‹ Du nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveusesChapitre 29 sur 45 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

, L'iiiulilité reconnue des recherches anatomiques dans les névroses, et la rareté des nécropsies dans le Nervôsisme aigu ou chronique pourraient me dispenser de toute excursion sur le domaine de Tanatomie pathologique. Ce serait un moyen commode de laisser une difficulté dansTombre; mais ce procédé, peu digne de la véritable science, ne pourrait qu'en affaiblir Taulorité. Quels que soient les embarras de la question, il faut l'aborder franchement, pour établir autant qu'il sera possible le rapport des symptômes et des lésions somatiques.

Si le Nervôsisme est vraiment une névrose, si les désordres nerveux multiples dont j'ai parlé ne sont que des troubles essentiels, réflexes et sympathiques, il est évident que nulle lésion somatique n'en peut rendre compte d'une manière absolue; on sait, en effet, à quoi s'en tenir sur la recherche anatomique des causes de la douleur, de l'affaiblissement de l'intelligence, des hallucinations ou des illusions sensoriales, de la perte des forces musculaires, du spasme, des convulsions, etc Aucune modification organique ne peut les expliquer, et il en est de même pour les symptômes variés du Nervôsisme. Est-ce là ce que

disent les observations dans les cas de mort où Taiitopsie a pu être faite ? C'est là ce qu'il faut savoir.

Malheureusement le Nervosisme s'observe en ville plutôt qu'à l'hôpital, et les nécropsies en sont trèsrares. Je citerai cependant celles dont parle Chomel, à propos de la dyspepsie acide, car je n'en ai fait aucune depuis que mon attenlion est Bxée sur ce sujet, et mes souvenirs ne m'en rappellent que trois pratiquées dans les conditions que je vais indiquer plus loin.

De plus, dans cette maladie, comme il survient avec le temps des complications viscérales graves dans l'intestiUj dans les séreuses ou dans les poumons, il ne faut pas dans la nécropsie considérer comme afférent au Nervosisme ce qui ne lui appartient pas et ce qui forme une nosorganie secondaire. Ce fait étant bien établi, y a-t-il après la mort des nervosiques des altérations matérielles organiques de nature à rendre compte des phénomènes nerveux observés pendant la vie? Non, répondent ensemble la nosologie et la clinique. En effet, c'est une névrose, et plusieurs autopsies n'ont fourni que des résultats négatifs.

Voici l'extrait d'une observation d'autopsie publié par Lobstein.

Obs. XLVII. — Nervosisme chronique^ suite de chagrins violents. — Gastralgie, constipation^ amaurose ; marasme. — Mort. Pas de lésions à V autopsie (1).

Un jeune homme de vingt-deux ans, bien constitué, d'une conduite exemplaire, sujet depuis Tâge de dix-huit ans à des constipations et à des coliques nerveuses, éprouve des chagrins domestiques occasionnés par l'aliénation mentale de son père. Il se rend à Paris pour se distraire, mais il y reste triste et rêveur. N'ayant depuis longtemps qu'un appétit médiocre, il conçut l'idée de forcer son estomac à prendre plus d'aliments qu'il n'en exigeait : soît qu'il ait été fortement incommodé de cette tentative, soit prévention, il prétend avoir senti et entendu une rupture de cet organe par l'efTet de la distension qu'il lui avait fait subir. Cette idée le poursuit continuellement ; l'appétit est anéanti au point que le malade ne peut plus avaler quelques cuillerées de soupe sans répugnance et sans ressentir une pesanteur insupportable. Après trois mois de séjour à Paris, il revient dans sa famille. La maigreur est extrême; le ventre, très-aplati, n'est ni dur, ni douloureux ; les selles sont rares ; pouls petit et lent ; il n'y a ni vomissement, ni même envie de vomir; nuls renvois, point d'émission de vents par en haut, même pendant les digestions si lentes et si pénibles. Durant deux mois que vécut encore le malade, les forces diminuèrent de plus en plus, et la maigreur augmenta à vue d'œil. Le pouls devient de plus en plus faible, petit et lent ; le malade est obligé de garder le lit à cause de sa grande faiblesse ; ses pieds et ses mains prennent une couleur violette et sont constamment froids. Les traits du visage se décomposent, la peau de cette partie est fortement tendue sur les éminences osseuses ; les joues sont hideusement enfoncées, les lèvres collées sur les

(!) Lobsti'in, Atwt. pathol.^ t. I, p. 81.

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arcades dentaires. Dans le dernier jour de la vie, les yeux se présentaient sous un aspect horrible : la fonte du tissu cellulaire graisseux de l'orbite ayant fait naître autour de ces organes un cercle noirâtre et profond, les paupières s'y enfoncèrent et ne pouvaient plus recouvrir, par conséquent, la surface antérieure du globe de Tceil. Il en résulta que la cornée devint trouble et terne. Le pouls ne se faisait plus sentir ni au carpe, ni au pli du coude ; le cœur lui-môme n avait plus que d'obscurs frémissements. Cependant la respiration s'exerçait encore, quoique faiblement. Ce qui avait conservé quelque énergie, c'était la tête et l'organe de la voix. Dans les huit derniers jours, ce malheureux ne voyait plus les objets ; mais ses gestes, ses gémissements, le serrement afTectueux de sa main annonçaient qu'il conservait son intelligence et ses facultés morales.

L'autopsie cadavérique fut bornée à la poitrine et au bas-ventre. Les poumons étaient pâles et exsangues, du reste parfaitement sains ; le péricarde renfermait très-peu de sérosité ; le cœur était réduit à un poids de 6 onces et à un volume tel que son diamètre longitudinal n'était que de 3 pouces 4 lignes et le transversal de 2 pouces 4 lignes; il ne renfermait pas de sang, et il était si blanc à l'extérieur qu'on aurait cru qu'il avait été lavé plusieurs fois avec de l'eau chaude. Le tube digestif ne présentait aucune altération, non plus que le foie et le pancréas ; la vésicule du fiel, qui était vide, avait conservé sa couleur naturelle ; la rate était plus petite que de coutume ; elle ne pesait qu'une once et n'avait que 3 pouces de longueur sur 2 de largeur. Ce qui est à remarquer, c'est que la rate, le poumon et le cœur étaient absolument décolorés et vides de sang ; il ne s'en écoula pas non plus des grosses veines situées sous et derrière la clavicule.

Celte observalion est extrêmement remarquable.

en raison de la nécropsie qui la suit. Une gastralgie suivie de mort dans le marasme, sans aucune altération organique, est un fait trop rare pour n'être pas signalé à l'attention des médecins. Elle se rattache entièrement à notre sujet, et nous sommes trèsheureux de la reproduire.

Louis en a publié une autre relative à un fait de Nervosisme caractérisé par la contracture des membres droits^ la céphalalgie, la surdité, les illusions et les hallucinations sensoriales, des douleurs abdominales vives, de la Bèvre et suivie de mort. A Tautopsie on trouva une péritonite générale sans aucune lésion du système nerveux (1).

Dans celle qu'on va lire et qui a été recueillie dans le service de Briquet, à la Charité, les résultats ont été semblables.

Obs. XLVIII. — Nervosisme chronique, effet de préoccupations morales, avec influence dliérédité, —Gastralgie; céphalée occipitale; insomnies; suffocations; convulsions passagères ; anesthésie des organes des sens, de la face et des membres. — Paralysie du facial; affaiblissement des muscles des membres, — Paralysie du larynx, de Vinlestin et de la vessie, — Marasme. — Mort, — Pas d'altération du système nerveux (2).

Grasson, trente-sept ans, ouvrier typographe, né à Paris, d'un père aliéné, avec un commencement de paraplégie.

(1) Louis, Annales médico-psychologiques, janvier 1846, t. VIH, p. 112.

(2) Briquet, Trnifé clinique et thérapeutique fie V hystérie, p. 29.

Cet homme est très-impressionnable. De vingt-cinq à trente-deux ans, il a eu des préoccupations d'esprit au sujet d'affaires d'intérêt; à trente-deux ans, des douleurs à l'épigastre et à l'hypochondre gauche ; ces douleurs ont été toujours en croissant, et sont devenues trèsviolentes.

Depuis la même époque, engourdissement et paralysie légère du sentiment à la partie inférieure de la face ; de temps en temps, le long des membres, des douleurs qui le forçaient à interrompre son travail.

A trente-cinq ans, attaques de nerfs avec mouvements convulsifs involontaires, venant à l'occasion d'émotions vives, de contrariétés.

A trente-six ans, douleur fixe dans le milieu du dos, et commencement d'incontinence d'urine.

Depuis deux ou trois ans, engourdissement, faiblesse dans les membres du côté gauche.

Depuis quinze jours, affaiblissement de l'odoral et de la vue à gauche, ainsi que de la gêne dans la prononciation. Pas d'amaigrissement ni de troubles dans les grandes fonctions.

Entré à la Charité, le 13 janvier 1851, dans l'état suivant :

Homme de petite taille, assez maigre, peau à peine colorée ; point de vertiges ; plusieurs fois par jour, survient dans la tête une douleur très-vive, dont la sensation est telle qu'il semble au malade qu'on lui donne sur l'occiput lin fort coup de marteau. Cette douleur apparaît brusquement, répond dans toute la tête, et cesse bientôt sans laisser de traces. Il y a peu de sommeil la nuit ; le réveil a presque toujours lieu à l'occasion de douleurs d'estomac qui occasionnent une forte suffocation passagère.

Paupière inférieure de l'œil gauche paralysée ; œil droit profondément altéré depuis longtemps; la vue en est trouble. La vue de l'œil gauche est affaiblie, et la sensibilité de la muqueuse abolie ; la pupille gauche est normale.

La narine gauche ne sent pas les odeurs; elle est insensible au toucher. Il en est de même de la moitié gauche de la langue et de la bouche, qui a perdu ses sensibilités tactile et gustative. Les dents sont insensibles à gauche, au point que Ton peut percuter les arcades dentaires, sans que le malade ait la sensation du choc; des courants électriques de grande intensité ont été dirigés sur elles, sans que le malade perçut l'action de l'agent excitateur.

Les altérations de la sensibilité et de la contractilité musculaire ne sont pas moins curieuses.

La moitié gauche de la face est anesthésiée ; du côté droit la sensibilité est seulement affaiblie.

L'anesthésie est complète sur les muqueuses de tous les organes des sens du côté gauche seulement; plus faible aux mêmes points du côté droit.

Dans l'état de repos, la bouche n'est pas déviée ; mais, lors des mouvements, on s'aperçoit que les muscles du côté gauche sont profondément afTaiblis ; car, alors, la bouche tire légèrement vers l'oreille droite, et la moitié droite des lèvres se contracte seule.

Sous l'influence de l'excitation électrique, les muscles se contractent comme à l'état normal ; mais la sensation que provoque l'opération est nulle dans certains muscles, et considérablement affaiblie dans d'autres.

Ainsi les muscles frontal, pyramidal du nez, dilatateur du nez, orbiculaire de l'œil sont sensibles, tandis qu'on peut diriger les plus forts courants sur les autres muscles' sans que le malade en accuse douleur. L'excitation électrique, limitée sur les nerfs sous-orbitaire et mentonnier, ne donne lieu à aucune sensibilité, tandis que les susorbitaires ont conservé une grande partie de leur sensibilité. La sensibilité .électro-cutanée de la face est nulle à gauche, et très-faible à droite.

La déglutition est un peu gênée, surtout celle des liquides, qui reviennent quelquefois par le nez.

La respiration est normale ; néanmoins, lorsque le ma-

lade fait des efforts, tousse ou parle, il se fait dans l'inspiration un gémissement analogue à celui du premier temps de la toux de la coqueluche chez les enfants ; il semble que le malade soit près de suffoquer. Ce bruit accompagne chaque inspiration un peu forte.

La parole est lente, embarrassée ; de temps en temps, quelques accès de dyspnée. Un peu de toux ; sous la clavicule droite, le son est très-légèrement dur, et la respiration un peu forte.

La parole est lente, embarrassée ; de temps en temps, quelques accès de dyspnée. Un peu de toux ; sous la clavicule droite, le son est très-légèrement dur, et la respiration un peu faible.

Bruits du cœur normaux; quelques palpitations de temps en temps.

A peine les aliments sont-ils dans Testomac qu'une vive douleur se développe à la région épigastrique et hypochondriaque gauche, s'étendant jusqu'à la région précordiale. Cette douleur qui apparaît irrégulièrement, tantôt un jour, tantôt l'autre, dure très-longtemps, quelquefois même tout un jour, s'exaspère au point de forcer le malade à se rouler par terre, à s'agiter dans tous les sens, et simuler une sorte d'attaque nerveuse, sans qu'il y ait cependant jamais de mouvements convulsifs. L'action de prendre des aliments, une distraction, une excitation violente sur un autre point du corps, font disparaître cette douleur d'estomac. Jamais de vomissements, mais souvent des aigreurs d'estomac.

La pression sur Tépigastre n'est pas habituellement douloureuse. Il y a une constipation opiniâtre. Le malade est quelquefois forcé d'extraire avec ses doigts des excréments que les efforts de la défécation ne suffisent pas à rejeter au dehors.

. L'excrétion des urines est assez facile ; cependant le jet n'a pas une très-grande force, et ne s'arrête pas net à volonté.

La sensibilité à la douleur de la peau des membres su-

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périeur et inférieur du côté gauche est affaiblie ; un peu d'engourdissement dans la main et le pied gauche.

Quand le malade se lève et veut marcher, il tremble, chancelle; cela tient tout à la fois à la faiblesse des muscles, et à ce que les pieds n'ont pas la sensation tactile, la sensation de résistance du sol sur lequel ils reposent.

De temps en temps, il accuse une douleur vive vers les apophyses épineuses des vertèbres dorsales.

Point d'anesthésie au tronc, pouls à 70. Lorsqu'il s'assoupit, le malade est pris souvent d'une sorte de soubre^ saut général, qu'il compare à la sensation d'une étincelle électrique.

La nuit seulement, depuis qu'il est à l'hôpital, il est pris d'une attaque convulsive toute spéciale, qui souvent se répète plusieurs fois de s\iite à quelques heures d'intervalle. Au milieu de son sommeil, il jette un cri, suivi d'un mouvement convulsif général qui quelquefois le fait tomber en bas du lit ; il perd complètement connaissance, et au bout de quelques minutes il revient à lui, sans avoir gardé le souvenir de ce qui s'est passé.

Le 25 février, on constate que l'œil gauche ne peut se porter ni en dedans, ni en bas, ni en haut, mais qu'il a complètement conservé la faculté de se porter en dehors.

Le 10 mars, le côté gauche de la face a été plusieurs fois galvanisé, et l'excitation successivement dirigée sur la peau des muscles. Sous cette influence, la paupière supérieure gauche a commencé à se mouvoir, et aujourd'hui l'œil peut être en partie spontanément découvert ; les muscles des joues ont repris leur contractilité, et la bouche est beaucoup moins tirée à droite. L'excitation électro-cutanée a rappelé la sensibilité sur presque tous les points de la face, bien qu'elle soit encore très-faible. Les muqueuses des organes des sens plus réfractaires h l'agent électrique sont restées à peu près insensibles.

La déglutition étant difficile et gênée, la voix est presque

éteinte; Taction électrique fut alors portée sur les constricteurs du pharynx et les muscles du larynx, mais sans succès.

Le H mai, l'amélioration qui s'était d'abord manifestée ne s'est pas longtemps soutenue ; depuis une quinzaine de jours, le malade ne quitte pas le lit. Il y a prostation extrême, amaigrissement squelettique, fièvre continuelle depuis quelques jours, intelligence nette; la paralysie de la face est promptement revenue. La déglutition est trèsdifficile, au point que le malade ne peut prendre ni aliments solides, ni aliments liquides. Respiration constamment râlante ; voix complètement éteinte depuis une huitaine de jours.

Mort à midi, le H. mai 1851.

Autopsie, quarante-huit heures après la mort.

Cerveau à l'état normal : il est arrondi, et semble un peu volumineux. La pie-mère et l'arachnoïde sont légèrement épaissies et légèrement adhérentes à la pulpe cérébrale; le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est un peu œdémateux. La base du cerveau n'offre rien à noter; chaque nerf, examiné à son origine, se présente à l'état normal. Le cerveau est ensuite coupé couches par couches, ainsi que le cervelet, sans offrir de lésion appréciable.

La moelle, examinée dans sa partie inférieure, et enlevée jusqu'au renflement cervical, nous montre l'origine apparente du facial , pneumogastrique , spinal , glossopharyngien ; toutes ces parties sont saines. Les pneumogastriques, disséqués dans tout leur trajet cervical, sont parfaitement normaux.

Tous les organes splanchniques sont sains. La valvule pylorique ofTre un léger épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux, avec induration et transformation lardacée, sans que le rétrécissement soit assez considérable pour apporter une grande gêne au cours des matières. Les voies urinaires sont saines.

Pour ceux qui appellent hystérie toute attaque couvulsive, cette observation pourrait être considérée comme un exemple à' affection hystérique; mais la combinaison des viscéralgies, de la névralgie occipitale, des paralysies partielles et de la dyspepsie, m'engage à donner à ce fait sa véritable place dans la nosologie. C'est un fait de Nervosisme chronique héréditaire ayant amené le marasme nerveux et la mort sans lésion appréciable du système nerveux. L'absence d'altération du cerveau ou de la moelle donne a ce fait une importance considérable, et, sous ce rapport, il ne àoxipas être oublié, {Obs. xl.)

Voici un cas semblable publié par Landry et où Tautopsie n'a montré aucune lésion somalique (1).

Obs. XLïX. — Nervosisme chronique, influence héréditaire; maladies aiguës antérieures. — Dyspepsie consécutive, amyosthéniCy dysphagie, toux nerveuse; œsophagisme, fourmillements et paralysie commençante, suite du traitement antiphlogistique causé par pneumonie, paraplégie, suivie de paralysie généralisée, — Mort, autopsie. Aucune lésion appréciable du système nerveux.

Grellier (Jean-Baptiste), âgé de quarante-trois ans, paveur, entre le 1**^ juin 1859 à l'hôpital Beaujon, service de M. Gubler, saUe Saint-Louis, n°22. Petite taille (l^jW), faible constitution, maigreur, teint peu coloré, cheveux châtains, yeux gris, pas de tempérament exclusif.

Le père du malade, mort à l'âge de soixante-huit ans, paraît avoir été paralysé pendant les dernières années de

(1) Landry^ Gazette iiehdomadaire de médecine et de chirurgid

sa vie ; sa mère, ses frères et ses sœurs n'ont jamais eu aucune affection semblable à celle qui le conduit à l'hôpital.

Cet homme, d'une chétive constitution, a été surtout maladif dans son enfance : il dit avoir eu, de quatre à neuf ans, une fièvre intermittente très-rebelle, à la suite de laquelle il resta faible et languissant, et d'un rhumatisme articulaire de longue durée à l'âge de quinze ans. Depuis cette époque jusqu en 1858, sa santé n'a été troublée que de loin en loin par quelques indispositions qu'il ne peut caractériser. Il n'avoue d'autre accident vénérien qu'une gonorrhée suivie de tuméfaction avec douleur vive des testicules, mais pas de chancre ni d'engorgement des ganglions inguinaux.

Dans le cours de l'année 1858-1859, la santé de Gr... a été compromise par une série à peine interrompue d'affections de plus en plus sérieuses. En juillet 1858, il fut pris subitement d'un frisson, suivi de fièvre, de malaise général, puis de symptômes vagues dont il ne sait pas rendre compte. Il resta plusieurs semaines au lit ; aucun traitement actif ne fut mis en œuvre ; la convalescence fut courte- et franche ; l'appétit et les forces revinrent promptement.

Trois mois après, en novembre, nouveau frisson, accompagné de fièvre et d'une douleur dans le bras gauche, qui se déplaça les jours suivants et parcourut successivement les quatre membres. Gr... ne peut dire si ces douleurs furent plus intenses aux articulations que dans les parties molles, mais il affirme qu'il n'y a jamais eu ni rougeur ni tuméfaction. Elles étaient continues, sourdes, plus aigu6s au moindre mouvement. Elles ont duré trois semaines, pendant lesquelles Gr.». ne garda pas toujours le lit.

t)ès qu'il se trouva mieux, il revint à son ouvrage de paveur, et travailla jusqu'au 16 mars. Cependant V appétit était inégal, souvent nul, les forces ne reparaissaient pas,

la fatigue venait vite, il y avait un vague malaise général, etc.

Au commencement de janvier 1859, se manifestèrent quelques symptômes peu marqués du côté de Tarrièregorge. Gêne de la déglutitioriy petite toux continuelley provo^ quéepar la sensation d'un corps à expulser du pharynx; du reste, pas de fièvre, peu ou point de douleur. Ces phénomènes ont persisté, avec des alternatives d'aggravation et d'amélioration, mais sans devenir jamais trop pénibles.

Le 16 mars, Gr... éprouva subitement un frisson trèsvif au milieu de son travail, avec point de côté et toux. La fièvre survint ensuite, et il s'établit une expectoration abondante. Le médecin appelé déclara le malade atteint de « fluxion de poitrine », pratiqua trois saignées, puis administra des potions vomitives, fit appliquer des vésicatoires volants sur la partie postérieure gauche du thorax, et prescrivit une diète sévère.Pendant dix-huit jours Gr... ne prit aucun aliment; au bout de ce temps, on lui permit quelques bouillons. La convalescence fut lente, le malade ne put reprendre son ouvrage que le 9 mai, et à cette époque il était encore très-faible et mangeait à peine. Les forces, loin de revenir, ne cessèrent de dimi-

nuer. Le 15 mai, Gr... dut abandonner son travail, et sentant la faiblesse augmenter encore, il se décida à entrer à l'hôpital, où il fut admis le 1*' juin.

Dès le 11 ou le 12 mai, le malade avait ressenti des fourmillements aux extrémités des doigts et des orteils. Ces sensations, d'ailleurs peu gênantes, restèrent limitées aux parties indiquées, et Gr... s'en préoccupa à peine.

D'ailleurs, quoique éprouvant une faiblesse générale, il restait maître de tous ses mouvements, et, sauf la fatigue inaccoutumée que lui causait le travail, tous ses membres lui rendaient les services habituels. Le 1" juin il vint sans peine de Boulogne-sur-Seine à l'hôpital Beâujon, à pied, et jusqu'au 13 juin ne présenta aucun symptôme appréciable. Il ne se plaignait lui-môme d'autre

chose que d'un sentiment de faiblesse universelle. D*après son aspect extérieur, ses plaintes semblaient même exagérées, et M. Gubler, ne trouvant aucun motif pour y ajouter foi, en suspectait la sincérité.

Le 13 juin, Gr... s'aperçut qu'en marchant ses genoux fléchissaient souvent. Le lendemain, ces flexions devinrent plus fréquentes, et ses pieds lui paraissaient lourds, comme cloués au sol, difficiles à lever. Depuis quelques jours déjà les fourmillements avaient gagné la totalité des pieds, et graduellement les jambes et les cuisses. Aux membres supérieurs, ils s'étaient propagés jusqu'aux bras. Ces sensations s'avançaient de bas en haut, formant comme un bracelet assez étroit autour des parties envahies, et laissant au-dessous d'elles, au fur et à mesure qu'elles remontaient, les membres engourdis comme par le froid.

Les jours suivants, la marche devint de plus en plus difficile. Le malade ne pouvait pas lever les jambes. Leurs mouvements de propulsion étaient lents et se faisaient en traînant le pied sur le sol.

Le 17 juin, à la visite du matin, Gr... prétend ne plus pouvoir marcher ni se tenir debout. On le fait lever soutenu par deux personnes, et on voit en efl'et que les membres inférieurs fléchissent bientôt si on l'abandonne à ses propres forces. Quand il essaye de marcher, les mouvements qu'il exécute sont lents et mous, et non brusques et désordonnés. Ses pieds ne quittent pas le sol et sont ramenés en avant, en rasant le plancher, et non vivement et régulièrement projetés. Au lit, il ne peut soulever ni l'un ni l'autre des membres inférieurs au-dessus du matelas. C'est avec peine qu'il parvient à fléchir la cuisse sur le bassin. Étant sur le dos, il cherche inutilement à se mettre sur le côté ; il tourne le tronc assez facilement, mais il ne réussit pas à entraîner les membres pelviens. Les mouvements des membres supérieurs sont peu modifiés. Il se sert des doigts et des mains avec une vigueur suffisante pour s'accrocher et se soutenir aux personnes

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qui l'aident à marcher, quand elles font mine de vouloir' l'abandonner à lui-même. Il se plaint cependant d'une certaine rigidité des doigts, qui lui semblent tuméfiés quand il veut les fléchir, ou comme entourés et comprimés par des liens, « ficelés. » Il a éprouvé depuis plusieurs jours et éprouve encore la même sensation dans les orteils quand il les agite. D'ailleurs ces sensations ne se reproduisent que pendant les mouvements spontanés, et non pas dans les mouvements imprimés ; les articulations ne présentent rien d'anormal, et les parties paralysées sont parfaitement souples. De tous les mouvements des membres thoraciques, ceux d'élévation du bras sont seuls bien sensiblement afFaiblis. Gr... ne peut élever le bras jusqu'à lui donner une position horizontale, ni l'y maintenir quand on l'y place. Gela est surtout marqué à droite.

Pas de fièvre ; nulle douleur, ni dans les membres ni le long de l'axe vertébral ; pas de céphalalgie, pas de contracture, pas de mouvements convulsifs ni réflexes quand on essaye d'en provoquer. Sensibilité seulement un peu obtuse à la plante des pieds. Intelligence normale. Peu d'appétit, mais aucun trouble des voies digestives. L'état général est tel, en un mot, que M. Gubler craint encore de se laisser tromper par quelque supercherie.

20 juin. La paralysie du mouvement n'a pas cessé d'augmenter dans les parties déjà envahies et de se propager à celles qu'elle avait d'abord respectées. Elle est aujourd'hui presque complète dans les membres inférieurs. Les membres supérieurs ne rendent plus aucun service au malade depuis hier, bien que leurs mouvements ne soient pas entièrement abolis. Les fourmillements, qui ont continué de remonter, se font maintenant sentir autour du thorax et à la base du cou. Gr... se plaint d'un peu de gêne de la respiration, d'une sorte de constriction pénible du thorax; il parle aussi d'une « barre » à l'épigastre, qui met obstacle aux inspirations. En examinant la poitrine, on reconnaît que les côtes sont

■soulevées en bloc et que leurs mouvements individuels sont très-bornés. En outre, Tépigastre se creuse légère-* rement pendant rinspiration et se soulève dans V expiration^ Ce signe, très-accusé quand le malade est couché sur le dos, Test à peine lorsqu'il est assis. Gr... peut encore faire effort, et, quand il l'essaye, on voit l'épigastre saillir <*,omme à l'état normal. Dyspnée légère, parole un peu entrecoupée, expectoration sans énergie. Le malade prétend aussi sentir sa langue comme épaissie et moins mobile ; la mâchoire lui semble plus lourde, et il trouve les aliments plus durs qu'à l'ordinaire ; enfin, il y a peu de dysphagie. L'état général reste le môme que les jours précédents.

21 juin. Ce matin, à la visite, on trouve tous les symptômes plus prononcés que la veille. Aspect cachectique, toux, expectoration muqueuse abondante, sueurs habituelles.

Pouls assez rapide (de 85 à 90 pulsations à la minute), mais petit et dépressible ; la chaleur, généralement peu élevée, est diminuée dans les membres, surtout à leurs extrémités. Bruits du cœur normaux, système veineux peu développé.

Appétit médiocre, langue bien naturelle, petite, conique et rose. Fonctions digestives régulières. Les selles et les urines ne présentent rien à noter.

Il existe aujourd'hui une paralysie du mouvement à peu près générale, mais plus ou moins complète dans les différentes régions du corps. En bloc, elle est d'autant plus prononcée qu'on s'éloigne davantage de la tête, ^omme on peut voir par l'exposé détaillé qui va suivre : Membres inférieurs. — Ces membres ne peuvent plus exécuter qu'un très-léger mouvement de totalité. A quelque effort que se livre le malade, il ne parvient pas à les élever au-dessus du plan sur lequel ils reposent. Les seules contractions musculaires appréciables pendant ces tentatives sont celles du triceps crural. Voici du reste quel est l'état de la motilité pour chaque segment :

les mouvements des orteils et des pieds sont absolument abolis, et toute la volonté de Gr... ne détermine pas la moindre contraction dans les muscles de la jambe. Si Ton soulève la cuisse, le malade peut étendre la jambe et la maintenir même assez longtemps dans l'extension; mais au moindre effort de pression exercée sur elle, ell» cède, fléchit et retombe comme un corps inerte. Même en soutenant la jambe pour alléger le poids du membre^ on n'obtient aucun mouvement de la cuisse sur le bassin. Flexion, adduction, abduction, extension, rolation, tout est complètement aboli. Pendant les efforts du malade,, on voit pourtant et on sent avec la main des contraction» dans les adducteurs ; rien de semblable dans les muscle» fessiers. Au total, la paralysie est moins complète dansles muscles antérieurs et internes de la cuisse que dansceux qui dépendent du grand sciatique, quant à leur innervation.

Membres supérieurs. — Les mouvements de totalité de» membres supérieurs sont très-bornés ; l'abduction et l'élévation du bras sont complètement impossibles. Si on \& place à angle droit sur l'épaule, aussitôt il retombe sans que le malade puisse s'opposer à sa chute ou la modérer. On voit pourtant alors, et on sent avec la main, le deltoïde se contracter, mais d'une manière évidemment insuffisante. La rotation du bras en dedans ou en dehorss'exécute avec mollesse et incomplètement. Dans le reste du membre, la paralysie semble moins complète, maistoujours d'autant plus qu'on s'éloigne davantage de sa racine. L'écartement des doigts est à peine indiqué par quelques oscillations; l'adduction et l'opposition du pouce sont à peu près nulles ; les doigts sont à demi fléchis, et le malade ne peut en augmenter la flexion que très-légèrement; aussi ne peut-il serrer ni tenir le» objets qu'on lui place dans la main. L'extension desdoigts et des poignets est presque impossible ; les mouvements de. latéralité ou de rotation de la main sont trèsrestreints. A gauche, le malade fléchit et étend assez.

î)ien Tavant-bras sur le bras, mais la moindre résistance :sufrit pour l'empêcher. A droite, ces mêmes mouvements sont plus faibles encore, et surtout beaucoup plus limités.

Tronc, etc. — La station assise est impossible, et quand on met le malade dans cette position, il ne peut la conserver si on ne Ty maintient, et retombe en arrière ou de <îôté. Les muscles abdominaux se contractent volontairement, mais d'une manière peu énergique. Les parois thoraciques se soulèvent en bloc pendant Finspiration, par la seule action des muscles cervicaux, et les dimensions des intervalles intercostaux ne changent pas d'une manière sensible. Le trapèze et les muscles pectoraux se <îon tractent encore assez bien, et Gr... porte sans peine ■en avant, en arrière ou en haut le moignon de l'épaule ; cependant un léger effort de ma part annule tous ces mouvements. Pendant qu'ils s'accomplissent ou quand le malade fait de grandes inspirations, le grand dentelé ne paraît nullement agir. Du reste, le scapulum conserve son attitude normale.

Si l'on fait asseoir le malade, sa tête tombe en avant ou latéralement, et il ne la relève qu'avec effort.

Le diaphragme participe évidemment à la paralysie, oar au moment de l'inspiration, et surtout d'une inspiration profonde, l'épigastre s'excave fortement et se soulève dans l'expiration. Gr... peut encore faire effort, mais pour un temps très-court, et reste ensuite épuisé, essoufflé.

La respiration est donc gravement compromise : d'auprès ce qui précède, en effet, l'ampliation du thorax est incomplète, à la fois par défaut de mouvement des côtes ^t du diaphragme. A chaque inspiration, les sterno-mastoïdiens et les scalènes se contractent avec force ; sensation d'oppression très-pénible : dyspnée marquée, respiration fréquente, haleine courte, parole entrecoupée, voix assez puissante, mais faiblissante, par intervalles. La

toux manque d'énergie, Fexpectoration, Texpulsioii même deviennent presque impossibles.

Dysphagie, mâchoire plus lourde, difficulté de la mastication, langue moins mobile, sentiment de rigidité et d'épaisseur de l'organe. La prononciation est épaisse^ mais toutes les lettres sont nettement articulées. Pas de tremblement des lèvres ni de la langue. Aucun trouble appréciable des mouvements des yeux et de la face;^ toutefois, le malade accuse des fourmillements et de la rigidité dans les joues.

Le malade vient encore d'uriner spontanément et d'avoir une selle. Il n'a jamais cessé de sentir le besoin d'uriner et de le satisfaire à son gré.

Les mouvements qui ne sont pas entièrement abolis jsont mous, faibles, lents, peu étendus, mais, sans exception, bien mesurés, bien coordonnés. En aucun point on n'observe ces oscillations, ces tremblements, ces contractions déréglées qui appartiennent à la paralysie générale des aliénés ou à la paralysie du sens musculaire.

L'irritabilité musculaire est partout bien normale : lesmuscles, peu volumineux, ne paraissent pourtant pas atrophiés ; enfin les cordons nerveux accessibles à l'électricité restent tous excitables.

Pas de rétraction tendineuse, pas de contracture ni de convulsions partielles ou générales à aucune époque de la maladie. On ne parvient pas à provoquer le moindre mouvement réflexe, même en variant les excitations de toutes manières.

La sensibilité est beaucoup moins compromise que la motilité. Les sensations de douleur et de température ne sont modifiées nulle part; celles d'activité musculaire^ bien conservées dans la presque totalité du corps, sont abolies dans les muscles moteurs des pieds et des orteils, Gr..., en eff'et, n'a conscience ni des mouvements imprimés à ces parties, ni des contractions provoquées dansles muscles dont il s'agit au moyen de l'électricité. Il sent pourtant fort bien la douleur de crampe et la dou-

leur cutanée produites par ce dernier mode d'excitation. Partout ailleurs, les sensations d'activité musculaire persistent et ne sont même pas diminuées. Les simples contacts pratiqués avec des corps à température indifférente ne sont plus perçus à la plante et sur le dos des pieds. Au niveau du tiers inférieur des jambes, Gr... commence à sentir vaguement ces impressions, qui deviennent ensuite de plus en plus distinctes, à mesure que Ton remonte vers le tronc. Aux membres supérieurs, Tanesthésie ne dépasse pas le tiers inférieur de l'avant-bras, et n'est complète qu'à la pulpe des doigts. Enfin la sensibilité au contact est obtuse sur la partie postérieure et latérale du tronc. Dans ces régicms, Gr... sent lorsqu'on le touche; mais il n'établit aucune différence entre l'attouchement simple et le frottement de la peau, entre le contact de la main et celui d'une étoffe de laine promenée sur le corps. Là, du reste, comme partout où l'anesthésie est peu prononcée, il perçoit les chocs ou les contacts peu ménagés, et non les impressions légères que l'on produit en effleurant la peau avec l'extrémité du doigt, ou avec une barbe de plume.

Le malade accuse dans les membres paralysés, principalement aux extrémités, un sentiment de torpeur ou d'engourdissement qu'il compare à l'effet d'un froid intense; il dit aussi les sentir toujours froids. Et, en effet, ces parties, quoique bien couvertes, et malgré la température élevée de la saison et la rapidité du pouls (85 à 90 pulsations), sont évidemment froides : les pieds, en particulier, ont une température cadavérique.

Les sens spéciaux sont tous normaux.

L'intelligence, naturellement peu développée du malade, n'a pas été modifiée. Aujourd'hui, je crois même remarquer plus de lucidité dans ses réponses, plus de netteté, plus de choix et de propriété dans les expressions ; ce qui, il est vrai, peut tenir à moins de timidité que les jours précédents.

L'état général ne présente d'ailleurs rien d'alarmant;

la physionomie du malade est fort calme, et c'est à peine si, au premier abord, on remarque la dyspnée dont il se plaint. Il exprime cependant quelcjues appréhensions sur «on état, et par moments semble éprouver de tristes pressentiments.

Traitement. — Frictions sur les membres avec le liniment volatil térébenthine ; quinquina ; électrisation. Alimentation substantielle, côtelettes, vin de Bordeaux. Cet ensemble de moyens est déjà mis en usage depuis plusieurs jours.

Dans la journée, les accidents se sont encore aggravés. Vers quatre heures, la dyspnée était extrême, la parole très-entrecoupée et faible ; la face et le cou étaient légèrement cyanoses et couverts d'une sueur froide. Le malade se plaignait d'un obstacle à l'entrée de l'air par la touche et les narines, et accusait une sensation de constriction au niveau du larynx.

A cinq heures, sur les instances de la sœur de service, al se décide à manger, mais ne peut avaler. Il demande alors à être placé sur son séant, pour faciliter la respiration et la déglutition; mais, après quelques instants, il s'affaisse en demandant du secours, pâlit et meurt subitement, huit jours révolus après le début de la paralysie.

Autopsie, le 23 juin, à neuf heures (beau temps, -|- 17* 'Centigr.), quarante heures après la mort.

Le cadavre conserve, à peu de chose près, l'aspect de la vie. Rigidité cadavérique assez prononcée.

Le crâne et la colonne vertébrale sont ouverts avec précaution. Les sinus sont gorgés de sang; après l'incision de la dure-mère, on trouve également les veines des méninges céphalo-rachidiennes remplies de sang. Mais il n'existe aucune apparence d'épanchement ni dans la ca- Tité de l'arachnoïde, ni dans la trame de la pie-mère ; fort peu môme de sérosité ; pas de dépôts plastiques : aucune trace de phlegmasie.

Les circonvolutions cérébrales et les lames cérébelleuses ont leur coloration et leur consistance normales ;

sur la partie moyenne de l'hémisphère gauche, on voit seulement quelques plaques d'une fine arborisation qui d'ailleurs ne pénètre pas dans la substance grise. Dans «es points comme sur toute la surface de la masse encéphalique, on enlève aisément les méninges sans déchirer le tissu sous-jacent.

L'examen le plus minutieux ne fait découvrir aucune altération ni dans la moelle allongée, ni dans le cervelet, ni dans aucune partie du cerveau proprement dit. Les substances blanche et grise conservent leur aspect ordinaire. Pas de piqueté rouge ; ni congestion, ni anémie de la pulpe nerveuse, ni ramollissement, ni induration. Aucune trace d'épanchement sanguin ancien ou récent, soit dans l'épaisseur du parenchyme, soit dans les ventricules, etc.

Même intégrité de la moelle dans toute son étendue et dans tous ses éléments ; origines nerveuses très-belles. Des segments de Forgane, pris à diverses hauteurs, ont ^té soumis à l'examen microscopique par MM. Bourguignon, Gubler, Gh. Robin et par moi-même, et les résultats de ces différents examens ont été identiques : intégrité complète des deux substances blanche et grise.

Les muscles sont d'un beau rouge, et quelques portions du muscle soléaire, examinées au microscope, ont les caractères normaux du tissu contractile.

Le thorax étant ouvert, on constate du côté droit des adhérences très-solides. Le poumon droit présente presque partout une coloration lie de vin et une apparence* jsplénique ; son tissu est plus dur et plus friable que le tissu pulmonaire sain; des morceaux, jetés dans l'eau, surnagent cependant. Le poumon gauche, en grande partie intact, ofl're par places le même aspect que le droit. Dans quel(jues points, son parenchyme est encore plus fortement coloré et paraît infiltré de pigment noir. Çà et là, dans les deux poumons, quelques particules crétacées ; mais nulle part de tubercules crus ou ramollis.

Les autres organes n'ont pas été examinés.

En résumé,, un homme de quarante-trois ans, d'une chétive constitution (atteint de dyspepsie, d'amyosthénie, de toux nerveuse et d'œsophagisme), débilité encore par une série d'affections aiguës successives, par deS' émissions de sang et une diète prolongée, éprouve, pendant une convalescence lente et incomplète, un sentiment de faiblesse générale qui augmente graduellement, mais sans aucun symptôme appréciable de paralysie^ Bientôt surviennent des fourmillements aux orteils et aux doigts, d'abord limités à ces parties, sans que le mouvement et la motilité en soient modifiés.

Après une période prodromique de six semaines environ, caractérisée par ces phénomènes, les fourmillements des extrémités gagnent de proche en proche les parties plus élevées des membres, remplacés par l'engourdissement, puis la paralysie des parties qu'ils abandonnent successivement. La paralysie, qui frappe surtout la motilité, se propage avec rapidité, des pieds au reste des membres inférieurs, puis aux membres supérieurs, au tronc, aux muscles respirateurs, à la langue, etc. L'abolition du mouvement est d'autant plus complète qu'on se rapproche davantage des extrémités ; la miction et la défécation restent normales jusqu'aux derniers moments. L'irritabilité et la nutrition musculaire, l'excitabilité des^ cordons nerveux ne sont nulle part altérées. Pas de contracture, pas de convulsions partielles ou générales, pas de tremblement fibrillaire ni de mouvements réflexes. A ^ucun moment de la maladie le malade n'accuse de douleur dans les membres, le long du rachis ou de la t^te, et la pression n'en développe en aucun point. Pas d'appareil fébrile. Intelligence normale.

Enfin, la respiration devient de plus en plus incomplète, des symptômes d'asphyxie se manifestent, et le malade meurt subitement huit jours après l'apparition des premiers phénomènes paralytiques.

L'autopsie ne révèle aucune lésion saisissable du sys-

tème nerveux. On trouve seulement les traces d'une pleurésie et d'une pneumonie de date récente.

Cette observation a été publiée par Landry sous le titre de paralysie ascendante aiguë généralisée. Ce fait, comme beaucoup de paralysies et de troubles essentiels du système nerveux, me paraît dépendre de Tétat nerveux causé par de longues maladies et par l'anémie qui en résulte. — Il est fâcheux que dans ce cas l'attention n'ait pas été portée sur ce point et qu'on ait omis de mentionner la présence ou l'absence des souffles vasculaires du cœur et des vaisseaux du cou. — Il off^re d'ailleurs un intérêt tout particulier, c'est l'absence d'altérations organiques du système nerveux, démontrée par une nécropsie très-minutieuse.

Dans les cas de dyspepsie acide grave suivie de mort, dont parle Chomel, et qui ne sont que des cas incompris de Nervosisme aigu, les résultats de l'autopsie sont tout aussi négatifs. Plusieurs des malades qui ont succombé ont été ouverts, dit ce médecin, et une seule fois la muqueuse de Teslomac était amincie et ramollie; une fois le foie était jaune clair, augmenté de volume; deux fois il y avait une collection de sérosité dans les ventricules du cerveau, enfin rien qui soit de nature à expliquer la mort (1).

Dans les trois cas dont j'ai parlé et qui étaient relatifs à des convalescences de fièvre typhoïde trai-

(1) Chomel, Des dyspepsies, p. 146.

tées par une dièle très-rigoureuse, des vomissements incoercibles avaient entraîné la mort au milieu d'un état fébrile secondaire, d'un amaigrissement excessif, et de troubles nerveux considérables de Tintelligeuce et des organes des sens. Dans ces trois cas, je ne trouvai rien dans l'estomac ni dans les centres nerveux. Il n'y avait d'autre altération anatomique que les traces d'anciennes ulcérations de l'iléon et du cœcum complètement cicatrisées. Des faits de ce genre ont été signalés par d'autres médecins, et il en est de même d'après Paul Dubois et Depaul, etc., dans le Nervosisme aigu des femmes grosses, lorsque des vomissements incoercibles viennent à les faire périr.

Pourrait-on trouver dans ce cas, au moyen de recherches plus minutieuses faites avec le microscope, dans les cordons ou dans les centres nerveux, des altérations assez considérables et suffisamment constantes pour rendre compte des troubles variés du Nervosisme? Je ne saurais le dire, mais il est permis de l'espérer malgré l'insuffisance reconnue de la micrologie appliquée à l'étude des maladies du système nerveux. C'est une recherche à faire; les résultats annoncés par Jacubowistch sur la configuration des cellules nerveuses du système cérébrospinal, sur leurs altérations dans les empoisonnements, sont de nature à encourager les médecins, mais ce ne sont là que des espérances, et jusqu'ici nulle altération matérielle, visible ou invisible à l'œil du méde*

cin, ne rend compte des désordres observés dans les névroses.

En l'absence d'altérations cadavériques persistantesy y a-t-il pendant la vie, dans le Nervosisme aigu ou chronique, des altérations organiques en rapport avec les souffrances des malades? Non, si par altérations organiques on n'entend que des modifications permanentes de la structure anatomique des tissus et des solides; oui, au contraire, si, prenant le mot d'altération organique dans son sens le plus général, on y rattache les altérations du sang ou nosohémies et les différents troubles de la circulation locale des tissus. En effet, le Nervosisme n'est pas plus une lésion matérielle de l'organe dont les fonctions sont troublées, que le podagrisme n'est une maladie spéciale aux pieds, ni la pétéchie scorbutique une maladie de la peau ; les troubles dynamiques et matériels de ces différentes maladies générales sont subordonnés à des nosohémies particulières bien déterminées. Je n'ai pas à dire ici quelles sont celles de la goutte ni du scorbut ; mais dans le Nervosisme il y en a une qui joue très-souvent, à Tégard du Nervosisme, un rôle considérable : c'est la nosohémie chlorotique. Bien qu'aucune analyse spéciale n'ait encore démontré le fait, on peut le considérer comme incontestable. Il s'observe dans toutes les névroses, dans la chorée, dans les névralgies, dans l'aliénation mentale, dans les viscéralgies, etc., etc.; et son existence est ici mise en lumière par l'étiologie, par la clinique et

par le trailement. En effet, la convalescence, les hémorrhagies considérables, l'inanition, qui produisent la chloro-anémie produisent également le Nervosisme. L'examen des malades permet de constater sur un grand nombre, sinon chez tous, des palpitations, des bruits de souffle dans le cœur, ou seulement dans les gros vaisseaux du cou, ce qui n'a pas toute l'importance qu'on pourrait croire (1), la dim inution générale du calibre des artères et de tout le réseau vasculaires uperficiel, ce qui caractérise Vhydrémie^ Vaglobulie et Xolighémie. Enfin le traitement par les moyens corroborants et toniques, qui guérit la chlorose, produisant aussi un soulagement réel ou la guérison chez certains nervosiques, démontre qu'il y a entre la nosohémie chlorotique et le Nervosisme un rapport intime qu'on ne pourrait négliger sans méconnaître les principes d'une saine observation.

De cette discussion résulte que dans le Nervosisme aigu ou chronique il n'y a pas d'altération de structure appréciable dans les solides, mais qu'en revanche il existe presque toujours une altération du sang, véritable nosohémie chlorotique^ dont les caractères se retrouvent dans la plupart des névroses.

Maintenant quel rapport y a-t-il entre la nosohémie chlorotique et les différentes névroses? Pourquoi

(1) D'après ce que j'ai dit plus haut, les souffles Yasculaires du cou sont souvent un résultat de veine fluide plutôt que d'hydrémie et de chlorose.

-celle-ci de préférence à celle-là? Pourquoi la chorée par exemple , plutôt qu'une névralgie ou que le Nervosisme? C'est ce qu'il est impossible de dire; et il serait téméraire de vouloir donner Texplication du phénomène. Pour le présent, je me borne à constater le fait, en laissant à d'autres la tâche de pénétrer un peu plus loin.

Ceux qui partagent l'opinion de Sydenham et qui appellent hystérie la plupart des troubles fonctionnels du système nerveux de Thomme, de la femme ■et de l'enfant, ne seront pas de mon avis; ils diront toujours avec le grand médecin que je viens de citer : Quand f ai bien examiné une malade^ et que je ne trouve en elle rien qui se rapporte aux maladies connues, je regarde ï affection dont elle est prise comme une hystérie. Ce n'en sera pas moins une erreur, €t l'observation attentive des malades montrera qu'il n'est pas possible de classer toutes les névroses mixtes sous les noms absolus A' hystérie et àliypochondrie ; qu'il en est un certain nombre qui en diffèrent assez par les symptômes pour constituer une espèce morbide différente, et que la comparaison des phénomènes observés dans ces névroses justifie cette séparation.

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