DES CONCILES
C'est en vain que pour sauver l'unité et maintenir le tribunal visible , on aurait recours aux conciles , dont il est bien essentiel d'examiner la nature et les droits. Commençons par une observation qui ne souffre pas le moindre doute 1 C'est qu'une souveraineté périodique ou intermittente est une contradiction dans les termes; car la souveraineté doit toujours vivre^ toujours veiller, toujours
le docf. Marchetii, crit. de Fleury, dans l'appcnd. pages 257 et 260-) Ces inepties valent la peine d'être rappelées ; elles prouvent d'aLord la Douvcautë de ces appels , et ensuite l'embarras des appelants qui ne pouvaient confesser plus clairement l'absence de tout tribunal supéiicur uu Pape , qu'en portant sageiucnl l'appel « la t7cs-saiiUe Trinité.
agir. // n'y a pour elle aucune différence entre le sommeil et la mort.
Or , les conciles éiant des pouvoirs inlerm illents dan l'Eglise, et non-seulement inlermitlenls , mais, de plus, extrêmement rares et purement accidentels , sans aucun retour périodique et légal , le gouvernement de l'Eglise no saurait leur appartenir.
Los conciles, d'ailleurs, ne décident rien sans appel, s'ils ne sont pas universels , et ces sortes de conciles entraînent de si grands incom'énicnts , qu'il ne peut être entré dans les vues de I»i Providence , de leur confier le gouvernement de son Eglise.
Dans les premiers siècles du christianisme , les conciles étaient beaucoup plus aisés à rassembler , parce que l'Eglise était beaucoup moins nombreuse , et parce que l'unité des pouvoirs réunis sur la tête des empereurs leur permettait de rassembler une masse suffisante d'Evêques , pour en imposer d'abord , et n'avoir plus besoin que de l'assentiment des autres. Et cependant que de peines , que d'embarras pour les rassembler !
Mais dans les temps modernes, depuis que l'univers policé s'est trouvé , pour ainsi dire , haché par tant de souverainetés , et qu'il a élé immensément agrandi par nos hardis navigateurs, un concile œcjimér*que est devenu une chimère. Pour convoquer seulement tous les Evêques , et pour faire constater légalement de cette convocation , cinq ou six ans ne suffiraient pas.
Je ne suis point éloigné de croire que si jamais une assemblée générale de l'Eglise pouvait paraître nécessaire, ce qui ne semble nullement probable , on en vînt , suivant les idées dorûiiiantes du siècle, qui ont toujours une certaine influence dans les affaires , à une assemblée représentative. La réunion de tous les Evéques étant morale-
incul , physiquement et géographi(iuemenl impossible , pourquoi chaque province catholique ne députerai l-clk) pas aux états-généraux de la monarchie ? Les communes n'y ayant jamais été appelées , et l'aristocratie étant de nus jours et trop nombreuse et trop disséminée pour pouvoii y comparaître réellement , même à beaucoup près, que pourrait-on imaginer de mieux qu'une représentation épiscopale? Ce ne serait au fond qu'une l'orme déjà reçue et seulement agrandie ; car dans tous les conciles on a toujours reçu les pleins pouvoirs des absents.
De quelque manière que ces saintes assemblées soient convoquées et constituées, il s'en faut de beaucoup que l'Ecriture sainte fournisse, en faveur de l'autorité des conciles , aucun passage comparable à celui qui établit l'autorité et les prérogatives du Souverain Ponliic. Il n'y a rien de si clair , rien de si magnifique que les promesses contenues dans ce dernier texte ; mais si l'on me dit , par exemple : Toutes les fois que deux ou trois personnes sont assemblées en mon nom, je serai au milieu d" elles ;\e demanderai ce que ces paroles signifient , et l'on sera fort empêché pour m'y faire voir autre chose que ce que j'y vois, c'est-à-dire ime promesse faite aux hommes, que Dieu daignera prêter une oreille plus particulièrement miséricordieuse à toute assemblée dli07nmes réunis four le prier.
Dieu me préserve de jeter aucun doulc sur Vinfaillibilité d'un concile général ; je dis seulement que ce haut privilège , il ne le tient que de son chef à qui les promesses ont été faites. Nous savons bien que les portes de r enfer ne prévaudront pas contre V Eglise; mais pourquoi? A cause de Pierre, sur qui elle est fondée. Olez ce fondement , comment serait-elle infaillible , puisqu'elle n'existe plus? Il faut être , si je ne me trompe, pouréfr* quelque chose.
Ne l'oublions jnmnis : auciino promosso n'n i'ié faiic à l'Eglise s(''paréc de son chef , et la raison seule le devinerait , puisque l'Eglise, comme tout autre corps moral, ne pouvant exister sans unilé, les promesses ne peuvent avoir clé faites qu'à l'imiic , qui disparaît inévitablement ivcc le Souverain Ponlife.