CHAPITRE V
Les fonctions du. dentaire inférieur chez J es vertébrés supérieure nous ont été révélées en partie par les nombreux expérimentateurs, qui se sont occupés du trijumeau, cependant il y a encore de nombreuses lacunes à combler et bien, des assertions. discutables. Je diviserai son. étude en deux parties, celle de la branche mentonnière, celle de la branche dentaire proprement dite..
Je n’ai pas pu suivre les modifications des fonctions dans la série, animale, mais les détails anatomiques qui précèdent peuvent donner à ce sujet de fortes présomptions.
Quoique la section du dentaire inférieur,, à son entrée dans la mâchoire^ ait été pratiquée assez, souvent chez l’homme, on n’a pas encore de données bien certaines sur les effets consécutifs* à cette section*.. Dans les fractures de* la mâchoire, les déchirures nerveuses ont été très-rarement, notées, et leurs symptômes analysés d’une manière très-incomplète. GJest qu’il peut rester intact même* avec* un déplacement considérable,, les expériences ca-
davériques sont à ce sujet aussi nettes que possible. J’ai pu cependant, dans une seule occasion, observer chez un sujet dont la mâchoire était fracturée à la partie moyenne, une très-lég*ère distorsion de la bouche, due à une paralysie du muscle carré du menton. On lit aussi dans le troisième volume des maladies chirurgicales de Boyer, p. 129, 2 e édition ; Paris, 1818. « J’ai observé sur un élève en chirurgie, qui avait la mâchoire fracturée en deux endroits, avec une forte contusion des parties molles, une paralysie des muscles triangulaire et ,carré, et dans la suite une légère contorsion de la bouche, ce que j’attribue au déchirement du nerf dentaire inférieur. »
Dans ce cas, cependant, ne pourrait-on pas se demander avec Malgaigne, si cette paralysie ne reconnaissait pas pour cause une contusion du facial? Je ne le crois pas, car, d’une part, les paralysies de la face à la suite de contusion des parties molles sont rares, et d’autre part je me demande à quelle branche de ce nerf pourrait se rapporter cette observation.
En tout cas il est difficile de discuter plus longuement sur une observation aussi sobre de détails.
Pour élucider la question, j’ai eu recours à l’expérimentation sur les animaux. J’ai sectionné dans ce but le dentaire inférieur chez le chat, en pratiquant une perforation de Pos au niveau de l’insertion du masséter. Je n’ai rien pu observer de bien net. Dans une autre expérience, j’ai excité, à l’aide
de l’électricité, le bout périphérique du nerf, alors que l’animal était en pleine résolution anesthésique. Une fois j’ai aperçu quelques mouvements rudimentaires dans la région mentonnière. Ces mouvements ont fait défaut lors d’une autre expérience dans laquelle l’excitation avait été pratiquée après la mort par anesthésie. Mais ces faits ont laissé trop de doutes dans mon esprit pour que je les rapporte ici avec plus de détails. Ce qu’il y a de certain, c’est que le scapel en main on voit cette branche donner des filets musculaires. Mais chez les animaux, plus encore que chez l’homme, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’apprécier les mouvements dus à l’action des muscles du menton, et c’est à eux que le dentaire se distribue. Faut-il admettre de préférence l’opinion de Long*et, qui, ne pouvant nier d’une manière absolue la disposition anatomique dont nous avons parlé, pensait que ces rameaux destinés aux muscles n’en étaient pas moins des nerfs exclusivement sensitifs, destinés à fournir la sensibilité à ces org*anes ? Hypothèse pour hypothèse, je préfère celle qui ne vient pas créer une exception anatomique, car ce serait le seul nerf exclusivement sensitif, se distribuant dans les muscles. Avant d’abandonner cette question si obscure de la motricité, je dois dire deux mots sur le nerf mylo-hyoïdien. Je ne sache pas que sa paralysie ait été jamais décrite, quoiqu’il soit assez difficile d’en éviter la section dans les névrotomies du tronc dentaire. C’est également le scalpel en main que Longet a cherché à démontrer que
ce nerf est exclusivement moteur. Mais si cet habile physiologiste a pu suivre les branches muscu- 1 aires depuis leur terminaison jusqu’à leur origine cérébrale à travers le nerf mixte que constitue le nerf maxillaire inférieur, il n’en est pas, moins vrai qu’elles reçoivent en route nombre de filets anastomotiques, et lorsque l’on voit combien nombreuses sont les variétés dans la disposition des anastomoses des branches terminales de ce nerf, au moment où elles, se séparent, ne peut-on pas penser, avec quelques chances d’être dans le vrai, que le mylohyoïdien contient chez beaucoup d’espèces ce ra r meau du lingual que j’ai décrit chez les carnassiers et quelques rongeurs, et qui a précisément chez eux la même distribution à la muqueuse buccale que le nerf mylo-hyoïdien ? Un dédoublement d’un autre ordre se retrouve/chez, certains oiseaux. Ici la branche interne se distribue, comme nous l’avons vu, aux muscles du plancher buccal, et va ensuite se perdre dans la peau et dans le bec. Cette branche doit être assimilée au nerf mylo hyoïdien. Eh,bien ! nous avons vu* chez le canard., que la portion sensitive étant devenue externe par suite de la torsion du bec, la branche musculaire continuait à suivre séparément le trajet primitif pour se distribuer aux muscles.
Chez 1 homme nous trouvons des filets glandulaires, une anostoinose volumineuse avec le lingual, des branches périostiques et gingivales, anastomosées avec la branche mentonnière, nous sommes donc bien autorisés à dire que., même chez l’homme.
la branche mylo-hyoïdienne est un nerf mixte. Cette nature mixte est, du reste, indiscutable chez bien des animaux supérieurs, comme le prouve sa distribution : chat, sarigue, cabiais, etc...
J’aborde maintenant la question de sensibilité. Comme je l’ai dit plus haut, la plupart des auteurs se contentent de dire que la section du nerf entraîne une anesthésie d’une portion de la lèvre chez les animaux, que dans certains cas de fracture de la mâchoire il y a un engourdissement plus ou moins accentué de la lèvre inférieure, etc... Mais rien n’est précisé au point de vue des régions ânes^ thésiées, et surtout pour ce qui est du retour de la sensibilité, de la suppléance sensitive.
Expérience. — Jeune chatte très-familière, âgée d’un mois environ. Incision de 2 centimètres le long du bord inférieur de la mâchoire, à sa partie moyenne. L’os est dénudé, on fait à l’aide d’un fort scalpel sauter un petit pont osseux. Le nerf est mis à nu et sectionné. Le moindre attouchement sur le bout central produit une vive douleur. Le pincement, la trituration, des tractions n’amènent sur le bout périphérique aucune douleur. Réunion de la plaie après une résection de 2 millimètres environ du bout périphérique. Immédiatement après l’expérience, l’animal recommence à jouer comme avant. On pique à plusieurs reprises les gencives et la face interne des lèvres, du côté de la section, sans amener la moindre sensation douloureuse, l’animal ne paraît pas s’en apercevoir.
Du côté opposé, les mêmes manœuvres amènent
des petits cris et des mouvements de défense. Trois heures après, les mêmes explorations donnent les mêmes résultats. L’animal a mangé comme à son ordinaire. Les deux jours suivants la sensibilité, soigneusement explorée, est trouvée dans le même état.
Expérience . — Petit chat bien portant, très-doux et très-caressant. Incision de 2 centimètres au niveau du point qui sépare les crochets des molaires, suivant le bord inférieur de la mâchoire. Le premier trou menton nier et la branche nerveuse qui émerge à ce niveau sont mis à nu. Cette dernière est sectionnée. Tout d’abord le bout périphérique ne donne aucune douleur. Une ligature est placée sur lui afin de le retrouver. L’animal est abandonné à lui-même. Au bout de trois quarts d’heure , le bout périphérique est trouvé sensible, ainsi que toute la région labiale et gingivale correspondante. Le lendemain la sensibilité était encore parfaitement intacte dans cette région.
Le dentaire inférieur est donc, chez le chat, récurrent sur lui-même. Les rameaux, une fois sortis par les trois orifices que nous avons décrits chez cet animal, s’anastomosent dans l’épaisseur de la muqueuse ou des muscles, et la suppression d’une seule de ces branches n’entraîne pas l’anesthésie de la région. Le nerf est récurrent sur lui-même, avons-nous dit, puisque dans la section de son tronc, dans l’intérieur même du canal, le bout périphérique ne présente aucune espèce de sensibilité. La muqueuse gingivale incisive, la languette qui
se vient insinuer entre les crochets, ainsi que la lèvre inférieure, sont insensibles. Lenerfmentonnier tient donc à lui seul sous sa dépendance un réseau terminal auquel la longue branche du lingual reste étrangère. En est-il de même chez l’homme? Sur un soldat dont la mâchoire avait été détruite dans la région molaire par un éclat d’obus, les parties n’étant point consolidées, et la perte de substance représentant 4 centimètres environ, je n’ai trouvé d’anesthésie absolue à la douleur que dans une zone très-petite, représentant à peine un centimètre carré. Il est donc probable que dans notre espèce, d’autres nerfs concourent à rétablir la sensibilité quand le dentaire inférieur a disparu.
Il nous reste à étudier la sensibilité des filets que le tronc dentaire envoie dans la pulpe des dents. Quelles sont les sensations dont jouissent les dents à l’état physiologique ? Il est peu de questions sur lesquelles l’imagination des auteurs se soit plus exercée. Les uns cherchent dans Galien des preuves basées sur l’autorité pour refuser à ces organes toute sensibilité propre, d’autres invoquent le même auteur pour soutenir une opinion contraire. Et parmi ces derniers, nouvelle discidence. Il s’agit de savoir si c’est la dent elle-même qui jouit de cette sensibilité, ou si elle appartient au périoste qui l’entoure, ou seulement aux organes contenus dans la cavité dentaire elle-même. Telles sont les questions qui occupaient Varole, Fallope et leurs contemporains. Quelques-uns même allaient jusqu’à en faire le siège du goût, alors que dans Hippo- Mollière. 9
crate on rencontre déjà cette remarque essentiellement physiologique que les sensations de température sont seules perçues par les dents. Bauhin insiste sur ce point (1) et montre que l’extrême dureté de ces org’anes est très-favorable à ce mode de sénsihilité. C’est à peine si nous avons fait quelques pas dans cette étude. Ainsi Graves soutenait encore il y a quelques années à peine que les dents sont des org’anes sensitifs parce qu’elles apprécient le volume, et la dureté des corps (2). Il suffît cependant de faire la part des muscles moteurs maxillaires qui apprécient le volume des corps à l’aide des dents comme nos doig’ts à l’aide d’un instrument quelconque. Les phénomènes de sensibilité tactile sont du même ordre. Mais pour les températures c’est une véritable sensation transmise aux rameaux qui se distribuent à la pulpe. Il reste à parler de la sensation de dureté des corps. Sans doute les muscles sont encore les principaux ag’ents de cette appréciation, mais il y a quelque chose de plus, et peut-être est-ce ici le cas de faire renaître une opinion antique. Ce n’est plus la dent qui sent, mais les parties qui l’entourent. Nous avons décrit en effet, comme la plupart des auteurs, un réseau nerveux extrêmement riche entre la dent et l’alvéole, dans le périoste alvéolo-dentaire. CeS filets ont pour but d’apprécier le degré de pression réciproque exercée par les deux mâchoires. Ce phénomène est rendu très-sensible quand le périoste s’enflamme. Il fau-
(1) Ibid., L. III, p. 935.
{ (2) Archives générales, t. HL, p. 460.
drait donc admettre des mouvements obscurs, rudimentaires dans les dents, mouvements essentiellement passifs. L’anatomie comparée justifie cette théorie. Il est en effet certains animaux chez lesquels l’ankylose des dents est beaucoup moins serrée et permet à ces dernières quelques mouvements.
Influence du dentaire sur la nutrition des dents. — Déjà M. Claude Bernard en 1858 rapportait des expériences démontrant qu’après la section intracrânienne du trijumeau il n’y a pas d’arrêt dans le développement des incisives chez les rong*eurs, l’obliquité du tranchant des dents que l’on observe dans ce cas, étant due à la paralysie des muscles de la mâchoire. M. Chauveau n’a obtenu que des résultats négatifs à la suite de la névrotomie dans l’appareil kératogéne des chevaux, enfin M. Te professeur Yulpian a aussi vu qu’à la suite de la section du nerf lingual on ne trouve aucune altération de nutrition dans la langue, même après un temps considérable (Archives de physiologie normale et pathologique, 1869). Et cependant M. Schiff annonçait des 1854 qua la suite de la section du dentaire inférieur on observait de l’hyperostose de la mâchoire. L’autorité est imposante, mais le fait est très - complexe , et l’observation probablement inexacte.
Dans mon chapitre d’anatomie humaine et dans l’anatomie comparée, on a pu voir que la section des nerfs qui se rendent aux dents ne peut pas être complète si l'on agit en trépanant le maxillaire inférieur.
On ne peut couper absolument que la branche mentonnière. D’un autre côté, si l’on agit par la bouche sur le nerf avant son entrée, l’expérience offre alors peu de certitude et l’on coupe presque toujours l’artère en même temps ; or, cette dernière mutilation n’est peut-être pas sans inconvénient. On rencontre en effet chez certains individus une ostéite condensante de toute la mâchoire. Je n’ai observé cette lésion qu’anatomiquement sur des têtes de vieillards, à peu près complètement édentées. Dans ces circonstances-là on observe un rétrécissement très-notable du canal dentaire, et le volume de l’artère de ce nom paraît considérablement diminué. On voit au musée Orfila, à Paris, des injections démontrant encore le fait que j’avance. Eh bien, le tronc mentonnier n’est pour rien dans le développement des organes auxquels se distribuent ses branches sensitives.
Expérience . — Le 15 juin 1869, section du dentaire inférieur sur une jeune chatte, à travers une plaie osseuse pratiquée au niveau du bord antérieur du masséter. Section des organes contenus dans ce canal, nerf et artère. Résection d’un millimètre et demi du bout périphérique qui est trituré avec des pinces; réunion à l’aide de deux points de suture.
L’animal, nourri avec un soin tout particulier, est trouvé mort le matin du 17 août, deux mois environ après l’opération. A l’autopsie, on constate: 1 ° que des deux côtés les dents de la première dentition sont sur le point de tomber, tandis que les crochets de la seconde ont déjà perforé la gencive,
et sont des deux côtés au même degré de développement; 2° que les dimensions du maxillaire inférieur sont rigoureusement les mêmes des deux côtés et dans tous les sens ; 3° que l’ouverture pratiquée à l’os ne s’est pas comblée par de l’os nouveau, mais présente au fond une cicatrice qui met en continuité les deux bouts nerveux. Cette cicatrice ne contient aucun tube nerveux, comme le montre l’examen histologique. Le bout central adhère à la cicatrice et en même temps au périoste de la face externe de l’os. Le bout périphérique également. Dans les deux les fibres nerveuses sont normales. La régénération autogénique s’est donc produite.
Cette expérience se passe de commentaires. Elle démontre d’une manière suffisamment claire que le mentonnier est sans influence sur le développement des dents.
Il en est du reste de même chez les oiseaux.
Expérience. — Jeune poule non encore développée complètement. Incision d’un centimètre de long*eur suivant le bord inférieur de la mâchoire au niveau de la racine du bec. Section du maxillaire en ce point à l’aide d’un coup de ciseaux. Une légère pression amène un déplacement notable suivant l’épaisseur. Réunion avec deux points de suture métalliques. Deux points de repère sont pris : le premier est l’extrémité du bec, l’autre sa racine. Au moment de l’expérience la mensuration donnait 21 millimètres, le 16 juillet. Un mois après, le 25 août, on trouvait 25 millimètres, et l’on consta-
tait que la mâchoire était restée, malgré la fracture, parfaitement symétrique.
Le grand sympathique cervical aurait-il une influence sur le développement des dents ou des os? Je répondrai par l’expérience suivante que je rapporte avec quelques détails, car elle est intéressante à plusieurs points de vue auxquels je n’ai pas à m’arrêter actuellement.
Expérience , — Jeune cabiais assez familier. Le 26 août 1869, incision de 3 centimètres sur le côté gauche de la région cervicale, les muscles étant écartés, j’arrive dans le tissu cellulaire de la gaîne des vaisseaux profonds. Le cordon vago-sympathique est isolé, sectionné et excisé sur une longueur d’un centimètre environ. Son pincement et son tiraillement n’amènent aucun phénomène douloureux. Deux points de suture réunissent les bords de la plaie. Section de l’incisive inférieure du côté correspondant. Immédiatement après je trouve l’oreille du même côté rouge et chaude; l’œil n’est pas examiné et l’animal est abandonné à lui-même jusqu’au lendemain. Le lendemain on constate un rapetissement du globe oculaire très-accentué, avec rétrécissement de la pupille du côté correspondant à la section.
28 août. L’incisive supérieure du côté correspondant à la section dépasse d’un quart de millimètre la voisine.
Le 29. Augmentation légère dans la longueur de l’incisive supérieure. L’examen ophthalmoscopique ne révèle aucune différence dans le fond de l’œil
des deux côtés. Les phénomènes oculaires décrits plus haut persistent toujours.
30 août. L’examen ophthalmoscopique révèle encore les mêmes faits. Il est pratiqué par MM. les professeurs Gayet, de Lyon, et Dor, de Vevey. L’incisive inférieure s’est reproduite et se trouve à peu près de niveau avec celle du côté opposé.
3 septembre. L’incisive inférieure du côté de la section dépasse en longueur celle du côté opposé d’un demi-millimètre environ. Les phénomènes oculaires persistent toujours.
Le 4. L’égalité est parfaite entre les incisives.
Le 5. Je remarque que l’incisive supérieure s’est cassée.
Le 10. Les dents sont parfaitement de niveau aux deux mâchoires.
Les phénomènes oculo-pupillaires ont persité pendant un mois. Au bout de ce laps de temps les deux yeux étaient parfaitement identiques. Mais pendant cette période, j’ai plusieurs fois observé que la température de l’oreille du côté opéré était plus élevée que du côté sain. J’ai trois fois observé le contraire. L’animal qui avait été opéré avant le terme de son accroissement, a continué à grossir. Il est mort d’accident le 3 mai 1871, un an et demi après l’expérience. A son autopsie j’ai trouvé les deux mâchoires parfaitement identiques. Une cicatrice très-mince, adhérente aux parties voisines, mais contenant des faisceaux nerveux visibles, unissait les deux bouts sectionnés.
Cette expérience nous démontre d’une manière
très-nette que le sympathique cervical est sans influence sur la nutrition des dents.
Mais en dehors des filets cervicaux qui suivent la marche ordinaire, il en est d’autres qui suivant le canal vertébral peuvent fournir une voie à la circulation nerveuse. Ils sont en nombre trèsabondant chez les oiseaux, et constituent chez quelques-uns un vérible système. Chez l’homme il n’est, pas sans importance, je renverrai à ce sujet à la description de Valentin. Aussi doit-on se tenir en garde contre tous les faits qui n’en tiennent pas compte. Si je viens ici moi-même attaquer les résultats de mes propres expériences, c’est qu’ils semblent confirmés par les deux observations suivantes :
Obs. I. — Femme âgée de 60 ans. Il ne reste plus qu’un très-petit fragment d’incisive à la mâchoire inférieure. Après macération de la pièce préalablement concassée, dans l’acide chromique, les nerfs molaires sont isolés ainsi que le filet anastomotique qui unit le dentaire au plexus de la maxillaire interne. L’examen histologique de ces faisceaux m’a permis d’y voir un très-grand nombre de tubes ayant subi la dégénérescence granulograisseuse, il ne reste presque pas de tubes sains. J’ai aussi trouvé des tubes altérés dans la portion incisive. Mais le tronc mentonnier était sain.
Obs. II. — Le nommé M... meurt dans le marasme sénile à l’âge de 85 ans. A l’autopsie on trouve une dilatation énorme de la crosse de l’aorte. Les deux maxillaires inférieurs sont absolument
dépourvus de dents, si ce n’est deux incisives inférieures qui ont encore des alvéoles. En suivant le nerf après macération dans l’acide picrique, j’ai trouvé que quelques-uns des filets qui rampent accolés aux vaisseaux contenaient des fibres granulograisseuses. J'isolais d’un côté le nerf molaire sensitif dont le volume était assez considérable, dont plusieurs filets ont pu être suivis jusqu’à la muqueuse gingivale. Ce filet était accompagné d’une artériole. Aucune trace de dégénérescence. Le filet sympathique anastomotique qui vient se jeter sur l’artère dès son entrée dans le canal n’est dégénéré qu’en partie, il contient encore quelques fibres saines (1). Dans la portion incisive les filets des plexus sont en partie dégénérés, mais le nombre des vaisseaux du périnèvre paraît de beaucoup augmenté.
Je laisse le lecteur juger de ces faits. La lésion des dents est-elle la cause ou l’effet de la lésion nerveuse? Cette dernière hypothèse me paraît la moins probable, car la lésion m’a semblé suivre anatomiquement une marche ascendante. En tout cas le fait important c’est qu’elle s’est localisée à la portion sympathique du plexus, respectant les branches gingivales, destinées à donner la sensibilité à la muqueuse.
(i) Dans une dernière observation, sur un sujet édenté, ce filet était altéré dans la totalité de ses fibres.
Mollière.