CHAPITRE II
Les Croisades françaises d'Espagne et leur véritable
importance dans l'histoire du XI" siècle et des vingt
premières années du Xll^. — Les origines de ces
expéditions.
Lien ENTRE la Chanson de Roland et les Croisades d'Espagne. — Etat insuffisant des recherches relatives a ces croisades. — Importance réelle de ces expéditions pendant 250 ANS. — « La Chanson de Roland, a écrit M. J. Bédier, avec une intuition admirable, n'est rien qu'un épisode des guerres
(1) A. Luchaire, H. de France, Lmnsse II, 392. — (2) J. Bédier, Légendes Epiques, III, 182-155, et notamment 370, 371, 450.
saintes d'Iispaync (1), de cullcs qui précèdent immédiatement le poème. » Ou ne saurait mieux dire. Mais il était impossible, aussi bien à M. Luchaire qu'à M. Bédier, de se rendre un compte exact de l'ampleur et de l'éclat de ces expéditions. Ils n'en ont connu qu'une faible partie. Ils les ont crues limitées au xi* siècle. Ils en ont attribué, sur la foi d'études insuffisantesile principal honneur aux Bourguignons, qui n'y figurèrent en réalité qu'à une place souvent moins importante que d'autres représentants de nos nationalités provinciales. Ils n'ont pu enfin, faute de recherches antérieures, saisir la véritable jjortée de ces expéditions, qui fut de premier ordre. Encore ont-ils été mieux informés que les historiens de la génération un peu antérieure, dont le plus illustre, yi. Ernest Lavisse, égaré par l'ignorance générale qui régnait do son temps au sujet des croisades espagnoles, écrivait en 1890 : « Papes et rois n'envoyèrent au delà des Pyrénées que des chevaliers isolés,laissant à l'Espagne le soin de se délivrer elle-même» (2). Comment, d'ailleurs, aurait-on pu connaître j usqu'à ces dernières années la véritable histoire des Croisades franco-espagnoles ? Leur souvenir n'a pas été conservé, comme celui. des croisades d'Orient, par une foule de chroniques amples et variées. Il a fallu en reconstituer patiemment les péripéties, à l'aide de centaines de chartes monastiques, de diplômes royaux, de sèches annales ecclésiastiques, de chroniques latines ou arabes, dont beaucoup n'ont été connues que dans les cent dernières années. On a dû les débarrasser de la végétation parasite des légendes, en fixer péniblement les épisodes et les dates, dégager des ténèbres ou de la pénombre leurs principaux acteurs, y combler les lacunes, chercher à en dégager le caractère et le sens. Mais de cette étude patiente et méthodiciue on retire la révélation d'une des plus belles entreprises du génie français, de la participation décisive de la France à l'une des plus grandes œuvres de la civilisation médiévale. Elles ont amené, en effet, la délivrance de la nationalité espagnole du joug musulman et l'émancipation d'un peuple chrétien, à l'aide de l'effort héroïque et persévérant de nos diverses nationalités provinciales, ainsi que de toutes les classes de la nation française, chevaliers, clercs et colons. On y peut voir l'un des plus beaux chapitres de notre épopée historique, de la magnifique expansion qui a fait de la France la libératrice et l'éducatrice de la chrétienté occidentale. Les croisades franco-espagnoles apparaissent, grâce à ces recherches, aussi
(1) J. Bédier, ibid., III, 368. — (2) E. Lavisse, Vue générale de Vlnsloire de l Europe, p. 97.
continues, aussi héroïques que les croisades d'Orient, et plus efficaces même que ces dernières, puisque leurs résultats ont été plus durables.
Antérieures à celles-ci, commencées dès 1018, par des expéditions isolées, prenant, à mesure qu'on se rapproche de la seconde moitié du xi« siècle, plus d'ampleur et d'importance, elles ont acquis leur plus haut degré d'intensité entre 1064 et 1148, et n'ont fini par se ralentir et s'éteindrequ'au milieu du xin« siècle, quand les Etats d'Espagne furent assez forts pour n'avoir plus besoin de secours étrangers. ^lais pendant 250 ans, de 1018 à 1250, le sang français avait coulé à flots pour racheter les terres espagnoles, de même que le zèle religieux de nos clercs s'était dépensé sans compter pour les civiliser, et le travail de nos colons pour les mettre en valeur. D'une étude approfondie que nous avons entreprise des croisades franco-espagnoles il résulte que près de 34 expéditions ont été conduites par notre chevalerie au delà des Pyrénées. Sur ce nombre, on en compte 14 pour le xi« siècle, 15 pour le xii^, 5 pour le xin''. Entre 1017 et 1120, date extrême que nous présumons être celle de la publication de la Chanson de Roland, notre chevalerie a dirigé vingt expéditions au secours des chrétiens espagnols. Jamais elles n'ont été plus brillantes et plus efficaces que dans cette période de 1064 à 1120, pendant laquelle a été élaboré, au creuset de l'enthousiasme des croisades, le plus beau de nos poèmes épiques, le premier chef-d'œuvre de notre épopée.
Les crois.\des françaises, leur importance p.\rticulière
POUR LA DÉLn"RANCE DE l'EsP.\GNE DU XoRD-EsT (bASSIN DE
l'Ebre). — Si toute l'Espagne chrétienne a reçu l'aide efficace de nos soldats, de nos clercs et de nos colons, s'ils ont contribué de la manière la plus heureuse à la formation des royaumes de la couronne de Castille et de Portugal, c'est cependant la région du Nord-Est, ce bassin de l'Ebre, où le poète a placé le théâtre des exploits de ses héros, qui a reçu l'appui le plus persévérant et le plus puissant de nos nationalités provinciales. Sur les vingt-sept croisades françaises conduites dans la péninsule ibérique, entre 1017 et 1148, vingt-deux en effet ont eu pour objet la délivrance des chrétiens de Navarre, d'Aragon, de Catalogne, des Baléares, de Valence et d'Andalousie orientale, et sur ces vingt-deux il en est dix-neuf qui n'ont pas dépassé le bassin de l'Ebre. Les exploits des princes de la maison de Bourgogne à l'ouest de l'Espagne ont rejeté injustement dans l'ombre ceux de nos barons et de nos chevaliers au nord-est de la péninsule, et restreint en quelque
sorte notre gloire, en concentrant ses rayons sur quelques protagonistes heureux.
Faiblesse et impuissance des Etats chrétiens de l'Espagne DU Nord-Est avant les croisades françaises. — Ce n'était pas d'ailleurs le hasard qui détermina l'orientation des croisades françaises au delà des Pyrénées. Les Etals castillans,déjà puissants et forts, étaient parvenus, dès l'époque de Ferdinand l'"'' le Grand (1035-106.5). à grouper un cinquième du sol espagnol depuis l'.Atlantique et les Pyrénées jusqu'aux lisières du bassin du Duero et de la Vieille-Castille, n'ayant en face d'eux que des principautés musulmanes affaiblies (1) Au contraire, dans l'Espagne du Nord- Est, le travail de la reconquête était, au milieu du xi'' siècle, à peine ébauché. Un petit royaume, celui de Navarre, accru des provinces basques d'Alava, de Guipuzcoa, de Vizcaye, et de la Rioja (Najera, Logrofïo, Alfaro, Calahorra) (2). récemment conquise dans le haut bassin de l'Ebre, s'y étendait à peine sur une superficie équivalente à celle de l'Anjou et du Maine, de trois de nos déparlements actuels, tirant surtout son importance de la possession des routes des Pyrénées Occidentales et de sa forte position militaire, appuyée aux bastions naturels de la montagne. Un peu plus à l'est, le royaume d'Aragon naissait à peine (3). Au lieu des 47.000 kmq. qu'il devait compter à la fm du xii* siècle, il en avait, vers 1050, 8 à 10.000 seulement, la surface de notre département de la Gironde. Il ne comprenait que la partie la plus âpre et la plus deshéritée du versant méridional des Pyrénées centrales espagnoles, à savoir : la vallée du haut Aragon et du haut Gallego, le pays de Jaca, qualifié royaume d'.\ragon depuis Ramire I^'' (1035-106,3), après avoir été simple comté ; le Sobrarbe avec Ainsa, sa capitale, centre primitif de l'Elat aragonais, uni à l' Aragon vers 1045, dans les vallées voisines, le long de la sierra d'Arbe, sur les rives du haut Cinca et du haut Vero, son affluent ; et enfin à l'Est, le comté de Ribagorza, dans la région du Cinca et de ses affluents, où se trouvaient l'évcché de Roda et le district de Boltaila (4). Dans la zone comprise entre ce comté et la mer, l'ancienne Marche d'Espagne, devenue le
(1) R. Dozv, Recherches sur l'histoire el la littérature de l'Espagne, I, 84, 193, 203, 211." — Hist. des mas. d'Espagne, IV, IIS et sq. — .\ltamira Hisl. de Espana, I, 362 et sq. — (2) Moret, Anales de Xavarra. tome 1". — Zurita, Anales de Aragon, tome I"',!, fos. 8-10. — Barrau-Dihigo, Les premiers rois de Navarre, Rev. Hisp.,XW (1906), 614-644. — VII, 141-506. — .Utamira, 1,252 et sq. — Govantes, Diccionario, p. 217. — (3) Serrano y Sanz, Condadn de Ribagorza, 1919, in-i" — Codera, La Cordillera pirenaica. Bol. R. A. H. XLVIli, 291 et sq. — Altamira, i, 252-260. — (4) Zurita.fol. 7 à 9. — Villanueva, Viage, XV, 295 ; XXI, 60 .—Codera, op. cit.. 291-298.
comté de Barcelone au x^ siècle, avec ses dépendances, comtés d'Ampurias, de Roussillon, de Cerdagne, d'Urgel, de Pallas (1), s'étirait le long de laCordilIèrepyrénéenne, depuis les Xogueras et le Sègre jusqu'à la côte, sans dépasser nulle part la zone montueuse, comptant moins de la moitié de sa surface actuelle, sur le versant espagnol (13 à 14.000 kmq. au lieu de 32.000). Sur l'ensemble du bassin de l'Ebre et des petits bassins côtiers catalans qui forment près d'un sixième de la péninsule ibérique et un cinquième environ du royaume d'Espagne, à peine la cinquième partie dos territoires actuels se trouvait-elle alors aux mains des chrétiens.
Inférieurs pour l'étendue aux pays musulmans, ces Etats chrétiens de l'Espagne du Nord-Est l'étaient encore bien plus pour le développement de la richesse et de la civilisation. Une population clairsemée de bûcherons, de bergers ou d'éleveurs et de pauvres laboureurs y travaillaient, aux prises avec un sol ingrat, couvert de forêts et de landes, coupé de rares riberas ou zones de culture. On n'y trouvait guère, en dehors du littoral catalan, où se développaient quelques centres urbains comme Gérone et Barcelone, que des bourgs fortifiés. Rien n'y rappelait la brillante civilisation matérielle, la floraison économique de l'Empire des Ommiades de Cordoue. L'idée de patrie s'y dégageait malaisément ; il n'était pas rare que des mercenaires navarrais, aragonais ou catalans prissent du service dans les armées musulmanes, et que des princes chrétiens fissent alliance avec des valis ou des émirs arabes, ouvrant la voie au plus illustre des condottieri de cette sorte, le Cid Ccmnpeador (2). Il n'y avait dans ces Etats ni unité, ni vie nationale. D'incessantes guerres civiles mettaient aux prises les princes chrétiens entre eux, les vassaux avec les suzerains, les membres des familles princières avec leurs parents. L'histoire de ces premiers Etats est presque à chaque page éclaboussée de sang, et ce sang est souvent celui de chrétiens qui s'entre-déchirent Deux rois de Navarre, Garcia et Sanche de Peùalen, sur trois, ont ainsi péri assassinés (1054-1076), l'un par ses barons, l'autre par un de ses neveux (3). Le frère de Raniire I^d'Aragon, Gonzalve de Ribagorza, a succombé sous le poignard d'un homme d'armes (4). La turbulente noblesse catalane a
(1) Villanueva, IX, 2S5. — Balari, Origines histôricas,de Cataluna, p. 5. — Balasuer, Hisloria de Cataluna, 11, 13, 19, 48, 50,180. — Codera, op. cit., XLVIII. 309, 310. — (3) R. Dozv, Hisl. des mus. d'Espagne, III, 186. — Recherches, II. 202. — AUaraira,"l, 301 — (3) Moret, Anales de Xavarra, tome 1='. — Zurita, fol. 26 v". — F. Fita, Bol. r. A. h., XXV, 198. — (4) Nécrologe de Roda, p. 344.
8 DU NOUVEAU SUn LA CHANSON DE ROLAND
égorgé l'énergique comtesse Almodis ; un comte de Barcelone, Béreiiguer Hnmon, en 1082, est assassiné à l'instigation de son propre frère (1). Les chrétiens espagnols sont « alors des demi- ÎKirhares, dit Dozy, fanatiques ardents, corrompus, perfides et cruels « (2). Sauf dans la Catalogne du Nord, ils n'avaient point, pour accomplir l'œuvre de civilisation (.3), un clergé à la hauteur do sa tâche, et l'Eglise espagnole, ainsi que l'avouait encore, à la fin du xi<î siècle, l'archevêque de Compostelle, Gelmirez, se trouvait par sa rudesse, sa grossièreté et son ignorance ('l), inférieure h sa mission. Il y avait sans doute dans ce peuple énergique, sobre, patient, aussi dur que les rocs de ses monts, audacieux et brave, les germes des grandes vertus militaires et les forces latentes d'une des plus vigoureuses de nos races latines, mais le désf)rdre, l'indiscipline, l'anarchie, l'absence de direction et de cohésion, la pauvreté et rinsuffisancc numérique même des peuples de ces Etats y paralysaient l'effort obstiné de leurs luttes contre l'Infidèle.
Les Etats musulmans de l'Espagne du Nord après la
CHUTE DE LA PUISSANCE OmML\DE. L'EtaT DE SaRAGOSSE,
SA SUPRÉMATIE. — Bien que le grand Empire Ommiade unitaire de Cordoue, qui avait jeté pendant près de trois siècles tant d'éclat sur l'Espagne musulmftne,sc fût effondré sous les faibles successeurs d'Al Mansour (1008-1036) (5), bien qu'il se fût dissous en une poussière d'Etats féodaux et morcelé à l'image de l'Occident chrétien, il avait encore, au milieu du xi« siècle, plus d'étendue et de puissance que les principautés de l'Espagne chrétienne. Il occupait les deux tiers de la péninsule et les parties les plus fertiles, les plus développées, sous le rapport de la production agricole et industrielle ou des échanges commerciaux. Il détenait la majeure part de la richesse. C'est là que se trouvaient les populations les plus denses et les villes les plus florissantes : Cordoue, Séville, Tolède, Grenade, Valence, Saragosse. Les musulmans d'I-^spagne, en relations étroites avecl'Afrique du Nord, où ils pou.ssaie^it leurs établissements jusqu'aux Açores, au cap Vert, au Sénégal et au Soudan, restaient les maîtres d'une bonne part du commerce de la Méditerranée occidentale, où dominait la marine des Baléares, de Dénia et d'Almeria, et ils drainaient le commerce du Levant vers l'Europe d'Occident (6)
(1) V. Balagiier, op. cil., tome II, 144, 146. — (2) Dozv, Recli., II, 202 ; 104-203. — Mus. d'Esp., III, 47. — (3) Allaniira, I, 322, 346. — (4) Historia Compostellana, dans VEsp. .';arjr.. XXIII. — (5) Dozy, Mus. d'Esp., III, 293. 30.5 : IV, 3 et ,sq. — Kàrtas, tmd. Beaumier, 141. — (6) Altamira, I, p. 270 cl sq. — Dozv, Mus. d'Esp., III, 91 et sq. ; IV, 213.
De tous les Etals nés du démembrement de l'Empire de Cordoue, le plus redoutable, avec celui de Séville, s'était précisément constitué dans le bassin de l'Ebre. Tandis que les royaumes maures de Tolède, de Murcie, de Grenade, de Badajoz, d'Andalousie, travaillés par leurs dissensions, n'o])posèrent qu'une médiocre résistance aux attaques des Castillans, les Etats d'Espagne orientale, et surtout celui de Saragosse, restèrent, pendant près d'un siècle, les boulevards presque irréductibles de l'islam. Les marines de guerre des rois d'Almeria, de Dénia et des Baléares menaçaient en effet sans cesse la côte catalane. Le royaume musulman de Valence occupait, outre le littoral oriental, les bouches de l'Ebre (1), les territoires des provinces de Tortose et de Tarragone (6 à 7.000 kmq.), c'est-à-dire la Catalogne méridionale. Il pénétrait jusqu'aux portes du Panades, de la belle plaine située seulement à une quinzaine de lieues de Barcelone, qui se trouvait ainsi sous la menace du territoire ennemi, à une distance inférieure à celle qu'on mesure entre Paris et Orléans
Plus redoutable encore pour les chrétiens, l'Etat musulman de Saragosse avait été porté à un très haut degré de puissance par les souverains intelligents et habiles de la nouvelle dynastie des Beni-Houd (1039-1110), dont le plus remarquable fut Al- Moctadir, fils d'Al Mostain I" (1039-1081). Appuyé sur une ceinture de principautés vassales, celles de Lérida, à l'est, d'Huesca au nord, de Tudela et de Calatayud au sud (2), cet Etat poussait ses avant-postes jusqu'aux pieds des avant-monts pyrénéens, dont il barrait solidement les couloirs de sortie par ses forteresses de Lérida et de Balaguer sur le Sègre, de Tamarite à l'ouest dans la région intermédiaire, de Tiurana et de Prades dans les monts de l'Est. Là, il se trouvait à dix ou treize lieues (de40 à 60 km.) seulement de la Cerdagne espagnole, et du comté d'L'rgel, ainsi que des principaux passages des Pj-rénées Orientales. Au centre, par ses places du Cinca et du rio Véro ou de la Barbilanie, Barbastro, Alquezar, Xapal, ^Muniones, il tenait comme assiégé le Ribagorze et le Sobrarbe, séparé d'Ainsa, capitale de ce dernier pavs, par 30 km. de distance, une journée de chemin à peine Par
(1) Dozv, Mus. d'Esp., IV, 4. I. 211-282. — (2) Dozy. Rech.. I. 234-239- 240, II, 61", 15. — Casiri, Bibliolh. Arab. -Iiisp., I, 15S-535 : II, 60. — Bibli. Geogr. Arab.. éd. Goeje, VS 355. — Ibn-al-.-Mhir., trad. Kagnan, 411, 433. — Esp. Sngr., XXXI. 147. — Codera, Notices numism. et hist. sur le rovaume de Saragosse et les Etats arabes de ce royaume, Bol. r. A. h., V, 3o4 ; IV, n» 5 : X. 381, 384 ; XV, 556 ; n» 6, 360 ; XXXV, 318. — Dozy, Mus. d'Esp., IV, 4, 303.
la t<raiick' place d'armes d'Huesca, il empêchait le comté d'Aragon do s'étendre. Il tenait enserré le royaume de Navarre à l'est et au sud-ouesl par les forteresses des Cinco-Villas et surtout par celles de Tudela et d'Estella, à peine distantes de 100 et de 35 km. de Pampelune et d'une demi-journée de marche, ou moins encore, de la frontière navarraise. Au sud et au sud-ouest, il était solidement adossé aux monts qui lui servaient de barrières vers les autres Etats de l'Espagne musulmane ou chrétienne. Il régnait sur toutes les belles plaines qui précèdent la zone monlucusc et sa richesse était sans égale dans toute la péninsule. Elle lui permettait de seiner la division parmi les princes chrétiens, de pratiquer une politique à la romaine, qui flattait leur orgueil et leur avidité en leur concédant des tributs en argent, et de recruter des armées de mercenaires, qui, jointes aux troupes indigènes, brisaient les tentatives de ses ennemis. Ses riches et belles villes contrastaient avec la pauvreté et l'aspect misérable des bourgs fortifiés du pays chrétien, vers lequel il dirigeait à l'occasion des courses (algarades) et qu'il considérait, au dire du géographe Istabeni, '< comme un pays de guerre » (1).
Gravité du péril musulman pour l'Espagne chrétienne DU Nord-Est au xi^ siècle. — Malgré des périodes de paix relative, en eiïet, les haines religieuses, en dépit de la tolérance des Beni-Houd, faisaient du péril musulman une réalité à peu près permanente. Depuis la fin du x*' siècle jusqu'au dernier tiers du XI*, il pesa sur l'Espagne du Nord, d'une manière presque continue. En Catalogne, Barcelone avait été prise par Almansour et presque détruite (986) (juillet), le Vallès et le Panades aflreuscment dévastés (2). En 1010, les comtes de Barcelone et d'Urgel. qui avaient pris parti pour un prétendant musulman, subissaient un nouveau désastre aux portes de Cordoue (3). Sept ans auparavant (1003), au nord de Balaguer, les Catalans avaient été écrasés à Albesa (1). En 1027-1028, les musulmans pénétraient jusqu'au Llobregat et à Ripoll ; en 1044 ou 1045, ils prenaient et incendiaient Ager en Haute Catalogne, auprès de la frontière pyrénéenne. Le pays entre Tarragone et le Panades à la fin du XI*" siècle n'est qu'un désert. Urgel était pour ainsi dire perpétuellement en état de siège. En Ribargorze.les Sarrasins étaient entrés
(1) Liber dimalum, éd. Moeller, Gotha, 1839; éd. Goeje, V, 39. — (2) Balari, Origencs, p. 505. — I3alaguer, op. cit., II, 53. — Codera, Calatanazor, Bol. r. A. h., LVI, 199. — (3) Balaguer, II, 57.— Dozv, iîcc/i., I. 115-116. — (4) Clironicon flo/ense, dans Villanueva, XV, 333, et Esp.Sagr., XLVl, 341. — Dozy, II, 296 (sources arabes).
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 11
à Roda, qu'ils avaient détruite pour la seconde fois (1). Dans la Sobrarbc même, ils avaient incendié le monastère de Saint-Just, à cinq lieues seulement d'Ainsa,et presque anéanti le sanctuaire vénéré de Saint-Victorien (2). Toute la lisière des royaumes aragonais et navarrais vivait en perpétuelle alerte. Sur mer, les marines musulmanes des Baléares, de Dénia et d'Alméria avaient conquis la Sardaigne, saccagé deux fois Pise (1005 et 1016) (3), rendaient peu sûres les côtes de Provence et du Bas-Languedoc, où le chroniqueur Adémar de Chabannes signale une de leurs descentes près de Narbonne, vers 1020. En 1003, ils attaquaient Antibes; en 1047,ils saccageaient Lérins (4). Ils menaçaient constamment le littoral catalan. Livrée à elle-même la chrétienté espagnole n'aurait pu certainement de longtemps faire face au danger.
Les crois.\des fr.\nçaises d'Espagne, leurs promoteurs, LE clergé et les ordres monastiques fr.\nçais. Clun y. — C'est de la France que lui vint l'appui sans lequel elle eût peut-être succombé ou du moins obtenu avec bien plus de difficultés sa libération et son ascension parmi les Etats de l'Occident. L'œu\Te des croisades franco-espagnoles a été en grande partie due à l'action persévérante et à l'influence profonde de F Eglise française, qui prépara, dirigea et soutint l'effort de la chevalerie. Des liens étroits unissaient, en effet, l'Espagne chrétienne du Nord et la France. Us ne firent que se resserrer davantage du xi^ au xii^ siècle. Les archevêques de Narbonne et d'Auch avaient déjà, l'un en Catalogne, l'autre en Aragon et en Navarre, une suprématie plus ou moins efficace sur l'épiscopat espagnol, qui subit leur direction, surtout au temps de saint Austinde. C'est de France que vinrent aussi la plupart des légats pontificaux, tels qu'Amat d'Oloron, chargés de faire triompher au delà des Pyrénées, pendant la seconde moitié du xi^ siècle, la réforme ecclésiastique (5) Mais ce furent surtout nos ordres monastiques qui exercèrent une
(1) Nécrologe de Roda, p. 341 ; charte de 1061, dans Villanueva, IX, 74 ; idem, XV, 141 ; Bulle d'Urbain II, dans Esp. Sagr.. XXV, n» 13. — Dozy, Rech., I, 115, 161. — Balaguer. II, 82. — Codera. Cordillera pirenaica. Bol. A. r. h., XLVIII, 299-300. —(2) Esp. Sagr., XLVI. 206. — (3) Muratori, Scriplores rer. ilal., VI, 167. — Codera B. r. A. h., XI, 478. — (4) .\demar de Chabannes, Chronique{l02Q), éd. Chavanon. p. 175. — Idem. éd. Hist. de Fr., X, 555. — .Mabillon. Ann. O. S. B.. IV, 489-93. — (5) Gallia Chris tiana, t. I", 196. — Esp. Sagr., XLVI, 132-141. — Villanueva, XV, 147- 117 : X, 181 ; XII. 317 ; XIII, 103. lOS. — Mansi, Concilia. XIX (929). — Bladé, Annales du Midi, 1S96. — Marca.Hist.de Béarn, 332 — Id., Marca hispanica. n» 218.— Lot, Hugues Capet. 225. — F. Fita. Conciles de Coyanza et de Jaca, Bol. A. r. h., XVII, 404. — Idem, Cortes de Barcelona (1064), ibid., XVII, 407.
influence profonde sur la régénération de l'Espagne chrétienne. De la célèbre métropole de Cluny partirent, au temps d'Odilon et d'Hugues le Grand, des légions de moines noirs, enflammés du zèle apostolique, qui vinrent réformer ou organiser les monastères de Catalogne, d'Aragon et de Navarre. Dans la célèbre abbaye bourguignonne se formèrent les réformateurs espagnols eux-mêmes, tels que Paternus et Ifligo. Ainsi refleurirent à Saint- Pierre de Camprodon, à Arlcs-sur-Tech, à Pontida, à Saint-Martin du Canigou, à Cessona, à Saint-Pierre de Roda, à Notre-Dame d'Alaon, les instituts monastiques. L'élève d'Odilon, Paternus, fit de San-Juan de la Pefia, près de Jaca, une sorte de séminaire, où se recruta le clergé du nord de la péninsule. Sanciie, évêque dePampelune, quivoulut mouriràCluny,réformaSan-Salvador de Leyrc(l). Le moine champenois Jean vint réorganiser le monastère favori des rois d'Aragon, Saint-Victorien, en Sobrarbe (2). Souverains et seigneurs, saisis d'une pieuse émulation, multipliaient en faveur de Cluny les fondations pieuses, telles que Sainte-lMarie de Najera (3).
Agents plus habiles et plus tenaces de la civilisation chrétienne et française que les chevaliers eux-mêmes, les clercs de France ne se bornaient pas à réformer les mœurs et la discipline ecclésiastiques, à faire triompher en Espagne la suprématie du Saint- Siège, à réorganiser, en y faisant pénétrer leur élite, le clergé espagnol. Ils se faisaient encore les agents de la discipline politique et sociale ; ils s'efforçaient à pacifier les querelles des princes chrétiens, à répandre la paix et la trêve de Dieu (4), et à faire de leurs instituts français autant de centres de propagande en faveur des Croisades espagnoles. Aussi les souverains de l'Espagne du Nord avaient-ils pour nos monastères une vénération profonde. Saint-Pierre de Cluny, Saint-Gilles, Sainte-Foi de Conques, Saint- Vincent de Castres, Notre-Dame du Puy, Notre-Dame de Rocamadour, Saint-Pons, Saint-Victor de Marseille étaient les protecteurs attitrés de leurs armes et recevaient d'eux les marques multipliées de leur reconnaissante vénération (3). Un comte
(1) Charles de Cluny, éd. A. Bruel, III, notamment n» 3523 et 2891. — d'Acherv, Spicilège, lïl, 381. — Marca hispan., 1141, 1145. — Esp. Sagr., XXX, 229, 236; XLV, 206, 193, 313, 216, 236. — Villanueva. XV, 113. — U. Robert, Les mon. esp. de Clunv. Bol. A. h., XX, 321, 431. — Fita, ibid.. 431. — Sackur, Z>;e Cluniacenser', II, 319-330. — (2) Esp. Sa^r., XLVI, 194-196, 206, 313. — (3) F. Fita, S. Maria de Najera, B. r. A. h.. XXVI, n" 157, 168, 261. — Govantes, p. 127. — Bibl. Xal., Paris, coll. Morcau. t. CCLXXXIII , fol. 156. — (4) Balasucr, op.cil., II, 91, 123-138. — F. Fita, Usages de Barcelona. B.r. a. lu, XVIII, 228, — XVII, 389-391. — (5) Voir, ci-dessous, chapitre V.
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 13
d'Urgel, par son testament, léguait à la Vierge du Puy son épée et son baudrier garni d'or, à Saint-Gilles ses échecs, à Saint-Vincent de Castres deux tasses d'argent (1010) (1). A Saint-Pons, les comtes de Barcelone donnaient un beau domaine en Minervois (2). A Sainte-Foi de Conques, Sanche le Grand s'empressait d'attribuer la terre de Garitoain, près de Pampelune (3) Les saints euxmêmes combattaient le bon combat à côté des clercs, des moines et des chevaliers, pour les chrétiens d'Espagne, leurs frères, contre la < paienie » Sarrasine.
Influence des alliances matrimoniales sur le développement DES CROISADES FRANÇAISES DE l'EspAGN'E DU NORD. : —
Le MARIAGE de SancheRamirez et de Féliciede Roucy. — Son IMPORTANCE PARTICULIÈRE. — Lcs intérêts politiqucs et dynastiques renforcèrent en même temps l'action de la propagande religieuse. Les maisons princiëres et féodales espagnoles cherchèrent d'instinct un appui auprès des maisons françaises. Jamais ne régna une union plus intime entre l'aristocratie des deux nations sœurs. Elles supprimaient par leurs alliances matrimoniales la barrière des Pyrénées. Moines et clercs aidaient à ces alliances. Les comtes de Barcelone et les rois de Navarre s'unissaient étroitement par des mariages avec les comtes-ducs de Gascogne, pendant le .premier tiers du xi<= siècle. Ensuite, des liens intimes se nouèrent avec la maison comtale de Bigorre par suite du m.ariage de Raniire I'^'", roi d'Aragon, avec Ermcsinde, princesse de cette maison (vers 1038), et de Garcia de Navarre avec Etiennette ou Stéfanie, sœur d'Ermesinde (1036) (4). C'est en Gascogne que le comte de Barcelone, Bérenger-le-Bossu (el Curvo) (1021), allait prendre femme et épouser Sancha, fille du duc Sanche, l'un des premiers promoteurs des croisades franco-espagnoles (5). Dans le dernier tiers du xi'' siècle, les vicomtes de Béarn contractèrent avec les princes aragonais une alliance féconde en résultats, lorsque Gaston V épousa Talèse, petite-nièce ou petite-fille de Ramire I<^'' (vers 1086) (6). La maison de Toulouse se rapprochait de celles de Navarre et de Castille par le mariage du comte Pons avec la veuve de Sanche le Grand, puis de Guillaume avec la fille de Ramire l", et enfin de Raimond de Saint-Gilles avec la fille
(1) Romey, op. cil., V, 26. — (2) Vaissète, op. cil., II, 252-253. — (3) Carlulaire de Conques, éd. Desjardins, n" 578 (fausse date donnée par l'éditenr 1076-1080 ; la vraie est celle de 1030 à 1035). — (41 Charte de 1068, dans Villanueva, XV, 190. — Zurita. Anate I. fol. 21. — Monlezun. op. cil., U, 22. — (5) Marca hisp.. CXCVII. — Balaguer, op. cit., II, 80. — (6) Cartulaire Sainle-Foi de Morlaas, éd. L. Cadier, III et X. — Voir aussi le chapitre V du livre I*',
naturelle d'Alfonse VI (1). La dynastie comtale de Barcelone inaugurait avec la maison de Carcassonne des rapports semblables par le mariage de Ramon-Borrell (!}92-1018) avec Ermesinde, fille de Roger le Vieux, et de Ranion Berenguer I" (1035-1050) avec Isabelle, fille de Raimond Trcncavcl (2). Puis, c'était la maison de Narbonnc qui se rapprochait de celle de Barcelone par l'union d'Aimeri I*'' avec MathUde, veuve de Ramon-Bérengucr Tètc-d'Etoupes (vers 1082) (3). Après la maison d'Aragon, qui, au temps de Ramire P"", s'était unie à celle de Provence par le mariage d'une fille du prince aragonais avec le comte Guillaume Bertrand, ce fut la maison d'Urgel, qui, au temps d'Ermengol IV, noua une alliance intime avec le comte Bernard, dont la fille Adélaïde, qui reçut en dot le comté de Forcalquier (4), épousa le grand seigneur catalan.
Les princes espagnols allaient chercher leurs alliés bien au delà encore, hors de la France du ;\Iidi. L'une des plus remarquables princesses d'Espagne fut alors une Limousine, cette énergique Almodis de la Marche, femme répudiée d'un Lus'gnan, qui, pendant près de vingt ans (1058-1071), aida son mari, Ramon-Bérenguer, à administrer virilement la marche d'Espagne (5). Une fille du roi de Navarre, Sanche de Peiialen, s'unissait avec un comte de Mâcon (6). Un comte de Barcelone, cent ans auparavant, avait épousé une princesse de la maison des comtés d'Auvergne (7). Le roi de Castille, Alfonse VI, époux de Constance, princesse de la maison ducale régnante à Dijon, choisissait conmie gendres un comte bourguignon, Raimond d'Amous,etun fils du duc Hugues, Henri de Bourgogne. Il avait même projeté, au début de son règne, de s'unir à une fille de Guillaume le Conquérant (8) Uc leur côté, les rois d'Aragon cherchaient un appui auprès de la plus puissante des maisons françaises, après celle de Normandie, à savoir celle d'Aquitaine. Le grand comte de Poitiers, duc d'Aquitaine et de Gascogne, l'un des premiers souverains de ce temps, Gui- Geofîroi, avait vu, dès 1073, une de ses filles ceindre la couronne de Castille II en maria une seconde, à peine âgée d'une dizaine
(1) Esp. Sagr., XLVI, 32T. — Zurita, I, fol. 21. — Vaisscte, t. Il et HT, n. éd. — (2) Cros-Mavreviellc, op. cil., 1, 203. — Balaguer. II, 52, 89. — (3) Villanueva, XII, l'79. — Balaguer. II. 151.— (4) Zurita, fol. 21. — Miret y Sans, La casa condal de Urgell en Provenza, B. A.B.L. Barc. II, 32 et sq. Balaguer, II, 178. — (5) Chronique de Sainl-Maixent, éd. Labbe. 1.210,240. — Bofarull, Condcs de Barectono, II, 147. — F. Fita. Usages. B. r. .1. /i.,XVIII; 247. — Vaissétc, V, 544, n. éd. — D'après Zurita (fol. 23), Lucie, sœur d'.\lmodis, aurait épousé le Catalan Arnal, comte de Pallas (1074). — (6) Ferreras, III, 244, — (7) Marca, 401. — BofaruU 1, 153 —Balaguer, II, 47. — (8) Orderic Vital, éd. Le Prévost, II, 391.
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 15
d'années, Agnès, à l'infant d'Aragon, Pierre I^'', le futur vainqueur d'Alcoraz (1081 ou 1082) (1), de sorte que la dynastie aragonaise pût compter sur le concours du plus important des Etats français du Sud-Ouest, uni lui-même par des alliances de famille avec la maison ducale de Bourgogne et avec les empereurs allemands. Vers l'Est, la maison de Barcelone cherche aussi à entrer en relations avec les Dauphins de Viennois, dont l'un épouse une princcFse catalane, et avec les Normands de Sicile, parle mariage de Ramon Berenguer avec Mathilde, fille de Robert Guiscard (1078) (2).
Mais l'union qui eut pour l'Espagne du \ord-Est les conséquences les plus heureuses fut celle qui se noua, de 1050 à 1060, entre la grande maison champenoise des Roucy et celle des rcis d'Aragon, lorsque Félicie, fille du comte Hilduin, épousa Sanche- Ramirez, infant d'Aragon. Non seulement Hilduin occupait dans la France du Nord une place de premier ordre par son comté de Montdidier, clef de la grande route de Paris à Amiens, par son comté de Roucy, voisin de Laon et de Berry-au-Bac, clef de la falaise de Champagne, ainsi que par ses possessions dans l'archevêché de Reims, où il portait aussi le titre comtal, mais encore il avait, par les établissements qu'il procura à sa nombreuse famille, ouvert à son gendre d'Espagne l'accès des principales cours féodales françaises du Nord, de l'Est et de l'Ouest. Le beau-frère d'Hilduin était le fameux archevêque de Reims, Wanassès I*'', dont l'esprit d'indépendance féodale fut l'un des cauchemars de Grégoire Vil Le beau-frère de l'infant d'Aragon n'était autre que cet Ebles de Roucy, le futur adversaire de Louis le Gros, et l'organisateur de l'une des Croisades d'Espagne. La grand'mère de Félicie, Béatrix, était une des filles du Capétien Robert le Pieux. Le second frère de la reine d'Aragon était André, seigneur de Ramerupt et d'Arcis-sur-Aube, l'un des plus influents barons de Champagne méridionale, oii son neveu fut évêque de Châlons-sur ]\Iarne. Sa troisième sœur, Marguerite, femme d'un grand seigneur de l'Ile-de-France, Hugues de Clermont-en-Beauvaisis, eut pour gendres un comte de Beaumont-sur-Oise, un comte de Vermandois et pour petit-fils le fameux comte de Flandre, Charles le Danois ou le Bon. Une autre sœur de Félicie, Ada, épousa successivement un grand baron de Picardie, Geofîroi de Guise, puis un seigneur Brabançon, Gautier d'Ath, et enfin le chef de la mai
(1) Voir ci-dessous, chap. III. — (2) Gesla comitum Barchinon. (R. H. de Fr. XII, 375). — Balaguer, II, 143. Pour le Dauphlné, voir d-desseus, Uvre III, ch. IV.
IC) DU NOUVEAU suit LA CHANSON DE ROLAND
son d'Avesnes, Thierry, avec k'qiu'l elle fonda le monastère de Lesscs, où elle alla mourir. La sixième sœur de la reine d'Aragon, Adèle, établie dans l'Ardenne, fut la mère du comte Othon de Chiny en Luxembourg et d'un futur évèque de Verdun. Dans l'Est, à la suite d'aventures romanesques, Adélaïde, autre sœur de Félicie de Roucy, épousait Foulques, fils de Renaud, comte de Bourgogne (Franche-Comté); elle en eut un fils,Barthélemy,qui fut évèque de Laon en 1113, et une fille, Krmentrude, mariée à Henri, comte de Grandpré-cn-Argonnc et neveu de Roger, comte de I^orcien.La quatrième sœur de la reine d'Aragon, Ermcntrude, mariée h un baron champenois, Thibaut de Risnel, eut pour petit-fils Bertrand de Laon, l'undes héros des guerres d'Espagne, pour pclitefille Béatrice, femme d'Hugues de Monlcornct et mère de l'archidiacre trésorier de Sainte-Marie de Laon, Barlhélemi. Enfin, sur la lisière de l'Ile-de-France et de la Normandie, la sœur cadette de Félicie, Béatrix, qui avait épousé Geoiïroi II, comte du Perche et de !Mortagne, fut la mère d'un autre protagoniste des Croisades espagnoles, Rotrou II, et la grand'mèrc de la future reine de Navarre, Marguerite de Laigle (1). On verra qucces liens de famille eurent pour l'avenir des expéditions françaises une portée de premier ordre, en ouvrant au recrutement des croisés un champ immense dans la France orientale, septentrionale et occidentale. Aussi minutieuses que semblent ces généalogies, elles n'en ont pas moins une importance capitale pour qui s'eiïorce à soulever le voile dont la Chanson de Roland est enveloppée.
Les crois.\des françaises d'Espagne et l'appui de la CHEVALERIE DE France. — Appuyés sur ces alliances dont les unes leur valurent l'appui des Français du Midi, les autres celui des Français de l'Ouest, du Nord et de l'Est, les princes espagnols trouvèrent dans la chevalerie française un accueil enthousiaste Propagande religieuse et propagande féodale rencontraient un champ merveilleux d'action dans la France du xi'' et du xii^ siècle, animée d'une foi religieuse fervente, ardente à soutenir sur tous les champs de bataille, en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en Orient, aussi bien qu'en Espagne, la cause de Dieu et de son Eglise catholique. La chevalerie française bouillonnait d'ailleurs d'une
(1) Sur les Roucy, le document essentiel est la généalogie donnée par Heriman de Laon, op. cil. (R. h. Fr., XXII, 267) ; Aubri des Trois-Fontaines donna plus tard une autre généalogie moins bonne, /*i(/.. XI, 339. — Complété par nos recherches voir ci-dessous, chap. III, IV et livres III, IV. —Félicie de Roucy est morte le 3 mai U)S6, Nécrologe S. Victorien. /--'i/). Sagr., XLVIII. Ramire le Moine en 1131 mentionne sa mère. Félicie. Vilfo/uici'a, XV, n° 75 et n" 73. — Le testament d'.Mfonse le Batailleur (1131) énumère le douaire de sa mère en Aragon.
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 17
ardeur belliqueuse et se répandait partout, avide de conquérir la gloire et les profits dans ces expéditions, où des cadets de famille avaient pu, comme les fils de Tancrède de Hauteville et les princes Bourguignons, acquérir des duchés, des comtés, quelquefois même des royaumes. La féodalité française de ce temps était aussi âpre que celle de Normandie, qu'un chroniqueur, Malaterra, définit " intéressée et ambitieuse » (quaestuosa et dominationis ainda){l), dure à la peine et brave au combat. La péninsule ibérique était à ses yeux une de ces terres merveilleuses, semblables à celles qu'entrevirent les conqiiisladors dn xwi^ siècle, où il n'y avait qu'à paraître pour conquérir un fief. « Donnez-moi des hommes et des vaisseaux, disait Robert le Frison à son père, et j'irai me créer un Etat en Espagne (2). » On le savait si bien que Grégoire VII promettait aux chevaliers français en 1073 le partage des terres conquises sur les musulmans espagnols (3), et que les rois d'Aragon, depuis Sanche Ramirez jusqu'à Alfonse le Batailleur, virent affluer auprès d'eux, grâce à ces largesses, la foule des barons et des vassaux français. Aux chrétiens fervents, c'étaient le salut éternel et les joies du paradis que la Croisade d'Espagne devait procurer. Aux réalistes, plus nombreux en tout temps que les idéalistes, c'étaient les perspectives du sac des riches villes, telles que Barbastro, Hucsca, Tudela, Saragosse, qu'elle faisait luire, avec les harems de femmes sarrasines, les trésors de métaux précieux, de vêtements, d'ameublements que les chariots emportaient vers le manoir natal. LTne fructueuse opération de ce genre, telle que celle de 1064, avait un immense retentissement, dont l'écho se retrouve dans les chroniques françaises. Avec les chevaliers venaient les clercs et les moines qui recueillaient, à la suite des armées, les cures, les chapellenies, les bénéfices, et enfin les colons, marchands et laboureurs, qui trouvaient, au delà des Pyrénées, les échanges lucratifs et la terre féconde qui leur manquaient au pays natal, en même temps que les libertés qu'on leur refusait parfois en France. Toutes les passions nobles et égoïstes trouvèrent ainsi leur aliment dans cescroisades d'Espagne : l'idéalisme chrétien, source de l'esprit de sacrifice et d'héroïsme, l'idéalisme chevaleresque, origine des plus hautes vertus guerrières, aussi bien que le réalisme égoïste des aventuriers, des cadets besogneux, des clercs faméliques, des pionniers avides d'établissements, qui virent dans la croisade le chemin de la fortune autant que celui du salut.
(1) Malaterra, Hisloria Sicula dans Murnlori. V, 540, — (2) Petit, op. cil., 260. — (3) Epistolae Gregorii VII (mai 1073), R. H. Fr., XIV, 206.
Participation de presque toutes lés nationalités françaises AUX CROISADES DE i.'EsPAGNE DU NoRD. — Ainsi naquit, se développa et grandit par degrés ce mouvement irrésistiblei fait de générosité et de calcul, qui précipita pendant deux cent cinquante ans, mais surtout de 1064 à 1 148, les Français de toutes provinces et de toutes classes, au secours de leurs frères, les chrétiens d'Espagne. Quelques savants, limités à leur horizon provincial et dont les recherches sont restées tout à fait fragmentaires, ont donné aux Bourguignons la première place dans ces Croisades. L'assertion, à demi exacte seulement pour les croisades de Castille, est tout à fait erronée pour les plus imp(>rlantes, celles de l'Espagne du Nord. Sur ce théâtre, presque toutes les nationalités provinciales, et principalement celles d'Aquitaine et de Poitou, de Gascogne, de Languedoc,de Provence et de Normandie, de Champagne et d'Ile de France ont collaboré, à côté de celles de Bourgogne, et plus encore que ces dernières, au grand œuvre qui a permis à une nouvelle nation chrétienne de conquérir l'existence et la liberté. C'est là, pour la première fois, avant qu'ait commencé l'épopée des Croisades d'Orient, que les Français allaient acquérir le sentiment de leur unité morale et de leur haute mission dans le monde chrétien.
L'histoire des Croisades françaises de l'Espagne du Nord ; nouveauté de ces recherches. — L'histoire critique, exacte et suivie des croisades françaises d'Espagne, qui éclaire d'une si vive lumière la genèse de la Chanson de Roland, n'a jamais été faite jusqu'ici. Elle a dû être dégagée des données éparses dans les chroniques d'origine arabe, espagnole et française, dans les chartes et documents originaux, dont la comparaison et la discussion n'avaient point été essayées. Pour la première fois, on en trouvera ici le tableaurésumé enattendant la publication réservée aux spécialistes où seront discutés dans le détail les textes, les faits et les dates qui concernent ces expéditions.
Les débuts des Croisades françaises d'Espagne (de 987 A 1063). — Le mouvement commencé vers la fin du x^ siècle, encore lent, obscur et comme fragmentaire dans la première moitié du xi«, prend une ampleur croissante dans la seconde moitié de cette période et arrive à son apogée dans le premier tiers du xii». C'est dans la Marche d'Espagne, qui ne cessa de reconnaître la suzeraineté plus ou moins effective des rois de France (1), que les chrétiens espagnols, mis en péril par les offensives musul-
(I) Voira ce sujet l'cxcollenlcxposi:' de Lot, //uffi/fsCaprf, p. 211-215.
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 10
mânes, s'efforcèrent les premiers d'intéresser à leur cause la chevalerie française. Le dernier des grands califes de Cordoue, Al Mansour, avait pris Barcelonele lundi 6 juillet 986. Le comte Borrell, dans ce péril extrême, implora le secours des derniers Carolingiens, Lothaire et Louis V, puis de leur successeur, le premier Capétien Hugues. Ce dernier, après avoir fait part de la requête du prince catalan à l'assemblée d'Orléans (25 déc. 987), promit, sous condition, un secours qu'il n'envoya point, par suite des embarras intérieurs que lui causait sa compétition avec Charles de Lorraine (1). La carence de la royauté capétienne, manifestée à plusieurs reprises depuis cette époque, n'empêcha point la féodalité française de suppléer par ses initiatives à l'impuissance de son suzerain. Borrell avait pu rentrer sans combat dans sa capitale détruite et évacuée par les Maures (2). Mais son fils, Ramon Borrel (993-1017), qui était venu implorera Rome l'appui du pape Grégoire V(3), avait subi un nouveau désastre aux portes de Cordoue, en intervenant au profit d'un prétendant musulman (1010) (4), moins de sept ans après la grave défaite des Catalans à Albesa près de Balaguer, où ces derii'ers avaient été vaincus par les valis de Lérida et de Saragosse (5).
La croisade de Roger de Toéni et de Pierre, évèque de Toulouse — Quand il mourut, le 25 février 1018 (6), sa veuve, Ermesinde, régente pendant la minorité de son fils, se trouva aux prises avec le fameux ^luset ou Modjehid, roi de Dénia et des Baléares. Cet ancêtre des rois de la mer barbaresques, des Dragut et des Barberousse, venait de conquérir la Sardaigne, de détruire Pise (7) et dominait avec sa flotte la Méditerranée occidentale La comtesse de Barcelone dut faire appel dans sa détresse à Pierre, évèque de Toulouse, et à un grand baron de Haute-Xormandie des environs de Louviers, Roger II de Toéni. Cet audacieux chercheur d'aventures, dans le feu de la jeunesse, n'hésita point à se charger de la tâche de refouler l'invasion musulmane qui menaçait le littoral catalan. La légende dont Adémar de Chabannes. chroniqueur du temps, a recueilli l'écho, lui prêta des aventures romanesques, un mariage avec la fille de la comtesse Ermesinde et des exploits mêlés de férocité qui auraient épouvanté les Sarra-
(1) Sur cet épisode, Richer, Hist., IV, 81. — Lettres de Gerbert. éd.OUeris, 92; éd. Havet, 60-67. — Ch. de Ripoll. I, 244. — Dozv, Hist. des Musiilm., 1II„ 197. — Bofarull, I. 161-166 (fausse date 986). — F. Lot, Les Derniers Carol., 163, 186, 216. 210 ; Hugues Capcl, 5 — F, Fita, B. A. H. VII, 189- 192. —Balaguer. 11,43 (il cherche à nier et travestit le caractère de l'intervention française). ^ (2) Balaguer, II, 38-39. — (3) Balaguer, II, 54. — (4) Id., II, 56. — (5) Clnoniqae de Ripoll, I, 244. — (6) Balaguer, III, 60. — (7) Codera, d'après Campaner, B. A. r. h., XV, 478.
sins. Sa croisade, niée par les historiens espagnols, a laissé une trace irréfutable dans la chronique du moine de Saint-Martial de Limoges et dans une charte de l'abbaye de Conques, sanctuaire d'où le vainqueur desSarrasins rapporta en son pays normand une parcelle des reliques de sainte Foy (1). Elle n'eut pas d'ailleurs d'effet durable. Les Maures qui avaient occupé Roda dans le val de la Nogucra Ribagorzann, ailluent du Sègrc (1017), étaient si peu abattus, que les rois de Saragosse Mondzir et ModhafTer firent à Ermcsinde et à son fils Ramon le Bossu (1018-10.35) une guerre incessante (2).
Les projets de Bérenguer le Vieux et l'alliance avec Bérenc.uer de Narbonne (1048). — Partagé entre ses plans de domination sur le Languedoc et la nécessité de faire front contre les musulmans, Ramon-Bérenguer le Vieux (1035-1076), le pelit-fils d'Ermesinde, s'épuise en vains efforts pour réaliser ce double dessein. Avec l'appui de ses belliqueux vassaux, les comtes d'Urgel, Ermcngol II et III, qui viennent de conquérir Ager sur le vali de Lérida, et dont il s'assure le concours par des traités en 1050, en 1058 et en 1063, avec le secours des comtes de Ccrdagnc (1058) et des seigneurs de Claramunt (1059), il se flatte du vain espoir de conquérir le val de Sègre, Balaguer, Tamarite et la Catalogne méridionale, dont il distribue prématurément les territoires (3). Ses efforts n'aboutissent qu'à l'occupation de quelques seigneuries, dont les plus importantes sont celles de Cervera et de Manresa. Pour s'emparer du gros morceau que les comtes de Barcelone convoitent vainement pendant tout le XI® siècle, à savoir le pays de Tarragone, Ramon Bérenguer doit encore faire appel aux Français. 11 conclut avec le descendant des cadets de la maison de Toulouse, Bérenguer, vicomte de Narbonne, une ( onvention (1048 à 1049) pour une entreprise en commun de ce côté, mais elle reste sans résultats (4). La vanité des Catalans dut se contenter du paiement de subventions annuelles en argent, (pi'ils qualilièrcnl du nom de tributs, et de mesures de
(1) Sur cette expédition textes essentiels dans Adémar de Chabannes, (•d. (^liavanon. p. 178. — Guill.dc Jumiéges, dan^ Duchesne. p. 268. — Clironicon S. Pclri Senonensis. Rcc. h. de Fr.. X, 223. — Roger deToeni prit dès lors le nom de Roger d'Espagne, Orderie Vital., éd. Le l'rcvost, I. 180 ; II, 40, 41 ; 64, 12. III, 338. — Bouillet, Sainte Fov de Conques. Mcm.Anliq. Franee, LUI (1893). — R. Dozy. Reeh.. I, 37-38, II, 338 (voit dans ce récit un conte populaire). — Bofarull, Cvndes, I, 214 ; Balaguer, II. 276. rejettent l'autlienticilc de cette expédition, qui, malgré la légende mêlée à la réalité.
LES FRANÇAIS AUX CROISADES d'eSPAGNE 21
tolérance en faveur des chrétiens des Etats maures. C'est par ces moyens que le roi de Saragosse et ses vassaux, les valis de Balaguer, de Fraga, de Lérida, de Monzon, de Barbastro, les rois de Dénia et de Valence arrêtèrent à l'occasion toute entreprise continue dirigée contre eux (1048-1058) (1). Les Alliances françaises et les essais de croisades
FRANCO-ESPAGNOLES DE SaNCHE LE GrAND (1010-1035). — En
Aragon et en Navarre, le véritable précurseur de la puissance espagnole, Sanche le Grand (994-1035), avait réussi à enrayer vers le plateau de Soria, avec le concours des comtes de Castille, la poussée des musulmans (1001) et à réunir quelque temps sous sa domination toute l'Espagne chrétienne du nord, depuis le Sobrarbe jusqu'à la Galice (2). Mais, malgré son génie, il n'avait pu briser la ceinture de forteresses que les Etats maures de l'Ebre lui opposaient. Le premier.il conçut néanmoins l'idée féconde d'une collaboration permanente entre la chrétienté de France et d'Espagne,ce qui lui a valu, delà part de l'historien gallophobe Masdeu, le reproche d'avoir été le promoteur de l'influence française au delà des Pyrénées L'illustre prince, qui prenait le titre d'Empereur d'Espagne (3), se flatta d'abord de l'espoir d'entraîner dans son entreprise le roi de France lui-même, Robert le Pieux, le duc d'Aquitaine, comte de Poitiers, Guillaume le Grand et le comte de Blois-Champagne, Eudes, aux conférences qu'il eut avec eux en octobre 1010 à Saint-Jean-d'Angély, à l'occasion des fêtes données pour célébrer la découverte de la tète de saint Jean Baptiste (4). Il renouvela, notamment en 1023, ses demandes de concours auprès de Robert (5) et noua avec Guillaume le Grand d'étroits rapports d'amitié (6).
Les Gascons aux croisades d'Aragon et de Navarre. La PREMIÈRE croisade BOURGUIGNONNE. — Mais U dut sc Contenter d'obtenir l'appui effectif d'un autre grand feudataire français, le beau-frère du duc d'Aquitaine, Sanche-Guillaume.duc de Gascogne et comte de Bordeaux (7). Celui-ci (1010-1032) s'engagea à fond avec ses Gascons, qui se réclamaient dé 5 lors hautement
(1) Marca hisp., n" 211. — Zurila, fol. 23-24. — Balaguer II, lOi!, 112, soutient par suite d'interprétations erronées que presque toute la Catalogn» était (iéjÀ reconquise sur les Musulmans. — (2) Dozv, Rech., I, 103. — Codera, Ca/a/anaror, n.r. A./i.,LVI, 199. — (3) Charte de 1033, dans le recueil de Bruol (C/u/îi/). m. — (1) Adémarde Cliabannes. livre 111. p. 180, éd. Chavanon, — Pfister, Robert U Pieux, p. 287, 352. — (6J R. Glaljer, livre Ill.ch. Il, p. .'Î9, éd. Prou. — (6) Adcmar de Chabannes, livre lll, p. 163. — (7) Chronique de Sainl-Maiienl, l, 206, éd. Labbe. — Adémar de Chabannes, p. 162. — Sanche-Guillaume était le beau-frère de Sanche le Grand.
fie la nationalité française (1), dans les croisades d'Espagne. Il aida Sanchc le Grand à dégager le Sobrarbe et la haute vallée du Gallego des garnisons musulmanes, sur lesquelles il conquit en partie ce qu'on appelait les Cinco Villas, à refouler à Funes en Navarre méridionale les troupes du roi de Saragossc et à faire en terre sarrasine de fructueuses razzias (2). Mais on ignore le détail de ces premiers exploits français dans la vallée de l'Ebre. Un peu plus tard, vers la fin du règne de Sanchc le Grand, le célèbre abbé de Cluny, Odilon, reconnaissant des faveurs que l'empereur d'Espagne et les comtes de Barcelone prodiguaient à ses moines, semble avoir organisé, de son côté, la première expédition des chevaliers Bourguignons au delà des Pyrénées. Elle ne nous est connue que par le vague et obscur récit de Raoul le Glabre et paraît avoir eu pour théâtre la côte orientale espagnole, menacée par une nouvelle tentative des pirates sarrasins des Baléares et d'Afrique (3).