‹ Du nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveusesChapitre 27 sur 45 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Il y a évidemment chez Thomme et chez la femme des troubles nerveux purement fonctionnels qui semblent se rattacher à Fexistence d'une sorte de diathèse nerveuse et qui forment une névrose générale différente et distincte de Thystérie et de Thypochondrie. C'est là une vérité incontestable. Toutefois, sa parenté avec rhystérie etThypochondrie n'est pas douteuse. Un grand nombre de phénomènes les rapprochent, et, s'il y a un Nervosisme simple^ aigu ou chronique, celui que nous venons de décrire, il existe un Nervosisme compliqué d'hystérie avec attaques coiivulsives, le Nervosisme hystérique^ et enfin on rencontre un Nervosisme compliqué de nosomanie ou de préoccupation constante des malades sur leur état de

sanlé constituant le Nervomme hypochondriaqtœ . A l'exemple de R. Whylt et de Pougens, je dirai : Nervosiçiies, HypochondriaquesetHi/stériqîies^ telles sont les qualifications nécessaires pour classer les nombreux malades atteints de névrose générale ou de ce qu'on appelle un peu vaguement Maladies nerveuses.

11 est rare de rencontrer tous les symptômes du Nervosisme simple réunis sur une seule personne, et la prédominance de Tun d'eux ou la manière dont ils sont rassemblés par groupes communique une physionomie toute spéciale à la maladie. Ce sont autant de variétés qu'on retrouve dans les mômes circonstances chez quelques malades et qui doivent prendre place à côté des formes principales du Nervosisme.

On sait maintenant que le Nervosisme se présente à y état aigu et i\ Vétat chronique^ comme maladie primitive et con)me maladie secondaire ou symptomatique, mais cela serait insuffisant pour en donner une idée complète. En dehors de ces formes différentes et avec elles, la maladie offre, tant par ses causes que par Texagéralion d'un de ses phénomènes, des caractères tellement particuliers, qu'il est impossible de n'en pas tenir compte.

Ainsi, dans le cours de la grossesse et de la convalescence, sous l'influence de la chlorose et des maladies gastro-intestinales, des maladies utérines, séminales, etc., le Nervosisme offre des particularités intéressantes qu'on ne saurait négliger; de n:ôme aussi.

lorsque la prédominance de certains iroubles nerveux donne à la maladie un cachet tout spécial.

Ainsi on doit admettre : 1° un Nervosisme cérébral^ ou prédominent les vertiges et les étourdissements dont se plaignent les malades, les syncopes, le bruit dans la tète, les douleurs profondes de la tète, les paralysies partielles ou générales, les illusions sensoriales et les hallucinations. Cette forme simule aisément l'apoplexie et les maladies du cerveau (1) .

2° Un Nervosisme spinal accompagné de troubles prédominants dans la sensibilité et dans la motilité des membres pelviens, faisant croire à une maladie de la moelle (2).

tV Un Nervosisme cardiaque déterminé par la pré- Fence constante des palpitations ou des syncopes, et très-souvent considéré comme une maladie organique du cœur. Bouillaud et Krishaber ont rapporté beaucoup de faits de ce genre, et le dernier de ces auteurs, proQlant de mon idée, a fait de ces trois variétés la névropathie cerebro-cardiaque^ sans dire qu'il s'inspirait de mon travail de dix ans antérieur au sien, sans citer mon nom et en s' attribuant le mérite d'une découverte déjà faite.

4** Un Nervosisme laryngé dans lequel s'observent la toux convulsive ou Taphonie, quelquefois regar-

(1) Obs. XVU à XXn, et voyez p. 169.

(2) Obs. XXm, XXIV et XXV, et voyez p. 81 et 193.

dées comme un commencement de phthisie par des médecins fort distingués (1).

.5° Un Nervosisme gastrique ayant pour manifestation principale la dyspepsie, les aigreurs, les vomissements modérés ou incoercibles, etc., ce que Ton a longtemps considéré comme de la gastrite et traité par la diète et les sangsues, sous Tinfluence des idées de Broussais (2).

6** Un Nervosisme utériii caractérisé par les troubles nerveux protéiformes de Tintelligence, du sentiment et des organes des sens dus à Taménorrhée, à la dysménorrhée, à la grossesse, à l'accouchement et aux maladies chroniques de Tutérus. Cette variété de Nervosisme s'accompagne parfois de douleurs lombaires et inguinales, de pesanteur périnéale et de la leucorrhée, indépendantes d'une lésion de structure. Beaucoup de médecins ne voient dans ces accidents qu'une métrite chronique. Cette variété de Nervosisme a été bien étudiée par Berlhier.

Dans la première partie de son livre (3), M. Berthier rapporte 115 observations dans lesquelles des troubles réels de la menstruation déterminèrent :

10 fois des névralgies ou des névroses simples; 11 fois des troubles de la vue, de l'ouïe, de la parole, et des hallucinations; 3 fois des dyspnées ; 6 fois des

(1) Vojezp. 77 et 191.

(2) Pages 73 et 177.

(3) Des névroses menstruelles, Paris, 187/i.

troubles gastriques ; 5 fois des névralgies diverses ; 9 fois des convulsions ; 5 fois des accidents choréiques; 11 fois l'hystérie ; 1 fois la léthargie; 7 fois la catalepsie ; 18 fois Tépilepsie; 29 fois des affeclions cérébrales diverses.

Dans la deuxième partie, M. Berthier offre presque tout le cadre nosologique de la folie, à l'exception de la paralysie générale, et il ne voit d'autres causQS aux 127 cas pathologiques dont il donne l'histoire que des troubles de la menstruation.

C'est peut-être exagéré, mais il est certain que, à côté des né.vroses particulières dont l'utérus peut être le point de départ, il y faut joindre certains cas de névrose générale et mobile, qui font l'objet de ce travail. J'en ai vu un certain nombre.

T Un Nervosisme séminal provoqué par les pertes séminales dues à la continence absolue ou à l'affaiblissement des organes génitaux.

J'ai vu des malades qui s'étaient absolument privés de rapports sexuels par conviction religieuse et qui avaient des pertes séminales fréquentes accompagnées de vague dans la tête, d'incapacité de travail, de rêves, de cauchemars, de douleurs dans les reins, de dyspepsie, de constipation, de tristesse, d'affaiblissement visuel, d'habitude, d'envies de suicide, etc.

8° Un Nervosisme cutané dans lequel s'observe comme phénomène prédominant l'hyperesthésie de la

peau (1), poussée à un tel degré, que le moindre contact, un souffle, fait jeter des cris.

9** Un Nervosisme spasmodique produisant des spasmes dans un grand nombre de tissus et d'organes. Là se trouvent ces cas de constriction thoracique, d'étouffement, d'étranglement, de palpitations, de serrement de ventre, d'agacement général qui rendent la vie très-pénible.

10° Un Nervosisme paralytique ayant pour principal caractère Tabolition générale ou parlielle du mouvement et de la sensibilité dans les muscles des membres ou dans les organes des sens (2), c'est-à-dire \ç,% paralysies nerveuses.

11° Un Nervosisme douloureux avec névralgie temporale^ maxillaire , occipitale , auriculaire , intercostale^ etc., d'après l'existence de douleurs névralgiques sur ces cordons nerveux: variété correspondant assez bien à ce que Valleix nommait la névralgie générale.

La nécessité de ces subdivisions est une question difficile à résoudre dans l'état actuel de la science, et pour laquelle il faut en appeler à de nouvelles études.

Il m'a paru nécessaire de la poser, afin d'ouvrir une direction nouvelle aux recherches ultérieures, et dans

(1) Pages 157 et 174.

(2) Page 121 et suivantes

l'espoir peul-êtrc d'obtenir pour elles une solution par les praticiens qui auront rencontré des faits de cette nature. Quoi qu'il en soit, si en ce moment la détermination de toutes les variétés de Nervosisme n'est pas entièrement possible, on ne peut s'empêcher d'en admettre un certain nombre. En effet, quand une affection nerveuse bien distincte de l'hystérie ou de rhypochondrie se présente avec le caractère prédominant de douleurs et de faiblesse dans les membres pelviens, avec malaise général, pouvant faire croire à une maladie de la moelle, il est impossible de ne pas spécifier le siège de ce Nervosisme spinal^ afin de le séparer par exemple d'une maladie de même nature caractérisée par des vertiges ou par une paralysie du mouvement dans le Nervosisme cérébral; ou par des vomissements incoercibles dans le Nervosisme gastrique; ailleurs, par des vertiges et des névralgies multiples dans le Nervosisme douloureux^ etc. H y a donc, d'après l'exagération et le siège de quelques-uns des phénomènes du Nervosisme, des variétés dans la manifestation de cette névrose générale. Ce sont ces variétés que je propose de dénommer en prenant pour épithèle le nom du phénomène nerveux principal. Ainsi seront classées les manifestations secondaires de cette maladie, dont la nature, restant toujours la même, se trouvent révélées par des désordres très-variables, et quelquefois différents les uns des autres.

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