CHAPITRE IV
Nous avons à suivre les modifications du dentaire inférieur chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons. A cet effet j’ai disséqué un certain nombre d’individus appartenant à ces différentes classes, m'attachant plutôt à suivre les modifications des organes de la mastication, que l’ordre toujours plus ou moins arbitraire des classifications admises. Après avoir décrit les mammifères et les oiseaux avec quelques détails je me bornerai à un exposé sommaire de ce que j’ai pu voir chez les reptiles et les poissons. Quoique l’on puisse parfai-
(1) Qu’il me soit permis de remercier ici M. le professeur Lortet de la bonté avec laquelle il a bien voulu mettre à ma disposition les échantillons sur lesquels j’ai pu faire mes recherches.
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temènî. suivre les transitions dans ces deux classes, les échantillons que nous possédons dans nos pays chez les premiers, les différences innombrables dans la disposition de la bouche chez les seconds, ont borné nos recherches à l’étude de quelques types seulement.
Avant d’entreprendre la description des nerfs j’ai dû jeter un coup d’œil sur la disposition que la mâchoire présente chez les divers animaux. Décrire en détail cet 6è et ses modifications m’entraînerait trop loin, je ne ferais du reste que répéter ce que l’on trouve dans tous les traités d’anatomie comparée, je veux seulement dire quelques mots sur les orifices.
Le trou mentonnier présente de nombreuses variations, sinon de siège, du moins de nombre. 11 est extrêmement fréquent d’en trouver plusieurs. Tout d’abord j ’ai remarqué que chez les rongeurs et les animaux herbivores on n’en rencontrait qu’un seul (lapin , cabiais, surmulot, porc-épic, etc., bœuf, girafe, mouton, chèvre, etc.), tandis que tous les carnassiers en présentent un nombre plus ou moins considérable. Il en est dè même chez les insectivores. Le lynx en a 3; le guépard, 5; le renard, le chien, le chat, le sanglier, 3. Les ours varient entre 3 à 5. J’en ai trouvé beaucoup de variétés chez l’ours des cavernes, tant au point de vue du volume qu’au point de vue du nombre.
Mais d’un autre côté un grand nombre de singes présentent aussi cette multiplicité d’orifices. Ces aminaux ne sont cependant pas carnassiers.
M,ais il existe chez eux des organes qu’on ne rencontre pas chez les autres frugivores ou herbivores, et d’autres qui leur sont communs avec les carnassiers, je veux parler des abajous et d’autre part d’un petit repli ,4 e muqueuse qui vient recouvrir chez eux comme chez les carnassiers la base des puissantes canines dont bop nombre sont pourvus.
Quant à l’orifice postérieur du canal dentaire il est aussi sujet à variation. Mais la loi est beaucoup plus facilp à saisir.
A mesure que l’on se rapproche des herbivores on le voit monter pour ainsi dire, et se rapprocher de plus ep plus de l’articulation temporo-maxillaire. Chez les carnassiers au contraire l’orifice est très-voisin du bord inférieur de la mâchoire. Cette remarque peut avoir sa valeur en paléontologie, il ne rentre pas dans mon sujet de l’apprécier plus longuement.
Quadrumanes, Chez le cynocéphale papion, la disposition du dentaire inférieur est à peu près la même que chez l’homme. Le lingual, le mylo-hvoïdien et le dentaire sont séparés presqueimmédiatement au niveau du trou ovale, et oest à peine à 2 ou 3 millimètres de cet orifîpe que la u : ei;f tympanique vient se jeter dans le lingual. Tl présente du reste la même disposition qu.ecb$z l’homme.
Le mylo-hyoïdien libre dès spn origine s’écarte très-notablement en ayant et surinut en dedans du tronc dentaire, aussi ne lui trouve-t-pn pus de gouttière creusée sur la surface interne de la mâchoire,
avec laquelle il ne se met même pas en rapport. Après un court trajet et l’abandon de quelques filets glandulaires il se perd dans les muscles du diaphragme buccal. Quant au tronc du dentaire, il affecte absolument la même distribution que dans l’espèce humaine, s’épuisant en plexus extrêmement riches, dont les branches d’origine naissent dès l’entrée du tronc nerveux dans la mâchoire et dont les filets gingivaux sont beaucoup plus développés que chez nous. Il se poursuit facilement jusqu’aux incisives où il reçoit un filet volumineux du mentonnier.
Ce dernier, après ces anastomoses,sort au menton par quatre orifices; le premier en arrière donne passage à un nerf cutané, le second à une branche qui va se perdre sous la muqueuse des abajous; les deux rameaux antérieurs sont destinés à la muqueuse labiale, à la peau et aux muscles du menton. Dans toute sa longueur l’artère est entourée par un plexus très-serré. La gaîne périostique qui renferme le tronc nerveux est peu adhérente à l’os, elle est en continuité directe avec le tendon du muscle crotaphyte.
Galago fit* Sénégal (singe nocturne). — Ce petit animal est considéré comme un trait d’union entre les singes et les chéiroptères. Il présente absolument la même disposition que chez l’homme pour la partie qui nous occupe. Le lingual s’aplatit en expansion plexiforme sous la langue, mais le mylo-hyoïdien n’a pas encore de gouttière creusée dans la mâchoire. 11 en reste séparé de 2 ou
3 milimètres et se perd dans les muscles du diaphragme buccal sans avoir fourni de filets sensitifs. Le nerf mentonnier sort de la mâchoire par un seul orifice, et va se perdre dans les lèvres en rameaux divergents. L’extrême ténuité de ces parties ne m’a pas permis d’examiner si le plexus dentaire présentait des différences dignes d’être notées.
Chez les autres singes je n’ai pu examiner que des crânes secs. Le gorille, les semnopithèques maucus, tschin-coo, patas, les gibbons moroous et hylobates, l'atèles belzébuth, les saki, les tamarins, les ouistitis, ne présentent qu’un seul trou mentonnier, tandis que les Cynocéphales en ont cinq ou six, d’autres atèles, deux; les makis, trois ou quatre. La disposition de ces orifices peut, jusqu’à un certain point, donner une idée de la distribution du nerf mentonnier, car ce sont des nerfs qui sortent par eux. Je n’ai jamais vu à la mâchoire les nerfs, et les vaiseaux sortir par des orifices spéciaux.
Chez les chéiroptères , j’ai pris comme type une roussette. Il y a identité presque absolue avec ce que l’on rencontre chez l’homme. Le mylo-hyoïdien se rapproche de la face interne de la mâchoire inférieure pour se distribuer aux muscles du diaphragme buccal et à la muqueuse de la bouche. Le lingual a aussi la même position que chez nous, et le nerf mentonnier s’échappe par un orifice unique pour venir se distribuer à la lèvre après avoir suivi son trajet isolé à travers le canal den-
taire. Les plexus dentaires échappent par leur excessive ténuité à une description complète.
Les marsupiaux, les insectivores, les carnassiers, présentent entre eux de grandes analogies au point de vue qui nous occupe. Ainsi chez la taupe, chez le hérisson il y a multiplicité du trou mentonnier. Il en est de même chez le sarigue erabier. Chez cet animal la branche mylo-hyoïdienne est comme chez les singes, libre dès son origine extracrânienne, mais il long*e le tronc principal jusqu’à son entrée dans la mâchoire : à ce niveau il suit un court trajet entre la muqueuse et les muscles du diaphrag*me buccal, pendant lequel il est situé à 1 millimètre au moins de la face interne de l’os. A ce niveau plusieurs filets s’ep détachent pour Ips giandes salivaires, la muqueuse et les muscles. Il les perfore à 2 millimètres de la symphyse du menton pour pénétrer sous la peau de cette région à laquelle il se distribue. Le lingual suit son trajet ordinaire, mais indépendamment des filets gingivaux (ceux que l’on décrit sous le nom de maxillaires inférieurs) il fournit une longue branche qui longeant le côté interne du plancher buccal à la racine de la langue, va se perdre dans la muqueuse immédiatement en arrière des incisives. Quant au dentaire proprement dit, il fqurnit là comme ailleurs un très-riche plexus alvéolaire, et le mentopnier sort de la mâchoire par deux orifices; l’un situé vers la partie externe (Jes molaires, donne passage à un petit filet qui se perd dans la muqueuse gingivale. L’autre situé pn arrière de la
canine laisse sortir la presque totalité du tronc nerveux qui va se jeter dans les téguments des lèvres. Dans la portion incisive se trouve un renflement aplati, blanc, qui fait suite au tronc principal. Il est en rapport avec un filet qui entre dans la racine de la canine, avec ceux qui vont aux incisives, avec un dernier ramuscule qui perfore l’os pour s’aller jeter dans la peau.
Pour ce qui est des carnassiers j’ai pris pour type les deux plus communs, le chien et le chat. Chez le chien il n’y a rien à noter d’important pour ce qui est de la première partie du trajet de ce nerf. J’ai déjà fait remarquer plus haut quels sont les rapports qu’affecte chez cet animal le tronc maxillaire inférieur avec l’origine de la corde du tympan. La partie dentaire proprement dite est assez développée et forme des plexus très-riches, particulièrement dans la région incisive où leur intrication est extrême.
Quant à la portion mentonnière elle sort par trois orifices. Celui qui est situé le plus en arrière doit être considéré comme le véritable trou mentonnier. A peine sortis, les rameaux nerveux se distribuent aux téguments de la lèvre inférieure en traversant les couches musculaires auxquelles ils abandonnent quelques filets. Ils se distribuent à la muqueuse envoyant une branche particulière à ce petit repli qui lorsque l’animal ferme la bouche s’insinue entre les canines inférieure et supérieure. On remarque comme chez l’homme de très-pelits filets qui traversant l’os dans la région incisive,
viennent se distribuer à la partie postérieure des g*encives derrière les incisives. La branche mylohyoïdienne est distincte dès le trou ovale et après un court trajet fournit aux muscles du diaphragme buccal quelque rameaux, et s’épuise dans la peau de la région intermaxillaire après avoir croisé presque perpendiculairement la direction de la branche horizontale de la mâchoire. Le lingual fournit une longue branche qui longeant dans la muqueuse la branche horizontale de la mâchoire, va s’épuiser dans les gencives en arrière des incisives.
Chez le chat il existe trois orifices mentonniers qui tous les trois sont situés en avant de celui qui correspond à ce trou chez l’homme. L’un de ces trous donne passage aux filets qui vont se perdre au repli de la muqueuse destiné à la base de la canine comme chez le chien; un plexus analogue à celui de l’homme fournit aux dents. Quant à la branche mylo-hyoïdienne, après avoir suivi la face interne de la mâchoire dans une longueur de 15 millimètres elle envoie les rameaux assez volumineux aux muscles du diaphragme buccal, mais va s’épuiser en grande partie dans la peau de l’espace situé entre les deux branches de la mâchoire. Ici le nerf mylo-hyoïdien est donc mixte.
Le tronc principal entre dans la mâchoire par un orifice situé très-près du bord de cet os. Chez les jeunes il n’est entouré inférieurement que par une couche osseuse très-mince, qu’il est très-facile de diviser. Mais avec les progrès de l’âge il s’en
forme de nouvelles qui éloignent le nerf de ce bord, ce qui nous permet de penser que c’est surtout par son bord inférieur que la mâchoire s’accroît en hauteur.
La région gingivale postérieure des incisives est innervée par une longue branche du lingual qui se détachant de ce tronc suit la rainure qui sépare la langue de la mâchoire, rampant sous la muqueuse à laquelle elle fournit quelques filets.
gtongeura. — J’ai pris comme types le surmulot, le lapin, le cabiais. On rencontre du reste, chez presque tous, la même disposition, aussi me bornerai-je à l’étude de ces trois espèces seulement.
Le surmulot présente une disposition assez remarquable. Dès sa sortie du crâne, le nerf maxillaire inférieur émet trois branches terminales distinctes : 1° le lingual, qui, après avoir reçu la branche tympanique, suit une marche anologue à celle du lingual humain ; il donne des filets relativement très-volumineux aux glandes salivaires. 2° Le mylohyoïdien, libre presque dès son origine, s’écarte de la mâchoire inférieure, se distribue aux muscles du plancher buccal, les perfore et va se perdre dans les houppes de poils qui sont situées au-dessous de la symphyse. Quant au troisième, c’est le nerf dentaire inférieur. La portion mentonnière, entrée par un orifice très-antérieur, suit un trajet très-court pour venir se perdre dans les téguments des lèvres en passant par un trou unique ouvert immédiatement en avant de la première molaire. On peut suivre à l’œil nu les filets jusqu’aux folli—
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cules pileux. La portion dentaire forme autour des racines des molaires un plexus dont l’excessive ténuité ne permet pas la description. On voit cependant une branche volumineuse pénétrer dans la racine de l’incisive, qui est très-largement ouverte.|
Chez le lapin, on rencontre une disposition à peu près identique. Cependant, les portions dentaires et mentonnières sont beaucoup moins distinctes. Le trajet intra-osseux est extrêmement court, il se borne presque exclusivement àlarég*ion molaire. Le nerf s’échappe par un trou mentonnier unique, pour former avec le facial un plexus trèsembrouillé qui ne permet pas de voir comment il se comporte avec les muscles. Avant de sortir de l’os, il avait abandonné une branche volumineuse à l’incisive. Le lingual fournit aussi une longue branche externe qui, rampant sous la muqueuse près du bord de la mâchoire, va se distribuer à la gencive, près du collet des incisives.
Chez le cabiais, on trouve une mâchoire dont le volume est relativement très-considérable. La bouche est extrêmement petite, et la peau y pénètre pour ainsi dire, puisqu’une partie de sa cavité est, de même que les lèvres, recouverte de poils. La région du cou possède un muscle peaucier très-fort.
La branche dentaire inférieure est cependant très-grêle. Mais la disposition que présente l’ensemble des branches terminales du maxillaire inférieur est très-remarquable. Elles sont au nombre de trois : 1° une branche interne distincte dès la
sortie du crâne, branche que l’on peut considérer comme le lingual, malgré sa disposition ; car, après s’être engagée entre le masséter et la mâchoire, elle va se distribuer sur la face externe de la muqueuse buccale, vers la racine de la langue, à laquelle elle ne donne pas un seul filet. 2° Le nerf mylo-hyoïdien, libre dès son origine, perfore le muscle dontil porte le nom, croise perpendiculairement la direction de la mâchoire inférieure, sort au-dessous de son bord interne et se distribue au muscle peaucier et à la peau. Pour ce qui est de la troisième, la branche dentaire proprement dite, il n’y a qu’un seul trou mentonnier qui est très-petit. La branche est elle-même excessivement grêle. Elfe se divise à sa sortie en plusieurs faisceaux qui vont en divergeant se perdre dans les replis cutanés de la commissure buccale.
Il est difficile de dire s’ils innervent seulement la peau, ou s’ils donnent des branches musculaires aux fibres inextricables qui s’insèrent à sa face interne dans cette région. Une branche volumineuse continue le trajet intra-osseux du nerf dans la région incisive, et vient sortir vers le collet de cette dernière, après avoir cheminé dans toute la longueur de son alvéole, eiitre elle et les parois de ce dernier.
Ruminants. — Chez l’agneau, le nerf mylohyoïdien est distinct dès son origine extra-crânienne, immédiatement au-dessous du trou ovale. Arrivé au niveau de la mâchoire, il s’aplatit dans une gouttière ostéo-fibreuse, pour s’aller épanouir
dans les muscles du plancher buccal au milieu desquels il s’épuise. Quant au lingual, il fournit une longue branche externe représentant environ le tiers de son volume.
Elle longe la racine de la langue, lâchant sur tout son trajet des filets qui, naissant à la manière des barbes d’une plume, vont se distribuer à la muqueuse sublinguale et gingivale. Les plexus qui entourent les molaires rappellent assez bien ceux de l’homme, et je n’ai pas à leur sujet de particularité importante à noter. La branche mentonnière se perd dans les lèvres après s’être divisée en trois ou quatre branches. On trouve des filets qui vont se rendre aux muscles mentonniers, près de leur insertion. Le plexus qui entoure les incisives est très-riche. On remarque une disposition particulière vers l’origine extra-crânienne.’
Immédiatement au-dessous du trou ovale, on rencontre trois troncs parallèles et distincts : le lingual, lemylo-hyoïdien, le dentaire inférieur. A ce niveau, on peut voir une branche grêle qui, partie du mylo-hyoïdien, croise le dentaire sur sa face interne perpendiculairement à la direction de ses faisceaux, pour aller se jeter dans le lingual. Audessous de cette branche communicante on trouve une anastomose en forme d’anse à concavité supérieure unissant les deux mêmes troncs nerveux en embrassant le tronc dentaire inférieur.
Chez le même disposition. Je rappellerai
seulement que la gaîne fibreuse qui renfermé les vaisseaux et les nerfs contient dans son épaisseur
une quantité énorme de tissu adipeux. A la sortie du trou mentonnier, la branche de ce nom se divise en quatre rameaux destinés à la muqueuse et à la peau. Quant aux plexus dentaires proprement dits, ils sont extrêmement riches, non-seulement dans le tissu spongieux qui entoure les alvéoles, mais encore sur la face interne de ces dernières qui présentent des sillons profonds dans lesquels rampent les filets nerveux. Bauhin avait déjà remarqué la richesse et l’extrême délicatesse de ces plexus, comme on en peut juger par le passage suivant :
« Medullâ remotà et membranâ secundum longitu- «dinem scissâ, nervus ex pluribus quasi funiculis « constatus conspicitur, inter quos venarum et ar- «teriorum propagines feruntur. At ubi membrana «hæc cum nervorum et vasorum surculis ab osse « remota sensim sublevatur, fibræ nonnullæ araneis *similes , ab eâ distributæ conspiciuntur » (1).
Avant d’abandonner les mammifères, nous devons dire quelques mots de la disposition qui nous est représentée par les monotrèmes. Nous n’avons pas eu à notre disposition de tête d’ornithorynque suffisamment conservée pour qu’il nous soit possible de donner une description complète du nerf qui nous occupe, chez cet animal. Yoici cependant ce que j’ai pu constater sur les pièces sèches. En avant, le bec est aplati, élargi et présente des stries transversales profondes tout à fait identiques à celles que l’on retrouve chez le canard domestique.
(d) Bauhin, op. cit., p. 936.
Un espace assimilable à la barre des chevaux et des cerfs sépare cette région d’organes qui ont la forme et la disposition des molaires des autres vertébrés, mais qui sont en substance cornée (voir plus haut). La mâchoire est donc assez irrégulière. La ; partie postérieure est celle des mammifères, l’antérieure seulement celle des oiseaux. On trouve pour le nerf dentaire un orifice d’entrée volumineux immédiatement au-dessous des molaires cornées. Au fond de l’alvéole qui contient ces molaires apparaissent un certain nombre de petits orifices. Le masséter a pour son insertion une fossette très-profonde, située au niveau des apophyses coronoïdes. Au fond de cette fossette on voit encore un petit orifice qui communique avec le canal dentaire. Immédiatement en avant des molaires et sur la face externe de l’os, s’ouvre un volumineux orifice dirigé en avant. Il doit être considéré comme le véritable trou mentonnier. A ce niveau-là l’os se rétrécit, mais le canal continue pour se bifurquer un peu en avant et s’ouvrir sur la face inférieure par un orifice volumineux, par une gouttière à la face supérieure sous la substance cornée du bec. Ce dernier correspondrait à la portion incisive du nerf. Les deux autres sont des trous mentonniers donnant probablement issue à des nerfs cutanés. C’est là la transition qui nous permet d’arriver aux oiseaux,
L ’écMfiné présente une disposition bien plus simple. Le maxillaire inférieur est, comme on le sait, extrêmement long, mais constitué seulement
par deux tig*es osseuses très-grêles, absolument dépourvues de tout org*ane dentaire ou odontoïde. Les mouvements dont elle jouit sont très-limités dans leur étendue. En avant, la partie incisive de la mâchoire est mobile et constituée par une petite portion aplatie. Mais, quelque grêle que soit cette mâchoire, elle est cependant creusée dans toute sa longueur d’un canal que remplit le nerf mentonniér, car cette désignation lui convient seule. L’orifice postérieur de ce canal est situé tout à fait en dedans, immédiatement en avant de l’insertion du muscle crotaphyte. Vers le quart inférieur on trouve un second orifice, véritable trou mentonnier dirig’é en haut, qui laisse échapper une branche destinée à la muqueuse et aux muscles. Enfin à l’extrémité antérieure, l’os ouvert comme le canon d’un fusil laisse échapper le reste du tronc nerveux qui se distribue aux tég'uments de la pièce incisive mobile. Le nerf maxillaire supérieur suit une marche tout à fait identique. Il pénètre par un trou situé en arrière de la racine antérieure de l’apophyse zyg*omatique, dans un conduit long* et grêle, laissant échapper un filet pour la muqueuse des fosses nasales et la peau, par un orifice situé au même niveau que le trou mentonnier de la mâchoire inférieure, et va s’épuiser dans les tég'uments de la pièce mobile de la région incisive. Il y a donc une similitude absolue dans la disposition de ces deux branches.
Oiaeawæ. Le nerf maxillaire inférieur suit chez presque tous la même direction, seulement la forme
du bec et ses usages variant à l’infini, le volume et les variétés dans le trajet de la branche se modi* fient quelque peu. La mâchoire elle-même présente aussi dans cette classe beaucoup de variétés. Elle est, comme on le sait, primitivement composée de onze pièces, soudées plus tard d’une façon plus ou moins parfaite. Tantôt, en effet, l’ossification est complète dans les deux moitiés latérales, tantôt une suture persiste de chaque côté entre la moitié antérieure et la postérieure. Chez d’autres enfin, le hibou, par exemple, on remarque une ou même plusieurs lacunes ovales situées en arrière sur le milieu de la pièce postérieure. Enfin c’est un os ordinairement pneumatisé.
D’une manière générale l’os présente deux orifices, par lesquels avant de s’aller épuiser dans le bec, le dentaire envoie des rameaux aux téguments et aux muscles. L’un est situé sur la face externe au niveau des sutures ou lacunes dont je viens de parler, l’autre sur la face interne est excessivement variable. Telle est la disposition que l’on rencontre chez le coq. Mais c’est parfois par la lacune que s’échappent les deux filets interne et externe* nouvelles variations, nouvelles difficultés. Mais la distribution est toujours la même.
Pour les rapaces nocturnes j’ai pris pour type le Hibou-chouette , et le moyen ttuc. Chez le premier après un trajet de 2 centimètres environ dans les parois de l’orbite, le nerf pénètre dans la mâchoire inférieure par un orifice situé à sa face interne. A un demi-millimètre environ de l’extré-
mité postérieure de cet os on trouve un premier orifice au niveau du masséter par lequel sort un premier rameau destiné à ce muscle. Un deuxième rameau sorti au niveau de la lacune va innerver la houppe de plumes qui limite la commissure buccale, et envoie quelques filets à la racine du bec.
Le tronc principal suit un trajet rectilig'ne tout d’abord au milieu des cellules pneumatiques de l’os et se répand au-dessous du bec jusqu’à l’extrémité de cet organe, au niveau de laquelle il forme un véritable plexus dont les ramifications se perdent dans la couche dite kératogène. Mais dès son entrée dans la mâchoire le tronc maxillaire envoie un rameau volumineux destiné à toutes les parties molles entre les deux branches du bec, et qui rampant sous la peau de cette région fournit quelques branches musculaires et se termine par un filet très-fin qui pénétrant sous la substance du bec se perd dans le plexus terminal de la branche principale.
Chez le hibou moyen duc il en est de même. Une large lacune se voit à la partie postérieure de l’os, mais elle est convertie en canal par les deux masséters interne et externe qui lui forment des parois latérales. Après un court trajet extra-crânien, le nerf s’insinue dans l’os par un orifice particulier et traverse la lacune pour continuer ensuite son trajet intra-osseux. Mais à ce niveau il fournit, 1* deux rameaux qui perforant les muscles vont s’anastomoser avec une longue branche nerveuse
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du facial. Le tronc qui en résulte se perd vers la commissure buccale sous la peau et la racine du bec ; 2® des filets musculaires destinés au masséter. Pour le reste de sa distribution ce nerf suit le même trajet que dans l’espèce précédente.
Chez les rapaces diurnes j’ai pris comme type la buse . Ici nous n’avons pas de lacune à la partie postérieure de la mâchoire, mais il existe sur cette portion trois orifices externes. Le plus antérieur des trois qui correspond à celui que nous avons rencontré chez les autres oiseaux donne passage à une petite branche qui après s’être anastomosée avec un rameau du facial va se perdre vers la commissure buccale. Ce même rameau du facial reçoit encore deux autres filets fournis par le dentaire. Ils sortent par les trous dont je viens de parler et vont le rejoindre après avoir perforé le masséter. Il y a donc là un petit plexus nerveux analogue à celui que l’on rencontre vers le trou mentonnier des mammifères. Sur la face interne presque au niveau du bord inférieur on voit un orifice situé immédiatement au-dessous du trou d’entrée du dentaire par lequel sort une branche grêle qui rampe sous la peau du diaphragme buccal, donne des ramuscules aux muscles et va se perdre vers le bec. Le reste du trou suit dans l’os pneumatisé le même trajet que chez les espèces précédemment décrites.
Chez le corbeau (corvus niger) on trouve une disposition très-simple. L’os présente dans sa région postérieure une large lacune ovale convertie
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en canal par les deux masséters entre lesquels passe le dentaire inférieur. Il donne pour la commissure une branche externe assez grêle qui s’échappe à ce niveau, puis il continue au millieu des cellules aériennes sa marche ordinaire pour aller se ramifier dans le bec. Son volume est peu considérable. La branche interne naît aussi au niveau de la lacune mais perfore l’os au-dessous suivant dans son épaisseur un trajet de 2 millimètres environ, long'e entre la peau et les muscles le bord de l’os et va s’anastomoser avec le tronc principal à l’extrémité du bec.
Le nerf est très-grêle et les vaisseaux qui l’entourent sont abondants. Il est enlacé dans un réseau capillaire lymphatique noir à l’œil nu. Je ne saurais dire si les granulations pigmentaires qu’il contient sont renfermées dans le calibre des vaisseaux ou incrustées dans leurs parois.
Chez le poulet nous retrouvons le même type.
Dès les premières parties de son parcours dans le maxillaire le tronc abandonne deux branches : une première interne innerve les muscles du diaphrag*me buccal et longeant la face interne de l’os va se perdre dans l’extrémité du bec; une deuxième externe innerve ta peau de la racine du bec et la base de la crête inférieure s’échappant par un orifice particulier. En avant naît une autre branche qui après avoir fourni aux téguments de la commissure buccale, va se perdre sous la substance cornée du bec, selog’eant entre elle et la face interne de la mâchoire.
Lorsqu’on arrive à l’extrémité du bec on voit le bout antérieur du tronc principal et celui de la buccale interne aboutir à un renflement aplati situé dans une petite cavité de l’os. C’est de ce renflement que partent les ramuscules destinés à la pointe du bec. J’ai pu apercevoir dans ce renflement des cellules nerveuses. Mais la recherche est des plus difficiles, et je n’oserais affirmer leur constance. Il y aurait donc dans le bec du poulet n gang-lion analogue à celui que je crois avoir trouvé dans la mâchoire de l’homme.
L’étude que nous venons de faire du dentaire inférieur chez ces quelques oiseaux, montre quel est son type dans cette classe. Une branche externe cutanée, une branche interne musculo-cutanée, un tronc principal anastomosé à son extrémité avec cette dernière et destiné tout entier à l’innervation du bec, telle est la disposition générale. Nous pouvons maintenant examiner le nerf sur des mâchoires un peu plus compliquées, nous arriverons à y retrouver la même disposition.
Chez le canard domestique, le bec est hérissé de papilles rangées suivant des lignes transversales, perpendiculaires par conséquent à la direction du bec. L’innervation de cet organe est extrêmement riche, et les troncs nerveux qui viennent s’y distribuer ont un volume très-considérable.
11 n’y a pas de lacune à la partie postérieure de l’os. A peine entré dans son intérieur le nerf dentaire donne une longue branche externe qui sortant par un orifice particulier suit d’abord un trajet sous-
cutané de 3 à 5 millimètres, puis s'engage sous la partie externe du bec qu’elle innerve et va s’anastomoser avec le tronc principal qui se termine à l’extrémité du bec auquel il est exclusivement destiné. Il est longé à sa partie interne par une branche très-volumineuse qui innerve la partie interne du bec et sort au-dessous de sa substance cornée par 3 ou 4 petits orifices dont le plus antérieur correspond au quart antérieur de la mâchoire. Il ne s’anastomose pas avec le tronc principal et innerve la face supérieure de l’extrémité du bec. Presque aussitôt après son entrée dans le maxillaire le tronc commun donne une petite branche excessivement grêle qui après avoir perforé le masséter interne va s’épuiser dans les muscles de la région hyoïdienne. Pour nous la branche interne qui accompagne Le tronc principal représente la branche externe des autres oiseaux. La branche externe au contraire, s’anastomosant à son extrémité, représenterait la branche interne. La portion musculaire a été séparée dès l’origine. C’est la petite branche interne dont je viens de parler.
Les branches du maxillaire ont donc subi un mouvement de torsion sur leur axe antéro-postérieur, une sorte de renversement en dehors que cette disposition nerveuse vient démontrer. Nouvelle preuve à l’appui de la loi d’unité de composition.
Chez le bee en elneanæ, malgré la disposition très-compliquée du bec, celle des nerfs est des plus simples. Il existe dans la partie buccale de la ma-
choire une large lacune convertie en canal par les muscles et à travers laquelle le dentaire, qui vient de traverser un premier orifice très-exigu, continue sa marche. Il donne à ce niveau la branche externe qui sort par un orifice particulier, traverse le muscle masséter, protégée dans ce parcours par une petite corde tendineuse. La branche interne, née au même niveau, vient se perdre vers la commissure du bec. Quant à la branche principale, arrivée au point où les deux mâchoires se réunissent pour former la longue lame verticale qui caractérise cet oiseau, elle se loge sous la substance cornée du bec et va s’accoler vers son extrémité avec celle du côté opposé, et continue encore son trajet un peu plus loin, dans un canal qui n’est plus creusé que dans la substance cornée du bec.
Reptiles. — Chez les reptiles, l’examen du dentaire inférieur est d'une extrême difficulté à cause de la multiplicité des pièces qui constituent la mâchoire, des nombreuses variétés que présente la forme de cet organe, des pièces cartilagineuses permanentes qui entrent dans sa constitution. N’ayant eu à ma disposition qu’un très-petit nombre d’échantillons, je me bornerai à décrire le trajet de ce nerf chez les ophidiens et chez les chéloniens, c’est-à-dire chez des reptiles à bec et des reptiles à dents.
Chez la tortue aQuatiQue , le tronc nerveux, au moment où il se dégage de la paroi inférieure de l’orbite, pénètre dans l’os en dehors du tendon du muscle crotaphyte; ce dernier en effet est pour
ainsi dire renversé. Le ventre musculaire est entièrement logé dans l’épaisseur de la mâchoire qu’il faut ouvrir pour le voir, et son tendon vient s’insérer à la base du crâne. Le nerf est logé sur sa face externe. Un peu plus loin il se trouve en rapport avec la face externe du cartilage de Meckel, dont il longe le bord supérieur. Il va s’épanouir en plexus vers l’extrémité du bec, au niveau duquel il innerve de longues papilles situées dans l’épaisseur de la substance cornée et tout à fait identiques à celles que l’on trouve chez les oiseaux. Une deuxième branche venue de la face vient, après avoir rampé quelque temps sous le bec, concourir à la formation de ce plexus. Il est extrêmement riche. Un plexus vaspulaire l’accompagne, au milieu duquel des tractus brunâtres sont entremêlés. Au microscope on voit qu’ils constituent un réseau très-riche de cellules conjonctives anastomosées, très-abondamment pigmentées, rappelant d’une manière frappante celles de la peau des grenouilles et de la choroïde humaine. Immédiatement en avant du muscle, un rameau volumineux se détache du tronc principal pour aller innerver des parties molles situées entre les deux branches du bec. La disposition générale ressemble donc extrêmement à ce que l’on trouve chez les oiseaux.
Chez les reptiles à dents on peut faire la même remarque, le même rapprochement. Mais il faut noter de nouvelles ressemblances, c’est un peu la disposition qu’on trouve chez les poissons.
Le boa constrictor nous servira de type. Le
nerf, après avoir abandonné le plancher orbitaire, longe le muscle crotaphyte qui vient s’insérer au cartilage de Meckel. Une première branche se détache à ce niveau pour aller se perdre dans la peau des repli labiaux et la muqueuse gingivale. Une deuxième branche, sortie entre le cartilage de Meckel et la partie supérieure de l’os par un orifice particulier, va se distribuer dans les muscles du plancher buccal. Le tronc suit ensuite une direction postéro-antérieure, émettant de petits minuscules à trajet récurrent qui vont se perdre vers la racine des dents, puis s’échapper par la partie antérieure de Los en même temps que le cartilage de Meckel, au moment où il va rejoindre son congénère.
Chez le ptatidactyie geco, chez le phrynosome, on rencontre une disposition analogue, autant du moins que la ténuité excessive des parties m’a permis d’en juger. Chez le caméléon la disposition est un peu différente. On voit sur les pièces sèches, en même temps qu’un orifice interne situé très en arrière, trois petits orifices qui s'ouvrent sur la face externe et qui vraisemblablement donnent passage à des filets du dentaire destinés aux lèvres.
jpoissans. — Nous arrivons maintenant à la description des poissons. Le problème devient d’une difficulté extrême, aussi n’en donnerai-je qu’un aperçu rapide. En effet, la loi énoncée par Desmoulins trouve ici une de ses applications les plus remarquables, puisque d’autres nerfs viennent
innerver des parties qui dans les autres classes étaient du domaine du trijumeau. En effet, l’appareil operculaire se présente avec tous ses types, toutes ses modifications variées à l’infini. Car « on rapporte ordinairement au trijumeau le nerf operculaire qui existe constamment chez les esturgeons, les poissons osseux et les plagiostomes. Il contient à la fois des éléments du trijumeau et du nerf facial.Il se forme donc un tronc assez volumineux
de nature mixte, qui se divise en deux branches principales, dont l’une descend sur le suspensorium de la mâchoire inférieure pour se terminer dans cette dernière, tandis que l’autre se rend à l'os hyoïde et aux rayons branchiostèges. Les deux branches se ramifient à la fois dans des parties cutanées et dans des muscles. » (Siebold et Stannius, p. 75, t. II, Manuel d’anatomie comparée, Paris, 1850.)
Cependant, au milieu de ce dédale, on voit encore la même disposition que chez les autres animaux. L’appareil operculaire est assimilable, d’après Geoffroy Saint-Hilaire, aux osselets de l’ouïe, il n'est donc pas étonnant alors de le voir èn rapport avec des ramifications du facial. Quant à la branche qui nous occupe en particulier, on peut également la reconnaître assez bien, surtout chez les espèces dont la mâchoire se rapproche un peu plus de celle des animaux supérieurs, chez les daurades par exemple. Toujours du reste cet os ou les portions cartilagineuses qui le représentent sont traversés par la branche nerveuse au moment où elle va se distribuer aux parties molles de la région Mollière. j$
buccale. La description de deux espèces nous amènera à la démonstration de ce fait qui suffit amplement à la vérification de la loi dont nous avons parler.
Chez Yestwrgeon, dont le maxillaire inférieur est réduit à une très-petite lame cartilagineuse, le nerf dentaire est représenté par un filet d’une très-grande ténuité qui chemine entre les pièces cartilagineuses et s’échappe bientôt après par l’extrémité d’une petite gouttière pour se distribuer aux téguments du pourtour de la bouche. Le nerf traverse donc ici comme ailleurs le squelette de l’armature buccale.
Chez les scorpènes , le tronc trifacial, après avoir donné deux longues branches operculaires, se porte à la mâchoire inférieure et se divise en deux branches. La première, interne et inférieure, s’enfonce en arrière de l’articulation jugo-maxillaire, fournissant à ce niveau des branches musculaires jusqu’au sommet de l’angle rentrant que présente l’os dental, accompagnant un muscle digastrique volumineux qui s’insère dans cette région. Un plexus nerveux beaucoup plus ténu et probablement sympathique l’accompagne dans tout son trajet. Il reçoit à sa partie moyenne une anastomose importante de la branche supérieure. Cette dernière longe la face interne de la mâchoire entre le dental et l’articulaire et vient sortir en avant par un trou mentonnier creusé dans le dental, pour se distribuer à la peau. Au niveau de l’articulation jugo-articulaire, il s’anastomose avec la branche
précédente. Je ne lui ai pas vu envoyer un seul ra meau aux dents rudimentaires dont le bord supérieur de l’os dental, est armé.