseur de la lèvre inférieure, releveur du menton, buccinataur, etc...(Bichat, Traité d’anatomie, p. 188). Le nerf maxillaire inférieur sort par le trou mentonnier, se réfléchit de bas en haut derrière le muscle triangulaire, et se divise en plusieurs rameaux qui se distribuent au muscle carré, au triangulaire, à la houppe du menton, au buccinateur, au demi-orbiculaireinférieur... Ces rameaux s’anastomosent avec le facial (Boyer, Traité complet d’anatomie ou description de toutes les parties du corps humain. In-12, Paris, 1810, t. III, p. 341).

Ensuite, il sort par le trou mentonnier, et après s’être anastomosé avec le facial, il se termine dans les glandules buccales, les muscles et la peau de la lèvre inférieure et du menton.. (Swan, loc. cit., p. 60.)

Arnold et Cloquet représentent des branches musculaires dans leurs planches.

La branche externe sort par le trou mentonnier divisée en un grand nombre de filets rayonnants, qui vont aux muscles de la lèvre inférieure et du menton, et s’anastomosent avec les filets du nerf facial (Bayle, Traité élémentaire d’anatomie, p. 325, 5 e édition, in-12, Paris, 1843).

In plures fibrillas dirimitur quœ in musiulis labri inférions et in menlo desimnt. (Yieussens, Neurographia universalis. Lyon, 1865, in-folio, p. 173).

Hyrlt admet aussi cette distribution aux muscles.

Velpeau (Traité d’anatomie chirurgicale, 3 e édition, Paris, 1834) nous dit : .< Le dentaire qui sort par le trou mentonnier reste

Ainsi donc, en résumé, nous admettons qu’un tronc commun, le dentaire inférieur, après avoir fourni des filets moteurs aux ptéryg*oïdiens et aux muscles du plancher buccal, ainsi qu’au périoste de la mâchoire, se divise dans le canal dentaire en deux parties. L’une plexiforme, ganglionnaire, est en rapport avec le ganglion d’Arnold, s’anastomose avec le plexus sympathique de la maxillaire interne, forme elle-même de grands plexus autour des dents fournissant des rameaux alvéolaires, dentaires, gingivaux, osseux et vasculaires, et renferme sur son trajet un g*ang*lion du grand sympathique pour lequel je propose le nom de ganglion incisif. L’autre est un nerf mixte qui donnant des filets sensitifs aux plexus dont je viens de parler, sort de l’oS vers la deuxième petite molaire pour se distribuer à la peau, à la muqueuse et aux glan-

profond, se distribuant aux muscles il est placé de manière que s’il était atteint d’une névralgie, » etc.

Nervi soboles ad labrum inferius educitur. Johanis Riolan, Med. opéra omnia, p. 51. Paris, 1610.

Même sobriété de détails dans Diemerbroeck. Voyez p. 533, opéra omnia, t. I, Genève, 1687.

Le nerf dentaire ne donne aux dents que des filets très-petits. Il sort presque tout entier par le trou mentonnier pour se distribuer à la peau de la lèvre inférieure et un peu à ses muscles. (Desmoulins et Magendie, Traité des systèmes nerveux, p. 401.)

Hirshfeld. Bourgery, Valentin, Sappey, Cruveilhier, ne parlent pas de cette distribution aux muscles, Malgaigne ne se prononce pas; Longet, au contraire, déclare que le nerf en question est exclusivement sensitif. Chez quelques autres auteurs que je n’ai pas cités, on trouve si peu de détails, qu’il est impossible de les faire entrer en ligne de compte. Je crois pour mon compte à l’existence des filets musculaires, une autre question est celle de leur valeur physiologique. J’aurai à revenir là-dessus dans un chapitre suivant.

Mollière, 4

dules des lèvres, aux muscles du menton. Dans tout ce trajet on voit que le dentaire paraît s’anastomoser à ses extrémités avec lui-même, avec le grand sympathique et peut-être avec le facial.

Variétés. — Dans le cours de mes dissections j’ai rencontré quelques variétés dans le trajet du nerf dentaire. Fréquemment la branche mentonnière sort par deux orifices. J’ai signalé plus haut les différences que présente la branche dentaire proprement dite dans ses rapports avec les racines des molaires. J’ai rencontré d’autres dispositions assez remarquables. En voici trois que j’ai cru dignes d’être notées.

Chez un vieillard j’ai trouvé une première branche, branche mentonnière qui parcourait tout le canal pour venir s’échapper par l’orifice mentonnier. Elle envoyait dans son trajet deux anastomoses à une branche supérieure qui allait constituer à elle seule le nerf incisif des auteurs classiques. On trouvait la première anastomose à l’entrée même du canal dentaire ; elle cheminait sous les molaires dans un canal spécial et rentrait dans le canal commun pour s’unir à la branche incisive. L’autre anastomose se voyait un peu plus bas.

Mais ici le nerf incisif se terminait en sortant par un deuxième trou mentonnier pour se venir perdre dans la muqueuse gingrvale, tandis que l’extrémité suivait sa route habituelle pour s’aller perdre vers la racine des incisives. Les rameaux plexiformes des alvéoles et des dents ne présentaient rien d’anormal.

Chez un deuxième sujet, j’ai trouvé une autre disposition. Comme dans le cas précédent, il y avait deux trous mentonniers donnant issue à deux branches nerveuses, le nerf incisif se terminant vers les racines des incisives d’une part, à la muqueuse gingivale d’une autre. Mais ici le nerf mentonnier ne donnait plus d’anastomose au nerf incisif; au contraire, il recevait un rameau volumineux qui pénétrant dans l’os par sa face supérieure et interne, était reçu dans un orifice situé immédiatement en dehors de la dernière molaire. Ainsi donc nous avions ici une double anomalie : 1° dans la disposition de l’anastomose au niveau des molaires; 2° dans la terminaison du nerf incisif. J’ai rencontré cette dernière assez fréquemment.

Enfin, chez un autre sujet, on voyait trois troncs à peu près indépendants dès leur entrée dans le canal osseux: l’un était la branche mentonnière, le second constituait à lui seul le plexus des molaires, et le troisième allait former le plexus des incisives.

Page 1