TROUBLES DU GOUT
§ •. — Troubles de l*odorAi.
\J odorat peut être profondément affecté. Outre la susceptibilité dont il est le siège vis-à-vis de toules les odeurs en général, qui sont insupportables et dont Faction réflexe sur le système nerveux produit la céphalalgie, la défaillance ou la syncope, il y a des odeurs qui, plus que d'autres, ont le fâcheux privilège d'exercer cette influence. Cela dépend des malades. Toutefois cette disposition est infiniment plus commune dans le Nervosisme chronique.
Quelques malades , enfin , se plaignent d'odeurs désagréables, dont ils soufl'rent vivement et que personne autre qu'eux ne peut sentir. Ce sont de véritables hallucinations passagères, et les odeurs imaginairesde papier brûlé, de soufre, d'hydrogène sulfuré, de rose, de violettes, etc., sont celles dont il est le plus souvent question.
§ !•. — Troubleii du soùi.
Le goût^ généralement altéré dans le Nervosisme aigu, n'est jamais aussi complètement modifié dans son exercice que dans le Nervosisme chronique. L'inappétence est à peu près absolue, ce qui est en rapport avec l'existence d'un eqduit épais, muqueux et blanchâtre sur la langue; mais les boissons et les aliments conservent en partie leur saveur naturelle. Les malades ont de la répugnance pour les choses douces et
BOUCUUT. 6
82 SYMPTOMES DTI NERYOSISME AIGU.
sucrées, et ils préfèrent de beaucoup les boissons acides, comme dans le Nervosisme chronique et dans la dyspepsie chlorotique.
§ il. — Tronbles des voles digestives. — Inappétenee. — Acidité liuecale. — Dyspepsie. — Pneumatoses. — JJgreurs. — Yomlsseiiieiits. — Constipation. — Altération des sucs sastiiqnes. — Refus d^alimentatlon.
Aux modifications du goût que je viens de signaler se rattachent celles des fonctions digestives.
L'inappétence, Tempàtemenl, Tacidité et quelquefois Tamertume de la bouche éloignent toute idée d'alimentation ; mais lorsque les malades, bien conseillés ou bien inspirés, veulent essayer de se nourrir, il arrive souvent que la mastication devenue laborieuse et pénible augmente leur répugnance; quelquefois même, comme je l'ai vu deux fois, par suite d'une sécheresse toute particulière de l'isthme du gosier, la déglutition est extrêmemenldifficile (obs. X), et il y a une véritable dysphagie. Un premier bol alimentaire passe, le second hésite, mais il est quelquefois impossibled'avaler les suivants. A la sécheresse du pharynx se joint un certain degré d'œsophagisme qui vient compliquer l'état morbide antérieur auquel il faut attribuer la dysphagie.
C'est dans un cas de ce genre, datant de sept jours chez une fille très-nerveuse, âgée de vingt-trois ans, qu'Omooui a eu recours à l'application endermique de sulfate de quinine pour obtenir une guérison que
n'avaient pu amener un grand nombre de médicamenls antispasmodiques (1),
Chez quelques malades, la déglutition provoque la toux ou des contractions antipéristaltiques de l'œsophage suivies de vomissements.
Dans quelques cas, par dégoût ou par crainte de souffrir, certaines malades refusent de manger, et elles dépérissent graduellement en voyant augmenter leurs souffrances nerveuses générales, car l'inanition augmente l'anémie, et avec l'anémie le Nervosisnie. Marcé a publié quelques cas de ce genre. Il montre avec raison que la névrose gastrique se transforme peu à peu en névrose cérébrale. Ces malades finissent par se persuader qu'elles ne peuvent plus manger. Si on veut les contraindre, elles se fâchent, s'irritent et deviennent de plus en plus malades. Elles ne vivent plus qu'avec quelques cuillerées de bouillon, et traînent pendant six mois, un an et davantage une existence des plus misérables.
L'amaigrissement atteint alors les dernières limites; toute trace de tissu adipeux disparaît, les sujets sont réduits à l'état squelettique ; les dents noircissent, la bouche se sèche, la langue se ride. 11 y a une constipation telle que l'on peut à peine, tous les quinze jours ou tous les mois, provoquer Texpulsion de matières dures. L'excrétion urinaireest presque nulle, et la paroi abdominale rétractée touche la
(1) Oiuboni, Aiiiuili tiniversali di medicina^ 1829.
84 SYMPTOMES DU NËRVOSISME AIUU.
colonne vertébrale. La peau devient sèche et rugueuse, le pouls filiforme et insensible. Les malades tombent bientôt dans un tel état de faiblesse qu'ils peuvent à peine faire quelques pas. On observe bientôt tous les symptômes de l'inanition . Quelquesuns, au bout d'un temps variable de plusieurs mois ou même de plusieurs années, après de nombreuses oscillations, meurent littéralement de faim. Dans un cas de ce genre, oii l'autopsie a été faite, Testomac était parfaitement sain.
Dans la plupart des faits de ce genre, au lieu de voir dans ce refus de manger une conception délirante, les médecins se préoccupent trop de Tétat de Testomac etprescrivent des amers et des toniques. Or, ce n'est pas à l'estomac qu'il faut s'adresser dans ce cas, car Testomac peut digérer et ne souffre que par la privation d'aliments; c'est à l'idée délirante, qui désormais constitue le point de départ et Tessencede la maladie. Or celle aberration d'esprit ne saurait être avantageusement combattue lant que les sujets restent au milieu de leur famille et de leur entourage habituel. Marcé (1) conseille dans ce cas de modifier Thabilation et l'entourage, de confier les malades à des mains étrangères ; si le refus d'aliments persiste mal- ' gré toutes les instances, de recourir à l'intimidation et même à la force; il n'hésite même pas, si par ce dernier moyen on n'arrive qu'à un résultat incomplet, à
(1) Marcé, Sur une forme de délire hypochondriaque commune aux dyspepsies {Gaz, des hôpitaux y 21 janvier 1860).
TROUBLES DES VOIES DIGESTIYES.j 85
conseiller l'emploi de la sonde œsophagienne. L'alimentation ainsi imposée doit être progressivement augmentée, sans jamais reculer d'un pas. Enfin, comme moyens adjuvants, les amers et les ferrugineux peuvent dans ce cas être d'une grande utilité. Quant à l'exercice et à la gymnastique, que l'on conseille souvent d'une manière banale en pareille circonstance, ils doivent être réservés pour le moment où la convalescence est déjà solide, et encore avec réserve, car ils auraient l'inconvénient d'occasionner une grande dépense de forces à laquelle l'alimentation de chaque jour ne pourrait subvenir.
Voici une observation des plus cupieuses en ce genre et des plus heureuses pour le résultat du traitement coercilif mis en usage.
Obs. XVll. — Nervosisme chroniqm, suite de fièvre typhcUde y dyspepsie. — Refm d'aliments^ lypémaniey alimentation forcée. — Guérison.
«Une demoiselle A..., âgée de dix-neuf ans, eutàTâge de huit ans une fièvre typhoïde dont la convalescence, longue et pénible, fut accompagnée de divers troubles du côté de Testomac. A partir de ce moment, les fonctions digestives conservèrent une grande susceptibilité. En mai 1856, sans cause appréciable, les règles furent supprimées ; peu après elle éprouva des étouffements, du dégoût pour les aliments, de la tristesse et des accès de désespoir qui allaient jusqu'à des menaces de suicide ; ses crises augmentaient chaque mois pendant quelques jours.
Quatre mois se passèrent ainsi, pendant lesquels Tétat
de la malade n'avait cependant rien d'alarmant. Une saison à Vichy avait amené un peu de soulagement; mais dès le retour les souffrances reparurent. A partir de ce moment, l'amaigrissement fit de grands progrès, et chaque jour la quantité d'aliments ingérés devint moins considérable.
L'année suivante un double voyage à Vichy et aux bains de mer n'eut aucun résultat, et l'état de la malade alla toujours en s'aggravant jusqu'en octobre 1857. La malade, qui en pleine santé pesait 95 livres, n'en pesait plus que 60.
Dans le courant de l'hiver qui suivit, le dépérissement fit d'énormes progrès ; la viande fut bannie de l'alimentation, quelques légumes, des sucreries, de la pâtisserie composaient les repas ; les accès de tristesse redoublèrent de fréquence,, et au mois de mars 1858 la malade était tombée dans un état de marasme qui donnait les plus grandes inquiétudes pour sa vie.
Le 15 mars, on fit suivre à la malade un traitement hydrothérapique. Sous l'influence des douches froides administrées avec beaucoup de ménagement, il y eut d'abord une sensible amélioration, les forces revinrent, la malade se mit à marcher, et sa physionomie prit plus d'animation. Au bout de deux mois, il y avait une augmentation de 5 livres dans le poids total du corps.
Mais si l'état physique s'était amélioré l'état mental tendait chaque jour à devenir plus grave. A chaque repas, la résistance augmentait et se traduisait par des scènes de violence, des menaces de suicide et des actes de méchanceté... La situation devenant intolérable, on se décida à séparer la malade de sa mère et h l'entourer de personnes capables d'exercer sur elle une certaine autorité morale.
Le 3 juillet, Marcé fut appelé pour la première fois à examiner la malade et à lui donner des soins. M"* A... pesait alors moins de 50 livres, et était arrivée au dernier degré de marasme. Le pouls était accéléré et filiforme ;
les battements du cœur n'offraient rien d'anormal ; Tépigastre, peu douloureux à la pression, ne présentait aucune apparence de tumeur. La malade ingérait à peine, par jour, quelques bouchées d'aliments. Lorsqu'on insistait auprès d'elle pour lui faire accepter de la nourriture, elle refusait énergiquement, pleurant, gémissant, répétant d'une voix dolente qu'elle ne veut pas manger, que les aliments l'étouffent.
Le premier jour, après avoir épuisé tous les moyens de persuasion, Marcé ouvrit de force la bouche et introduisit entre les arcades dentaires le bec d'un biberon, à l'aide duquel il fit pénétrer quelques gorgées de bouillon, qu'il parvint non sans peine à lui faire déglutir.
Pendant les trente jours qui suivirent. M"* A..., cédant à l'intimidation, fit chaque jour trois repas, composés d'abord d'un potage, puis de quelques bouchées de pain et de viande, dont la dose était progressivement augmentée. Chaque fois elle poussait des cris de désespoir, discutait chaque bouchée et finissait par céder. Tous les aliments étaient d'ailleurs parfaitement digérés.
Vers la fin du mois d'août, M"^ A... faisait chaque jour quatre repas, et bien qu'elle continuât à faire d'incessantes lamentations sur la quantité d'aliments qui lui était imposée, elle gagnait de jour en jour. L'améliocation fut progressive dans les mois de septembre et d'octobre.
Dans le mois de novembre, l'état moral commençait à se modifier profondément, en môme temps que la santé et l'embonpoint continuaient à progresser. '
En résumé, dans les premiers jours de mars 1859, M"® A... avait récupéré son poids de 95 livres; sa figure avait repris son éclat primitif et toute son animation, son humeur avait retrouvé toute sa gaieté.»
Une fois dans restomac, les aliments peuvent s'y dissoudre, comme dans l'état habituel, mais Irès-sou-
veut la digestion est lente, difficile, douloureuse, accompagnée de malaise, de pyrosis, de tension à Tépigastre, de pneumatose gastrique, avec ou sans éructations, d'aigreurs, de régurgitations acides plus ou moins abondantes et enfin de vomissements. Chez quelques personnes, Tacidité de ces matières remontant de rœsophage au pharynx est tellement forte qu'elle détermine sur les dents un agacement trèsdésagréable, auquel il faut remédier par l'usage des pastilles de magnésie. C'est là sans doute ce qui a déterminé Chomel à considérer le Nervosisme aigu comme la forme la plus grave de la dyspepsie acide; et en effet, d'après lui, les neuf dixièmes des malades seraient, par le fait même de cette maladie, condamnés à une mort certaine, pronostic trop grave et qui tient à ce que ces malades ont été traités d'une façon contraire aux indications réelles, par une diète et une médication trop énervantes (1). Les vomissements fréquents sont toujours une chose très-grave par l'épuisement qu'ils entraînent et l'inanition qui les suit. Placé sous la dépendance presque absolue de l'appauvrissement du sang, le Nervosisme augmente avec lui, comme lui, el tout ce qui peut contribuer à l'accroître est nécessairement très-préjudiciable aux malades.
Le ventre, toujours très-aplati par suite de Taraaigrissement général (obs. XII), est le siège de coliques
(1) Chômai, Des dyspepsies, p, i57.
plus OU moins fréquentes, de nombreux borborygmes, de tumeurs mobiles formées par le déplacement des gaz dans l'intestin, de tumeurs fécales dans le cœcum ou dans TS iliaque, ce qui est en rapport axech constipation opiniâtre observée chez tous les malades. Cette constipation est un symptôme constant du Nervosisme aigu, et dans le Nervosisme chronique, au contraire, elle alterne presque toujours avec la diarrhée.
Les troubles, dont les fonctions digestives sont le siège dans Tétat nerveux, ont été, de la part de Sandras(l),robjet de quelques remarques très-curieuses, mais qui ont besoin d'être vérifiées, car elles ne sont pas à Tabri de toute contestation. Cet auteur déclaie : que des glaires alcalines remplissent la bouche, et vont saturer les acides de Testomac au point d'arrêter la digestion; que ces liquides ordinairement alcalins peuvent être sécrétés acides; qu'ils peuvent devenir « un véritable virus capable de propager dans certaines occasions le germe dune maladie analogue ». Ce sont là des assertions qui attendent leur preuve. Il n'en est pas tout à fait de même des observations du même auteur sur le trouble des sécrétions gastriques. Confirmées par l'expérience de tous et par les nouvelles recherches de Corvisart sur la pepsine, ces remarques méritent de fixer l'attention. En effet, dans le Nervosisme primitif ou secondaire, les liquides sécrétés par
(1) Sandras, Maladies nen^euses, t. I, p. 32.
l'estomac n'ont souvent pas l'acidité nécessaire à la digestion des matières azotées, et ailleurs au contraire cotte acidité est assez fortement augmentée pour être nuisible. — Dans le premier cas, dit Sandras (1). les malades à jeun ou ayant mangé ne manquent guère de vomir, et les matières rejetées sont à peine acides, tandis que dans le second cas, au contraire, le malade sent une grande acidité de la bouche, les dents sont agacées, et il y a quelquefois des régurgitations très-aiguës qui vont jusqu'à lui picoter les fosj-es nasales. Ces observations sont très-exactes. Elles trouvent leur vérification dans ce fait que l'on fait digérer les malades tantôt avec de la pepsine acide, ou un filet de vinaigre ajouté aux aliments, tantôt, au contraire, par l'usage de la magnésie ou du bicarbonate de soude pendant le repas.
§ 1«. — TroubloN do la respiration. — Toux nerveufie.
La respiration n'est que bien rarement troublée par le Nervosisme aigu. Ordinairement régulière, ample et facile, rien n'altère l'intensité ni la mollesse habituelle du murmure vésiculaire normal ; nîais chez quelques malades il y a des étouffements passagers, sentiment de plénitude dans la poitrine, barre à l'épigastre, névralgie intercostale et toux petite, sèche, plus ou moins fréquente, déterminée
(1) Sandras, /oc. cit.^ p. 35.-
surtout par le mouvement dans le lit, la station assise ou verticale, l'impression produite par rentrée d'une personne quelconque, la nécessité de parler (obs. XIII), etc. Celte toux sans expectoration a, dans sa petitesse et dans saiVéquence, quelque chose de spécial qui rappelle très-bien le type de ce que les nosographes ont appelé toKx nerveuse. Sa présence donne toujours de grandes inquiétudes, en raison de rafTaiblissement, de la maigreur et de l'état général des malades. On l'attribue quelquefois à tort au développement hypothétique de tubercules dans les poumons, et s'il y a quelque affiiiblissement du son et du murmm^e vésiculaire dans un point de la poitrine, cette hypothèse prend les apparences de la réalité.
J'ai donné des soins à une petite fille de onze ans, atteinte de Nervosisme aigu, et qui avait une toux petite, sèche^ incessante dès qu'elle sortait du lit pour poser le pied par terre, ou seulement dès qu'elle était assise sur son séant. Je fus consulté pour savoir si elle avait une maladie de poitrine. La maigreur de celte enfant, son état général, le peu de retentissement du choc des parois thoraciques au sommet, la faiblesse du murmure vésiculaii'e en ce point pouvaient faire craindre le développement de tubercules pulmonaires ; mais la petitesse de la toux, sa fiéquence, sa sécheresse et sa disparition complète, le jour ou la nuit, dans le décubitus horizontal éloignèrent de mon esprit toute idée de maladie de poitrine. En
92 SYMPTOMES Dr NERVOSISME AIGU.
effet c'était une simple toux nerveuse, compliquant ce Nervosisme aigu, dont la guérison eut lieu au bout de deux mois.
Dans quelques cas il y a, avec la fièvre, une si forte dyspnée qu'on pourrait croire à Texistence d'une phlegmasie thoracique, si l'auscultation et la percussion ne pouvaient fournir la preuve du contraire. C'est ce qui est arrivé chez une malade, dont l'histoire a été publiée par Beau (1).
Obs. XYIIÏ. — Nervosisme aigu, fièvre, dyspnée violente.
« Beau rapporte qu'U a vu à l'hôpital Gochin une jeune fille qui, à la suite d'une grande colère, présenta une violente dyspnée, accompagnée de fièvre, comme si elle avait été atteinte d'une phlegmasie thoracique. 11 n'y avait aucun signe fourni par la percussion ni par l'auscultation. Un bain fit rapidement disparaître ces accidents.
J'ai observé également, ajoute Beau, des faits de nervosisme aigu qui simulaient extrêmement soit des encéphalites, soit des apoplexies (2). »
Réflexions. — Comment se fait-il que Beau, qui n'accepte pas le nervosisme aigu ou chronique et qui prétend, à l'exemple des anciens médecins, confondre l'hystérie et l'hypochondrie, de façon à réunir en une seule espèce toutes les névroses dites vapeurs, hystérie et hypochondrie, puisse sérieusement prétendre classer des faits, simulant une phlegmasie pulmonaire, ou ailleurs des encéphalites et des apoplexies, dans ce qu'il
(1) Beau, Discussion sur le Nervosisme (Bulletin de V Académie de médecine^ 1859, p. 582).
(2) Beau, loc. cit., p. 582.
appelle l'hystérie ? Gela me paraît cliniquement impossible, et j'en appelle du bibliophile au praticien. L'érudit, trop passionné pour la tradition, parle comme Sydenham ; mais le praticien proteste, en faisant connaître des mala- , dies aiguës de nature nerveuse, simulant, ici, la fièvre typhoïde; là, une inflammation pulmonaire; ailleurs, une encéphalite, une apoplexie, une maladie de la moelle, dû cœur, etc. Évidemment des faits de ce genre, si distincts de l'hystérie et de l'hypochondrie, doivent être classés autrement qu'on ne l'a fait jusqu'ici ; et, puisqu'ils sont de nature nerveuse, on les fait mieux connaître en les rangeant sous la dénomination d'état nerveux ou de nervosisme.
Les poumons peuvent-ils devenir malades dans le cours du Nervosisme aigu ? Telle est la question soulevée par Texamcn d'un certain nombre de malades. L'impossibilité de rattacher les troubles fonctionnels qu'ils éprouvent à une altération somalique déterminée doit nécessairement faire craindre une altération tuberculeuse latente des organes respiratoires, surtout s'il existe cette toux et celte oppression dont je viens de parler. Rien ne prouve qu'il y ait un rapport entre ces deux états morbides, et leur succession est le résultat de circonstances spéciales encore mal déterminées. Sans doute chez les sujets vigoureusement constitués l'altération si profonde de la nutrition qui accompagne le nervosisme peut n'avoir pas d'influence sur les organes respiratoires; mais il me parait impossible qu'il en soit de même chez les êtres faibles, lymphatiques et issus de parents scrofuleux ou tuberculeux. La phthisie pul -
94 SYMPTOMES DU NERVOSiSME AIGU.
monaire qui se développe dans la convalescence de quelques maladies aiguës et notamment de la fièvre typhoïde, à la suite d'un allaitement prolongé, etc., montre tout ce que cette opinion a de réel et de vrai. Les mêmes doutes n'existent plus lorsqu'il s'agit de Nervosisme chronique, et, comme je le dirai plus loin, la tuberculisation pulmonaire est souvent la conséquence ultime de celle névrose lorsqu'elle a résisté à tous les moyens de la thérapentique (voy. Ner-^ vosisme chronique),
§ 13. — Troubles do la circulation. — Palpitatlonis. — État du poulH. — Fièvre ncrveufiie. — Bruit du cwur, de» arlèrci^ et des v4*ines .
La circulation ressent à sa maîiière les atteintes du Nervosisnjo aigu, et c'est dans ses organes que se traduisent d'abord les effets inaperçus de cette disposition morbide. En effet, la fréquence exagérée des battements du cœur et du pouls signale le début des accidents et dure autant qu'eux. L'influence du travail littéraire et scientifique, des importantes préoccupations commerciales, del'excitementdes passions, des chagrins prolongés, des émotions vives, de la convalescence, de l'épuisement, de la chloro anémie, etc., sur l'accélération du pouls montre en quelque sorte le point de départ et le premier degré du mal. Le phénomène, d'abord fugitif et passager, devient permanent, se lie à diffénmts autres troubles fonctionnels et constitue le nervosisme aigu. Que de
fois n'ai-je pas vu déjà an déclin de certaines fièvres typhoïdes, chez des enfants qu'on n'alimentait pas assez vite au moment de leur convalescence, un peu de délire apparaître le soir, et le pouls, descendu audessous du chiffre normal, reprendre tout à coup de la fréquence et de l'irrégularité, sans complication appréciable ! C'était le commencement d'un Nervosisme aigu, très-grave, si, redoublant de sévérité dans le régime, on supprimait toute alimentation; et au contraire ce n'était rien si, ne voyant dans ce délire et dans cette accélération que des phénomènes nerveux d'inanition, on se hâtait d'y remédier par des jus de viande et des aliments chaque jour un peu plus substantiels et donnés avec précaution.
Plusieurs fois chez des enfants convalescents que je n'osais alimenter.^ crainte de rechute, j'ai vu ce déUre, cette fréquence du pouls disparaître m vingtquatre heures par un peu de nourriture, et il est pou de médecins qui n'aient observé un ou plusieurs faits analogues.
Dans le Nervosisme aigu, la circulation est donc toujours plus rapide que dans l'état normal. Le pouls s'élève à 100, 120, 1 50 pulsations par minute, et il varie dans les moindres mouvements d'une manière extraordinaire. Quelquefois assez pou fréquent dans le décubitus horizontal ou assis, il s'accélère d'une façon surprenante dans la station verticale, dans la marche et sous l'influence du moindre exercice. Dans ce cas, je l'ai vu aller jusqu'à 120 et 140.
96 SYMPTOMES DU jNERVOSISME AIGU.
La fatigue, les émotions, les contrariétés, Talimenlalion Taccélèrent au même degré. Il peut offrir des redoublements quotidiens réguliers ou irréguliers. Tant mieux pour les malades si Texacerbation est régulièrement périodique, car leurs chances de guérison sont plus grandes que dans les conditions opposées. Le sulfate de quinine et les préparations de quinquina peuvent alors rendre de véritables services.
Outre la fréquence, le pouls est souvent modifié dans son rhythme et dans sa force. Égal, mou, dépressible, régulier chez les uns, inégal et irrégulier chez d'autres, ses pulsations sont ordinairement trèsrapides et très-petites, surtout chez les personnes dont l'état chloro-anémique est fortement prononcé.
Il est impossible de ne pas être frappé de cette fréquence du pouls, Tun des éléments de la fièvre, dans le Nervosisme primitif aigu et chronique. Est -ce de la fièvre ? N'est-ce qu'un trouble nerveux du cœur, une sorte de palpitation latente? La question est grave et elle se rattache à un problème pathologique rempli de passions et de tempêtes sur lequel il faut revenir: je veux parler des maladies essentielles^ dont le siège est inconnu et qui existent sans altération somatique appréciable.
Cette fréquence du pouls dans le Nervosisme primitif s'accompagne, ainsi que je Tai dit, d'une notable augmentation de chaleur appréciable au thermomètre, de malaises, quelquefois d'inappétence, de
soif, d'état villeux ou empâté de la langue ; par conséquent, c'est l'état fébrile avec ses principaux caractères, véritable fièvre primitive et indépendante de toute lésion matérielle. Fièvre du jeu et de l'amour, fièvre du travail et de l'ambition, fièvre de chagrin ou fièvre de fatigue, fièvres morales, dévorantes et permanentes comme leur cause, elles conduisent au Nervosisme, cet état morbide auquel R. Whytt a déjà donné le nom de marasme nerveux. C'est la fièvre nerveuse admise et rejetée tour à tour aux différentes époques de l'art et qui me paraît devoir être réintégrée dans la nosologie .
Accidentelle et passagère chez quelques personnes, elle disparaît en quelques heures ou en quelques jours, sans laisser de traces de son passage, après quelques malaises, un peu d'inappétence et de soif, de lacourbalure, des sueurs et une copieuse émission d'urine, tandis que chez d'autres elle est permanente et chronique. Alors elle varie beaucoup d'intensité. Erratique^ rémittente ou intermittente, le moindre mouvement du corps, la fatigue, les écarts de régime et quelquefois même le repas, les émotions de toute espèce lui impriment un surcroît d'activité. Parfaitetement caractérisée par les symptômes ordinaires de l'étal fébrile, elle a pour effet l'inanition, l'amaigrissement avec altération profonde des traits, la coloration jaune terreuse du visage et les troubles du Nervosisme chronique. La fièvre est alors le symptôme de la diathôsc nerveuse arrivée ii son plus haut degré
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d'intensité et méritant bien la dénomination de Marasme nerveux, qui lui a été imposée par R. Whylt. Dans quelques cas la fièvre s'accompagne d'une grande prostration, avec forte courbature, inappétence et stupeur comparable à celle de la fièvre typhoïde. Beau, tout en repoussant l'admission du Nervosisme, qu'il réunit à l'hystérie et à Thypochoudrie pour en faire une seule espèce morbide, a observé plusieurs faits de ce genre, et il les distingue sous le nom un peu extraordinaire de fausse dothinen^ térie.
Obs. XVL — Nervosisme aigu à forme typhoïde.
Une jeune fille, employée à la cuisine de THôtel-Dieu (Annexe) et douée d'un tempérament nerveux très-prononcé, eut une très-vive contrariété, et tomba tout à coup dans un état de faiblesse et de stupeur qui simulait assez bien une fièvre typhoïde. Cinq ou six jours après, elle était guérie et reprenait son service (1). »
C'est à Beau, qui conteste la réalité de l'espèce morbide appelée par moi Nervosisme aigUy que l'on doit cette observation, rapportée à la tribune académique, et il l'annonce en disant que tout le monde en a vu de semblables.
M. Bouchut, dit-il, expose quelques faits de son nervosisme aigu. Je pense que tout le monde en a vu de semblables ; j'en ai observé moi-même quelques cas que je vous demande la permission de rapporter. »
Je me félicite d'être en communauté d'observation avec un éminent confrère, dont j'apprécie plus que per-
(1) Beau, Bulletin de r Académie de médecine. Tome XXIV, 1858- 1859, p. 581.
sonne le talent d'observateur ; mais je ne comprends pas qu'ayant pénétré la nature nerveuse de ce cas difficile, M. Beau en arrive à conclure que le nervosisme n'existe pas, ce qui l'oblige à considérer son observation comme un exemple d'hystérie. Évidemment, M. Beau est trop préoccupé de la restauration des idées de Sydenham, et son observation devrait, au contraire, le conduire à les condamner. Il est évident que l'hystérie et l'hypochondrie n'ont aucune part dans les accidents de la cuisinière de l'Hôtel-Dieu , et que l'état nerveux fébrile, occasionné chez elle par une vive contrariété, caractérise une névrose toute spéciale à laquelle on pourra donner le nom qu'on voudra, excepté celui d'hystérie et d'hypochondrie.
» Ce fait n'est pas le seul qui se soit présenté à l'observation de M. Beau, car, après ce dernier récit, il ajoute : « Depuis cette époque, j'ai observé plusieurs faits semblables survenant après les grandes commotions morales ou les grandes fatigues physiques, soit chez les femmes, soit chez les hommes. J'appelle cette forme nerveuse fausse dothinentérie (1). » M. Beau aurait dû, pour être conséquent avec lui-même, l'appeler hystérie aigiie à forme typhoïde. Qualification pour qualification, il me semble que celle de nervosisme aigu est préférable, d'abord parce qu'elle indique la nature nerveuse des phénomènes morbides, ensuite parce qu'elle ouvre la voie qui permettra de mieux reconnaître, à l'avenir, la nature de désordres trop souvent confondus avec des maladies organiques. »
Les palpitations sont plus rares et beaucoup moins fortes dans le Nervosisme aigu que dans le Nervosisme chronique. J'ai soigné une petite fille de onze ans qui se plaignait beaucoup de leur présence, mais en général si l'impulsion cardiaque est pénible, le phé-
(1) Beau, ioCk cit^t p. 582»
mine avec une forte impulsion cardiaque, les symptôr mes sont différents, elles veines du cou présentent les bruits de souffle simple ou à double courant el musicaux produits par les vibrations de la veine fluide rentrant au cœur. 11 en est de même lorsqu'il y a augmentation absolue de la proportion d'eau dans le sang, hydrohémie^ ou pléthore séreuse; et, dans ce cas, les bruits de souffle vasculaires, sont, comme plus haut, le résultat des vibrations de la colonne sanguine contre les parois d'un vaisseau de plus en plus large ou contre un obstacle intérieur, une valvule, par exemple.
11 ne faut donc pas se fier d'une manière absolue à la présence ou à l'absence d'un bruit de souffle vasculaire dans le Nervosisme aigu, pour établir ou rejeter l'existence d'une altération chlorotiquedu sang. Ce symptôme n'a rien de pathognomique. On sait que d'une part ces bruits existent manifestement chez des sujets sains, ce que je démontrerai plus loin à propos du Nervosisme chronique, et de l'autre, qu'ils peuvent faire défaut dans certains cas, où le sang est manifestement appauvri. V anémie par diminution de la masse totale du sang existe souvent avec le Nervosisme, dont elle est la cause la plus ordinaire, et il est très-important de ne pas la méconnaître. Elle a surtout pour caractères la décoloration de la peau, la faiblesse musculaire et la rétraction considérable des artères et des veines superficielles.
§14. — Troublefi den Aéerétions. — PtyiUiiliiie, — Stiievni,
— Urines.
Des troubles fonctionnels sécrétoireSj signalés par Sydenham (1), par J.-P. Frank, se montrent assez souvent dans le cours du Nervosisme aigu.
<K II est assez ordinaire aux femmes bytériques de » cracher pendant plusieurs semaines une matière » séreuse, ni pins ni moins que si elle avait été frottée » d'onguent mercuriel. » Ce sont des troubles qui appartiennent surtout à Tétai aigu. Plusieurs fois j'ai vu un ptyalisme considérable dû à T hypersécrétion de la muqueuse bucQale et des glandes salivaires (obs. IX et X). C'était un crachotement continuel de liquide incolore et mousseux, comme cela s'observe quelquefois chez la femme enceinte. — Son abondance est quelquefois si grande que les malades sont obligées d'avoir constamment près d'elles un vase ou un mouchoir pour recevoir le produit de leur sputation. J'en ai vu un exemple chez une dame affectée de Nervosisme chronique. 11 en sera question plus loin, dans la deuxième section de ce livre.
La sueur est assez abondante pour être désagréable, et quelques malades ne peuvent faire un mouvement dans leur Ut, parler trop longtemps ou éprouver une impression quelconque, sans avoir la peau couverte de moiteur ou de sueur. Dans ces cas la sécrétion su*
(1) Sydenham, g 77A.
lOi SYMPTOMES DU NERVOSISME CHRONIQUE.
' dorale a lieu de préférence dans la paume des mains et sur le visage.
La sécrétion urinaire ne présente pas de modifications bien notables dans le Nervosisme aigu. Les urines sont tantôt rares et tantôt abondantes, pâles et peu colorées, quelquefois claires et limpides comme de Teau, et elles ressemblent assez, sauf Tabondance, à celles qui sont excrétées dans le cours du Nervosisme chronique.