‹ Du nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveusesChapitre 25 sur 45 · TROUBLES DU TOUCHER · texte numérisé non relu

TROUBLES DU TOUCHER

nique, et alors cette mauvaise disposition se révèle non-seulement à Tégard de la soie et du velours, mais encore d'une foule d'objets insignifiants, tels que du papier, de la gaze, certains métaux, etc.

Vaneslhésie, au contraire, offre des degrés considérables, depuis cet état de paralysie de la douleur avec persistance de la sensibilité tactile ou analgésie^ jusqu'à la paralysie complète du sentiment ou anes- Ihésie proprement dite. Dans certains cas, les malades ne sentent rien de ce qui blesse ou irrite la peau, tout en sachant qu'on les touche, et ailleurs ils ne sentent absolument rien, et ne distinguent pas plus le chaud que le froid, ni le contact des objets qu'on place sur la peau.

Obs. XXXVIII, du docteur Barras raœntée par lui-même.

Les extrémités étaient tellement insensibles, qu'on aurait pu, je crois, me couper un bras ou une jambe sans que je l'eusse senti. Cela est si vrai que je me brûlai profondément les pieds sans éprouver la moindre douleur ; je ne me serais même point aperçu de cet accident, si on ne me Feût fait connaître; le froid était le seul agent extérieur à l'action duquel je fusse encore sensible. Gomme il me faisait un grand bien, surtout le froid sec, je le recherchais plutôt que je ne Tévitais (1).

La première forme est infiniment plus commune que l'autre, et s'observe surtout chez les nervosiques qui ont une hypoglobuUe ou une hydrohémie très-

(1) Barras, Gastralgies^ 1839^ 1. 1, p. 3d.

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prononcées; quant à ceux qui n'ont que de V anémie, c'est-à-dire une simple diminution de la masse totale du sang, sans altération évidente de ses éléments constitutifs, ils n'ont généralement pas d'aneslhésic appréciable. Ce phénomène morbide est presque toujours partiel, limité à certains points de la peau de Torifice des muqueuses, ou à une moitié du corps, et c'est un fait entièrement exceptionnel que de le rencontrer étendu à toute la surface du tégument

externe 4

§ 9. — * Ihronlilès du goikté

Les altérations du ffoût dans le Nervosisme chronique sont très- variables; quelquefois nulles ou bornées à Tempâlement et à rinappélencCi elles de- Vîenilent avec le temps plus nombreuses. Les malades n'ont de goût pour aucun des aliments ordinaires dotît ils n'apprécient souvent pas la saveur ordinaire; Tout leur répugne, principalement la viande. Ils préfèrent les légumes, les crudités, les acides et particulièrement le vinaigre, ou prendraient des choses qu'on ne mange pas habituellement, telles que de la craie, du plâtre, du charbon, du sel, de la terre, des grains de café, des matières stercorales, de r urine, etc., coalnie certaines cblorotiques. C'est, en efiet, dans l'état nerveux chronique accompagné d'hypOgJobulie que s'observe le pica et le malacia, c'est-à-dire les perversions du goût dont je viens de parler.

TROUBLfô; DES VOIES DIGESTIYES SOT

§ ^. — Troubles des voles dl^eiitlveii. — Pyrosii4. — itoda. — M mvmévm , — ^ iTonitMieBieBt». — AtgrenM» -^ A«idHé toveeale* — €«B»tlpa(iMi alte rnan t avec 1» dUurrliée. — Aiaalsrlrtnement sqiielettlque.

Les atteintes du Nervosisine chronique primitif ou i^econdaire du système nerveux ganglionnaire qui préside à la nutrition, à la calorification, à la respiration, à la circulation, aux différentes sécrétions sont encore plus nombreuses que dans le Nervosisme aigu. Elles sont surtout remarquables par leur intensité.

Dans les voies digestives, les aberrations et la perversion du goût dont j*ai parlé s'accompagnent sou* vent d'une inappétence presque absolue. La langue, entièrement recouverte d'un enduit muqueux le matin, se nettoie en partie dans la journée, mais reste sale à la base. Les malades n'ont aucune envie de manger, tout leur i-épugne, et ils restent volontiers sans prendre autre chose que des boissons et de petites quantités d'aliments pour lesquelles il faut souvent les contraindre. Ce qu'ils prennent leur semble lourd, digère mal, détermine des éructations, des aigreurs, du m/rosis et du soda, des nausées, des vomituriltons ou des vomissements: quand ils peuvent manger^ leur nourriture détermine des maladies, Taccéléraiion du pouls, et ne profite pas au mouvement nutritif, car ils maigrissent d'une façon notable. Il est évident que les sécrétions de

Testomac sont modifiées, mais quelle est celte altération ? c'est difficile de le dire. Comme je l'ai déjà rapporté, Sandras affirme que le suc gastrique, neutralisé par les mucosités alcalines venues dans la bouche, perd ses qualité acides et ne peut plus dissoudre les matières animales; qu'il peut acquérir des propriétés virulentes capables de propager le germe d'une altération analogue, double hypothèse que rien ne confirme dans l'état actuel de la science : ce qu'il y a de réel ici, c'est tantôt l'extrême acidité des sucs gastriques que les vomituritions amènent de l'arrière-bouche, acidité telle qu'elle infecte Tair (1) et qu'elle agace les dents, et qu'il faut recourir à la magnésie pour la saturer ; et tantôt au contraire c'est la diminution d'acidité du suc gastrique. Alors la bouche est fade, et les malades digèrent plus facilement quand ce qu'ils prennent est arrosé par un filet de jus de citron, de vinaigre ou mêlé de pepsine acide, substances qui font de Testomac une digestion artificielle. A cet égard, les acides végétaux valent autant que la pepsine et réussissent très-bien dans les cas où Ton a vanté les succès de cette préparation nouvelle.

De violentes gastralgies accompagnent souvent Tétat dyspetique, et soit avant, soit après le repas, des pincements, des crampes, des tiraillements de la région épigastrique, avec retentissement interscapu-

(1) Chorocl, Des dyspepsies ^ p. id5.

laire établissent la participation de Testomac aux souffrances du nervosisme chronique. Chez d'autres, ce sont des coliques aiguës, sèches, très-douloureuses, et généralement liées à un certain degré de pneumatose intestinale.

La plupart des faits de gastralgie intense réunie k d'autres phénomènes nerveux, publiés par les auteurs et surtout par Barras, ne sont certainement pas autre chose que des exemples incompris du Nervosisme chronique. Ici, ce sont des aigreurs, des vomituritions continuelles d'eaux acides ; là, des éructations inodores ou nidoreuses; ailleurs, de la tympanite; chez d'autres enfin desvomissements continuels qui ne permettent pas à l'estomac de garder ce qu'il prend.

Une jeune fille, la nièce d'une religieuse de l'hôpital Sainte-Eugénie, m'a présenté ce phénomène qui durait déjà depuis plusieurs mois. On l'avait amenée à Paris pour me la faire voir, et malgré son amaigrissement et sa faiblesse qui donnaient de vraies inquiétudes, elle guérit au bout de quelques semaines.

Pareil phénomène s'observe dans certains cas de Nervosisme; chez des femmes grosses ; et sans reproduire tous les exemples de vomissements incoercibles et mortels, observés en cette circonstance par Guersant (1), par Dance (2) et par P. Dubois, Depaul,

(1) Guersant^ Dictionnaire des sciences médicales y art. Gastrite. Paris, 1816, t. XVU.

(2) Pance, Répertoire (Tanalomie et de physiologie,

BOl'CHUT. 14

Cazeaux, etc., j'en rapporterai un très-curieux où Ton voit les vomissements réunis à un grand nombre de troubles nerveux fort graves ; on le doit à Hamon (de Fresnay).

OBb. XXXIX. — Nervosisme chronique de grossesse. — Paralysie incomplète; amyosthénie, anesthésie, diplopie, tertiges, nausées, vomissements. — Constipation, — Boulimie, ptyalisme, marasme, mort,

La femme G... est âgée de vingt ans. Son intelligence est naturellement peu développée, tempérament lymphatico-sanguin. On la disait enceinte de cinq à six mois quand le 23 mars dernier je fus appelé pour la première fois auprès d'elle.

L'origine de ses souffrances remonte au deuxième mois de sa grossesse. Éprouvant des symptômes attribués, comme il est d'usage, à la pléthore sanguine, cette jeune femme s'était fait saigner quelques jours avant ma visite ; or, cette saignée, loin de la soulager, n'avait fait qu'aggraver sa position. Voici l'état dans 'lequel je la trouvai :

La malade a une belle carnation. Elle semble complètement indifférente à ce qui l'entoure ; elle ne répond aux questions qui lui sont adressées que par monosyllabes et avec assez peu de précision et de lucidité. Elle peut à peine porter la main droite à la tête ; il lui est impossible de serrer aucun objet avec cette môme main. L'avantbras et la main droite sont anesthésiés ; il en est de tnème du pied du môme côté. La jambe droite traîne à terre, ce qui rend presque impossible la déambulation, déjà rendue difficile par suite de la faiblesse des membres inférieurs. Les objets que l'on présente aux yeux de la malade lui semblent plus nombreux qu'ils sont en réalité. Regarde-t-elle avec un seul œil, toute aberration optique disparaît. L'éclat de la lumière ne blesse point sa vue.

Uappétit est plutôt augmenté que diminué : la constipation est marquée. A part quelques nausées et des ver tiges fréquents, la jeune femme n'accuse aucune souffrance. L'exploration des divers organes ne révèle l'existence d'aucune affection organique. Le cœur est un peu volumineux. D'après le résultat si peu satisfaisant de la saignée, je n'hésitai pas à considérer un tel état comme étant de nature purement nerveuse. Je prescrivis en conséquence des préparations martiales, un régime tonique, etc.

Le 10 avril, je fus de nouveau appelé auprès de la malade. Elle n'avait en rien suivi son traitement. Les premiers médicaments qu'elle avait tenté d'ingérer avaient été rejetés par les vomissements, qui d'ailleurs se reproduisaient journellement depuis le deuxième mois de sa grossesse. Les troubles amaurotiqucs avaient cependant complètement disparu. Le pied droit avait recouvré toute sa sensibilité. Pour ce qui est du membre thoracique correspondant, les troubles du mouvement et de la sensibilité étaient à peu près les mômes. La malade n'était pas allée à la garderobe depuis quinze jours.. J'insistai sur le môme mode de traitement et je prescrivis en outre l'usage de la magnésie calcinée, des lavements émollients et laxatifs, etc.

Le 3 mai, je me rendis de nouveau auprès de la malade, accompagné celte fois d'un honorable confrère; aucune de mes prescriptions n'avait été exécutée. L'état général de la femme G... était à peu près le môme ; il s'était toutefois déclaré un ptyalisme abondant et une véritable boulimie.

De prodigieuses quantités d'aliments étaient parfois digérées sans encombre; d'autres fois, cette énorme accumulation de substances alimentaires, les plus indigestes, les plus hétéroclites, (occasionnait des vomissements qui n'avaient pas plutôt débarrassé Testomac de la malade qu'elle s'empressait de se livrer de nouveau à ses penchants gastronomiques. La constipation était

toujours aussi manfuée. D'ailleurs le faciès de la malade n'était pas plus altéré que le jour de ma première visite; la peau était bonne, le pouls très-calme très-rassurant.

Le 3 juin, j'étais appelé en toute hâte auprès de cette pauvre jeune femme. A mon arrivée, elle avait cessé de vivre. Je ne pus qu'extraire de son sein inanimé un fœtus de sept ou huit mois, dont le cœur battait encore, bien que sa mère eût rendu le dernier soupir depuis deux heures un quart.

La veille môme de sa mort, la malade avait été naturellement et très-abondamment à la garderobe, acte à la suite duquel elle s'était sentie infiniment soulagée; aussi les parents étaient-ils plus portés que jamais à espérer.

Aucun d'eux, assurément, ne croyait avoir lieu de soupçonner une terminaison si prochainement funeste.

La plupart de ces malades, sinon tous, ont une constipation opiniâtre. Chez quelques-uns cet élat alterne avec de la diarrhée, et, si Ton n'y prend garde, il détermine une diarrhée continue, par Tirritalion prolongée de Tinfestin en contact avec des matières fécales endurcies. L'examen de ces matières montre qu'elles sont dures, petites, ovillées, noirâtres et recouvertes de mucus ou de pellicules blanchâtres, gélatineuses, formées de matière amorphe, de mucine, de granulations moléculaires, d'épithélium et de globules pyoïdes nombreux. C'est un fait que j'ai vu chez une dame profondément nervosique et que Ton observe d'ailleurs'dans une foule d'autres circonstances analogues.

On prend souvent ces espèces de fausses mem-

branes pour des vers de Tintestin, mais Texamen chimique et hislologique prouve qu'elles sont formées uniquement de mucine et d'épithélium altéré, ce qui prouve Texistence d'un catarrhe chronique de l'intestin.

Dans ces cas, l'état de l'intestin réagit sur la disposition générale qui s'aggrave, et chaque crise de diarrhée est l'occasion de nouveaux malaises, d'une . augmentation de la faiblesse générale et d'un accès de fièvre plus ou moins caractérisé.

De pareils troubles lorsqu'ils se prolongent ne peuvent pas exister sans avoir une influence trèsfâcheuse sur la nutrition et l'embonpoint ; tant que la maladie reste à un degré d'intensité ordinaire, l'amaigrissement fait peu de progrès et le teint reste à peu de chose près aussi clair que dans l'état de • santé.

Je connais plusieurs dames affectées de Nervosisme chronique qui ne paraissent pas malades et qu'on offense beaucoup en leur disant qu'elles ont belle apparence, alors qu'elles souffrent de douleurs intérieures très-vives. Au contraire, quand la maladie déjà ancienne fait des progrès, détermine le marasme, la fraîcheur du visage et l'embonpoint disparaissent, pour faire place à un teint jaunâtre, terrreux, livide et à un amaigrissement squeleitiqne incroyable ; la maladie est alors bien caractérisée par le nom de marasme nerveux.

§ •. — Troubles de l^appareil respiratoire. — Douleurs intercostales. — Aplionle. — Toux nerveuse. — Phthisie»

La respiration peut n'être point troublée d'une manière apparente dans Tétat nerveux chronique. Sauf un peu d'étouffement après les repas, les mouvements respiratoires s'accomplissent facilement et sans douleur; chez quelques personnes il y a une sensation toute particulière du besoin de respirer ; il leur faut le grand air, elles n'en ont jamais assez et elles se plaignent d'étouffer partout où elles se trouvent : avec cela cependant, il n'y a point d'anhélation appréciable et les bruits respiratoires normaux ne sont nullement modifiés.

Quelques douleurs se montrent passagèrement dans les parois de la poitrine, tantôt entre les omoplates et tantôt dans un espace intercostal, à la partie moyenne ou antérieure. Ce sont des points névralgiques, quelquefois très-douloureux et très-persistants, occasionnés par une névralgie intercostale. Je connais un monsieur dont j'ai cité l'observation et qui dans le cours d'un Nervosisme chronique m'a déjà présenté bien des fois ce phénomène morbide à un très-haut degré d'intensité. Il en a été de môme chez deux dames que j'ai soignées, Tune ayant été complètement guérie et l'autre étant restée dans le môme état de souffrance nerveuse générale.

Uaphonie s'observe quelquefois chez les nervo-

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siques, mais cela est rare. En voici un exemple observé par le docteur Pidoux, dans Thôpilal Lariboisière,sur une jeune fille ayant offert tous les symptômes les plus complets d'un nervosisme parfaitement caractérisé. — Cette observation, dans laquelle on ne trouve rien de ce qui caractérise habituellement l'hystérie ou Thypochondrie, a cependant été publiée sous le titre de Névrose hystérique des plus complexes. C'est ce qui arrive lorsque Ton appelle hystérie tous les désordres du système nerveux de la femme. Cette observation a cela de curieux et de rare en même temps, qu'elle montre les désordres du Nervosisme disparaissant en partie sous l'influence d'une fièvre typhoïde, ainsi que cela s'observe souvent dans la plupart des névroses sous l'influence du développement des maladies aiguës. L'aphorisme febris spasmes solvit ne sera jamais mieux appliqué que dans cette circonstance.

Obs. XL. — Nervosisme chronique. — Chlorose, dyspepsie, céphalalgie , palpitations^ vomissements, œsophagisme,

— Aphonie, anesthésie et hyperesthésie ; paralysies partielles successives, — Fièvre typhoïde intercurrente.

— Disparition de f anesthésie et de la paralysie, — Guérison de la fièvre typhoïde et retour des accidents nerveux.

Eugénie D... entre à l'hôpital Lariboisière, salle Sainte- Élisabelh,n° 5, pour s'y faire traiter d'une bronchite aiguô datant de quelques jours. Cette jeune fille, âgée de dixneuf ans, d'une constitution faible, a été menstruée pour la première fois à Tâge de seize ans. Depuis, ses règles

ont paru régulièrement; mais elles sont douloureuses, peu abondantes. Elle a eu dans son enfance des convulsions : elle est chlorotique, et depuis longtemps sujette î\ de la dyspepsie, à de la céphalalgie, à des points névralgiques vagues, des palpitations, etc.

Le 12 décembre 1856, sans cause appréciable, elle fut prise de fièvre, de vomissements, de céphalalgie et de toux, et le 22 elle entrait dans le service de M. Pidoux, où Ton constata à l'auscultation des râles sibilants et muqueux dans toute l'étendue de la poitrine. La fièvre et la toux continuèrent jusqu'au 15 janvier. Le 20, l'état l'état général s'était amendé, les râles avaient disparu, et il ne restait plus, du côté des voies respiratoires, qu'un sifflement laryngé assez fort, qui s'accroissait sous l'influence de la moindre émotion. L'auscultation du larynx ne faisait percevoir d'ailleurs que le murmure respiratoire laryngien, mais plus intense qu'à l'état normal.

Ni le sulfate de quinine, ni l'opium, ni la belladone, ni Vasa fœHda, ni le musc, ne parvinrent à modifier ce spasme, qui, au bout de quelques jours, se compliqua de difficulté de la déglutition. Cette sorte d'œsophagisme augmenta au point qu'il devint bientôt impossible de faire passer ni solides ni liquides.

Les antispasmodiques de toute nature et sous toutes les formes furent vainement employés. Les inspirations de chloroforme eurent seules quelques succès; encore l'amélioration ainsi obtenue n'était-elle que momentanée.

Cet état allant en empirant, le 30 janvier la malade ne parlait plus, sa voix était complètement supprimée, et elle ne pouvait, quelque efl*ort qu'elle fît, réussir à former un son. La déglutition était également empêchée, et l'on était obligé de recourir à la sonde œsophagienne pour introduire dans l'estomac les médicaments (opium et fer) et les aliments (vin, bouillons, potages).

A ces symptômes vinrent s'ajouter d'autres désordres des appareils nerveux de la vie de relation. La sensibilité

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fut atteinte ; les membres, la face, le cou et le tronc étaient complètement insensibles aux piqûres d'épingle. Les muqueuses du nez, des yeux, de la bouche étaient également frappées d'anesthésie, pendant qu'au contraire la muqueuse du vagin et le col de l'utérus (explorés à travers le rectum) étaient le siège d'une vive hyperesthésie. Enfin, quelques-uns des sens spéciaux, l'odorat, le goût, cessèrent de sentir l'action de leurs excitants habituels. La vue et l'ouïe restèrent à peu près intactes ; mais il y eut des otalgies d'une violence excessive, qui privèrent la malade de sommeil pendant un grand nombre de nuits.

Dans le mois de février 1857 la paralysie envahit les muscles soumis à la volonté. La jambe gauche d'abord, la droite ensuite, furent complètement paralysées. La paralysie fut précédée, à gauche surtout, d'un phénomène remarquable : tandis que la peau était complètement insensible aux excitations extérieures, telles que le contact des doigts, le pincement , les piqûres d'épingle, il n'en était pas de même des tissus placés plus profondément. Lorsqu'on pressait les masses musculaires, même modérément, on arrachait des cris à la malade. Dans le courant de ce même mois, la paralysie gagna le bras gauche, puis le bras droit, toujours précédée dans sa manifestation et s'accompagnant de douleurs profondes. Enfin, la malade accusait des douleurs dans les dents, dans toute la tête.

Les choses continuèrent ainsi pendant les mois de février et mars ; vers le milieu d'avril, M. Pidoux, après avoir essayé sans résultat la strychnine et l'électricité, eut recours à l'hydrothérapie ; mais elle n'eut pas .plus d'action que les autres moyens.

Sauf quelques intermittences dans la paralysie du larynx et du pharynx, l'état de la malade resta à peu près le môme jusqu'au mois de juillet. A cette époque, il survint de la courbature et quelques phénomènes fébriles qui furent bientôt suivis de l'explosion d'une fièvre

typhoïde bien caractérisée. Et, chose remarquable, dès ce moment la malade recouvra la sensibilité générale, la sensibilité spéciale et l'usage de ses membres depuis si longtemps condamnés à l'immobilité. Dans le délire, elle se levait, marchait et ne paraissait plus ressentir aucune des douleurs qu'elle éprouvait auparavant.

La maladie aiguë intercurrente suivit sa marche ordinaire, sans présenter aucun phénomène digne de remarque. Le 15 août, après un mois environ de durée, la maladie entra dans sa phase de convalescence. Dès lors une sorte de lutte sembla s'établir entre les symptômes typhiques qui allaient en s'effaçant et les phénomènes nerveux chroniques un moment étouffés par la maladie intercurrente. Des maux de tête, des points névralgiques semblaient alterner avec quelques mouvements fébriles et des retours de diarrhée. Le 5 septembre, l'affection primitive reprenait décidément le dessus. La fièvre et la diarrhée avaient complètement cessé. Mais à chaque visite on constatait le retour d'un nouveau phénomène nerveux, et l'on vit ainsi reparaître successivement les douleurs de tête, l'épigastralgie, la dysphagie, l'aphonie, l'anesthésie cutanée, la sensibilité profonde des muscles, la paralysie du mouvement, et enfin l'impossibilité d'avaler solides et liquides.

Une circonstance digne de remarque, c'est que, malgré l'obstacle que la difficulté de la déglutition semblait devoir apporter h une réparation suffisante après une affection aiguë aussi grave que la fièvre typhoïde, la coloration et un certain degré d'embonpoint et de fraîcheur avaient reparu et semblaient progresser à mesure de la réapparition de tous les symptômes nerveux.

Depuis lors, l'état de la malade est resté à peu près le môme, à quelques variations près dans l'intensité et l'existence de quelques phénomènes névrosiques. Il s'y est joint, en outre, do l'atrophie musculaire dans les membres inférieurs.

Réflexions. — On voit dans cotte observation une jeune

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fille lymphatique, faible de constitution, chlorotique, sujette aux névralgies vagues, aux céphalalgies nerveuses, et extrêmement impressionnable aux émotions même les plus légères, déterminant chez elle des battements de cœur tumultueux, Vaura sous forme de boule s' élevant de la région épigastrique, et des pertes de connaissance, mais jamais des crises convulsives. Une bronchite fébrile survient, et au moment où elle cesse un nouveau symptôme se manifeste, qui prend pour siège un point môme des voies respiratoires à peine dégagées, et qui devient comme le point de départ d'une nouvelle série d'accidents et de phénomènes nerveux de plus en plus graves.

En considérant le trait le plus saillant de cette maladie, la paralysie, on a dû se demander si elle n'était pas la traduction d'une lésion matérielle des centres nerveux. Mais les circonstances commémoratives ne permettaient pas de doute à cet égard; elles donnaient lieu de croire, au contraire, que ces phénomènes étaient de nature purement nerveuse, que l'on avait affaire à une paralysie hystérique.

En second lieu, quelle a pu être la part de la bronchite dans la production du spasme du larynx bientôt dégénéré en aphonie, et qui a ouvert la scène à une nouvelle phase de la maladie, à l'invasion d'un nouveau groupe de symptômes névrosiques.

Considérant, d'une part, le point de l'économie où ce spasme est venu se manifester, et, d'un autre côté, tenant compte du trait prédominant de la constitution de la jeune fille, de la disposition névropathique dont son organisme est si profondément empreint, on s'explique assez naturellement l'influence du catarrhe sur l'apparition des troubles fonctionnels laryngiens. C'est un de ces exemples de l'action provocatrice qu'une maladie aiguë peut exercer sur le développement d'une maladie chronique qui vient s'y associer. L'extension de cet état névropathique, primitivement localisé en ce point, sa généralisation à presque toute l'économie, n'est pas plus

difficile à comprendre dans les conditions de tempérament et de constitution que l'on connaît.

Mais voici une des circonstances les plus remarquables de cette observation, qui va fournir un nouveau témoignage irrécusable, s'il en était besoin encore, en faveur de la nature nervosique de tout cet ensemble de phénomènes morbides. Une fièvre typhoïde survient pendant que la malade est en proie à tous ces troubles nerveux. Dans le délire, la malade, jusqu'alors paralysée, se lève, marche et ne paraît plus ressentir aucune des douleurs névralgiques qui la faisaient tant souffrir quelques jours avant. Puis, quand la guérison de la fièvre arrive, elle fait place de nouveau au retour de tous les mômes phénomènes qu'elle avait suspendus.

Si rare que soit la toux chez les nervosiques, elle existe néanmoins chez quelques-uns d'entre eux et elle dépend de deux causes distinctes qu'il faut savoir déterminer. Ou bien, c'est un trouble nerveux du larynx, un chatouillement de la muqueuse glottique qui détermine les brusques mouvements d'expiration de la toux nerveuse^ ou bien, au contraire, c'est le symptôme d'une phlegmasie gutturale, laryngée, bronchique ou d'une tubercùlisation pulmonaire commençante, complication possible du Nervosisme chronique. Il ne sera question ici que de la toux nerveuse. J'en ai observé plusieurs exemples, un dans l'état nerveux aigu et dix dans l'état nerveux chronique. L'un de ces derniers est fort remarquable, car il s'est reproduit plusieurs fois en quelques années. Nuit et jour, dans l'état de veille, la malade était tourmentée par une toux sèche,

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petite, incessante, des plus pénibles et qu'on faisait cesser complètement en quelques heures par une application endermique de morphine sur les côtés du larynx. Il m'a fallu réussir quatre fois de cette façon pour démontrer que celte toux n'était pas en rapport avec une tuberculisation pulmonaire ainsi qu'on le croyait dans la famille d'après les affirmations d'un autre médecin.

Des faits de môme genre ont été signalés par un assez grand nombre d*observateurs ; ils sont désignés sous les noms de toux hypochondriaque (1), toux coîivulsive, toux hystériqu€y bien qu'ils se rencontrent indifféremment chez l'homme et chez la femme, au milieu de circonstances fort différentes.

En voici un exemple fort singulier dont Pomme est lui-môme le sujet et qui montre la fâcheuse influence des saignées sur la production des troubles essentiels du système nerveux.

Obs. XLI. — Nervosisme chronique; toux nerveuse*

Dans le mois d'octobre de l'année 1758 et après avoir essuyé les plus rudes fatigues, je fus moi-même attaqué d'une toux convulsive qui me mit plusieurs jours hors d'état de vaquer à mes affaires. Deux saignées que l'on me fit et toutes les tisanes pectorales dont je m'abreuvais continuellement n'ayant rien opéré dans l'espace de trois semaines, je me crus hors d'espoir et près de cracher mes poumons, quoique ma toux fût toujours sèche et sans expectoration.

(1) Fr. Hoffuian, t. II, scct. ii, cap. m, p. 112.

Les idées noires s'emparèrent alors de mon esprit; rinsomnie amena le dégoût, je maigris à vue d'œil et je fus hypochondriaque sans le savoir. Je devenais insupportable à moi-même, malgré les avis et les leçons que ne cessaient de me faire les personnes qui désiraient ardemment de me voir rétablir. Les vents, les tensions aux hypochondres et l'abondance de mes urines se joignirent ensuite aux premiers symptômes de mon mal, et me firent apercevoir que j'étais devenu tel qu'on me caractérisait.

Pour remédier avec efficacité au mal dont je me voyais affecté, je changeai promptement mon régime pour recourir à l'eau. J'en bus abondamment, j'ose dire avec fureur; je pris des lavements et je fus soulagé. Enhardi par l'efTet d'un remède dans lequel, depuis longtemps, j'ai mis ma confiance, je pris l'essor pour travailler sérieusement à guérir mon cerveau, qui souffrait plus encore que le reste de mon corps. Le séjour de la campagne commençait à me devenir insipide; c'est pourquoi je préférai le voyage à tout autre plaisir; je pris la poste et je parcourus en peu de jours les principales villes de la province, accompagné d'un de mes amis avec lequel je m'arrêtai à Marseille, d'où j'arrivai guéri de ma toux par l'efTet de la voiture et par la seule boisson d'eau froide, dont je ne cessai jamais de boire tout le long du chemin (1).

C'est là un de ces cas dont quelques personnes font systématiquement de rhystérie ou de l'hypochondrie, sans qu'il soit possible de le démouirer autrement que par une simple assertion. Briquet a commis plusieurs fois cette erreur (2).

(4) Pomme, t. 1, p. 230.

(2) Briquet, Traité clinique et thérapeutique dé V hystérie, Paris, 1859.

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Phthisie, Quand le Nervosisme chronique arrive à un tel degré et que tout exercice devient impossible et qu'avec le repos au lit il y a dyspepsie complète, fièvre lente, inanition prolongée et marasme considérable, la toux peut être le signe d'une complication tuberculeuse vers les poumons. Cette terminaison, beaucoup plus fréquente que dans le Nervosisme aigu, s'observe chez quelques convalescents qui restent plusieurs mois avant de se rétablir; chez les femmes qui s'épuisent et sont affectées de Nervosisme à la suite d'un allaitement trop prolongé ; enfin chez les personnes dont le Nervosisme s'aggrave de jour en jour sans aucun instant de rémission. J'en ai vu d'assez nombreux exemples. Elle se montre surtout chez celles dont la constitution est faible, lymphatique, ou qui sont nées de parents scrofuleux et tuberculeux. Dans ces cas, la débilité produite par le Nervosisme chronique agit comme une -simple cause occasionnelle qui n'eût pas eu d'effet sur un sujet non prédisposé placé dans des conditions semblables. Nier ces faits ce serait contester Tinfluence de l'alimentation insuffisante, du manque d'exercice et de l'inanition sur le développement de la phthisie pulmonaire.

§, i#. — Troublée» de la circulation. — Ktatdu pouli». — FlévrA nerveuse. — Palpitations cardiaques et artérielles. — Bruits anormaux du cœur et des veines.

Les troubles de la circulaiion sont complètement difFérenls dans le Nervosisme chronique de ceux qu'on observe dans l'état aigu. Là, on se le rappelle, la fièvre était un phénomène constant et continu ; ici, au contraire, beaucoup de malades n'ont pas de tîèvre et restent ainsi tant que le Nervosisme n'augmente pas. Le pouls est quelquefois très-ralenti, et un malade que j'ai vu plusieurs fois en consultation n'ayant que 30 à iO par minute a été une fois, pendant dix jours à 10 pulsations, puis à 18 et leur nombre s'est élevé ensuite jusqu'au chiffre ordinaire de 30 ou 40. Quelques-uns ont le cœur très-excitable et le pouls très-mobile, c'est le cas ordinaire; ils ne peuvent faire d'exercice ou d'efforts, ni rester au milieu d'un grand nombre de personnes dans une salle très-échauffée, sans avoir une accélération trèsnotable du pouls, qui disparaît en quelques minutes ou en quelques heures par le repos ou par le séjour au grand air. Leur pouls s'élève alors de 72, 80 (chiffre normal) à 88, 100 et même 1*20 pulsations par minute. La grande fatigue, les préoccupations intellectuelles ou commerciales produisent le même effet, et il en est de môme des repas trop copieux. Ce qu'il faut à ces malades, c'est la suspension de

leur travail, l'éloignement momentané des affaires et une nourriture sobre, peu abondante, soumise aux règles d'une sage hygiène.

Il y en a enfln qui sont dans un état grave et qui ont la fièvre d une manière continue. Pâles et le teint jaune; amaigris, courbaturés, sans force, sans appétit, tantôt debout, tantôt couchés, ils éprouvent de fréquents besoins de boire; leur peau est chaude, la température profonde s'élève à 37%6 ou 38** centigrades et le pouls petit ou large, inégal, mou et dépressible, monte à 88, 100 et 120 pulsations par minute. Sa fréquence est très- variable et augmente après les repas, les mouvements et les impressions morales. Elle diminue sans qu'on sache pourquoi et il y a de temps à autre des paroxysmes très-intenses, périodiques ou irréguliers, dont on ignore également la cause. C'est en vain que chez quelques malades atteints de Nervosisme chronique primitif, on cherche dans les tissus et dans les organes l'altération matérielle explicative de ceKe fièvre ; car s'il lexiste une lésion de ce genre, elle est inappréciable. Au prix d'une affirmation mensongère, on peut soutenir qu'elle existe, mais il est impossible de démontrer autrement sa présence. Il s'agit dans ce cas d'une fièvre essentielle déterminée par les troubles de l'état dynamique, fièvre nerveuse chronique^ contestée, il y a quelques années, par la plupart des médecins et dont on commence à reconnaître la légitimité. Qui songe à nier la fièvre

BOUCHUT. 15

226 r NERVOSISME CHRONIQUE

passagère déterminée par la violence des passions? ^ui n'en a ressenti les atteintes dans le feu de Tadnairation et de l'enthousiasme pour ce qui est vraiment noble et beau, dans les ardeurs de la pensée en travail, dans les entraînements du jeu, de l'amour et de Tambilion poussés à leurs extrêmes limites? C'est là un véritable état de fièvre ? Dans l'éclat des yeux et dans la rougeur du visage ; dans la sécheresse de la bouche et dans la chaleur de la peau ; dans la soif et l'extrême fréquence du pouls, qui pourra méconnaître un accès fébrile, fugitif ou permanent comme la passion, accès fébrile qui va tomber avec le repos du cœur et de l'esprit? Cependant nulle lésion matérielle appréciable ne peut rendre compte de ce trouble fonctionnel. Personne ne voudrait affirmer sa présence. Dans ces cas, iln'y a qu'une simple augmentation de sécrétion d'urée par les urines. S'il n'y a pas de lésion matérielle, la fièvre peut donc se manifester comme trouble nerveux primitif essentiel, or, c'est là ce que je voulais établir. De la fièvre nerveuse aiguë et passagère à la fièvre nerveuse chronique il n'y a qu'un pas : et si l'on admet la première, il est impossible de ne pas admettre également la seconde.

Une fois la question de principe résolue, et l'existence de la fièvre nerveuse aiguë essentielle formellement démontrée, il n'y a plus à discuter sur la fièvre nerveuse chronique; c'est une simple aflfaire d'observation ; or, la clinique a prononcé et les

exemples sont assez nombreux pour appuyer les résultats de Tanalogie et trancher la question d'une manière définitive.

Briquet, qui a observé comme moi ces faits, les considère comme pouvant servir de base à ce qu'il appelle fièvre hystérique d'après Baillou, Rivière, Morgagni, Tissot, Hoffmann, etc. (1). Le rapprochement n'est pas fondé, car cet état nerveux de la circulation cardiaque et capillaire s'observe à chaque inslant sous l'influence des émotions morales et de la contention d'esprit, aussi bien que dans les névroses, et il ne mérite point le titre un peu systématique de fièfore hystérique^ que l'honorable Briquet a cru devoir lui donner.

Palpitations et angoisse cardiaques. — Dq^ palpitations cardiaques et artérielles s'observent assez souvent dans le Nervosisme chronique, surtout à une période peu avancée de la diathèse et sans qu'il y ait d'état fébrile continu. Alors on voit spontanément, ou sous l'influence des émotions et de l'exercice, les contractions du cœur acquérir une grande violence et déterminer des angoisses plus ou moins vives. Elles sont quelquefois accompagnées de douleurs aiguës ou d'élancements à la région précordiale. Chez la plupart des malades elles sont limitées au cœur, mais chez d'autres elles gagnent le cou et le bras gauche en donnant lieu à des phénomènes A' angine de

(1) Briquet, Traité clinique et ihéi*apeutique de ^Hystérie, p. 292.

poitrine^ si la douleur esl conslriclive, très-vive çt accompagnée d'étouffemenl ou de dyspnée. Ailleurs, les palpitations ont pour siège les grosses artères. Il n'est pas rare de rencontrer des battements nerveux de l'aorte ventrale ou des artères de la tête, ce qui constitue de véritables palpitations artérielles. En voici un exemple recueilli par Gillebert d'Hercourl chez une dame qui avait en outre de la dyspepsie, de Tentéralgie, du tremblement musculaire et un marasme considérable .

Obs. XLIl. — Nervosisme chronique, suite (Timpressions morales. — Dyspepsie, entéralgie; palpitations aortiques et cardiaques; tremblement musculaire; tristesse^ marasme, — Hydrothérapie, — Guérison (1).

Madame X..., trente-deux ans, brune, tempérament sanguin, mariée depuis douze ans, n'ayant jamais eu d'enfant, réglée depuis l'âge de quinze ans; époques menstruelles régulières jusqu'à vingt-cinq ans. Alors, sans cause connue de la malade, apparition de coliques autour du nombril, soit avant, soit après les repas, soit pendant, soit après les règles. Peu de temps après, fièvre typhoïde grave, qui a duré du 40 juillet au 4 septembre, mais à la suite de laquelle les coliques ont disparu; toutefois les règles deviennent de plus en plus faibles. Néanmoins la santé de madame X... n'était pas mauvaise. J'ajoute que madame X... vivait dans une très-honorable aisance; que son mari, quoique jeune encore, avait cédé une charge ;

(1) Gillebert d'Hercourl, De V hydrothérapie dans le traitement de la surexcitabilité nerveuse. Rapport par Gibert [Bull, de V Académie de médecine, 1855, t. XXI, p. 172).

qu*elle avait un intérieur des plus agréables, et qu'aucun chagrin, jusqu'ici, n'était venu la frapper.

Au commencement de février 1848, cette dame ayant ses règles et recevant des amis de son mari, crut ressentir pour une des personnes présentes un sentiment qui lui parut coupable. Sincèrement attachée à ses devoirs, qu'elle avait d'ailleurs jusque-là remplis avec affection, elle craignit d'y manquer, et, pour se mettre en garde contre une faiblesse, elle résolut de ne recevoir personne. Cette résolution la conduisit naturellement à fuir le monde. Elle cessa d'aimer la toilette, et ne fit plus que de très-rares promenades en compagnie de son mari, qui ne pouvait s'expliquer la cause du changement opéré chez sa femme.

Bientôt la pauvre dame ne quitta plus ses appartements ; sa porte fut fermée à ses connaissances les plus intimes, et enfin elle garda le lit presque constamment. Un découragement profond, une indicible tristesse s'emparèrent d'elle; elle n'eut plus qu'une indifférence extrême pour ce qui, autrefois, l'intéressait vivement. Survinrent ensuite l'inappétence, les envies de vomir, les digestions laborieuses, les souffrances indéfinissables dans le ventre, des battements à la région épigastrique, de l'amaigrissement et une céphalalgie constante. Les règles revenaient à peu près aux époques ordinaires, mais elles étaient de plus en plus faibles ; le sang en était très-coloré. La face était habituellement très-rouge, le pouls plein et fréquent.

- l^malade gardant le secret le plus absolu sur la cause de ses^ souffrances, et refusant ou n'exécutant qu'imparfaitement les remèdes qui lui étaient prescrits, il ne fut pas possible de calmer ses maux qui, de concert avec la tristesse, augmentèrent jusqu'à la mi-mai, époque à laquelle madame X... me fut amenée par sa mère.

Il est difficile de donner une idée du profond découragement dans lequel la malade était plongée. Il était naturellement entretenu par la pensée qu'elle était arrivée à un état incurable ; aussi ne fut-ce que par obéissance et

par affection pour sa mère qu'elle consentit à venir chez moi; mais elle annonçait d'avance qu'elle ne pourrait y rester et que rien ne la guérirait. Habituellement taciturne, elle ne se décida que difficilement à donner quelques renseignements sur ses souffrances ; alors elle disait invariablement en montrant son ventre : « Il y a quelque chose de décroché là; cela ne pourrait être remis en place que si on m'ouvrait le ventre ; une semblable opération est impossible, où elle serait mortelle ; donc je dois mourir. » Dans quelques moments où elle paraissait moins concentrée, et lorsque déjà elle était disposée à plus de confiance par les soins dont elle était entourée, elle me disait: « Docteur, j'ai perdu mon équilibre! rendez-moi mon équilibre ! »

Son impressionnabilité et sa défiance d'elle-même étaient extrêmes. La rencontre d'une personne étrangère lui causait un tremblement général, et l'émotion, augmentant la coloration déjà très-vive de son visage, lui donnait une teinte pourprée très-foncée. Elle n'avait pas de sommeil; et elle aurait refusé volontiers la nourriture.

L'élément sanguin jouant un grand rôle dans les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation qu'on remarquait chez cette malade, la médication tonique me parut contre-indiquée, au moins au début; il fallait procéder par le traitement sédatif. C'est pourquoi on n'employa dans le principe, pour les différents exercices hydriatiques, que de l'eau à une température de + 25 degrés centigrades; en conséquence, et jusqu'à ce que les phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation fussent sensiblement modérés et ramenés à un degré plus normal, on ne fit que des enveloppements humides, suivis de frictions dans un petit bain à la température indiquée ci-dessus. Plus tard, on y ajouta quelques bains de siège réactionnaires (+ 11 degrés centigrades; durée, 45 minutes) ; enfin les douches de poussière horizontales et les immersions. Ces dernières n'ont été mises en usage que dans les derniers jours du traitement et pour satisfaire

au désir de madame X..., qui ne voulait pas s'en aller sans avoir pris des bains froids.

Teinture abdominale ; lavements frais ; lait le matin ; régime varié ; beaucoup d'exercice manuel, en particulier celui de la scie.

La direction morale devait être un des éléments essentiels du traitement de cette maladie; aussi j'y employai tout mon zèle. Je vis bientôt mes soins récompensés par la confiance de madame X... Éclairé sur la cause de son état moral, il me fut plus possible de combattre celle-ci, de ranimer l'espérance de la malade et de lui rendre la confiance en elle-même.

A ce propos, je rappellerai qu'en fait d'influences morales, les causes les plus légères pouvant produire de grands effets, rien ne doit être négligé; que chaque parole doit être scrupuleusement pesée avant d'être prononcée. Un jour, à la suite d'une longue conversation que j'avais eue avec madame X..., et répondant à ses dernières objections, je lui dis, sans attacher cependant une trop grande importance à ce propos : n Je vous affirme^ madame^ que^ quand votes sortirez dHciy vous serez forte et ferme. » Ces simples paroles, prononcées avec l'accent de la conviction, produisirent sans doute une grande impression sur l'esprit de madame X..., car depuis elle me les rappela souvent, comme pour s'assurer si ma conviction était sincère et si rien ne l'avait fait changer. Je compris la puissance du levier que j'avais rencontré, et j'en tirai parti. Dès lors, madame X..., qui n'avait accepté mon traitement, disait-elle, que par condescendance pour sa famille et pour ne pas me désobliger, exécuta sans répugnance toutes les prescriptions qui lui furent faites, et elle commença à croire à la possibilité de sa guérison. Elle prit en même temps plus de soin de sa personne ; sa tristesse se dissipa insensiblement, au point qu'après un mois de traitement elle était remplacée par une bonne et franche gaieté. Les troubles de l'impressionnabilité et de l'innervation étaient alors complètement disparus ; les

digestion^ étaient bonnes, il n'y avait plus de constipation; le sommeil était calme. Madame X... n'avait plus qu'une cfaiiite, c'était que cette guérison inespérée ne fût pas de longue durée. Dans. Tespoir de la consolider, elle voulut continuer encore un mois un traitement qui lui avait été si profitable.

J'ai revu plusieurs fois depuis cette intéressante dame, je me suis assuré que sa santé et son moral étaient toujours dans d'excellentes conditions.

Syncopes. Chez quelques malades il se produit des syncopes^ ainsi qu'on pourra juger par l'observation suivante, recueillie dans ma pratique, et par un autre fait extrêmement curieux emprunté à Gillebert d'Hercourt,

Obs. XLIII. — Nervosisme chronique syncopal; hallucinations variées.

Une dameL..., cinq ans après la ménopause, et sous l'influence de revers de fortunes considérables, était tombée dans un état de maigreur squelettique. Elle mangeait comme de coutume, et avec plaisir; mais elle était d'une faiblesse excessive, sans fièvre ni aucun autre trouble de santé.

Un jour qu'elle se rendait à l'église de la Madeleine, elle fut subitement prise de diplopie; les cierges, l'autel, les assistants lui semblaient être doubles, et elle ne put lire sa messe. En route pour rentrer chez elle, l'impression de quelqu'un l'arrêtant par les épaules se fit tout à coup sentir, et, se rendant bien compte de cette fausse sensation, elle pria un passant de la conduire jusqu'à sa porte. Le lendemain matin, elle eut une perte momentanée de connaissance, sans convulsions ni contracture, ni sommeil consécutif. En recouvrant ses sens, elle vit

tous les objets tourner devant elle, et, peu après, la moitié des objets seulement était visible à ses yeux.

De pareilles syncopes se reproduisirent de temps à autre, toujours le matin et sans autres phénomènes que ceux qui viennent d'être signalés. Elles duraient environ un quart d'heure. Quelquefois au réveil, sans perte de connaissance, il y avait seulement des hallucinations visuelles, caractérisées par la présence d'oiseaux et de bêtes informes le long des murs; des illusions sensoriales du toucher, qui faisaient croire à la malade que le lit s'enfonçait dans le sol à une grande profondeur ; jamais elle n'a été dupedeces illusions dont elle s'est bien rendu compte.

Après une saignée, de fréquents purgatifs qui aggravèrent les accidents, elle se décida à partir pour la campagne, où elle se rétablit, puisque, pendant un an, aucun accident nerveux ne se montra. De retour à Paris, des syncopes, semblables aux premières, revinrent de temps à autre, mais sans hallucinations ni aucun autre trouble que des envies de pleurer, une grande tristesse et la crainte de la mort. La nutrition avait repris son activité, et la maigreur était remplacée par un notable embonpoint, sans faiblesse ni fièvre, et sans troubles des organes de la circulation. Au moment de mon examen, toutes les fonctions s'accomplissaient très-régulièrement, et il n'y avait aucun bruit anormal dans la région du cœur ni dans * les artères du cou.

Obs. XLIV. — Nervosisme chronique sans chlorose. — Palpitations, vertiges, syncopes fréquentes, impossibilité de marcher, attribuée à une affection de la moelle épinière. Hyperesthésie générale, et particulièrement de V odorat. Hydrothérapie, par M. Gillebert d'Hercourt. — Guérison (1).

M..., percepteur à ***, célibataire, âgé de quarante-six ans, d'un tempérament nerveux, très-impressionnable,

(1) Gillebert d*Hercourt, Revue médicale, 1853.

et livré depuis quatorze ans à la vie sédentaire des gens de bureau. En 1830, légère gastrite. En 1840, constipation très-prononcée, accompagnée de malaise et d'insomnie; cette affection céda à Tusage des eaux de Niederbronn. Durant Thiver de 1847 à 1848, et dans le but de satisfaire, plus amplement sa passion pour la musique, M.... cessa de voir le monde, et passa complètement son temps dans sa chambre, occupé exclusivement, soit au travail de bureau, soit à jouer de la basse ou de la flûte. Il ne sortait pas deux fois par mois, les jours de versement, et il s'empressait de rentrer chez lui aussitôt que ce devoir était accompli. Survinrent les événements de février 1848, qui émurent vivement M. ..., etquilui apportèrent en outre un surcroît d'occupation. Dans le courant du mois suivant, il perdit une de ses sœurs ; cette mort l'affecta beaucoup. Il commença à ressentir des palpitations et des vertiges qui se renouvelaient toutes les fois qu'il voulait tourner la tête ou que son appartement était trop chauffé.

Malgré cet état de souffrance, et mû par une honorable susceptibilité, M.... ne voulut pas abandonner soii poste; il resta plus isolé, plus occupé et plus inquiet que jamais; aussi le mal fit-il des progrès aussi rapides qu'étendus. Son impressionnabilité devint extrême, et les odeurs les moins fortes et les plus aisément supportables lui devinrent désormais antipathiques.

Le 16 avril, après avoir lu un journal, le malade ressentit tout à coup une grande pesanteur à la tête; il éprouva une sensation semblable à celle d'un liquide qui lui aurait parcouru les membres, puis il tomba en syncope. Depuis, cet accident, précédé de vertiges et de palpitations violentes, se reproduisit fréquemment sous l'influence des causes les plus légères ; et bientôt M. ... cessa de pouvoir se tenir debout. S'il cherchait à prendre cette position, il était pris immédiatement de vertiges ; il perdait l'équilibre et retombait sur son siège. La surexcitabilité nerveuse fit encore de nouveaux progrès. Le malade

TROUBLES DE LA aRCULATION 235

ne pouvait plus supporter le bruit le plus faible, par exemple celui de la conversation à voix basse ; il ne pouvait écouter le récit du fait le moins touchant sans tomber dans un état spasmodique qui se terminait par la syncope. L'approche des repas lui causait également des palpitations et des vertiges; si Theure en eût été retardée, il aurait été pris d'une défaillance. Enfin, au 20 mai, la marche et la station verticale étaient tout à fait impossibles, et la station assise n'était supportée qu'à la condition d'avoir la tête appuyée contre un obstacle fixe, un meuble ou un mur, et surtout de ne pas la tourner. La lecture et l'écriture ne pouvaient plus avoir lieu depuis longtemps; M.... dormait peu; et quand, après s'être réveillé de bonne heure, il se laissait aller de nouveau au sommeil, son second réveil était accompagné de vertiges et de suffocations, et la journée qui suivait était détestable. Les souffrances de M.... furent attribuées à une affection de la moelle épinière; il allait être traité en conséquence, quand tout à coup il fut décidé qu'on le soumettrait à mes soins. Lorsque je le vis pour la première fois, le 29 mai 1848, je portai un pronostic plus rassurant : je ne trouvai là qu'un état névropathique, déterminé par une surexcitabilité nerveuse, appartenant à la forme hyponévrique. En effet, d'une part, le pouls était régulier, sans fréquence ni ralentissement, les digestions et l'appétit étaient bons, et d'autre part, quoique le malade ne pût ni marcher ni se tenir debout, la myotilité ne paraissait pas affaiblie; car, lorsqu'il était assis, ou mieux lorsqu'il était étendu sur le dos, il pouvait exercer avec chacun de ses membres des efforts notables et parfaitement en rapport avec son âge et sa constitution ; de plus, étant assis, il pouvait se lever vivement et sans secours étranger. Il n'éprouvait ni fourmillement ni engourdissement dans les extrémités inférieures, la sensibilité était normale partout; la percussion de la colonne vertébrale et l'épreuve de l'éponge ne firent reconnaître aucun point douloureux dans toute l'étendue de cette partie. Il n'y

avait donc pas paralysie, mais simplement une impossibilité de conserver la position verticale, pareille à celle qu'on remarque chez les anémiques ou les chlorotiques.

Toutefois je dois noter qu'aucun bruit de souffle ne put être constaté chez M.... sôit dans le cœur, soit dans les carotides; au reste, le teint de M.... n'autorisait pas la supposition d'une altération quelconque du sang, d'une hypohémie, par exemple. L'étude de la {3;énération des phénomènes morbides vient d'ailleurs justifier ce diagnostic.

C'est au genre de vie adopté inopinément par M.... qu'on doit attribuer l'origine et le développement du mal. Le système nerveux est tombé dans l'appauvrissement d'une part, par la privation prolongée de stimulations naturelles, et, d'autre part, par l'excès d'un seul ordre d'impressions ; en cet état il est devenu impropre à fournir aux dépenses de la force nerveuse ; l'excitation normale la plus légère n'aboutissait qu'à provoquer une congestion artérielle improductive, et portait ainsi le trouble dans toute l'économie.

On remarquera que chez M.... la surexcitabilité nerveuse n'était pas accompagnée de la perversion de la sensibilité; aussi, chez lui, ne vit-on pas de ces sensations bizarres qui sont observées chez d'autres malades, et conséquemment on ne l'entendit pas porter sur ses maux des jugements erronés. Il n'était pas préoccupé par la crainte de la mort, mais il n'avait pas l'espoir de guérir; néanmoins il n'était point triste; il n'élevait pas de plainte exagérée; il acceptait, au contraire, avec résignation, le sort fâcheux auquel il se croyait destiné. Toutefois il se montrait pusillanime vis-à-vis de tout ce qu'il supposait pouvoir exciter ses spasmes ou ses vertiges; et, dominé piar cette crainte, il ne faisait son traitement qu'avec une extrême répugnance.

Cette disposition d'esprit nous fit perdre beaucoup de temps ; dans le principe, je fus obligé de diriger le traitement avec une grande réserve, afin de ne pas éveiller des inquiétudes trop vives, et surtout afin de ne pas rebuter

le malade, qui prenait des spasmes en faisant de simples lotions avec de l'eau ayant 32 degrés centigrades. Nous parvînmes cependant à le familiariser avec le traitement hydrothérapique ; l'enveloppement humide effrayant moins le malade, nous l'adoptâmes pendant une quinzaine de jours, en faisant deux séances par jour. Le malade y restait une heure au plus, et en sortant il était frictionné pendant quatre minutes dans un petit bain dont l'eau avait 25 degrés centigrades. La température de ce bain fut bientôt graduellement abaissée jusqu'à 12 degrés centigrades. Ce fut alors que le malade consentit à prendre une douche en poussière ; mais sa pusillanimité était encore si grande qu'il eut une syncope dans le cabinet avant d'avoir reçu le contact du liquide. L'impression qu'il redoutait nous servit à le ranimer. Il revint plus confiant à la seconde fois, et, à dater de ce moment, il prit deux douches par jour jusqu'à sa sortie de l'établissement, et nous cessâmes tous autres moyens qui n'avaient été employés que dans un but préparatoire. La médication suivie par M.... fut donc essentiellement hydriatique et névrotique. Il n'était pas besoin de chercher d'autres éléments de traitement, soit dans une hygiène spéciale, soit dans les influences morales, puisqu'on ne remarquait ni trouble, moral, ni altération des fonctions nutritives, et que la maladie se bornait à de simples lésions de la sensibilité. C'était donc une névropathie dans sa plus grande simplicité.

. Entré à l'établissement le 29 mai 1848, M.... en sortit parfaitement guéri le 29 août suivant. Voici, en résumé, la marche progressive de sa guérison. Après quinze jours de traitement. M.... a pu écouter pendant quelque temps et sans malaise la lecture d'un journal ; le bruit l'indisposant moins, il a commencé à se faire apporter à la table commune, et à prendre ses repas avec tout le monde.

Après quelques douches, l'amélioration est devenue plus sensible; il a commencé à lire et à écrire quelques lignes. Il soutient aisément la conversation ; il peut rester

debout quelques secondes; il faitquelques pas, mais avec précipitation.

8 juillet. — Le malade a fait cent pas environ, sans fatigue et sans précipitation ; cependant il ne peut encore tourner la tête ni regarder la terre en marchant.

29 juillet. — Le mieux augmente de jour en jour. M.... a repris assez de confiance en lui-même pour faire seul une promenade sur les coteaux voisins; les odeurs ne l'impressionnent plus aussi désagréablement; cependant il tourne difficilement la tête, et il reste encore un peu susceptible au bruit des conversations nombreuses. Par prudence, il s'abstient de tout travail; mais il a écrit plusieurs lettres.

A sa sortie, 29 août, M.... menait depuis quelque temps la vie commune; il assistait aux réunions, aux soirées musicales; il faisait des parties à la campagne avec les autres malades; il travaillait, jouait et tournait la tête à son gré; en un mot, il ne ressentait plus aucun de ses anciens troubles. J'ai revu M. ... pour la dernière fois en février 1850; sa santé était toujours florissante; il continuait ses fonctions.

Souffles vasculaires. — En même temps qu'existent ces troubles nerveux dynamiques de l'appareil circulatoire, il s'y produit d'autres phénomènes dont la physique nous donne Texplication, et qui ont pour siège les vaisseaux du cou. Je veux parler des bruits de souffle vasculaires dont les uns placent le point de départ dans les artères, en les attribuant à la diminution de densité du sang, tandis que, pour d'autres, ils ont les veines pour siège, et pour cause les vibrations d'une veine fluide^ produite dans la jugulaire à l'occasion du retour dusang vers lecœur. Ces bruits vascu-

laires sont simples^ continus ou intermittents et musicaux. Dans un grand nombre de cas de nervosisme chronique, mais non dans tous les cas, il y a des bruits de celte nature facilement appréciables a la région du cou, et c'est ce qui paraît être, dans l'esprit de quelques médecins, la preuve irrécusable que cette névrose est toujours un résultat de Tanémie. Je ne crois pas que celte preuve soit valable. Les mêmes bruits vasculaires du cou existent chez un grand nombre de personnes en Irès-bonne santé, et n'ayant en aucune façon la diminution de densité du sang qui caractérise hnosohémie chlorotique. Cela ressort des expériences et des observations de Chauveau. J'ai vérifié leur exactitude sur un grand nombre de teigneux de tout âge et bien portants, placés dans mes salles de l'hôpital Sainte-Eugénie, sur les élèves de mon service et sur quelques autres personnes également bien portantes. Sur vingt-huit teigneuses en bonne santé dont j'ai ausculté les jugulaires, j'ai constaté vingtdeux fois un bruit de souflBe simple, quatre fois le bruit continu avec redoublement, et deux fois un souffle musical très-prononcé; — sur vingt-trois scrofules valides, il existait dix-huit fois le bruit veineux de souffle simple et cinq fois le souffle continu ou musical; mais ici je n'ai pas trouvé le bourdonnement de mouche entendu sur une fille de la catégorie précédente. Sur six élèves de l'hôpital Sainte-Eugénie, cinq fois j'ai entendu le bruit de souffle veineux qui, dans un cas, avait le caractère musical; et enfin, sur

240 NERVOSISHE CHRONIQUE

trois personnes adultes qui venaient de bien déjeuner, deux d^entre elles avaient au cou un bruit de soufSe très-prononcé. Ces bruits changent aisément de caractère par le mouvement et dans la station assise, debout ou couché, et ils se modifient en passant du type intermittent au type continu et musical. Je n'irai pas plus loin sur ce sujet, car il n'entre pas dans mon plan de faire ici Tétude des causes et du siège des bruits vasculaires; cependant, il m'est impossible de ne pas élever quelques doutes sur l'importance séméiotique de ces bruits, après les avoir entendus avec toutes leurs modifications chez des sujets d'une santé florissante.

Quelle que soit l'opinion qu'on adopte; que l'on place le siège de ces bruits dans les artères, ainsi qu'on le croit généralement, ou, comme le prétendent Ward, Hope, Aran, Chauveau, dans les veines; qu'ils résultent de la diminution de densité du liquide artériel, des diflérences de pression auxquelles il se trouve soumis dans le cœur et dans les artères, ou qu'ils soient exclusivement, au contraire, ainsi que la démontré Chauveau, l'eflet des vibrations de la veine fluide^ traversant les jugulaires par l'aspiration du cœur et par la force a tergo^ s'ils existent sur un grand nombre de personnes saines, ils n'annoncent certainement pas Texistence de l'anémie. Leur présence ou leur absence n'a donc chez les malades qu'une* signification incertaine, douteuse, et, si j'en tiens compte, c'est pour placer sous les

yeux du médecin les pièces de la discussion, quelles qu'elles soient, ne voulant rien omettre des phénomènes importants de la maladie.

Dans le Nervosisme chronique, ces bruits de souffle n'ont pas de caractères particuUers ; simples ou à double courant, quelquefois musicaux, ils offrent les mêmes caractères que dans la chlorose et ils dépendent des mêmes causes, c'est-à-dire des vibrations de la veine fluide^ qui, des jugulaires, revient au cœur. Une seule chose doit surprendre, c'est l'absence de ces bruits chez quelques sujets nervosiques, maigres, affaiblis et depuis longtemps soumis à une nourriture insuffisante, bien capable d'altérer la composition du sang. Cela peut s'expliquer de la manière suivante. On admettrait alors que les vaisseaux sont rétrécis et que les courants veineux sont trop faibles pour occasionner la vibration de la veine fluide^ nécessaire à la production d'un bruit de souffle. 11 y aurait dans ce cas une olighémie, ce qu'il est facile de juger par la diminution du calibre des artères et des veines superficielles fortement rétractées, et cette altération est, comme on le sait, physiquement insuffisante à produire un souffle vasculaire.

Dans beaucoup de cas le sang s'altère, sinon dès le début, au moins consécutivement^ à en juger par la décoloration des chairs et des muqueuses que présentent quelques malades. C'est un effet de la dyspepsie et de l'état nerveux chronique; et, bien

BOUCHUT. 16

qu'aucune analyse chimique, quantitative, de sang n'ait été faite, il ne répugne pas d'admettre que l'altération du sang porte principalement sur les globules rouges, dont la proportion diminue, absolument comme dans la chlorose. Le fait, qui n'était que probable, se démontre aujourd'hui assez aisément au moyen du compte-glbbules de Malassez et de Hayem. Avec cet instrument d'optique, on peut s'assurer, comme je Tai fait deux fois, que le nombrç des globules rouges, qui est à l'état normal d'environ 4 500 000 par millimètre cube, descend à 4 000 000 et même à 3SOO0O0. — Mais il faut savoir qu'il y a des oscillations normales très-considérables dans ces chiffres, et qu'il ne faut pas leur accorder une importance absolue.

§ 11 — Trouble des sécrétions gastrique, saiivaire, urinaire, sudorale, f^azeuse. — Ptyaiisme. — Dyspepsie flatniente. — Piiospiiaturle. — Ciiylurle. — Pneumatose de la vessie, de l^utérus et du Tag^in.

Le Nervosisme chronique détermine dans les sécrétions liquides et gazeuses de l'organisme des troubles non moins considérables que dans les autres appareils fonctionnels. Ce que j'ai dit des modifications du suc gastrique à propos des troubles nerveux observés dans l'appareil digestif suffit pour le démontrer.

A côté de l'hypersécrétion ou de la diminution des sucs gastriques et intestinaux, de leur changement

de réaction acide neutre ou alcaline, il y a dans les produits sécrétés par les muqueuses, par les glandes urinaires, par les glandes de la peau, par les organes sexuels, etc., des modifications importantes à connaître.

Le ptyalisme abondant que j'ai signalé dans le Nervosisme aigu existe aussi dans le Nervosisme chronique; je Tai observé sur une dame de cinquante ans environ, qui est plongée dans le plus profond chagrin depuis un an, à la suite de la mort de sa mère. Cette dame, très-affaiblie et fort amaigrie, avait continuellement la fièvre, les digestions souvent troublées, un point douloureux fort incommode sans lésion cutanée sur toute la superficie du corps, et un jour elle fut prise, pendant plusieurs heures, d'un ptyalisme très-abondant qui dura plusieurs heures et dont le liquide a pu remplir une cuvette.

II y a un autre trouble important des sécrétions de la muqueuse digestive dont je n'ai pas parlé, c'est Texhalation gazeuse ou tympanique observée chez quelques personnes. Les malades ont desborborygmes, des flatuosités incommodes, quelquefois douloureuses, donnant lieu de temps à autre à des coliques aiguës plus ou moins vives; ces borborygmes augmentent beaucoup par l'émotion. Il en est qui gonflent après le repas et qui ne peuvent tenir leurs vêtements attachés; dans quelques circonstances, ce gonflement dépasse toute limite et forme une véritable pneumalose gastro-intestinale accompagnée de tension, de

â44 NERYOSISME CHRONIQUE

malaises, de dyspnée, suivie d'éructations inodores, ou au contraire d*absorption presque aussi rapide que l'exhalation. C'est un accident très-désagréable, trèspénible, qui occasionne une grande gêne chez les malades, et qui révèle une dyspepsie ftatulente.

Les urines sont aqueuses, pâles, inodores, abondantes dans le Nervosisme chronique sans fièvre, surtout au moment des paroxysmes, et leur émission a lieu très-fréquemment. Ce besoin souvent répété est quelque chose d'excessivement désagréable, complètement dominé par l'état moral ; la moindre contrariété, l'attente et la préoccupation le font naître à chaque instant. C'est le diabète insipide ou polyurie. Il est rare que l'émission soit suspendue et qu'il y ait rétention d'urine; cependant j'en ai observé un exemple chez une femme très-nerveuse, mais non hystérique.

C'est quelque chose de très-particulier et de trèsconnu que la modification de composition des urines dans les paroxysmes nerveux des névroses. Leur abondance et la fréquence de leur émission, la diminution de leur densité, leur transparence incolore due à l'énorme quantité d'eau qu'elles renferment eu égard aux matières salines et animales qui s'y trouvent, tels sont leurs caractères généraux.

Elles reprennent leur couleur, leur consistance, leur odeur et leur densité dès que le paroxysme cesse et que l'état nerveux des malades s'améliore ; rien de semblable ne s'observe dans le Nervosisme

chronique, grave, accompagné de fièvre et de marasme. Les urines, rougâtres, plus ou moins foncées, peu abondantes, quelquefois épaisses, sont en rapport avec Tétat fébrile, et elles ne perdent ces caractères que s'il arrive un amendement favorable dans Tétat des malades.

Les urines peuvent être gazeuses ou du moins la miction accompagnée de la sortie de gaz par Turèthre. Bien que ce fait m'ait été plusieurs. fois affirmé par quelques nervosiques, je n'y avais jamais ajouté foi et je pensais que la sensation accusée par certains malades, hommes ou femmes, d'un gaz qui sortait par le méat urinaire était une illusion sensoriale. Le fait suivant rapporté par Raciborski met cependant hors de doute Texistence de ce phénomène aussi rare que singulier^ aussi surprenant que difficile à comprendre.

Obs. XLV. — Exemple de pneumo-uriey ou (Turine gazeuse, chez un malade affecté de névropathie protéiforme avec prédominance des symptômes de Vhypochondrie (Raciborski).

M. 0..., âgé de quarante ans, recevait nos soins depuis environ deux mois, pour une névropathie protéiforme avec prédominance des symptômes d'hypochondrie , lorsqu'un jour il vint chez nous tout effrayé pour nous dire qu'il venait de rendre de l'air en urinant, et que le même phénomène s'étant déjà produit quelques jours avant, cela lui faisait craindre quelque désordre profond dans son organisation. N'ayant encore rien vu de semblable, et ne nous rappelant même pas avoir lu quelque

catégorie, car, à part des troubles du côté de Tinnervation, il n'y avait pas chez lui le moindre indice d'une lésion quelconque du côté des organes voisins de la vessie. La nature du gaz mêlé à l'urine ne permettait pas d'ailleurs de s'arrêter plus longtemps à aucune de ces hypothèses.

Cependant M. Mialhe, qui éprouvait quelque peine à admettre la possibilité de l'exhalation de l'air par la muqueuse des organes urinaires, eut un instant la pensée que l'air dont nous avons constaté la présence dans la vessie de M. 0... a pu y pénétrer pendant l'introduction de la sonde ou que même, par suite de quelque disposition toute particulière au malade, il pouvait s'opérer chez lui, pendant qu'il urinait, une sorte d'aspiration de l'air extérieur.

Pour M. Mercier, comme pour nous, cette dernière hypothèse surtout a paru peu admissible. Cependant pour savoir au juste ce qu'il fallait penser des objections de notre savant confrère, nous prîmes rendez-vous pour un autre jour et priâmes M. Mercier de pratiquer le cathétérisme sous l'eau, en présence de M. Mialhe, le malade étant plongé dans un grand bain. Cette précaution n'a pas empêché l'air de sortir comme précédemment par la sonde, et d'aller se loger dans l'éprouvette. Il est évident que, dans ce cas, il n'était pas possible d'admettre la pénétration de.l'air du dehors, car l'extrémité libre de la sonde était plongée dans l'eau du bain avant d'être engagée, toujours sous l'eau, dans l'urèthre.

Pour juger l'hypothèse d'aspiration uréthrale, nous avons recommandé au malade de plonger la verge dans un verre rempli d'eau chaque fois qu'il sentirait le besoin d'uriner, et de le placer ensuite dans un vase de nuit pour laisser le débordement du verre s'opérer sans inconvénient. Le malade a observé scrupuleusement cette prescription pendant six jours, même lorsqu'il allait à la selle. Nonobstant toutes ces précautions, l'air n'a jamais manqué de sortir par la sonde ; une seule fois nous n'en

avons pas trouvé, c'était après un voyage de quatre jours à Bordeaux. Dans toutes les autres explorations on a toujours remarqué vers la fin de la miction une quantité plus ou moins grande de bulles d'air remplir successivement comme un 'chapelet de perles le tube d'un verre adapté à la sonde, et se rompre ensuite à la surface de l'eau. Ce phénomène dure encore jusqu'à présent; mais depuis que nous avons recours au cathétérisme, ce qui a lieu tous les six ou huit jours, le malade n'a jamais rendu d'air spontanément sans l'intervention de la sonde.

Le malade accuse souvent -des points douloureux tantôt du côté des reins, tantôt plus bas vers le coccyx, tantôt en haut vers la racine du pénis ; mais il serait difficile de dire si ces sensations pénibles passagères sont l'eifet de la présence de l'air dans la vessie ou plutôt le , résultat d'une perturbation nerveuse dont là pncumo-urie elle-même ne serait que la conséquence. La vessie du malade paraît un peu affaiblie et projette mal l'urine, surtout dans certains moments.

Le malade urine souvent avec grande facilité, et d'autres fois, surtout le matin, il est obligé de se reprendre à plusieurs fois pour vider entièrement sa vessie. L'urine qu'il rend est habituellement très-spumeuse, ce qui pourrait tenir à la dissolution du gaz dans ce liquide.

Une injection d'une . solution de nitrate d'argent au dixième, pratiquée par M. Mercier dans la cavité de la vessie, a produit sous ce rapport un peu d'amélioration, mais elle n'a rien changé quant à la manifestation de l'air dans l'urine.

P, S. — Depuis dix-huit jours, époque où l'observation qu'on vient de lire a été rédigée, il n'y a pas eu de grands changements dans l'état nerveux du malade. Comme tous les hypochondriaques , il s'occupe des moindres détails et se suppose toutes sortes de maladies. Souvent il lui arrive d'accuser de vives souffrances dans

la région rénale, du côté de la vessie et dans les membres inférieurs.

Ces souffrances sont d'une mobilité remarquable ; elles rendent quelquefois le malade très-malheureux, et il suffit néanmoins de notre arrivée pour qu'en le rassurant sur sa position, ses idées prennent de suite une autre direction et lui fassent oublier en quelque sorte ce qui le préoccupait un instant auparavant. On observe toujours la même variété dans la manière d'uriner; mais en général la vessie se vide mal, surtout le matin et lorsque le malade est debout; la position assise facilite l'excrétion de l'urine. Enfin, ce qu'il y a de remarquable, c'est que depuis seize jours le malade ayant été sondé deux fois, une fois tous les huit jours, nous n'avons point trouvé d'air dans la vessie.

Cette disparition de \sl pneumo-urie est-elle définitive ? Nous n'oserions pas l'affirmer ; mais, en tout cas, elle doit contribuer forcément à rassurer le malade sur sa position. C'est quelque chose en effet que de voir disparaître un aussi puissant élément de préoccupation chez un malade affecté d'une grande surexcitation nerveuse, un hypochondriaque.

Le fait dont je viens de parler ne paraît pas être unique dans son genre. Comme je Tai dit, il m'a été signalé par plusieurs malades, et Brierre de Boismont dit que Ribes, étant prosecteur à la Faculté de médecine de Paris, fît voir un jour à ses élèves un enfant qui n'aurait eu pour toute maladie que rémission de gaz par l'urèlhre (1).

Les Miscellanées des Curieux de la nature de l'an-

(i) Brierre de Boîsmont, Rechercher sur les pneumatoses; in-4®, 1825, thèses de Paris.

née 1671 renferment la description d'un autre fait de ce genre dont voici la substance :

« Est vir primarius hic Gothae, qui coUica per annum affligitur cum borborigmis, tensione abdominis, doloribus circa umbilicum, et quod peculiare est flatus per penem quasi solemni et consueta tune excernuntur via, ssepe cuïn, ssepe sine urina (1). »

D'autres confrères ont peut-être également observé la môme particularité; et il serait utile qu'ils voulussent bien faire connaître quelques fails nouveaux, afin d'avoir quelques détails précis sur les symptômes accompagnant Xd^pneumo-urie.

Une autre altération des urines est \di phosphaturie .

Chez un jeune homme atteint de Nervosisme chronique secondaire, lié à une ancienne phlegmasie des voies digestives, les urines m'ont offert une altération particulière et très-rare ; tantôt blanches, lactescentes et légèrement acides au moment de leur émission ; tantôt naturelles, elles laissent déposer, dans le premier cas, un sédiment blanchâtre abondant de phosphate ammoniaco-magnésien, soluble dans une petite quantité de vinaigre. Ces urines, que j'ai examinées bien des fois au microscope, l'ont été également par Robin, qui a vérifié mon observation, par Bouchardat, et pendant trois ans qu'elles ont présenté ce caractère ,d'une façon intermittente, c'était toujours au moment des paroxysmes que revenait la sécrétion

(1) Miscellanea curtosa, Decuria prima, Annussecondus,i^lifj^,Sb.

phosphatique. Il en a peut-être été longtemps ainsi, car je n'ai pas assisté au début des accidents et le malade m'a quitté avant la guérison.

Chylurie. —Une fois aussi, chez une jeune fllle de quinze ans, plus hystérique que nervosique, j'ai trouvé des urines laiteuses et graisseuses lactescentes qui laissaient par le repos monter un nuage dé crème à la surface. Ce nuage de crème blanche se dissolvait bien dans Télher, et, vu au microscope, il était formé de gouttelettes graisseuses exactement semblables à celles que Ton observe dans le lait. C'est une malade que je n'ai pas continué de voir.

Plusieurs fois, j'ai recherché dans ces urines la présence du sucre et de l'albumine, mais presque toujours ces résultais de l'analyse ont été négatifs. Une fois cependant, chez une vieille comtesse remariée à un médecin et tombée depuis plusieurs années dans un état nervosique très-grave, consécutif à une néphrite albumineuse chronique sans hydropisie, les urines étaient fortement albumineuses. L'altération a persisté jusqu'à production d'œdème, d'anasarque, et la mort a eu lieu subitement dans une attaque d'apoplexie séreuse. En dehors de ce fait qui ne se rattache pas directement au Nervosisme chronique, je n'ai jamais rencontré d'autres modifications de la sécrétion urinaire que celles dont j'ai parlé.

La sécrétion de la sueur, si facile et quelquefois si abondante dans Télat nerveux aigu n'offre pas de

modiBcalion appréciable dans le Nervosisrae chronique sans fièvre ; mais lorsque la maladie, très-intense, redevenue fébrile, impose aux malades la nécessité de garder le lit, la sueur reparaît comme signe de faiblesse et de cachexie. Les malades sont presque toujours en moiteur, surtout à la lète et dans la paume des mains. Ils ne peuvent parler, se remuer, faire d'efforts ni éprouver d'émotion, sans que la sueur inonde les différentes parties du corps.

Dans quelques cas il y a des sueurs plus ou moins abondantes, partielles ou diffuses, revenant chaque jour, ou, comme j'en ai signalé un exemple, revenant tous les ans pendant un mois d'hiver. Chez une malade soignée par Jules Parrol pour une névropathie avec attaques convulsives qualifiées A'épilepsie^ il y eut des sueurs de sang, — C'est un des cas les plus curieux qu'on puisse rencontrer.

Obs. XL VI. — Nervosisme chronique, — Convulsions, hému' tidrose ou sueur de sang ; dyspepsie, vomissements, névralgies variées, spasme de la glotte; fausses sensations de froid, hématémèse (1).

Madame X... est née en 1832; son père paraît avoir eu des attaquss de nerfs ; sa mère a constamment joui d'une santé excellente. A l'âge de sept mois, plusieurs doigts de la main droite furent envahis par des plaies strumeuses, qui se cicatrisèrent après avoir été traitées pendant deux ans par Alibert. A six ans il survint, et cela sans cause

(1) Jules Parrot, Études sur la sueur de sang et les hémorrhagies névtvpathtques {Gazette hebdomadaire ^ octobre 1859).

apprécial)le, des accès convulsifs avec perte de connaissance, qui se reproduisaient deux ou trois fois par mois. Plus tard, les cicatrices de la main devinrent le siège d'une exsudation sanguinolente, se manifestant sans douleur, et souvent sans cause appréciable.

Un jour, , sous l'influence d'un chagrin violent, les larmes furent teintes par du sang. A partir de cette époque, l'hématidrose se montra indifféremment sur les genoux, les cuisses, la poitrine et le sillon des paupières inférieures.

Les règles parurent à onze ans, et une amélioration passagère survint dans l'état de la malade; mais bientôt les accidents reparurent plus intenses et plus fréquents.

La sueur de sang se montrait à des intervalles variables ; quelquefois la sueur inondait subitement la face, et, pour nous servir de l'expression des assistants, on croyait voir une femme assassinée.

Ces hémorrhagies n'étaient jamais un phénomène isolé ; elles survenaient presque toujours consécutivement à une émotion morale et compliquaient une attaque nerveuse avec perte absolue du mouvement et de la sensibilité.

Mariée à quinze ans, madame X... ne tarda pas à voir ses accès prendre une nouvelle violence; quelquefois ils duraient une ou deux heures. Ils étaient caractérisés par des cris et des mouvements convulsifs de toute sorte.

Ces troubles disparurent pendant une première grossesse ; ils éclatèrent de nouveau un an après l'accouchement, à l'occasion d'une métrorrhagie.

Au commencement de l'année dernière (1858), ma* dame X... semblait aller mieux depuis quelques mois, lorsque son enfant fut atteint, à quelques jours d'intervalle, de deux affections graves; les veilles prolongées qu'elle s'imposa, et surtout une agitation morale continuelle, altérèrent rapidement sa santé» L'appétit disparut

complètement, Il y eut des vomissements. Les boissons étaient rejetées aussi bien que les aliments solides.

Le 1" avril 1858, après une attaque avec perte de connaissance et exsudation de sang sur. la face, la malade, ayant fait une chute qui l'effraya beaucoup, fut obligée de prendre le lit.

C'est à cette époque que j'ai été appelé à lui donner des soins.

Au moment où j'arrivai auprès d'elle, madame X... était torturée par des douleurs déchirantes, qui se montraient alternativement à l'épigastre, aux régions inguinale et vulvaire, aux cuisses, à la tète et sur les parois du thorax. J'observai à diverses reprises des convulsions très-variées et des exsudations de sang sur divers points du corps.

Des vésicatoires volants, appliqués en grand nombre sur les parties douloureuses, des doses considérables d'opium, des inhalations de chloroforme déterminèrent une amélioration progressive, et le 20 mai la malade allait assez bien pour se rendre à la campagne.

Le 25, elle rentra à Paris ; les règles étaient en retard de quelques jours, et des élancements sillonnaient la région lombaire dans tous les sens.

Vers quatre heures du soir, ils se montrèrent aux aines, aux cuisses, aux seins, à la tête, dans les hypochondres et au creux épigastrique ; des inhalations de chloroforme les ayant momentanément dissipés, la malade eut trois attaques d'épilepsie. Puis, un point circonscrit du cuir chevelu étant devenu douloureux, j'y vis sourdre du sang qui se dessécha aussitôt.

Alors tous les paroxysmes névralgiques s'accompagnèrent d'hématidrose au niveau des foyers de douleur. A diverses reprises, le sang s'échappe de la peau du front et forme comme une couronne autour de la racine des cheveux ; dans le pli des paupières inférieures, il coule en quantité assez considérable pour qu'on puisse en recueillir plusieurs gouttes.

Soit avant, soit après le moment de Téruption, la peau conserve son aspect habituel, elle ne paraît pas plus injectée dans les points qui saignent que dans le voisinage, et l'on n'y distingue aucune tache. Vers onze heures, la malade, après avoir eu plusieurs vomissements bilieux, s'endort sous l'influence de 30 centigrammes de chlorhydrate de morphine administrés en deux fois.

L'apparition des règles amena dès le lendemain un mieux sensible, et après s'être reproduits à de rares intervalles, les accès disparurent bientôt complètement.

Le 28 septembre, les règles s'étant arrêtées subitement, une sensation très-douloureuse se développe dans le côté gauche de la face, dont la peau se couvre de sang à plusieurs reprises. • En même temps il survient des accès d'épilepsie qui se renouvellent le lendemain et sont suivis d'efforts infructueux de vomissement et de spasme glottique ; la dyspnée est à son comble et l'asphyxie imminente. La malade est dans un état d'agitation tel, que plusieurs personnes suffisent à peine à la maintenir dans son lit ; de temps en temps tous les muscles du corps se roidissent, comme dans le tétanos. A cet état, pendant lequel l'intelligence paraît troublée, succèdent des accès d'épilepsie qui sont eux-mêmes suivis d'un calme complet.

Le 17 novembre, des douleurs exacerbantes envahissent différentes parties de la région céphalique. Au plus fort de l'accès, la face se couvre instantanément d'un masque sanglant; alors, aux cris aigus et à l'agitation qui accompagnent l'hématidrose, succèdent tantôt un abattement calme, tantôt' une perte de connaissance avec ou sans mouvements convulsifs.

Le sang ne s'échappe pas également de tous les points de la peau ; c'est surtout du front, des paupières inférieures, des ailes du nez, des lèvres, du menton qu'on le voit sourdre sous forme de gouttes.

Le lendemain, la malade éprouve à l'épigastre la sensation d'un corps glacé, et aussitôt elle vomit, avec des

matières glaireuses, une ou deux cuillerées d'un sang fluide et vermeil.

Cette hématémèse, qui est un accident habituel, s'est produite tout récemment dans des circonstances bien dignes d'attention. Des douleurs céphaliques avec hématidrose se manifestaient de temps en temps lorsque la malade, avertie par sa sensation familière, vomit quelques gorgées de sang. Presque simultanément l'épigastre devient très-douloureux, et la peau de cette région se couvre d'une rosée sanglante.

Le 25 janvier 1859, la santé est de nouveau troublée après un arrêt des règles. Des accès d'épilepsie, des douleurs stomacales et vulvaires, des efforts de vomissement, du spasme glottique se succèdent à de courts intervalles, puis la douleur passe au front qui se couvre de sang. Des inhalations de chloroforme et quelques pilules d'opium rétablissent le calme.

Le lendemain, malgré l'administration préventive d'une forte dose de morphine, la tête devient douloureuse, et du sang coule à plusieurs reprises des paupières inférieures. Après une attaque convulsive très-compliquée, des élancements parcourent l'épigastre, les aines et la vulve. Ces douleurs, qui semblent occuper la profondeur des tissus, arrachent des cris affreux à la malade et la jettent momentanément dans un état d'agitation tel que l'on croirait avoir affaire à un excès de manie aiguë.

Chaque paroxysme névralgique débute d'une manière brusque et se termine par une attaque d'épilepsie ou par des efforts infructueux de vomissement, suivis de spasme de la glotte ; après quoi, la malade anéantie tombe pour quelques minutes dans un état de somnolence, d'où elle est bientôt tirée par de nouvelles douleurs.

Les règles reparaissent dans la soirée, et la journée suivante se passe sans accidents.

Le 28, un nouvel arrêt dans la menstruation est suivi d'hématémèse, puis de perte de connaissance avec roi-

BOUCUUT. i 7

:258 NEfivosisnE chronique

deur tétanique et suintement sanguin dans le sillon des paupières inférieures.

Des douleurs inguinales et vulvaires, analogues à celles que nous avons déjà décrites, se manifestent avec une intensité qui dépasse toute expression.

Dans rintervalle de ces accidents, madame X"** paraît jouir d'une santé parfaite ; elle est douée de fraîcheur, d'embonpoint, et l'on ne saurait trouver dans son extérieur aucun indice de l'afTection dont elle est atteinte.

Les facultés intellectuelles sont restées parfaitement intactes. Jamais, au sortir de ses attaques, alors môme qu'elles présentent les caractères les plus tranchés de Tépilepsie, la malade ne tombe dans cet anéantissement physique et moral qui succède d'ordinaire aux convulsions du mal caduc ; et loin de là : à peine le paroxysme est-il terminé, quelle que soit sa nature, aussitôt l'intelligence se manifeste avec sa vivacité habituelle.

A la médication se rapportent quelques particularités qui doivent nous arrêter un instant. Je me suis attaché à combattre l'élément douloureux pendant les attaques, et dans leur intervalle la diathèse strumeuse et un état chlorotique non douteux. Les préparations iodées et le fei" ont rempli la seconde indication, et j'ai déjà dit que les douleurs avaient été combattues par deà vésicatoires volants, du chloroforme et de l'opium.

La malade s'est habituée très-vite à supporter des doses considérables de ce dernier médicament : c'est ainsi que j'ai dû lui administrer jusqu'à 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans l'espace de deux ou trois heures. Mais c'est surtout l'usage du chloroforme qui mérite de fixer notre attention. Je ne l'ai employé que rarement d'une manière locale, et cela sans grand succès ; presque toujours, c'est aux inhalations que j'ai eu recours. Au début, la malade était très-sensible à l'action de l'anesthésique, dont quelques gouttes versées sur un mouchoir, et approchées de ses narines, suffisaient

pour rendormir ; mais peu à peu cette susceptibilité s'est ' émoussée.

Tous les accidents nerveux, excepté l'épilepsie, ont été attaqués par ce moyen, et toujours les souffrances ont été grandement soulagées, sinon complètement dissipées.

Au milieu des attaques les plus violentes, lorsqu'une dose suffisante de chloroforme avait été absorbée, toute manifestation morbide cessait comme par enchantement, et à l'agitation succédait un sommeil très-doux; madame X*** discourait tout endormie sur les événements et sur les impressions du jour, rarement sur des faits anciens. On imaginerait difficilement quelque chose déplus semblable à la réalité que cette conversation, où la malade, se croyant en présence d'un interlocuteur, écoute, interroge, sourit à une réponse imaginaire, réplique, et cela avec toutes les inflexions de voix et tous les gestes qui lui sont habituels à l'état de veille.

Si le sommeil chloroformique est moins profond, la malade reste encore, il est vrai, tout à fait étrangère aux impressions du dehors ; mais ses discours roulent sur des sujets sinistres : ils sont entrecoupés de gestes, de sanglots, qui témoignent de la terreur qu'elle éprouve; elle ne parle que de souffrances, de dangers, de tortures. Tantôt c'est son enfant qui est sur le point de mourir, ou qu'on lui arrache violemment ; tantôt c'est une opération sanglante, à laquelle on la soumet pour extirper son mal. On ne saurait douter que, dans ce cas, le travail morbide ne persiste et qu'il n'y ait perception de la douleur, quoique moins intense, plus voilée qu'à l'état de veille. Ce qui le prouve, c'est que, à mesure que l'action du chloroforme s'affaiblit, la perception va se précisant de plus en plus ; alors un cri, un gémissement interrompent quelquefois brusquement le sommeil, et la crise continue. On dirait que pendant l'assoupissement ânes* thésique, le sensorium, sans cesse harcelé parles impressions qui semblent partir de l'épigastre, de la vulve, de

la face les élabore de manière à les transformer en rêves pénibles qui remplissent le sommeil; mais la douleur est-elle entièrement dominée par le chloroforme, alors il semble que le cerveau, mis à l'abri de toute excitation périphérique, se livre à un travail tout intérieur, influencé seulement par la mémoire, et portant sur des impressions anciennes, principalement sur celles d'une nature agréable, qui sont conformes à l'état d'apaisement de la sensibilité.

Ce n'est pas là, qu'on veuille bien le remarquer, une théorie de ces singuliers effets, mais simplement une manière de les résumer.

Celte observalion de Jules Parrol est exlrêmeraent curieuse, non-seulement à cause du fait aulhenlique d'Iiématidrose, qu'elle ajoute à ceux que Gendrin a déjà fait connaîlre (1), mais encore en raison du rapport de la sueur de sang avec un cas très-curieux de Nervosisme chronique. — Je n'établirai pas entre ce phénomène et la maladie un rapport certain de causalité ; mais il est impossible de ne pas tenir compte d'un fait aussi important que l'observation ultéiieure pourra éclairer.

A côté des sécrétions gazeuses de l'urèthre chez rhomme, dont j'ai parlé plus haut, il faut placer les cas du même genre observés chez la femme. Le seul trouble de sécrétion ou d'exhalation dans les organes génitaux de la femme que j'aie observé et qui soit eu rapport avec le Nervosisme chronique, c'est Vàpneiimaiose utérine ou vaginale. Une dame, longtemps

(1) Gendrin, Traité 'philosophique de médecine pratique , 1. 1, p. 276.

habituée aux hommages que donnent la naissance, la fortune et la position d'un mari minisire, était restée veuve, et vivait dans sa vieillesse éloignée de sa famille, au milieu des pratiques d'une dévotion profonde. Elle était tombée dans un état de Nervosisme chronique caractérisé par un grand nombre de phénomènes nerveux, accompagnés de fièvre, et elle me présenta, entre autres, le singulier phénomène d'une exhalation gazeuze uléro-vaginale assez abondante. Constamment assise et trop faible pour se baisser, il était impossible que lair entrât dans le vagin pour en sortir, comme cela s'observe souvent dans le roi vaginal; et j'en ai conclu à l'exhalation morbide des gaz rejetés par la vulve,

§ t». — Aménorrhée.

L'aménorrhée ou la dysménorrhée sont des troubles de la menstruation que l'on observe assez souvent dans le Nervosisme chronique. L'une a lieu quand les malades sont affaiblies par l'inanition ou parla fièvre, et il n'y a ici rien d'absolument particulier à l'état nerveux chronique ; quant à la dysménorrhée, trèscommune chez les femmes nerveuses, est-elle plus fréquente ou plus intense dans le cours du Nervosisme chronique? c'est ce qu'il m'est impossible de dire, eu égard au petit nombre d'observations fautes à ce sujet.

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