LES FONCTIONS DU NERF PNEÜMO-GASTRIQUE
Il n est aucun nerf qui ait été le sujet d’autant d’expériences et d’observations que celui qui nous occupe; son volume et son isolement, la facilité avec laquelle on peut le mettre à nu, le saisir et intéresser séparément ses branches , ont frappé l’attention de tous les expérimentateurs, et ont paru les circonstances les plus heureuses pour éclairer une foule de questions physiologiques. Aussi j’ai cru nécessaire, avant de présenter mes propres observations, de rappeler en peu de mots quelques-uns des travaux les plus remarquables que la science possède sur ce sujet, afin d’opposer les faits aux faits, et d’ep faire jaillir la vérité.
Galien (i), qui sut entrevoir les questions les plus importantes^ coupa sur des cochons les nerfs récurrens, et observa que cette opération leur faisait perdre la voix.
Piccolhomini ( 2 ), Willis{'5], Lower (4) et Boyle (5), attribuèrent les accidens mortels qui suivaient la section des pneumo-gastriques à la suspension des mouvemens du cœur.
{i) De Hippoctatis et Piatonü decretîs, L 2, cap. 6. — De locis affectist l. 1, cap. 6. Yenetiis, i 5 ^ 6 .
(2) Anatomicæ prælecliones. Romæ, i 586 .
( 5 ; Opéra omnia^ nervorum descriptio et usas, t. 1, cap. i 4 > p- 86.
(4) Tractatusde corde, 1708, p. 90.
( 5 ) History of lhe royal soc., vol. 1, p. 5 o 4 .
Vabalva rapporte qu’après la section de ces nerfs les alimens n arrivent plus dans l’estomac, mais s’arrêtent dans l’c^ophage; et que les poumons contiennent du sang épanché.
Haller (2)’, qui fit la mêmie expérience, observa de îa dyspnée et la corruption des alimens dans Festamac. "
Bichat (o), en étudiant l’influence du cerveau sur le poumon, remarqua que la section des pneumo-gastriques rendait la respiration précipitée et laborieuse j et que l’animal périssait le quatrième ou le cinquième jour. '
Le Gallois ( 4 ) est le. premier qui ait attribué l’asphyxie, lorsque l’on divise ces nerfs, à l’occlusion de la glotte; il fit ses observations sur des cochons d’Inde et des lapins, et trouva dans leurs poumons un fluide écumeux : chez ces animaux la digestibn était complètement abolie. ;
M. Desmoulin ( 5 ) a constaté, par expérience, que la section des pneumo-gastriques sur les poissous déterminait promptemeot l’asphyxie et la morL ,
M. Dupuytren (6), en opérant sur des chevaux, s’est convaincu que la division des mêmes nerfs empêchait l’hématose ; le sang artérièf prenait les caractères du sang veineux, et les animaux périssaient dans les dix premières heures dé Têxpérience, Il a obtenu les mêmes résultats sür.des chiens ; il suffisait de comprimer les pneumeHgastriques pour quelle sang de la carotide devînt noir ; et cette observation pouvait se répéter plusieurs fois , selon que la compression était exefcée
" (i) Op^a medica,‘ex recerisione Morgagni, f. ijepist. i 3 , art. 3 i. Venetiis,
(2) Elementa physiol., t. 1, p. 462- Lausanne, 1766.
( 3 ) Recherches sur la vie et la mort, p. 460, édit, de M. Magendie. Paris,
. (4) Expériences sur le principe dé la vie. Paris j i8î si. ' -
( 5 ) Anatomie des systèmes nerveux des animaux à vertèbres. Paris; 1825. - "
(6) Expériences touchant l’infloéhée que lès nerfe du pouinou exercent sur la
respiration. (Bibl. méd., 180745^ ; 1 - - ' *
OU suspenduie. .Cet illustre chirurgien a conclu de ces faits que Thématose était sous l’influence immédiate des pneumo-gastriques ; et
constituait un acte purement vital. . , .
xM. Dumas (i) fit les mêmes observations; mais ayant femaqiué qu’en poussant mécaniquement de l’air ou de l’oxygène dans le poumon, le sang redevenait artériel, il altaquâ les conclusions de M. Dupuytrerij, et annonça que la section des pneumo-gastriques ne suspendait l’Jbtéinatosê qu’en mettant-obstacle à l’entrée de l’air dans les poumons. Selon ce savant, la sécrétion du suc gastrique et la transe formation.des alimens en chyme sont également arrêtées.
M,,Dupuy^ d’Alfort (2), qui avait; pris part aux expériences dé Dupuytrenj, et ,en avait adopté les conclusions, annonça plus tard que le sang provenant d’un animal dont les pneumo-gastriques avaient été coupés déterminait des charbons et d’autres afiections typhoïdes et gangréneuses, lorsqu’il était injecté dans.les veines ou dans le tissu ceflulaire. 11 remarqua aussi que, chez les chevaux ^ les.hreîiis et.les chiens, la mort provenait du défaut de digestion, lorsque l’on avait eu la préçaution de faire la trachéotomie avant ou après l’opérution. .
Gmélin ^ e ont annoncé qu’en irritant avec un
scalpel, QU en touchant avep de Talcohol In plexus que forment les pneumo-gastriques à rextrëmité cardiaque de l’oesophage, ils provoquaient constamment les mouvemens péristaltiques de l’estomac.
Magendie ( 4 ), voulant prouver que le troublé de la digestion était dépendant de celui de la respiration , a coupé les pneumo-gastriques immédiatement au-dessus du diaphragme ;,et , selon cet auteur, la chymification n’a pas été interrompue.
(1) Recueil périodique de la Société de médecine de Paris, t. 53, p. 353.
(2) Expériences sur la tSection. et . la ligature des nerfs. pneumo-gastriqües.
(Bull, dp ta spç.m^d,,d,’émul. de Paris, Décembre "
1(3);. Recherches expérimentales pur la digestion,;Pari.s,; .i;3»57. . ^ l
( 4 ) Elémens de physiol., t. a, p. gS. Paris, 1817. .. , : ï ' :
M. Broughton (i) va plus loin ; il dit avoir fait la section des pnéiïmo-gaslriques (au cou) sur deux chevaux, un chien et onze lapins, et avoir vu la chymification se continuer.
M. Brodie (2) est arrivé par ses expériences à ce résultat , que les sécrétions gastriques sont affaiblies et suspendues par la section des pneumo-gastriques : aussi professe-t-il que ces nerfs président aux sécrétions de l’estomac. MM. Leuret et Lassaigne ( 3 ) n’ont pas confirmé ces conclusions.
M., Ducrolay de Blainville ( 4 ) soutint que ces nerfs étaient contractiles, et que l’estomac, paralysé par leur section, ne pouvait renouveler les surfaces de la masse alimentaire, qui se décomposait dans l’estomac comme dans un vase inerte. Selon ce savant professeur, les aninËiux ne périssent que par défaut de nutrition, (ha plupart de ses expériences furent faites sur des oiseaux ; pigeons.)
M. Wilson Philip ( 5 ) annonça que l’action des pneumo-gastriques pouvait être remplacée par un courant galvaniquej et que la digéstion s’opérait alors parfaitement. Une commission, dont M. Brodie faisait partie, fut nommée par la Société royale de Londres pour répéter cette expérience curieuse ; mais elle obtint des résultats differens, et ne put la confirmer j tandis que MM. Ciàrke Abel (6) et Hastings (’j) faisaient des observations entièrement semblables à celles de Philip. ^ ^ ■
'MM. Breschet:et Favasseur (8) se livrèrent encore a de nouvéllès recherches , et ils reconnurent que le courant galvanique porté sur
(1) Qüarù purn. ofscienc.,n<>:-20,p.'3o8. 1821,
(- 2 ) Philos, trahs.j i’èii.
(3} Recherchés sur la digestion. ' \
(4) bissert. inaug. dé la Faculté dé méd. de Paris, 1808, n”. 114.
(5) Au experiment. , inquiry into the laws ofthe vital funétions. London,.
(6^) The Lond. med. and phys. journ. may, 1820, p. 85 .
(rj) The quart, journ. of saine, litter. and arts, 1821,p. 45 .
(8) Archivés géiiéràlés de médécinè, t. 1, p. 481; t. 7, p. 187.
le nerf n’agissait qu’en mettant en jeu l’activité propre de son extrémité périphérique, et qu’il pouvait être remplacé par des irritations directes, telles que des piqûres, des tiraillemens ; leur opinion est que les pneumo-gastriques sont des nerfs moteurs, et que leur section ne suspend la chymification qu’en paralysant l’estomac.