‹ Du nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveusesChapitre 26 sur 45 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MARCHE DU NERVOSÏSME AIGU ET DU NERVOSÏSME CHRONIQUE. — DURÉE. — TERMINAISONS.

Marche duNervosisme aigu. — Comme on a pu le VOi>, les symptômes du Nervosisme aigu ou chroriique ont pour origine les troubles nerveux des principales fonctions organiques et sensoriales. Que la maladie soit primitive ou secondaire, le résultat est le Inéme, il ne varie que dans la forme. Ces troubles sont les effets réflexes de l'irritabilité des centres nerveux et ganglionnaires, mais surtout du système vaso-moteur : troubles d'intelligence,- du mouvement, de la sensibilité générale ou spéciale dans les organes des sens ; troubles de l'appareil vocal et respiratoire, de l'appareil circulatoire et digestif; troubles de la calorification et des forces ; troubles des fonctions sécrétoires, etc. , sans aucune altération somatique matérielle permanente capable d'en rendre compte : voilà la maladie dans son ensemble. Ce que l'on peut constater ou admettre, ce sont des troubles de circulation locale, ischémiquesouhyperhémiques, qui sont passagers et qui troublent momentanément les fonctions.

Tous [les symptômes que je viens d'indiquer n'existent pas à la fois chez les nervosiques, et il est

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rare de les trouver tous réunis. Quelques-uns d'entre eux suffisent pour caractériser le mal. Leur nombre augmente avec Tintensité de la diathèse, et, à cet égard, le tableau offert par la maladie est extrêmement variable. Comme je Tai déjà dit, il n'y a pas deux nervosiques qui se ressemblent exactement, chacun d'eux forme presque une variété dans son espèce, et, moins que dans toute autre maladie, il est possible de les comparer les uns avec les autres. La différence se montre surtout entre Tétat aigu et l'état chronique.

Le Nervosisme aigu primitif succède aux grandes fatigues et aux grandes perturbations morales qui ébranlent l'organisme, et il débute avec une grande intensité par de la fièvre, de la dyspepsie, secondairement suivis d'un plus ou moins grand nombre d'autres troubles nerveux fonctionnels.

Le Nervosisme aigu secondaire débute dans la convalescence d'une maladie aiguë, ou dans le cours d'une phlegmasie chronique mal traitée, etc., par des phénomènes semblables, associés à quelques autres symptômes dépendant de la maladie principale.

Une fois développé, sa marche et ses symptômes sont à peu de choses près les mêmes que ceux du Nervosisme primitif. La fièvre est le phénomène important autour duquel viennent se grouper les autres troubles nerveux, et dure jusqu'à la fin de la maladie qui se prolonge environ deux mois : telle a été du

moins la durée des cas de nervosisme aigu que je connais et de ceux qui ont été observés par Cliomel, sous le litre de dyspepsie acide. Le Nervosisme peut avoir une durée moindre; car, pris au début et traité comme il faut , dans une convalescence de fièvre typhoïde par exemple, il dure à peine quelques jours. Il se prolonge quelquefois beaucoup au delà du terme que j'ai précédemment indiqué, mais alors la maladie change de caractère et elle passe à Tétai chronique; sa guérison est encore possible quoique difficile; mais si elle se prolonge, elle entraîne des complicEitions graves qui compromettent beaucoup la vie des malades. J'en parlerai un peu plus loin. Plus la maladie est récente, moins elle a de chances de durée, surtout si elle est primitive. Il n'en est plus de môme du Nervosisme aigu secondaire qui passe presque toujours à Tétat chronique et qui est souvent incurable.

Dans (pielques cas, le Nervosisme aigu occasionne la mort, comme on peut le voir dans les observations de RuUier et de Chomel (1). Cet auteur annonce que les neuf dixièmes des malades succombent par le fait de cet état morbide. La mort a lieu tantôt par inanition, tel était le danger d'une des malades que j'ai guéries; tantôt par le fait des maladies secondaires de rinleslin, du cerveau ou des poumons. Le

(1) Chomel, Des dy spermes; d'une forme grave de la di/apepsie acide ^ p. i70.

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marasme fébrile, les vomissemenls, l'œdème chlorotique, les suffusions séreuses, les congestions pulmonaires, Tapoplexie séreuse sont les accidents secondaires ultimes qui annoncent celte terminaison funeste.

Marche du Nervosisme chronique. — Le Nervosisme chronique est également primitif ou secondaire; mais celle dernière forme est de beaucoup la plus commune. Il se développe d'une manière progressive et offre deux degrés qui résultent de son intensité. Ordinairement apyrétique, et incidemment traversé par la fièvre, il attriste Texistence par de nombreuses douleurs et des troubles nerveux très- variés. Il présente des alternatives remarquables, des exacerbations et des paroxysmes suivis d'une amélioration momentanée, et il se prolonge ainsi des mois et môme des années sans faire de sensibles progrès en mal.

11 s'arrête quelquefois sous l'influence d'une maladie aiguë intercurrente, fehris spasmos solvit^ et les accidents nerveux paralytiques ou autres peuvent disparaître momentanément pendant l'état fébrile pour reparaître après sa guérison. L'observation si curieuse, n° XXXVI, publiée par Pidoux, p. 185, en est la preuve incontestable. — Une paralysie du mouvement et de la sensibilité chez une jeune fille depuis longtemps malade disparut pendant le cours d'une fièvre typhoïde pour se reproduire graduellement après la cessation de l'état fébrile.

Chez d'autres malades, le Nervosisme trouble la raison, engendre rhypochondrie, et quelquefois produit l'aliénation mentale.

Il est rare que le Nervosisme disparaisse complètement, surtout dans sa forme primitive; car, lorsqu'il est secondaire, c'est une maladie incurable. 11 se fait continuellement sentir, tout en laissant à ses victimes une assez grande liberté d'action. Puis, sous Tinfluence de causes variables, à l'occasion d'un paroxysme, la fièvre devient continue ou rémittente, l'appétit cesse, les forces déclinent, l'amaigrissement se prononce, et les malades, obligés de garder le lit, tombent peu à peu dans le marasme, se débattent au milieu des plus vives douleurs et finissent par succomber d'inanition ou, par suite, de complications viscérales secondaires.

C'est ainsi que l'on observe, lorsque, succédant à l'état aigu et ayant atteint un très-haut degré d'intensité, il produit une fièvre permanente et des troubles fonctionnels très-nombreux, A l'inappétence se joignent la gastralgie et la dyspepsie, quelquefois des vomituritions ou des vomissements, de la constipation, des étouffements, des spasmes des poumons et du cœur, l'affaiblissement de l'intelligence et de la mémoire, la susceptibilité du caractère, les insomnies douloureuses, les névralgies erratiques ou locales, les troubles des organes des sens, l'appauvrissement du sang, l'affaiblissement du mouvement nutritif, la maigreur du corps et la consomption générale, au

milieu de laquelle arrivent des complications viscérales aiguës ou chroniques plus ou moins rapidement mortelles. Il se produit alors des congestions pulmonaires ou la tuberculisation des poumons ; des vomissements bilieux plus ou moins fréquents ; quelquefois la diarrhée ; des eschares au sacrum et sur les trochanters ; de Toedème ou de Tanasarque ; enfin des suffusions séreuses de la plèvre , du péricarde, du péritoine ou des méninges, incompatibles avec Texercice des principales fonctions de la vie.

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