‹ Du page. 18. éd. seule conforme à celle de 1821, augm. de lettres inédites de l'auteur, de notes et d'une table analytiqueChapitre 42 sur 83 · TT · texte numérisé non relu

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Mflllicurciisemcnt, lahïïe modéraikim de ces Pontifes ne corrigea rien, et toujours on se moqua d'eux ^ . Jamais la violence ne fut arrêtée par la modération. Jamais les puissances ne se balancent que par des efforts contraires. Lcsr empereurs se portèrent contre les Papes à des excès inouis ^ont on ne parle jamais : ceux-ci à leur tour peuvent quelquefois avoir passé envers les empereurs les bornes de lamodération; et Ton fait grand bruit de ces actes un peu exagérés que l'on présente comme des forfaits. Mais les choses humaines ne vont point autrement. Jamais aucune constitution ne s'est formée, jamais aucun amalgame politique n'a pu s'opérer autrement que par le mélange de différents éléments qui , s'étant d'abord choqués , oct fini par se pénétrer et se tranquilliser.

Les Papes ne disputaient point aux empereurs Tinvestiture par h sceptre, mais seulement l'investiture par la crosse et Vanneau. Ce n'était rien, dira-t-on. Au contraire c'était tout. Et comment se serait-on si fort échauffé de part et d'autre, si la question n'avait pas été importante? Les Papes ne disputaient pas même sur les élections, comme Maimbourg le prouve par l'exemple de Suger ^. Ils consentaient de plus à l'investiture jia?' le sceptre; c'est-à-dire qu'jls ne s'opposaient point à ce que les Prélats , considérés comme vassaux , reçussent de leur seigneur suzerain , par l'investiture féodale , ce mère et mixte empire (pour

(1) Suivant la critîquc romaine, dont j'ai souvent proGté avec reconnaissance, le cardinal Noris (Hist. des Inveslilures, pag. 58) aurait prouvé contre Maimbourg, que cet historien n'a pas rendu pleine justice aux cinq prédécesseurs de Gre'goire VII, en ne louant que leur modération, tandis qu'ils promulguèrent re'ilicment des canons rigoureux pour maintenir la liberté des élections canoniques. Je n'ai nul intérêt à contredire les obser» valions du docte Cardinal.

(2) Uisl. delà décad. etc., liv. III. A. 1121.

•2V2 paner le langage fcoftnl) véritable essence mi fief, qui suppose de la part du seigneur féodal une participation à la souveraineté, payée envers le seigneur suzerain qui en est la source , par la dépendance politique et la loi militaire * .

Mais ils ne voulaient point d'investiture par la crosse et far Vanneau , de peur que le souverain temporel , en se servant de ces deux signes religieux pour la cérémonie de l'investiture , n'eût l'air de conférer lui-même le titre et la juridiction spirituelle , en changeant ainsi le bénéfice en fief; et sur ce point, l'empereur se vit à la fin obligé de céder "^. Mais dix ans après, Lothaire revenait encore à la charge et tachait d'obtenir du Pape Innocent II le rétablissement des investitures par la crosse et Vanneau (1131) , tAiit cet oh']et paraissait y c'est-à-dire était important I

Grégoire VII alla sans doute sur ce point plus loin que les autres Papes, puisqu'il se crut en droit de contester au souverain le serment purement féodal du Prélat vassal. Ici on peut voir une de ces exagérations dont je parlais tout à

(1) Voltaire est excessivement plaisant sur le gouvernement féodal. « On a longtemps rechercW, dit-il, l'origine de ce gouvernement : il est « à croire qu'il n'en a point d'autre que l'ancienne coutume de toutes les « nations d'imposer un hommage et un tribut au plus faible. » {Ibid. tom. î, chap. XXXIII, p. 512.) Voilà ce que Voltaire savait sur ce gouvernement qui fut, comme l'a dit Montesquieu avec beaucoup de vérité, un moment unique dans l'histoire. Tous les ouvrages sérieux de Voltaire, s'il en a fait de sërieux, étincellent de traits semblables ; et il est utile de les faire remarquer, afin que chacun soit bien convaincu que nui degré d'esprit et de talent ne saurait donner à aucun homme le droit de parler de ce qu'il ne sait pas.

« Les empereurs et les rois ne prétendaient pas donner le Saint-Esprit, « mais ils voulaient l'hommage du temporel qu'ils auraient donné. On se « battit pour une ce'rémonie indifférente. » (Volt. ibid. chap. XL VI.; Voltaire n'y comprend rien.

(2) Hisl. de la décad. etc., liv. IlL A. 112t.

riicurc ; mais il faut aussi considérer l'excès que Gi'cgoire avait en vue. Il crai;gnait le fief qui éclipsait le bènéfce. II craignait les prêtres guerriers. 11 faut se mettre dans le véritiible point de vue , et l'on trouvera moins légère cette raison alléguée dans le concile de Châlons-sur-Saône (1073) pour soustraire les ecclésiastiques au serment féodal, que les mains qui consacraient le corps de Jésus-Christ ne devaient point se mettre entre des mains trop souvent souillées par Veffusion du sang humain, peut-être encore par des rapines ou d^ autres crimes ^ . Chaque siècle a ses préjugés et sa manière de voir d'après laquelle il doit être jugé. C'est un insupportable sophisme du nôtre de supposer constamment que ce qui serait condamnable de nos jours, l'était de même dans les temps passés; et que Grégoire VII devait en agir avec Henri IV , comme en agirait Pie VIÏ enver» sa majesté l'empereur François II.

On accuse ce Pape d'avoir envoyé trop de légats; mais c'est uniquement parce qu'il ne pouvait se fier aux conciles provinciaux; et Fleury, qui n'est pas suspect et qui préférait ces conciles aux légats ^ , convient néanmoins que si les Prélats allemands redoutaient si fort l'arrivée des légats , c^est qu'ils se sentaient coupables de simonie, et qu'ils voyaient arriver leurs juges ^.

(1) On sait que le yassal, en prêtant le serment qui procédait l'investituro, tenait ses mains jointes dans celles de son seigneur.

The council dcclared exécrable that pure hands which could croate cou, elc, (Hume's William Rufus. oh. V.) Il faut remarquer en passant la belle expression créer Dieu. Nous avons beau répéter que l'assertion ce pain est Dieu ne saurait appartenir qu'à un insensé (Bossucl, Ilist. dei variât, liv. II, n. 3); les protestants (iniroiU peut-être eux-mêmes avant que finisse le reproche qu'ils nous adressent de faire Dieu avec de la farine. 11 en coûte de renoncer à celte élégance.

{2)îV*Disc. n. 11.

(3} Uist. ceci. iiv. LXII, n. 11.

'2li

En un mol, c'en était fuit de l'Eglise , humainement parlant ; elle n'avait phis de forme, plus de police, et bientôt plus de nom, sans l'intervention exliaordinaire des Papes qui se substituèrent à des autorités égaréesou corrompues , et gouvernèrent d'une manière plus immédiate pour rétablir l'ordre.

C'en était fait aussi de la monarcîiie européenne , si des souverains détestables n'avaient pas trouvé sur leur route un obstacle leniblc ; et pour ne parler dans ce moment que de Grégoire VII , je ne doute pas que tout homme équitable ne souscrive au jugement parfaitement désintéressé qu'en a porté l'historien des révolutions d'Allemagne. « La simple exposition des faits, dit-il, démontre que la « conduite de ce Poniife fut celle que tout homme d'un « caractère ferme et éclairé aurait tenue dans les mêmes « circonstances *» » On aura beau lutter contre la vérité, il faudra enfin que tous les bons esprits en reviennent à cette décrsion.

ARTICLE IIL

Liberté de l'Italie.

Le troisième but que les Papes poursuivirent sans relâche , comme princes temporels , fut la liberté de l'Italie qu'ils voulaient absolument soustraire à la puissance allemande.

« Après les trois 0 thons , le combat de la domination « allemande et de la liberté italique resta longtemps dans « les mêmes termes^. Il me paraiî sensible que le vrai

(1) Bivoluzione délia Germania, di Çarlo Denina. Firenze, Piatti, in-8, lom. II, cap, V, p. 49.

(2) Volt. Essai sur l'bist. gén. tom. 1, ch. XXXVil, p. 520. -

« fond de la quorolle ôiait quo les Papos oi I< s Honmins « jie voulaicul point d'empereurs à Rome ' ; » c'esl-à-dinqu'ils ne voulaient poinS de maîtres chez eux.

Voilà la vérité. La posléiilcde Cliarlemagnc était élelnlc. L'Italie ni les Papes en parliculinr ne dcvaicnl rien auK iirinces qui la remi)Iacèrcnt en Allc:nagne. « Ces princes « tranchaient tout par le glaive^. Les Italiens avaioni « certes un droit plus naliircl à la liberté , qu'un Alle- « mand n'en avait d'être leur maître "^ Les Ilalicns « n'obéissaient jamais que malgré eux au sang germa- « nique ; et celte liberté , dont les villes d'Italie étaient « alors idolâtres , respectait peu la possession des Césars- « allemands*.» Dans ces temps malheureux «la papauté « était à l'encan ainsi que presque tous les évêchés : si « celte autorité des enij^ereurs avait duré^ les Papes « n'eussent été que leurs chapelains , et l'Italie eût été cs- « clave^.

« L'imprudence du Pape Jean XII d'avoir appelé les « Allemands à Rome , fut la source de toutes les calami- « lés dont Rome et l'Italie furent affligées pendant tant de « siècles*^. » L'aveugle Pontife ne vit pas quel genre de prétentions il allait déchaîner , et la force incalculable d'un nom porté par un grand homme. « Il ne paraît pas « que l'Allemagne, sous Henri l'Oiseleur , prétendît être « l'empire : il n'en fut pas ainsi sous Othon le Grand'. » Ce prince , qui sentait ses forces , « se fil sacrer et oblig-'^a

(1) Volt. Essai sur J'iiii!. %h\. loin I. ch. XLVi.

(2) lUi. lom. II, cb. XLVIÏ, p. 57.

(3) Ihii. p, 5S.

(-1) Ihià. ch. LXÏ el LXÎÎ.

(3) lUd. lom. I, ch. XXXVIH, p. 52Î) à 53i.

(;',) IhUl. cil. XXXVI, p. 521.

(7) ïbid. ioui. il, cil. XXXIX, p. 5i3 et 514.

« le Pape à lui faire serment de fidélilé '. Les Allemands « tenaient donc les Romains subjugués^ et les Romains bri- « saient leurs fers dès qu'ils le pouvaient^. » Voilà tout le droit public de l'Italie pendant ces temps déplorables où les hommes manquaient absolument de principes pour se ronduire. « Le droit de succession même (ce palladium « de la ft-anquillité publique) ne paraissait alors établi « dans aucun état de l'Europe^. Rome ne savait ni ce « qu'elle était , ni à qui elle était*. L'usage s'établissait « de donner les couronnes non par le droit du sang, mais « par le suffrage des seigneurs^. Personne ne savait ce « que c'était que l'empire®. Il n'y avait point de lois en « Europe^. On n'y reconnaissait ni droit de naissance , a ni droit d'élection ; l'Europe était un chaos dans lequel « le plus fort s'élevait sur les ruines du plus faible , pour « être ensuite précipité par d'autres. Toute l'histoire de « ces temps n'est que celle de quelques capitaines bar- « bares qui disputaient avec des Evêques la domination « sur des serfs imbéciles*.

« Il n'y avait réellement plus d'empire ni de droit, ni « de fait. Les Romains, qui s'étaient donnés à Cliarle- « magne par acclamation , ne voulurent plus reconnaître « des bâtards , des étrangers à peine maîtres d'une partie « de la Germanie. C'était un singulier empire romain^. « Le corps germanique s'appelait le saint empire romain j

(1) Volt. Essai sur l'hist. gén. tom. I, ch. XXXVI. p. 521.

(2) IMd. p. 522 et 523.

(3) Ihid. ch. XL, p. 261.

(4) Ihid. ch. XXXVn, p. 527.

(5) Ibid.

(6) Ibid. t. II, ch. XL VII, p. 56 ; ch. LXIIT, p. 223.

(7) Ibid. ch. XXIV.

(8) Ibid. tom.I, ch. XXXII, p. 508, 509 et 510.

(9) Ibid. lom, II, ch. LXVI, p. 267.

« tandis que réellement il n'était ni saint, ni empire, ni

« ROMAIN \ II paraît évident que le grand dessein de Fré-

« déric II était d'établir en Ilalic le trône des nouveaux

« Césars , et il est bien sûr au moins qu'il voulait régner

« sur Vltalie sans borne et sans partage. C'est le nœud

ft secret de toutes les querelles qu'il eut avec les Papes ;

« il employa tour à tour la souplesse et la violence , et

« le Saint-Siège le combattit avec les mêmes armes^. Les

« Guelfes, ces partisans de la papauté , et encore plus

« DE LA LIBERTÉ, balancèrent toujours le pouvoir des

« Gibelins , partisans de l'empire. Les divisions entre

« Frédéric et le Saint-Siège n'eurent jamais la religion

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