‹ Du nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveusesChapitre 15 sur 45 · EXCÈS VÉNÉRIENS · texte numérisé non relu

EXCÈS VÉNÉRIENS

ne manquait jamais d'augmenter la chaleur cuisante intérieure et d'être suivie de douleurs de tête.

Il y a environ six ans, à la suite de préoccupations d'affaires et de grands chagrins, j'ai été pendant six mois dans un grand état de souffrance, et retenu au lit. Mon agitation était extrême, je ne pouvais rester en place, je me levais et couchais à chaque minute, je souffrais de vives douleurs à l'estomac et au ventre, dans les jambes, je restais de six à sept jours sans rien prendre*

Au début, le médecin avait cru à une péritonite ; il ordonna plusieurs fois des applications de sangsues, des purgations ; cette médication me fut plutôt nuisible : on eut alors de grandes inquiétudes et mes souffrances furent intolérables, mais ma tête qui était ordinairement le siège de vives douleurs fut toujours pendant cette longue crise parfaitement libre et sans douleurs.

Depuis les douleurs de tête sont revenues ; elles sont très-vives, mais elles affectent moins le reste de Téconomie, elles n'empêchent pas l'appétit et provoquent plus rarement les maux de cœur et vomissements : ces douleurs se prolongent pendant des semaines entières, reviennent chaque jour avec de l'intermittence.

Le coït ne manque jamais de provoquer ces douleurs de tête. Aussitôt j'ai des nausées, des rapports, des vents par le bas et surtout par le haut, le ventre se durcit et se gonfle, puis les extrémités, les pieds et les mains, se refroidissent, puis viennent des éternuments, un feu intérieur à Testomac, un besoin de manger continuel, un goût amer dans la bouche, les tempes de chaque côté de la tête se serrent, deviennent douloureuses, les veines et artères en avant des oreilles se gonflent, les yeux me cuisent, j'ai des étourdissements, un besoin invincible de sommeil, qui est suivi de douleurs intolérables à la tête. Ces douleurs durent de huit ?> douze heures, elles ne me prennent que trente-six ou quarante-huit heures après le coït; elles passent d'une partie de la tète dans une autre et reviennent chaque jour.

Pendant ces douleurs, je ne puis prendre de choses légères et liquides; les aliments lourds, les farineux, la pâtisserie ont souvent éloigné ou diminué les douleurs, empêché les vomissements ; au lit je souffre plus et plus longtemps ; j'ai la respiration oppressée, les jambes brisées et pourtant je marche sans cesse.

Quand je ne suis pas atteint de douleurs, ce qui est rare, je suis fort, je résiste à la fatigue, j'ai bonne mine, toujours le teint coloré ; mais je perds la mémoire et l'aptitude au travail.

Les veilles, un retard dans les repas, l'excès de préoccupations suffisent pour produire parfois les symptômes ci-dessus décrits. Le coït même éloigné les ramènerait infailliblement.

Ce malade a été soulagé mais non guéri par Yarséniate de sonde et par V hydrothérapie.

§ •. — €oiivAle««enee des'* mal adlefl aisnëfl; — maladies

chroniques.

La convalescence des maladies aiguës^ principalement la fièvre typhdide^ la variole^ la scarlatine, X angine couenneuse^ détermine quelquefois des accidents nerveux multiples et variables ; alors le Nervosisme est secondaire.

Il en est de même de la syphilis constitutionnelle ancienne [ce qu'a montré Yvaren (i)], et ces observations sont assez fréquentes.

(1) Y?aren, Métamorphoies de la syphilis, Paris^ 1800. — Au nodvbre des formes cachées de la sypbylis, M. Yvaren cite avec raison les névroses, la paralysie^ les convulsions et les névralgies signalées par Paracelse, De morb, gall,, \, 5; Sauvages, Nosol, méth,, t. X, p. 55; Hufeland, Méd, prat, p. 484 ; par Baumes; et les névroses observées sur quelques-uns de ces malades. — Ce sont des cas de nervosisme bien caractérisés.

En voici un exemple :

Obs. vil — Nervosisme ou syphilitiqtie caractérisé par de la céphalalgie, des palpitations , de V asthme, de la gastralgie et des convulsions avec syncopes pendant un an. — Guérison.

Une fille de quinze ans, atteinte de syphilis constitutionnelle, pâle, chlorotique, fut prise de palpitations et d'oppression considérable avec toux sèche, opiniâtre pendant quelque temps. Elle eut ensuite de fortes céphalalgies, puis des maux d'estomac, enfin des convulsions accompagnées de perte de connaissance durant quelques minutes et reparaissant tous les trois ou quatre jours pendant un an.

La présence d'un ecthyma syphilitique sur les jambes révéla la nature du mal, qui avait été longtemps méconnue ; des bains de sublimé et du sirop de Cuisinier guérirent complètement cette malade (1).

La plupart des maladies chroniques eX surtout celles de rintestin et de Testomac, qualifiées de gastralgie, de dyspepsie, d'entérite chronique, de constipation, etc., quelquefois aussi les maladies de Putérus, peuvent donner naissance au Nervosisme aigu et chronique. En effet, bien que cet état puisse être primitifs il est bien plus souvent secondaire ou symptomatique^ et il dépend fréquemment d'une lésion matérielle, dont Taclion sympathique ou réflexe se traduit par des désordres vagues, mobiles et multiples dans le système nerveux par l'intermédiaire des vaso-moteurs.

Cela est très-commun dans la convalescence des

(1) Banmès, 1" partie, p.* 141. — Yvaren, p. 68. ... •

fièvres typhoïdes. Au vingt ou vingt-cinquième jour d'une diète sévère, après une amélioration notable, îl survient souvent de l'agitation, un faible délire, une plus grande accélération du pouls, et tous ces phénomènes nerveux disparaissent par un commencement d'alimentation. Il en est de même des vomissements quelquefois si graves observés à cette pé^ riode de la même maladie. Et, ici comme ailleurs, chez quelques sujets, dans les maladies aiguës, il importe de saisir le moment opportun, de recourir à Talimentation, sous peine de voir l'état morbide antérieur se compliquer d'un nouvel état morbide du système nerveux, caractérisé par des désordres plus ou moins graves et quelquefois mortels.

Ordinairement il n'y a que des vertiges, des illusions sensoriales, des défaillances et une grande faiblesse avec surexcitabilité nerveuse. StoU a parfaitement indiqué ces phénomènes qu'il avait observés sur lui-même à la suite d'une fièvre putride. « Des ver* » tiges et des défaillances, dit-il, ne me permettaient » pas de rester sur mon séant. Tous les objets placés » droit ou perpendiculairement à l'horizon me pa- » raissaient inclinés ou penchés, comme s'ils eussent » été près de tomber sur moi. Ceux dont la position » était parallèle à l'horizon semblaient aller en s'éle- )) vaut, en sorte que les personnes qui marchaient » dans ma chambre me paraissaient monter par un » plan incliné; et moi-même, marchant sur un plan- « cher bien uni, je croyais être sur un lieu qui allait

» eo montant. A mesure que je m'éloignais de ma » maladie, ce vice de ma vue se corrigea peu à peu, » mes forces s'affermissant, et enfin la santé, la plus » grande des déesses, commença à jeter sur moi un » regard favorable. Le 1" mars 4777, je repris le )) service de mon hôpital, et depuis j'ai toujours joui » d'une bonne santé, bien meilleure qu'avant cette » maladie (1). »

Ce n'est évidemment pas là de l'hystérie ni de l'hypochondrie. Dans ces cas, les troubles de l'innervation peuvent être si considérables, qu'il en résulte des paralysies partielles ou générales et des paralysies des organes des sens.

Plusieurs fois déjà j'ai vu des enfants momentanément atteints de paralysies générales dont la convalescence de la fièvre typhoïde et les accidents ont disparu au bout de quinze à vingt jours.

Dans un cas, chez une petite fille qui me fut adressée à l'hôpital Sainte-Eugénie par Verneuil, il y avait à la fois paralysie générale et amaurose. La paralysie musculaire générale cessa au bout d'un mois, l'amaurose devint permanente. Deux ans après, quoi que nous ayons pu faire, elle durait encore.

Sur une autre petite fille il y eut une paralysie de la langue, guérie au bout de quinze jours.

Chez quelques enfants placés dans les mêmes conditioQs, j'ai vu la paralysie se prolonger pendant plusieurs semaines.

(1) StoU, Méd, prat, t. H, p. 19.

yen ai connu un chez lequel la paralysie générale des membres a duré plusieurs mois et n'a cessé que sous l'influence d'un traitement hydrothérapique bien dirigé.

Aucune de ces névroses n'appartient ni à Thystérie ni à rhypochondrie.

Pomme a publié, plusieurs faits de ce genre : là des convulsions et une hémiplégie de courte durée; ailleurs de la fièvre, des syncopes, des coliques et des borborygmes, des spasmes, de la polyurie, etc., phénomènes dont on pourra juger l'importance par les relations suivantes :

Obs. VIII. — Nervosisme aigu, suite de convalescence. — Fièvre. — Évanouissements. — Coliques. — Borborygmes. — Spasme de la vessie et des reins, etc. (1).

« Mademoiselle de Saint-Jœurs, prétendante chez les dames carmélites, âgée de dix-huit ans, d*un tempérament bilieux, sanguin et très-ardent, fut attaquée d'une fièvre des plus aigties, avec toux, oppression et un léger crachement de sang. Elle fut saignée et resaignée en conséquence ; on prescrivit les tisanes les plus rafraîchissantes, les émulsions et plusieurs lavements; et ces symptômes s'évanouirent. La fièvre subsistait néanmoins depuis plus de trois semaines, lorsque je fus consulté. La peau était aride et écailleuse ; la langue sèche et Tinsomnie habituelle, ce qui dénotait une effervescence considérable. Les évanouissements vaporeux survenaient, ensuite les coliques, les borborygmes, les spasmes de la vessie et des reins, les urines claires, limpides, et le dé-

(i) Pomme, 1. 1, p. 188.

rangement des règles, ce qui déclara parfaitement Ta/fection hystérique.

Je substituai d'abord au premier traitement la tisane de poulet, et les fomentations émollientes, dont la malade reçut quelque soulagement, mais Téréthisme des nerfs et la raréfaction des liqueurs étaient portés à un si haut degré, qu'il fallut recourir aux plus puissants remèdes. Le bain seul parut opérer cet effet ; la malade le désirait ardemment ; car elle ressentait, disait-elle, intérieurement les ardeurs d'une chaleur brûlante, qui invitait la nature à demander elle-même ce remède. Elle y resta pendant deux mois, six heures par jour. L'insomnie cessa pour lors ; le pouls, dont les pulsations étaient au nombre de 130 dans l'espace d'une minute, revint ensuite par degrés à celui de 90, qui formait son état naturel chez cette demoiselle. La peau devint souple et humide, les règles se rétablirent en même temps que les urines ; elles entraînèrent avec elles une quantité considérable de sable et de graviers, dont les reins avaient été chargés par le rétrécissement de leurs couloirs, et la malade reprit enfin sa santé, dont elle jouit aujourd'hui dans un état bien opposé à celui qu'elle avait voulu ci-devant embrasser. On trouve ici l'explication du pouls vaporeux, et on comprend aussi pourquoi il se concentre si souvent, pour se développer ensuite alternativement dans les paroxysmes hystériques. Les oscillations irrégulières des artères et du cœur, produites par les mouvements spasmodiques des nerfs, et par l'irrégularité du cours des esprits animaux, en sont la preuve évidente. »

Obs. IX. — Nervosisme aigu, suite de convalescence et de saignées trop copieuses. — Insomnie. — Hémiplégie. — Convulsions. — Guérison (1).

« M. Armand, chirurgien de Lyon, âgé de trente-cinq ans, d'un tempérament sanguin et robuste, fut attaqué

(i) Pomme, t. I, p. 262,

dans le mois de mai 1761 d'une fièvre putride et inflammatoire dont il guérit par le secours de 10 saignées, un émétique et quelques légers purgatifs.

L'insomnie le fatiguait dans sa convalescence depuis quelques jours, lorsqu'il fut saisi tout à coup d'une hémiplégie incomplète au côté droit. Son bras et sa jambe furent d'abord engourdis, son œil fut éraillé par la rétraction des deux paupières, et la bouche resta dans un état convulsif.

Le malade, alarmé par les symptômes d'une hémiplégie réelle, réclamait à tout instant les secours de son art, et il se disposait déjà à se saigner lui-môme, si je ne fusse arrivé à temps pour m'y opposer. Les symptômes de la maladie qui avait précédé et les remèdes que j'avais employés me fournirent au premier instant des signes diagnostiques du mal que j'avais à combattre. Le spasme et Téréthisme des nerfs se montraient avec évidence : il fallait, par conséquent, relâcher au plus vite les parties qui paraissaient en être affectées. Le bain tiède fut préféré à tout autre secours, quoique la faiblesse du malade parût à quelques-uns contre-indiquer l'emploi de ce remède. Son efficacité ne se démentit pas, puisque Ton vit en peu de jours disparaître tous ces symptômes. »

Perry, qui a eu le tort de confondre avec l'hyslérie le.s troubles nerveux observés dans la convalescence des fièvres graves, a signalé des faits analogues. « Les maladies hystériques sont souvent la conséquence des fièvres aiguës, et j'ai vu dans plusieurs cas les symptômes d'hystérie augmenter à mesure que ceux de la fièvre diminuaient (1). »

g^(l) Perry, Mechankal account of the hystérie passion^ p. 196*

Quant à Tissol, on ne saurait être plus explicite : a Toutes les maladies aiguës soit inflammatoires, soit putrides simples ou malignes, peuvent produire cet effet par suite des différentes lésions qu'elles laissent dans la machine, et il est très-aisé de voir les hommes forts, après une fièvre violente la mieux terminée, avoir des maux de nerfs, parce que, comme je Tai déjà dit, une maladie aiguë, quoique bien terminée, laisse les fibres lâches, le sang trop peu dense, Testomac faible, la mucosité qui remet toutes les cavités trop ténue, les vaisseaux trop peu remplis, et que toutes ces conditions donnent des maux de nerfs (1). »

Un peu plus loin il ajoute : « C'est surtout après les fièvres véritablement malignes que Ton observe les pertes de mémoire, Taffaiblissement des sens, Timbécillité, la mobilité la plus marquée, les vapeurs, Thypochondrie (2).

Enfin, pour indiquer les effets des maladies chrpniques, il dit : Tout état de dépérissement, de quelque cause qu'il puisse venir, produit souvent des maux de nerfs. «J'ai vu une fille, dit-il, qui, les derniers mois d'une étisie, avait alternativement des moments d'angoisse nerveuse cruelle, des rêveries, des pleui*s, des sursauts et des douleurs vagues et très- passagères de tous les membres; et une autre, âgée de vingt-quatre à vingt-cinq ans, qui, dans une étisie lente, éprouva à différentes reprises des convulsions violentes, des

(1) Tlssot, t. III, p. 266.

(2) Tissot, Ibid., p. 257.

spasmes soutenus, des paralysies passagères pendant plus d'un an. J'ai vu un homme, âgé de vingt-six ans, très-vigoureux avant sa maladie, qui, étant tombé dans Tétisie à la suite d'une maladie aiguë mal terminée, éprouva un changement singulier dans la physionomie, qui dépendait de ce que les muscles des yeux étaient habituellement dans un état de spasme qui dérangeait leur position et faisait que l'œil droit voyait les objets un pouce plus haut que l'œil gauche (1). »

Des troubles analogues s'observent quelquefois à la suite de \ angine coiœnneuse, et on y rencontre, soit la paralysie du voile du palais, soit des paralysies générales ou partielles dans les membres. — J'en ai observé et publié quelques exemples {2). C'est ce qu'on appelle \sl paralysie diphthéritique ^ et dans plusieurs cas qui ont été suivis de mort, nulle altération n'a été constatée dans les centres nerveux.

§ !•• — DyspeMie et sasirlle ehronlqae.

La plupart des personnes affectées de Nervosisme ont une affection chronique de l'estomac, soit des vents et des aigreurs, ce qui caractérise la dyspepsie flatulente et la dyspepsie acide ; — soit une grande lenteur de digestion avec coliques sèches ou borbo-

(1) Tissot, t. m, p. 267.

(2) E. Boucbut, Traité des maladies de t enfance, Paris, 6* édition, 1874, p. 994.

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