EXPÉRIENCES NOUVELLES SUR LE PNEUMO-GASTRIQUE
Exp. I". ( 21 juin 1829.)^ blation de plu$ d’un pouce des deux pneumogastriques sur un chien de moyenne taille , dont la trachée avait été largement ouverte , avec déperdition de substance. -^ Examen des mouxemensdu cœur et dé l’étàt du sang. Mort le vingt-deuxième jour. Régè^ nération de la muqueuse trachéale. :
Immédiatement après l’opération, elForts de vomissement, suivis du rejet de mucosités filantes, clairesécumeuses. Les inspirations sont longues et profondes ; l’animal porte le museau au vent, comme s’il voulait humer de l’air ; il bâille fréquemment, et se retire arécart, ou il reste morose et taciturne. Le cœur a des contractions rapides , un peu tumultueuses. Pendant les deux premiers jours , aucun aliment n’est accepté ; .mais la soif se fait plusieurs fois sentir', et est satisfaite. Le sang veineux et artériel, examiné le troisième jour , ne présente queune altération de couleur , pi de consistance. Les jours suivans , l’appétit se développe ; le chien déchire et avale quelques lambeaux d’estomac de bœuf, mais les vomit bientôt ; le passage dans l’œsophage de la masse alimentaire paraît gêné; les mouvemens de déglutition se répètent avec effort ; quelques jours plus tard , les vomissémens ne sont pas aussi fréquens, et les morceaux rejetés sont soumis à une nouvelle mastication. Quelques-uns avaient une odeur infecte qui pouvait faire croire à un commencement de putridité ; mais nous nous assurâmes qu’ils avaient été donnés dans cet état par négligence. Quoique fa maigréur fasse de très-rapides progrès , l’animal reprend de là vivacité ét dé l’ardeur, attend impatiemment
l’heure des repas, et montre un grand appétit. Le quatorzième jour, les TOmissemens sont encore fréquens ; mais des mucosités seulement sont rejetées. Le seizième jour , nous ouvrîmes une artèrè crurale , dont le volume était diminué ; il s’en écoula du sang évidemment artériel, quoique d’un rouge un peu foncé ; il se coagula rapidement, et ne parut pas-autrement altéré. Lé sang de la veine était comparativement beaucoup plus noir. A cette époque on comptait quatrevingts pulsations dures et assez fortes. La plaie du membre opéré était réunie. Le vingtième jour, ranimai était encore assez vigoureux ; mais le vingl-ef-unième jour, aprèsle repas du malin, il tomba dans un grand étal de fa'mies^ , refusa lé soir des alimens , et mourut le lendemain.
-Nècràpsie. 'La perte de substance faite aux nerfs était de plus d’un pouce et demi ; leur renflement terminal était peu marqué ^ et ils conservaient leur couleur blanche dans toute leur longueur ; ils étaient seulement moins denses , et semblaient un peu atrophiés au-dessous de la section. Le névrüème commun au filet eèrVicàl du grand sympathique et au pneumo-gastrique se détachait facilement du faisceau central , auquel il formait une véritable gaine peu adhérente. La plaie de la trachée-^artère, par excision de cinq anneaux dans leur segment antérieur, était fermée par une membrane de nouvelle formationr trèsmince, un peu opaque, semblable â la muqueuse normale , et se continuant, sans aucune démarcation visible , avec elle. Il ÿ àvait à sa surface quelques linéâmens grisâtres, comparables aux stries musculaires tjui doublent la muqueuse en arrière. Les muscles^ sous-hyoïdiëns , qui s’étàient réunis au devant de cette membrane , n’avaient pas contracté d’adhérences intimes aveu elle .-il n’y avait dautres connexions que quelques filamens cellulaires. Ce fait, que j’ai observé &iec M. Bésgin ], est , jè crois% un des plus beaux que l’on connaisse de régénération dune membrane muqueuse.
' Les poumons étaient erépitans, quoiqu’un peu congestionnés ; leur surface était parsemée de plaques emphysémateuses i- et les bords du
lol)^ iuféne^Ç;fij ?94 ^a|i^eaux ÇiO;nteiî^^üt
;peu de saijg:; Je cœur.^^ dJ û j^g^, ^,,çlail;. rempli de^pdl^pts lîïQUS^i^ppibJtKîS,, ., , ^,;r:: :;sfOi: 'y..':' ■ ' ••,■- . --X
, j:avais é0 frappé , en ouvrant la poitririej de.Jextrêiiie.clilatalioa de rœsophage au-dessus, du-diaphragme ; ce conduit avait plus de trois pouces.de diamètre : .ljjant incisé , je le, Irouyai reinpli dup très-gros rnorceuu de mou de boeuf , donl,uue eJçép,î.ijé pçndaitdans l’estpmac. Le rétrécissement cardia'gue; n.existajt pius ;^;l’estouiac|ét^^^^ grandement, dilaté , et les alimens pris la veille etâmparfaiteniept chymifiés , nageaient au milieu d’une bouillie grisâtre , composée de chyme et de sucs gastriques, d’uue pdeur fade ; et,niill®jŒient putride. Le pylore était bouché par une pelote de poils , engagée dans cet,pjfice sans avoir pu le dépasser. La muqueuse était d’un gris brun, mais peu altérée ; eelle^ des intestins était parsemée de petites ulcéralioas arrondies et noirâtres , et d’autres à bords saiilans et; épais.,, surfout vers la valvule, iléo-Goecale.. Le gros intéstin contenait des matières fécales bien Ujoulées. Le foie était congestionné , fct la yésiculp.Jhépatique rémpliê de bile» : ^ ^
iVoZfl. Quoique les expériences que je rapporte ne prouvent pas directement la ïrès-graude influence;des,pneump-gastriques^sur Je cœur , je rne peux passer sous dlençe le fait suivant , qui me paraît digne d’intérêL dÈtant chef de cliniqhéde M.Jlé; professeur ,
pendant; rhiver dfe 1826 , jfe fis; rouyerture d’un hpm»î^e d’une, quarantaine d’années , qui avait oiert , pendant la Juréo derafli^tion abdominale qui le fitjpérir, la plupart des signes;d’une hypertrophie avancée du cieur , avec des symptômes d’asthm^ sufipçpnt ; qous trouvâmes les poumons très-gains ,, et; le ;coeur d nn yoliimp ordfPO^fe* Peu sâtîsfait de .ces; résultats , ; je prolongeai mes recherches , et je trouvai les nerfs cardiaques tellement yolumineux , que je ne voulais pas les reconnaître. Je les niontrai à plusieurs personnes , .et nous constatâmes qu’ils étaient au moinsr triplés de volume , ainsi que les filets, pulmonaires. i , . r . : j
Exp. li'‘. Excision, des pneumo-gastriques le 8 juillet 1829 \ mort quatre jours après : rétroversion et invagination de l’estomac dans l’œsophage ; régénération incomplète de l’un des nerfs.
Après .Eopération , ypiplssemens fréqiiens ; l’animal boit et mange un peu.. Le lendemain il a repris de ia vivacité , va et vient, et se promène^ü .prend .qpelgut^ alimens, qui sont en partie rejetés par le vomisseinent. ; Cet état se continue le troisième jour ; et le quatri^e au,matinranimai est trouvé.mort.
'Nécrbf/sié. Les" nerfs pnéu nio-gaslriques sont èn partie cicatrisés ; le bout supérieur de CGÎni dii côté droit présente ün prolongèmeht' rougeâtre d’énvirôn déni lignes ^ fori^ par du sang ëpànclié ; l’ouverture dé la glofté ne paraît pas rétrécie -, leApoümons rie semblent pas altérés., L’oesophage était énormément distendd au-des^sîfir dîa-i phragme , et j’attribuai dribord cette disposition à une simple acciinîuîatibh d’alimens I mais^ au mdyen d’une incision ^ jé reborinus l’estomac, retourné siir ïtfî-mêlhri, et remplissant l’oesophage; il représentait assez bien un vase à bords renversés : sa muqueuse, d’un roiigë brün, était rébouvèrle d’une exhalation sariguiné ;' la paroi,pérîfohéalé était adossée à" ëîlêTm^êirie , et réxtrèmité pylbriqüe était retêhué prës du dikphragtnë par lés divers' feiiBleîs' de la riièiribràrie serèüse;'îé*düodéïïum’étâif allongé^ et tiraillé. . ; - l
‘ C’est jé’ crois ; lé seul exemple que là science possède' d’rin Semblablë âècldérit ; j’ai montré la pièce à une "de nos séances de la Sb-^ Clé té'àhâtomiqdë’, et M. ‘ le professeur doit la ïâirè' grâver^
dàhs son bel ouVraige’d’ànàtoriiie pathologique." • ^ ^ . Ui. ;
L|CP. IlL-. .des deux pneumq-gastriques^ sur un chien dont la
iraclxf qmitfiJ^0 ouverte J, et que l’onvenqitdefairemangerabondamipeni:;\tnortie b^^ . :. ; ,
’ lyériLfait ‘mang^^^^^^ uri chien de moyenne-taille une assez gràtide ijiiahljte ’Üè tri|>è/','*je ldi^ excisai les pneuni6-gâslrtqués ,^^èt je lui fis
lier la gueule, pour empêcher les vomissemensj après l’opération, effoi’ïà mutiles iioiiè tomif, abattement profond. Mort le leuderaaiu matin.
Nécropsie. Les alimens étaient entourés d’un fluide grisâtre, et rar mollis à leur surface, dans le centre comme à la périphérie de la masse qu’ils Yormaieût ; plusieurs morceaux de viande occupaient l’œsophagè, et paraissaient'également chymifiés : les poumons étaient congestionnés , et les ramuscules bronchiques remplies d’un liquide écumeux et sanguinolent ; le larynx était libre , et la glotte ouverté et sans resserremen|; apparent. J’ai entendu dire à M. le professeur CicUMilkier opci'A avait vu des animaux asphyxiés, au milieu des efforts du vomissement, par des alimens tombés sur l’entrée des voies aériennes; quoi qu’un accident semblable puisse souvent arriver, }e ne lai. jamais observé. ^
Éxp, lY®. de au-dessus de l’extrémité eardtaque;
mort douze heures apr ès l’opération.
Ayant fait manger de la viande hachée,à un chien de petite-taille très-yifet très-bien nourri, je lui ouvris l’abdomen, et je passai aud^sus du eardia une ligature que je serrai fortement. LeSi Viscères furent maintenus par quelques points de suture faits à laplate abdommde vaussitôt uffbrts de vomisssement, et rejet d’une grande quantité mucosités claires, filantes et écuipeuses aucun baflléinent, aucun trouble respiratoire; les vomissemen s deviennent plus rares ; l’animal se couche et garde le rejpos. Mort le soir, douzè heures après l’opération.
Éécropsie. Examiné âüssitot, nous trouvâmes Lœsophagé rempli de plusieurs onceAd’un fluide clair, limpide, ressemblant au suc salivaire; l’estomac était fortement contracté, et sa portion pylorique .vi4p,^Jies a.limeps occupaient toute la portion gauche; ils étaient secs et pcjlotpnnés ; leur surfaep seulement était légèrement ramollie : à
peine furent - ils retirés, que nous Vîmes l’estomac se contracter et revenir sur lui-même.
Exp. V®. Excision des deux pneurno-gastriques , le 26 juin ïS2g; mort le neuvième Jour; inflammation des nerfs.
Opération semblable aux précédentes ; la trachée-artère avait été ouverte; les résultats durent être compliqués, parce que ce chien, de la plus haute taille, était atteint de lamaladie : les vomissemens furent rares; les mouveménsrespiratoires du thorax étaient très-énergiques et très-amples ; et d’autant plus faciles â remarquer, que la maigreur de l’animal était extrême. Les yeux étaient ternes et enfoncés, tous les mouvemens douloureux; la soif était très-vive; mais aucun aliment ne fut accepté. Mort le neuvième jour.
Nécropsie. Les plaies étaient blafardes, sans tendance vers la cicatrisation ; les poumons d’un rouge uniforme, sans congestions partielles ; l’estomac était ridé, sa muqueuse couverte de mucosités, et grisâtre; cette coloration s’étendait dans l’oesophàge, à deuÉpoùces aur dessus du cardia ; le péritoine était enflammé, et le foie couvert de granulations blanchâtres développées,dans son tissu. Les pneumogastriques étaient rramollis, couverts d’une forte arborisation vasculaire^ qui sé prolongeait supérieurement jusqu’à la base du crâne, mais ne s’étendait pas aux membranes du cerveau.
Je regrette beaucoup de ne pouvoir présenter ici ime observation aussi curieuse que celle que nous pûmes faire l’année passée, sur un chien opéré, ps^Y M. Bégin ; le bout inférieur du nerf avait disparu, et il:ne restait, à la place de son trajet jusqu’au plexus pulmonaire, qu’un cordon trèsfmince filamenteux et rougeâtre, dans lequel on ne retrouvait aucun des caractères du nerf.
Exp. VI*. Excmon des deux pneumo-gastriques sur On chien cànièheÿdont i
la trachée n avait pas été ouverte. Mort deux mois et demi après l’opération. ' ' ' '■ ‘
Celte opération fut faite rapidement, au moyen de deux iucislous làtèraies, à la hauteur du larynx, sur un chien caniche maigre, mais agile et vigdiireüx. Les suites n’offrirent rien de bien remacquahle pèhdaht lès trois ou quatre premiePs jours ; ranimalhuvàilfacilement, ' mais refusait de prendre des alimens ; les vomissemens de matières. bîancheSj filantes et ^cmiieuses étaientïréquéns; les yeùx étaient enfoncés, chassieux, et la conjonctive recouvrait une partie de k; cor^/ née. Guidé par des vues théoriques, je lui fis donner du bouillon et du lait; plus tard, j’y faisais tremper long-temps du pain bien levé et bien cuit, et j’en formais une espèce de pâte ; ensuite, je donnai de la viande cuitè et hachée. Comme il est à remarquer que l’appétit revient au bout de quelques jours , lorsque l’animal ne succombe pas , je chërchai à fàciiiter les digestions en rendant les repas/plus fréqûens et moins cojlftux; les vomissemeris ne cessaient pas, mais ihnly avait qUè'des mucosités de rejetées; les baltemens du cœur étaient fcaits et frêquènsÿ mais réguliers. A la fin du premier mois, l’animal reprenait un peu de force, et sà maigreur était moins grande; on le menait. rén gulièfémenf promener ' et il paraissait se porterâssezbien ; cependank-r sa vivacité était étei îite, et il ne retrouvait son ardeur qu eu miomenfedes répasvDépuiscétfe époque, il fut négligé; on ne prit aucune précaution pour le mettre â l’abri du froid ; le lait lui fut supprimé, ;il fut même sOuihis à plusieurs ^jeunes assez longs ; l’on-ne constata d’Harttrès phénomènes que la continuation ries vomissemens-, uh penchant décidé àu fépds et à la solitude , et une niaigréur qui>ne;cessa?plus dp faire des progrès. Enfin, deux-mois et demi et qUelquesojours après l’opération, cet animal mourut dans un affreux degré de marasme, et dans un état de flaccidité complet.
Nécropsie. Les plaies étaient depuis long-temps cicatrisées; les deux
bouts des perfs étaiept écartés de plus d’uu pouce d’intervalle, et sans aucun dépôt intermédiaire; le tissu cellulaire qui les entourait était lâche et lamelleux; les cordons nerveux eux-mémes n’ofiraient aucun , çhangement de coloration, mais paraissaient peut-être un peu amincis. Les poumpns , gris sur leurs bords , ne présentaient ni tiiberpulçs, ni indurations, et contenaient peu de sang; les vaissealrx etaiènt comme contractés et un peu diminués de volume; du sang noir et" , fluide remplissait les grosses veines et les cavités droites du cœur.
, I/œsophagê était large, niais sain; l’estomac, revenu sur lui-mémè, et d’une petite capacité, n’était contracté que dans la région pylorique ; sa muqueuse était d’un brun rougeâtre ; le reste du tube digestif et les organes annexes ne donnèrent lieu à aucune remarque Jimpertante. ^ ^
Cette observation est extrêmement .curieuse, en ce qu’elle détruit l’opinion, généralement reçue, de la nécessité immédiate du pneumogastrique pour l’entretien, de la vie, quoique M. Bégin eut, l’année passée, conservé pendant un mois entier un chien, dont les pneumogastriques étaient excisés. On n’avait pas d’exemple dans la science d’une existence si prolongée, à la suite d’une semblable opération , si j’excepte celui que mon collègue et ami, M. Fourcade^ a présenté dernièrement à la section de chirurgie de l’Académie royale de Médecine. , -
Exp. VIE. Excision des pneumo-gastriques , te 8 juillet 1 829. Examen des mpuvemens du cœur; altération et régénération des nerfs.
Après l’opération, l’animal est pris d’efforts de vomissement et de quelques l^ers bâillemens ; les battemens du cœur sont si fréqUens, que l’on ne peut les compter; il y a une intermittèncé au moment du maximum de l’inspiration. Le lendemain, l’intermittence existe encore; la cinquième pulsation manque; l’animal boit, mais il refuse toujours des alimehs. Mort le troisième jour. ,
Nécropsie. Les deux nerfs ont été excisés dans l’étendue d’un pouce • du côté droit il s’est formé un caillot de sang arrondi, cylindrique’ entre les deux bouts divisés , qui se trouvent ain^ réunis ; ce caillot assez ferme à sa surface, ne dépasse pas de beaucoup le volurrie du cordon nerveux, et il est entouré de tissu cellulaire filainentéùx, dont les aréoles ne contiennent aucune trace d epanchement sanguin. Ce fait est remarquable en ce qu’il sert à expliquer les prétendues reproductions de nerfs dans les cas d’excisioii. Fontana rapporte qii’étant à Londres en 1778, il vit au muséum de G. Hunfer la préparation d’un pneumo-gastrique, dont Cruiskshanck avait enlevé environ un pouce, du vivant de l’animal, et qui s’était reproduit, mais plus gros, irrégulier, raboteux, et paraissant d’une nature particulière ; cet auteur ajoute que la reproduction des pneurao-gastriques , après leur excision, est une vérité certaine, que leurs extrémités se prolongent, se rencontrent et s’unissent.
Les faits dont je rends compte { Foy. exp. lï, vu, xiv ) me paraissent de nature à jeter une grande lumière sur cette observation: toutes les fois que les nerfs sont coupés, ils se rétractent un peu dàns la gaine celluleuse qui les environne ; en même temps les extrémités des vaisseaux du névrilème se trouvent ordinairement fermées i; là cicatrisation a lieu alors avec un simple renflement blanchâtre. Mais si ces vaisseaux capillaires versent du sang, celui-ci se moule dans la gaine celluleuse, et la pousse devant lui : lorsque l’hémorrhagie s’arrête, le nerf n’est allongé que de quelques lignes, comme dans lés exp. 11, V, XIV ; mais si elle se continue, le nerf est régénéré, parce que les deux cordons se sont rencontrés et unis : ce sang s’épaissit, prend de la densité et de la consistance ; mais sa coloration, sa forme et sôn organisation établissent une démarcation tranchée avec le nerf , dont on trouve les extrémités renflées, cicatrisées isolément, et entourées piar un feuillet fibrineux, qui n’offre avec elles que des rapports dé contigiiité. Je n’ai jamais eu l’occasion de répéter ces remarques siir des animaux qui avaient vécu plus de dix ou douze jours depuis le nio- >nent de l’opération.
Dans l’observation qui nous occupe, le névrilème du côté droit était très-injecté 5 du côté gauche, aucun dépôt n’avait eu lieu entre les deux bouts du nerf, qui était d’un jaune intense, depuis sa section jusqu’au plexus pulinonaire ; celte coloration insolite ne se bornait pas au névrilème, mais s’étendait à toute l’épaisseur du cordon nerveux. Les gros vaisseaux et le cœur étaient remplis de sang en caillots mous^ noirâtres, sans séparation de fibrine; le foie était le siège d’une abondante congestion; l’estomac fortement contracté, à rides saillantes et brunes; les poumons étaient engoués dans quelques points, et leurs ramuscules bronchiques contenaient une sérosité écumeuse et sanguinolente.
Exp. VIIP. Excision des deux pneumo-gastriçues, Exameii des caractères du sang.
La trachée-artère ayant été largement ouverte, par perte de substance, sur un griffon vigoureux et de haute taille, je disséquai les pneumo-gastriques dans une étendue de deux pouces, et je passai des ligatures au-déssous d’eux, ainsi qu’au-dessous des artères carotides , afin de pouvoir les dégager facilement ; je ,ne pus essayer la compression momentanée. des nerfs, parce que la douleur déterminait des efforts si violens, qu’ils eussent rendu mes résultats incertainB ; je les excisai rapidement, et j’ouvris aussitôt une artère carnlide; le sang s’en étant échappé parfaitement rouge, je liai cette artère, et j’attendis une demi-heure. J’ouvris alors la carotide et une veine, et aucune des personnes présentes n’aperçut la moindre modification dans la couleur des deux espèces de sang. Les ligatures furent serrées , et l’expérience ayant été recommencée au bout d'une heure, les résultats furent les mêmes, et il coula du sang artériel jusqu’à la dernière pulsation.
Exp. IX*. Excision des deux fneumo-gastriques. Examen des caractères du sang le lendemain de l'opération.
Les deux pneumo-gastriques furent excisés comme dans les expériences précédentes,- sans que la trachée-artère ait été ouverte ; l’animal fut peu fatigué de l’opération, qui dura à peine une ou deux minutes. Immédiatement après, la respiration paraît gênée, les inspirations sont anxieuses, fréquentes 3^ et se répètent plusieurs fois de suite ; les expirations sont vives et un peu sifflantes ; l’animal semble faire effort; il porte les pattes à son cou, comme pour écarter un obstacle ; lorsqu’on le menace, il fait entendre un glapissement aigu; vomissemens de mucosités écumeuses, refus des alimens. Le lendemain^ la vivacité a reparu, et la respiration est libre; l’artère crurale ayant été ouverte, le sang s’en échappe très-chaud, parfaitement rouge, et il conserve ces caractères jusqu’aux dernières contractions du cœur. Ayant alors ouvert la poitrine, j’irritai avec la pointe d’un scalpel les filets nerveux de l’œsophage, et je déterniinài de fortes contractions de ce conduit ; ce fut en vain que je portai l’instrument sur les différens plexus de l’estomac, ce viscère resta complètement immobile.
Les nerfs avaient été enlevés dans plus, d’un pouce d’étendue; ils étaient renflés aux extrémités de la section, et un peu de sang épanché dans leur gaine celluleuse semblait les continuer et les allonger de deux ou trois lignes.
Exp. X®. Transfusion veineuse ^ et injection^ dans le tissu cellulaire de la cuisse^ du sang d’un chien dont les pneumo-gastriques étaient excisés depuis douze Jours.
Je recueillis dans une petite seringue, terminée par Un tube aigu, et préalablement chauffée, une petite quantité de sang appartenant au chien qui fait le sujet de l’observation, et qui était au seizième jour
de l’expérience; je l’injectai aussitôt dans la veine crurale d’un autre chien de forte taille, sur lequel je l’avais découverte pour n’éprouver aucun retard ; je ne fis pas de ligature , la veine n’ayant donné que peu de sang. J’injectai ensuite dans le tissu cellulaire de 1 autre cuisse quelques gros du même sang : les plaies se cicatrisèrent rapidement à la suite de ces opérations ; l’animal n’éprouva pas le moindre accident, et il put servir <i de nouvelles expériences.
Excision d’une portion des nerfs récurrens3 le 3 juillet iSig.
Excision d’un pouce du pneumo-gastrigue droit, le L’animal est
mis à mort le 2 1. ,
lià trachée-artère ayant été mise à nu, par une incision longitudîiiale, sur un chien caniche de moyenne taille, les déni nerfs récurrens furent enlevés dans l’étendue d’un pouce environ, à quelque distance du larynx : l’opération fut très-courte, et ranimai n’enparut que peu incommodé. La mutité fut et resta complète ; èn vain on le menaça et on le frappa, il ne fit pas entendre le moindre cri. Onze jours après, on lui excise un pouce du pneumo-gastrique droit, et, comme on favait opéré^à jeun, on lui offre des alimens, suc lesquels il se jette avec voracité ; la jîéglutition est gênée; il exécute des mouvemens de totalité de la tête et du cou pour faire passer le bol aliraentaicê., et il tousse un peu. Deux jours après , ces symptômes avaient disparui Sept jours après cette seconde opération , l’anfmal fut mis à mort; la poitrine fut ouverte sur-le-chainp, et les deux poumons offrirent absolument le même aspect ; ils étaient d’un blanc rosé , et ne s’engorgèrent qu’au moment où la circulation s’arrêta; nous: ne trouvâmes aucune altération notable dans les fluides, qui avaient été recueillis dans un but parîicuüer; tous les organes parurent sains.
Nota. M. le professeur CruretY/nVr a eu l’occasion d’observer sur l’hopime un bel exemple de compression des nerfs récurrens, par une
tumeur anévrysmale de la crosse de l’aorte ; la voix avait été complètement abolie long-temps avant que l’on en eût soupçonné la cause
Exp. XIP. Excision successive des nerfs du larynx.
Ayant choisi un chien de moyenne taille, très-grand crieur, je lui excisai complètement les deux laryngés supérieurs : la voix devint plus grave, était affaiblie, mais très-distincte. Un desrécurrens ayant été enlevé, la gravité fut extrêmement marquée; la voix semblait un son produit par le passage de l’air dans un corps sonore dont toute l’étendue vibrerait; c’était une espèce de ronflement, qui devint encore plus obscur lorsque le second récurrent fut aussi coupé.
(L’excision du nerf laryngé supérieur est extrêmement difficile, parce qu’au niveau du thyroïde ses filets sont séparés, ét que Tonne peut les atteindre que séparément; le plus volumineux, qui perce la membrane thyro-hyoïdienne, est entouré de veines.énormes ; aussi, après avoir échoué plusieurs fois, faute d’avoir fait des incisions assez, grandes , je pris le parti de découvrir largement tout son trajet, et je suis ainsi parvenu à l’exciser complètement.)
Exp. XIIP. Excision des nerfs laryngés inférieurs ou récurrens^ sur quatre chiens de moyenne taille.
Une incision longitudinale ayant été faite sur la région cervicale, à partir du cartilage cricoïde , il suffit d’en renverser les lèvres latéralement pour découvrir les nerfs récurrens le long de la trachéeartère; cette opération, délicate et minutieuse, fut terminée heureusement, et les plaies réunies par quelques points de suture; aucun accident ne troubla la marche de la guérison, qui fut complète du douzième au vingtième jour. Il y eut, au moment de l’excision des nerfs'ét les jours suivans , des signes de difficulté et de gêne respiratoires; deux de ces animaux ëurentde la toux, et semblaient s’efforcer de rejeter un corps étranger; mais ces symptômes disparurent
bientôt. Un de ces chiens aboya distinctement, un autre fit entendre quelques cris aigus et glapissons , les deux derniers restèrent muets.
Chez tous on constata, à une autre époque, que les nerfs laryngés avaient été bien excisés , et il ne put rester aucun doute à cet égard.
Exp. XIV*. Section simple des pneumo-gastriques sur un jeune chien dont les deux nerfs récurrens avaient été précédemment coupés. Mort le quatrième jour. Begénération irrégulière des nerfs.
Au moment où l’opération fut terminée, on crut que l’asphyxie allait avoir lieu ; les efforts respiratoires^ étaient violens et pénibles, et semblaient s’exercer dans tout l’arbre bronchique, et n’être pas seulement bornés au larynx ; on aurait pu soupçonner la présence dans la trachée-artère d’un corps étranger, ou du sang, ou d’ùn mucus peu épais, retombant à chaque inspiration sur l’entrée des bronches r le passage de l’air produisait iin son faible et sourd; la conjonctive, la membrane muqueuse buccale étaient violettes. Nous attendions que la perte de connaissance fût complète pour ouvrir la trachée et insuffler de l’air, lorsque l’animal se remit peu à peu, se leva, et alla gagner un coin de la chambré dans laquelle il était enCernié ; les contractions du cœur étaient violentes et tumultueuses. On lui présenta de l’eau et des alimens, et il but assez abondamment. Le lendemain, nous le trouvâmes couché sur le côté, Içs pattes étendues ; la respiration était restée gênée et anxieuse; les yeux étaient chassieux, et la membrane clignotante recouvrait plus de la moitié de lanornée. Deux jours après, il mourut à dix heures du matin, ayant ;:efusé toute espèce d’alimens depuis le moment de l’opération, et n’ayant eu que des vomissemens rares et éloignés.
Nécropsie. Les plaies étaient couvertes d’une sanie grisâtre et fétide; les pneumo-gaslriques, séparés de trois à quatre lignes au point de leur division, et unis par un caillot de sang qui entourait leurs deux
extrémités ; ce caillot n’était pas moulé et cylindrique, mais épais et anguleux; ces nerfs n’offraiént aucune altération notable dans le reste de leur longueur; les poumons étaient partout crépitans, quoique engorgés et brunâtres en arrière et sur leurs bords ; la trachée et les grosses bronches étaient blanches et vides; les divisions bronchiques secondaires étaient remplies d’une écume rougeâtre très-fine, qui obstruait leurs derniers radicules ; tous les gros vaisseaux veineux et le cœur étaient distendus par un sang noir et fluide; l’eslomac contracté vers le pylore, distendu dans la région cardiaque ; les intestins sains dans toute leur étendue.
Exp. XV®. ( 2g juin i82 9. ) Excision du pneumo-gastrique droit j, sur un chien dont les deux nerfs récurrens avaient été précédemment coupés^ Quatre jours après^ excision du pneumo-gastrique gauche; mort le hui-^ tième jour de la seconde opération.
Aucun accident après la première opération ; toux, voix aiguë et glapissante après la seconde; absence complète de vomissemens.
Nécropsie. Les deux bouts des nerfs sont isolés et sans substance intermédiaire. Engorgement sanguin du cœur, des veines et des poumons , semblable à celui que l’on rencontre dans l’asphyxie ; estomac ridé et noirâtre ; cardia contracté.
Exp. XYI®. Excision et incisign des pneumo-gastriques, sur un chat de trois mois ^ dont la trachée-artère avait été ouverte; mort quelques mo^ mens après ^ avec tous les symptômes de l’asphyxie.
L’opération faite, comme toutes les précédentes, à la région cervicale , fut facile et prompte ; le nerf du côté droit fut excisé, et celui du côté gauche seulement incisé : l’animal ayant été mis en liberté, nous ne remarquâmes que des mouvemens obscurs de respiration; la poitrine semblait immobile, et, quoique la plaie de là trachéeartère fut béante, il ne paraissait pas évident que l'air y passât; les
conjonctives, les lèvres et la langue se tuméfièrent, et prirent une teinte violette; le^membres postérieurs étaient agités de fréquens mouvemens d’extension ; la station devint vacillante, et l’animal tomba sur le côté ; il y avait bien quelques efforts, qui semblaient indiquer le besoin de respirer ; mais ils restaient bornés à la tête et au cou. La mort succéda bientôt à ces symptômes.
' Nécropsie. Les veines étaient gorgées de sang fluide; il en était de même des cavités droites du cœur, et du foie et de la rate. Le poumon correspondant à la simple incision du pneumo - gastrique étMl rosé, un peu congestionné dans quelques points, avec des traces d’emphysème sur ses bords ; l’autre poumon était d’un brun noirâtre. Cette circonstance me frappa d’autant plus vivement, que sur un chien auquel l’on n’avait excisé, l’année précédente, qu’un pneumogast*rique, nous avions trouvé dans le poumon correspondant quelques tubercules, tandis que l’autre était sain ; cependant je suis obligé d’avouer que depuis, et dans les mêmes circonstances, je n’ai rien observé de semblable.
Exp. XYIL. L’excision des deux pneumo-gastriques ayant été répétée sur un très-jeune chat ù peu près du même âge, il mourut encore; plus rapidement, et nous ne pûmes le ranimer qu’imparfaitement par i’insufïlâlion mécanique de l’àn' dans ses poumons.
Exp. XYIIl®. Excision des deux pneumo-gastriques sur un chat très-fort et très-ardent, auquel on avait pratiqué la trachéotomie. Mort au bout de quelques minutes.
Exp. XIX®. La même opération ayant été faite sur un autre chat, dans dès circonstances semblables, la carotide fut ouverte, et il s’en écoula une assez grande quantité de sang avant qu’une ligature pût être posée. L’animal vécut cinq jours, mangeant, et ne vomissant que rarement ; cependant il était déjà tombé dans un grand état de maigreur.
Exp. Excision d’un seul pneumo-gastrique à Ê région cervicale sur un pigeon. Aucun résultat notable.
L'animal s’en ressentit à peine ; tué le Huitième jour, je ne trouvai aucune altération.
Exp. XXP. Excision des deux pneumo-gastriques sur un pigeon; respiration continue et complète ; cessation de toute action digestive ; mort le dixième jour.
On n'observa pendant les premiers jours aucun Symptôme ; la force et la chaleur n’étaient pas diminuées ; l’oiseau continuait à manger comme d’habitude; mais les grains accumulés dans le jabot le distendaient énormément. Vers le dixième jour, cet oiseau , qui était devenu d’une excessive maigreur, tomba dans un accablement profond ; il se blottit dans un coin et y mourut.
Nécropsie. Les plaies cervicales étaient remplies de feuillets fibrineux jaunâtres, qui s’étendaient sous la peau jusqu’à l’occipital : les poumons, d’une couleur grisâtre , laissaient couler à la section une sérosité roussâtre et écumeuse ; le jabot était prodigieusement dilaté par des graines de vesce et de chenevis à peine ramollies ; le gésier, complètement vide, était sec, contracté, comme doublé d’une membrane verdâtre, dans laquelle se trouvaient de petites pierres ; elle me parut formée de bile desséchée et de débris de graines ; les intestins ne contenaient qu’un peu de bile.