‹ Du nerf dentaire inférieur: anatomie et physiologie, anatomie comparéeChapitre 6 sur 10 · TERMINAISON · texte numérisé non relu

TERMINAISON

Dans le courant de la description j’ai abandonné les filets nerveux à leur entrée dans la pulpe dentaire. Il importe de rechercher quel est leur mode

de terminaison. Cette question n’a pas été résolue jusqu’ici, ou tout au moins les solutions proposées n’ont pas cours dans la science, aussi n’est-ce qu’avec la plus grande timidité que je vais exposer le résultat de mes recherches. Avant d’aborder l’étude si délicate des dents proprement dites, j’ai dû chercher à suivre un à un tous les org*anes qui les représentent dans la série animale, et à reconnaître comment les nerfs se terminent dans leur intérieur; car je crois l’opinion de Leydig* parfaitement exacte, les dents ne sont que des papilles modifiées. On s’est surtout appliqué à suivre les modifications de l’armature buccale des vertébrés, au point de vue de l’acte de la mastication, et c’est le point de départ que l’on a pris pour les cataloguer sous forme de classification. On a créé deux catégories, celle des dents proprement dites et celle des org*anes odontoïdes (1). Cette classification peut présenter de grands avantagées, on peut même la considérer comme naturelle, elle l’est tout autant que bien d’autres; mais au point de vue purement anatomique, je crois qu’il est préférable de suivre pas à pas le développement de la papille et sa transformation graduelle en dent. Elle peut se transformer en dent de deux manières (2) : 1° son épithélium devient épais et corné; 2° la substance conjonctive devient calcaire.

fl) Voyez Milne Edward, Leçons sur la physiologie et l’anatomie comparée. T. VI, Paris, 1860.

(2) Leydig. Traité d’histologie de l’homme et des animaux. Traduction de Lahilônne. Paris, 1866, in-8, p. 340.

J’ai pris en conséquence pour point de départ les organes odontoïdes. Ils sont pour le plus grand nombre constitués par des papilles recouvertes d’un épithélium durci (bec des oiseaux, dents palatines des échidnés, papilles palatines, poils palatins des rongeurs, etc.).

Dans ces organes, c’est la fonction tactile qui 1’emporte ordinairement, la dent est surtout papille. Au contraire, chez l’homme et les vertébrés supérieurs, la dent est avant tout un organe masticateur. Enfin, chez certains animaux, on trouve les deux fonctions nettement séparées. Ainsi, tandis que les Daurades ont la bouche hérissée de véritables dents, innervées par un plexus tout à fait analogue à celui des tortues par exemple, d’autres poissons, comme les 4narhicas, ont des dents trèsdéveloppées en apparence, mais des dents sans pulpe dentaire, des dents simplement accolées aux os par un mode d’articulation appelé ankylosé. Elles sont donc absolument dépourvues de fonctions tactiles, on peut les assimiler aux dents pharyngiennes de certains serpents, etc.

Chez le bœuf, au contraire, on trouve des papilles à la place des dents. Sur le bourrelet cartilagineux qui à la mâchoire supérieure fait face aux incisives supérieures, on peut voir plusieurs rangées de grosses et longues papilles, recouvertes d’une couche considérable d’épithélium, c/est l’organe tactile.

Enfin, chez l’échidné, la papille devenue dent apparaît dans toute sa simplicité. Ces animaux

présentent à la partie postérieure de leur voûte palatine, trois ou quatre rangées transversales de dents peu adhérentes, sans alvéoles, formées par une enveloppe très-dure, unie avec l’épiderme avec lequel elles s’enlèvent après macération. Elles recouvrent des papilles formées par des prolongements du derme muqueux accompagné d’un réseau capillaire très-fin et d’un réseau nerveux dont les filets se terminent à des renflements de forme et de volume variables. Sur la voûte palatine des surmulots, on trouve entre les incisives et les molaires deux ou trois rangées transversales de papilles plus dures, plus résistantes que les autres. La papille nerveuse est dans ce cas très-difficile à isoler. Elle est recouverte par une coque épaisse de substance cornée, formée par plusieurs couches superposées de cellules épithéliales dont la disposition rappelle celle des globes épidermiques des cancroïdes.

Grandry, reprenant l’étude des corpuscules tactiles chez les oiseaux, a vu les nerfs s’y terminer aux éléments figurés. Cette étude l’a conduit au même résultat chez l’homme. Je n’insiste pas sur les différents modes de terminaison observés par cet auteur (1). Je renverrai pour plus de détails au Traité dhistologie comparée de Leydig et au mémoire de Goujon sur les corpuscules tactiles renfermés dans le bec du perroquet (2). Je rappellerai

(1) Recherches sur la terminaison des nerfs cutanés. Journal de Robin, t. VI, p. 393. Grandry.

(2) Ibid.

en passant qu’autant que j’ai pu voir, tous les oiseaux ont des nerfs analogues dans le bec, tous les organes odontoïdes pourvus d’un système nerveux possèdent dans leur intérieur des renflements analogues.

Chez l’ornithorynque le trait d’union se voit d’une manière frappante. Dans toute la partie antérieure du bec la substance cornée est disposée en sillons transversaux à direction oblique de dedans en dehors et d’arrière en avant. C’est absolument la même disposition que chez le canard domestique, tandis qu’à la partie postérieure on retrouve deux alvéoles profonds qui servent de base à un amas de substance cornée dont la forme est celle d’une molaire.

L’analogie est la même sous le champ du microscope. Les sillons antérieurs sont, comme chez le canard, garnis d’une rangée de papilles tactiles très-serrées. C’est la disposition du bec. Dans ces molaires cornées, au contraire, les papilles sont plus rares, beaucoup plus espacées, il y a une quantité beaucoup plus considérable de substance cornée, c’est une dent. Les dents ont donc bien deux fonctions séparées, comme organe tactile, comme organe de mastication.

J’arrive maintenant à l’étude des dents calcaires, ici l’examen du système nerveux sera très-difficile, la fonction tactile a fait place à la fonction masticatoire ; il ne faut donc pas s’étonner de voir diminuer les organes de sensibilité dont le rôle a perdu son importance.

Robin et Magitot (1) ont suivi les rameaux dentaires dans l’épaisseur du bulbe ; d’après eux les fibres nerveuses très-ténues, étroitement resserrées dans leur périnèvre formeraient tout d’abord un plexus dont les rameaux iraient au milieu des anses vasculaires se terminer par une extrémité effilée extrêmement pâle et très-difficile à voir, qui arrive presque au contact de la surface interne de l’ivoire. Il y aurait deux ou trois terminaisons semblables pour chaque incisive. Sur de (rès-nombreuses préparations j’ai pu constater l’exactitude de cette description, sans jamais pouvoir aller au delà. J’agissais en enlevant la pulpe dentaire de sa cavité et en pratiquant des coupes minces, les colorant par le carmin, par l’hématoxyline, etc.... Enfin j’ai fait des coupes sur des g*ermes dentaires, des coupes d’ensemble. Après nombre d’essais infructueux j’avais constaté que les filets nerveux venaient se perdre dans de petits amas d’éléments figurés assez mal définis à la vérité; ces sortes de corpuscules terminaux présentent chez le veau un volume assez considérable. Ils sont presque toujours en contact avec la surface interne de l’ivoire. On distingue dans ces corpuscules de petits noyaux (?) qui se colorent très-fortement par le carmin. Je

(1) On a prétendu que les tubes nerveux passaient de la pulpe à travers les canalicules de l’ivoire, pour s’y terminer. Cette singulière opinion, reproduite cependant dans le Traité d’anatomie chirurgicale de Paulet et Sarrazin, est basée sur quelques faits pathologiques qui sont ruinés tous les jours par des observations contradictoires. C’est du reste une hypothèse pure et simple. (Article Dont in dict. de Jaccoud, t. XI, p. 14 4 2.)

n’ai pas trouvé de membrane enveloppante au corpuscule et à ce niveau il est excessivement difficile de suivre le périnèvre.

Si mes recherches sont exactes, le filet nerveux se terminerait donc dans les dents à des éléments figurés comme il se termine à des éléments figurés dans les corpuscules du tact; on a donc raison de considérer la dent humaine comme une papille modifiée, ainsi se vérifierait pour la question qui nous occupe la grande loi de Newton : Similiter posita omnia in omnibus fere animalibus.

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