ANESTHÉSIE ET HYPERESTHÉSIE
vive et appréciable à la main, ils souffrent considérablement de cette disposition morbide.
Ce n'est d'ailleurs pas une illusion de leur party comme on pourrait le croire, et ainsi qu'on l'a soutenu dans ces dernières années, à propos des frissons de fièvre intermittente. Le thermomètre accuse un abaissement de température locale, en rapport avec les sensations de la main appliquée sur la peau des malades. J'ai vu, au genou, la température descendre à 28 et 29 degrés centigrades, il en est quelquefois de même aui pieds chez ceux qui se plaignent d'un accroissement de chaleur, si le thermomètre montait de quelques fractions de degré, et j'ai pu me convaincre que la température centrale mesurée dans l'aisselle s'élevait à 88%4; 38%8 et même à 39 degrés.
Les modifications que peut subir la sensibilité spéciale de chacun des organes des sens ne sont pas moins curieuses à étudier, surtout quand elles acquièrent un assez haut degré d'intensité pour troubler ou suspendre les fonctions sensoriales.
§ •• — Aiiesthésie et hyperesthé^le cutanées.
Le sens du toucher est celui qui reçoit du Nervosisme aigu et chronique l'atteinte la plus profonde. La faculté de sentir les objets extérieurs et l'aptitude à percevoir la douleur sont très modifiées, mais cependant cette aneslhésie et cette analgésie, dont la
78 SYMPTOMES DU NERVOSISMB ÂI6U.
séparation a été si bien faite par Beau, sont beaucoup moins prononcées dans le Nervosisine aigu que dans leNervosisme chronique. Ici, hi sensibilité de la peau par Tappréciation des objets ou de la douleur est rarement diminuée : quelquefois obtuse sur un points augmentée sur un autre, elle peut être alternativement sur les mêmes parties, plus faible ou plus forte que dans Tétat normal, et cela sans qu'il soit possible d'en découvrir la raison. — Son trouble le plus ordinaire est une exaltation et une perversion considérable constituant Thyperesthésie ; on en verra la preuve dans Tobservation de cette dame (lue j'ai vue en consultation avec mon collègue Vigla (obs. XIV). — Les malades se plaignent très-vivement de la moindre pression, du frottement et du contact le plus léger. Quelques-uns poussent des cris continuels, et on ne peut les toucher, sur un ou plusieurs points du corps, tantôt sur le bras, tantôt sur le visage, tantôt sur le ventre et ailleurs, sans provoquer les douleurs les plus vives. De pareilles soulTrances, sans lésion so* matique, sont vraiment incompréhensibles.
Ailleurs, outre l'exaltation, il y a perversion delà sensibilité. Le contact de certains objets fort usuels devient l'occasion d'une vive souffrance, ainsi le velours, la soie, la gaze, le papier, etc. provoquent un malaise et un agacement douloureux que ne produis sent pas d'autres objets.
§ 9. — Trouilles de 1a tImIoii.
La vision^ ordinairement nette, est quelquefois troublée par les apparences d'un brouillard plus ou moins épais, situé en permanence devant les yeux, ou produit par la contemplation fixe des objets du voisinage. Les paupières sont lourdes, appesanties et doulou reuses. Toute lecture est impossible, et la volonté de parcourir seulement quelques ligne d'uns livre est Toccasion de douleurs oculaires ou cérébrales plus ou moins vives.
Chez quelques malades (obs. XI), la lumière est difficile à supporter, et il leur faut un appartement obscur pour éviter Taclion douloureuse des rayons solaires. Les uns voient courir des lueurs vagues ou de petiteS' langues de feu dans Tespace, ou il leur semble que les objets sont doubles, tourneni sur euxmêmes, changent de forme en s'allongeant; les autres ne jugent plus de la distance, ils croient les objets très-proches ou fort éloignés, et quelques-uns enfin prenant un objet pour un autre, ou voyant devant eux ce qui n'existe pas en réalité, gesticulent en parlant à des êtres imaginaires enfantés par un trouble visuel. Ils sont le jouet d'illusions sensoriales et d'hallucinations dont ils savent la fausseté (obs. XIII et XIV). J'ai vu des malades s'eff^rayer outre mesure d'images fantastiques, ainsi créées de toute pièce par hallucination ou provoquées par la présence d'un chapeau»
d'un livre, d'un vase quelconque, laissé sur un meuble, et transformé par l'illusion visuelle en être vivant, régulier ou difforme, suivant les individus. Ce sont des faits qui se présentent sous les formes les plus variées, sans que pour cela changent leur nature et leur signification • En aucun cas, ils ne peuvent être considérés comme des symptômes de folie, et ce serait commettre Terreur la plus déplorable que de leur donner cette signification.
§ 9. — Troubles de renie.
Louïe devient très-fine. Les malades entendent souvent des bruits réels dont personne autre n'a conscience, et ils saisissent à des distances énormes des mots prononcés à voix basse ; aussi faut-il prendre garde à ce que Ton dit autour d'eux. Le moindre son dans l'air interrompt leur sommeil. Tout bruit les irrite et retentit douloureusement dans leur tête. Quelques-uns entendent des bruits imaginaires; des sifflements aigus, le bourdonnement d'un insecte, le son des cloches^ le bruit des vents ou des grandes eaux retentissent dans leurs oreilles d'une façon continue ou intermittente, et c'est pour eux la .cause d'une trèsvive souffrance (obs. Xlll). D'autres éprouvent dans l'une ou l'autre oreille des battements, qui correspondent aux pulsations du pouls et qui ne sont évidemment qu'une sensation exagérée produite par l'impulsion de la systole artérielle locale.