I.K PIMLICISTK. M
/W et l'anecdote concernant mylord Stairs. Bien avant de le prêter à Mole, il l'avait jugé digne d'être olîert à la vive intelligence de M^" de Beaumont, de laquelle il a dit dans une lettre d'épanchements : (( Je ne pensais rien qui, à quelque égard, ne fût dirigé de ce côté. »
Soit qu'il eût gardé le secret, comme plus tard avec Mole, ou qu'il se lut nommé, et cette supposition me paraît la plus vraisemblable, soit qu'il eût prêté seule ment le volume, ou, bien plutôt certes, qu'il l'eût donné à cette amie préférée, la correspondance de celle-ci renferme un mot très rapide, mais très significatif :
« 1797. Grand merci du Charles I*^^. »
Pas un mot de plus. N'en doutons pas : c'était le Cromwel, où il est tant question de Charles P^", le Cromwel suivi de VEikôn Basilikè, ou portrait de Charles l^^\ On se réservait d'en causer à la première et prochaine réunion. En ce temps-là, précisément, Joubert tenait prête, pourM^^^ de Beaumont, la (( cham bre verte », dans sa maison de Villeneuve.
A ce même Portrait royal, Chateaubriand emprunta une « suite de pensées » qui se trouvent reproduites mot à mot dans l'Essai sur la littérature anglaise (1).
C'est sur ce livre que Joubert, avec timidité, caché sous le voile de l'anonyme, acceptait d'être jugé littérairement par M"i« de Beaumont, par les Chateaubriand, les Mole, se jugeait lui-même d'après leurs jugements plus ou moins surpris, étant comme portés sur un étranger.
Cette préférence se comprend à merveille, Cronuiel, Charles I^^ Charles II, ces trois écrits se font suite et
(1) Troisième partie.
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se soutiennent mutuellement. Par de certains mois, intentionnellement jetés, ils s'appellent et se répondent. Ils forment une sorte de trilogie extrêmement dramatique, après comme avant 1793. L'œuvre est d'un poète, vu l'efîet produit, malgré la rime absente : elle est surtout d'un philosophe et dun moraliste.
Elle eut fort agréé à Montaigne, s'il est permis dcn juger d'après ce passage des Essais :
(( L'Histoire, c'est mon gibhier. en matière de livres, on la poésie, que j'ayme d'une particulière inclination ; car, comme disait Cleanthes, tout ainsi que la voix, contraincte dans lestroict canal d'une trompette, sort plus aigre et plus forte ; ainsi me semble il que la sentence, pressée aux pieds nombreux de la poésie, s'eslance bien plus brusquement, et me fiert d'une plus rifre secousse. ))
Du Cromu-el. je regrette de ne pouvoir citer qu'un fragment : la reproduction de tout le Précis ferai! éclater le cadre que je me suis imposé. Chacun peul assigner aux tirets, marquant les mètres, telle place (|ui lui paiailrail meilleure.
(( prf'xjs ht^toutoit sni chomwkl
(( Un roi sur l'échafaud, — son assassin sur le trône, — et tous deux à cette place — par des foi'mes juridi ques — et sous l'apparence des lois, — (|uel événement dans une monarchie, — dans un siècle voisin du" nôtre.
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— et si loin de la liberté romaine !... — Son audace
til sa fortune. — et les circonstances son génie.... etc.
(( Les entreprises contre sa vie — se renouvelaieni sans cesse. — Loin d'en eiîrayer les auteurs — les su}) plices (|uil leur prodiguait — ne les rendaient que plus nombreux. — Chaque jour des pamphets nouveaux
— attaquaient son orgueil et dévoilaient son àme. Le plus remarquable et celui detous — quileplongeadans les plus vives terreurs — avait pour titre : Tuer san^ n<i sasshier. — On y démontrait que celui — qui avait violé toutes les lois — ne pouvait plus en réclamer l'appui. — Cromwel qui tant de fois — avait bravé la mort dans les combats — sembla changer de caractère ; — il devint sombre et farouche ; — son trouble ajoutait à sa cruauté ;
— les tribunaux — ne pouvaient suffire à ses vengeances
— et le moindre soupçon — faisait à son gré — des coupables et des victimes. — Mais le sang répandu — ne rassure point les tyrans : — Cromwel en fit la triste épreuve, — La crainte qui l'assiégeait — le tenait sans relâche. — dans une servitude fatigante. — Des espions gagés — et répandus de toutes parts — l'outrageaient publiquement par son ordre — pour mieux connaître les pensées — et le secret des cœurs. — Les lieux même consacrés — à d'innocents plaisirs, — les spectacles furent défendus et fermés — comme un point de réunion — pour les conspirateurs. — Trois personnes, même en plein jour — ne pouvaient dans les rues — s'entretenir ensemble — et des soldats venaient les séparer. — En vain il épuisa — toutes les précautions de sûreté — que son esprit lui suggérait. Chaque être vivant — lui paraissait un assassin. —
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Effrayé de ses propres gardes — d'autres gardes veillaient sur eux. — Ses domestiques les plus afïidés — ne le servaient que dans léloignement. — Il se rasait lui même — et repoussait tout secours — dans les besoins journaliers de la vie ; — toujours en armes, — personne, les ambassadeurs même. — ne l'approchait que désarmé. — On n'arrivait à lui — qu'à travers des baïonnettes croisées — qui s'ouvraient et se refermaient soudain — à mesure qu'on se présentait. — Si dans les jours solennels — quelques spectateurs assistaient à ses repas, — des soldats tenaient sans cesse — leurs fusils ajustés sur eux — et prêts à tirer — au moindre mouvement suspect. — Ses habits cachaient une épaisse cuirasse — qu'à peine il osait quitter — pour se livrer au repos. — Douze chambres, — distribuées dans son palais, avaient toutes — une issue secrète ;
— l'unique ouvrier qui pouvait les connaître — depuis longtemps ne reparaissait plus. — Il y couchait alternativement. — Les gardes qui veillaient — à la porte de chacune — ignoraient celle qui le renfermait. — sa femme enfin n'en était instruite — et n'y trouvait accès — qu'au moment où Cromwell ly conduisait lui même. — Un sommeil interromi)U l'agitait sans cesse.
— Des rêves eiîrayants — ne lui présentaient que des poignards — ou des bras levés sur sa tête. — Il se levait en poussant des cris — en demandant ses armes,
— et la terreur de ces fantômes — le poursuivait encore — et Ihumiliait après son léveil. — Aloi-s il regrettait — les jours sereins et les nuits si paisibles
— de sa première obscurité..., etc. »
Avant de produire intégralement les deux extraits de YEikôn et du Boscahcl. il me semble oppoilun de déta-
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cher, de ce dernier-, un passage qui ajoule aux preuves tirées du style et des témoignages. Joubert est très certainement, l'auteur de l'article sur le Boscobel. Or, le passage suivant donne bien à entendre que l'un et l'autre sont du même auteur.
(( ... Ce n'est qu'en lisant YEikôn BasiUkP qu'on peut apprécier Charles I'^^" et son caractère. On connaît mal Charles II et sa vie, si l'on n'a pas lu le Bo^^cobel.
« Le premier de ces deux livres contient — ce qu'il y eut de plus secret — dans les pensées du père, — et le second — ce qu'il y a de plus minutieux — dans la plus singulière aventure du fils. — Celui-là peint une âme pure — toujours calme et toujours la même ; — l'autre peint le courroux du sort — qui change et se dément sans cesse. — Le premier montre la vertu. — l'autre nous montre la fortune.... etc. »
Eikàn Basil ikr, ou Portrait du Roi (1).
« (y est un recueil de différents écrits où Charles V^\ dans ses malheurs, se plut à déposer son âme.
(1) On lit dans l'Essai sur la littérature anglaise, ^. il3 : « Milton soupçonnait VEikôn de n'être pas du Roi : ce qu'il avait pressenti s'est trouvé vrai ; l'ouvrage est du docteur Gauden... Pour moi, eu examinant VEikôn, il m'est venu une autre espèce de doute sur cet ouvrage : je ne puis me persuader que VEikôn soit sorti tout entier de la plume du docteur Gauden. Le minisire aura vraisemblablement travaillé sur des notes laissées par Charles I". Des sentiments intimes ne trompent pas. On ne peut se mettre si bien à la place d'un homme, que l'on reproduise les mouvements d'esprit de cet homme, dans telle ou telle circonstance de sa vie. Il me semble par exemple que Charles I" a pu seul écrire cette suite de pensées : »
Ici, presque tous les passages soulignés dans l'Extrait, soulignés
c^C. DU NOrVEAF Sl'H JOUBERT.
(( Il les composa, pour être connus de son fils (Charles II), séparé de lui presque dès lenfance. et qui était alors errant et fugitif dans les Royaumes étrangers, tandis que lui-même étoit prisonnier dans ses propres États. Il n'espérait plus le revoir.
((Je sais trop (se disait-il dans les liens) que toujours la prison des Princes est voisine de leur tombeau. »
(( Sans ce livre, la postérité nauroit pas connu Charles l^^^'. On y trouve une multitude de faits que lui seul pouvoit raconter, parce que lui seul pouvoit les savoir; je veux dire ses opinions, ses sentiments, ses intentions, son caractère enfin, qui, dans les derniers temps de sa vie, n'eut dautre spectateur que luimême.
(( Longtemps il vécut seul, et mourut de même : car c'est Fêtre que de vivre et de mourir comme il le fit.
(( Condamné parla fortune, il voulut se rejuger lui-
par Jûubert, sont reproduits par Chateaubriand, lequel a donc emprunté, mot à mot, divers passages à VEikon B(i>:ilikr^ aussi bien qu'au Boscobel.
(( L'ouvrage se répandit rapidement... Partout l'effet en fut prodigieux... C'est surtout à VEikôn Basilikè que Charles V^ a dû le nom de Roi-Martyr... Le manuscrit avait probablement été connu et approuvé, peut-être corrigé pendant son séjour dans l'île de Wight. En tout cas, c'était bien l'expression et vraimeiit l'image de sa situation, de son caractère et de son âme, tels que les avait faits le malheur. ^[Histoirr dp la Rf'puhliqtir d'Atu/lcterre et de Cromicpl, par Guizot.)
Guizot est revenu sur cette questien de VEikôn Basilikè, et l'a traitée à part, dans un chapitre de ses Étudcf: biorjraphiques sur la Révolution d'Ànfjleterre (1851), pp. 337-360. .le n'en détache que ces deux courtes phrases : « Peut-être quelques matériaux de la main de Charles I"" avaient-ils été donnés pour première base de l'ouvrage... Enfin, sir Philippe Warwick cl plusieurs autres ont reconnu, dans VEikôn Bnsilikt', des choses qu'ils avaient entendues de la bourbe tlu Roi... »
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même. C'est là ce qui donna naissance à ses écrits, dans lesquels il se rend un compte exact de tout ce qu'il avoit fait et de tout ce qu'il eût dû faire. Son témoignage l'absout presque toujours, et son téinoi gnage est toujours juste.
(( Il ne se reproche qu'une faute, une grande faute, c'est la mort du comte de Stralîord qu'il n'osa pas sau ver malgré le peuple, après sa fameuse condamnation. 11 déplora toujours cette faiblesse d'un moment que des conseillers trop prudents lui firent croire nécessaire.
(( .1/? / (disoit-il sans cesse), sous prétexte d'arrêter i( une hourrasque populaire, j'ai excité une tempête dam (( mon sein. ))
(( Son remords étoit celui dune àme pure. Strafford avoit été condamné juridiquement et par des juges qui étoient tous ennemis du Roi ; lui-même ne le croyoit pas irréprochable, mais il ne le croyoit pas digne de mort ; et avoir laissé périr un innocent sans tout braver pour sa défense, étoit à ses yeux une lâcheté et une oppression.
(( H disoit souvent à Dieu : (( Que ta bénédiction m'oc- '< troye d'être toujours raisonnable comme homme, reli- (( fjieux comme chrétien, constant et juste comme Roi. »
(( On reconnoit, dans tous les sentiments qu'il exprime, un singulier mélange de ces qualités qu'on ne désire guère qu'après les avoir obtenues. Charles h^^' montre partout une fermeté sans effort, une résignation sans abattement, et un jugement sain qui ne lui permet pas de s'exagérer ses propres souffrances. Le calme idéal d'une àme élevée au dessus de la terre, est une image qui se présente sans cesse quand on a lu VEikôn Basilihè. et que l'on songe à son auteur.
S8 Dr xorvEAU sir .ioubert.
(i Dans ce volume où il parle sans cesse de tous les troubles de son temps, et de tous les malheurs qu'ils lui causèrent, il ne songea jamais, ni à attendrir sur son sort, ni à indigner contre ses ennemis. Il ne nomme même aucun de ceux ci, si ce n'est une seule fois Hoîîam qui lavoit trahi et qui périt avec son fils aîné sur un échafaud dressé par ses complices pendant la captivité du Roi.
(( PauKre gentilhomme ! », s'écrie t il. On ne trouve pas, dans tout le livre, une seule expression où il se soit permis de se plaindre ainsi lui même ou quelqu'un des siens. Ce n'est pas que son style ne soit souvent très pathétique, mais c'est par la force de la chose qui est montrée, et non par la passion de l'éciivain.
(( On lit à la lin de VEikôn Basilikè un discours très sage que ce Prince avoit composé pour se défendre devant ses juges, quand il comparut devant eux pour la dernière fois : on ne lui permit pas de l'achever. H le transcrivit (peut être la veille de son exécution), et à l'endroit où il fut réduit au silence et qui étoit poui* lui le plus important, il se contenta de noter à la marge : — (( Ici je fus arrêté et empêché de parler (( davantage pour ce qui étoit d'alléguer mes raisons, n — En un mot, aucun historien ne prit jamais autant de soin d'offrir h ses lecteurs la vérité pure et sans mélange d'émotion que le roi Charles I''^', dans cette longue et na'ive histoire do tous ses sentiments et de toutes ses pensées.
« Voici quelques traits que j'en ai recueillis, et qu'on ne pourroit trouver ailleurs. Ils peignent un beau caractèr-e.