POUR OBJET
De quel front le même écrivain , oubliant ces aveux solennels , s'avise-t-il de nous dire ailleurs : « Depuis Cbar- « lemagne jusqu'à nos jours la guerre de l'empire et du « sacerdoce fut le principe de toutes les révolutions ; « c'est là le fil qui conduit dans ce labyrinthe de Vhistoire « moderne^.
En quoi d'abord l'histoire moderne est-elle wn 7a Ji/rmf /te plutôt que l'histoire ancienne? J'avoue, pour mon compte, y voir plus clair, par exemple , dans la dynastie des Capets que dans celle des Pharaons : mais passons sur cette fausse expression , bien moins fausse que le fond des choses. Voltaire convenant formellement que la lutte sanglante des deux partis en Italie était absolument étrangère à la Religion , que veut-il dire avec son pi? Il est faux qu'il y
(1) Voit. Essai sur l'hist. gén. tom. II, ch. LXVI, p. 267.
(2) C'est-à-dire, avec l'épée et la politique. Je voudrais bien savoir quelles armes nouvelles on a inventées dès lors, et ce que devaient faire les Papes à l'époque dont nous parlons? (Volt. loin. II, chap. LU, p. 98.)
(3) Volt. Essai sur l'hist. gén. tom. îï, ch. LU, p. 9S. C4) Ibid. lom. iV, ch. GXGV, p. 309.
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ait 0!i une guerre proprcmeiil dilo entre Vcmpirc et le sacerdoce. On ne cesse de le répéter pour rendre le sacerdoce responsable de tout le sang versé pendant celle grande lulte ; mais dans le vrai ce fut une guerre enlrc l'Allemagne et l'Italie , entre l'usurpation et la liberté , entre le maître qui apporte des chaînes , et l'esclave qui les repousse ; guerre dans laquelle les Papes firent leur devoir de princes italiens et de politiques sages en prenant parti pour l'Italie , puisqu'ils ne pouvaient ni favoriser les empereurs sans se déshonorer , ni essayer même la neutralité sans se perdre.
Henri VI , roi de Sicile et empereur , étant ."nort à Messine , en 1197 , la guerre s'alluma en Allemagne pour la succession entre Philippe , duc de Souabe , et Oihon , fils de Henri-Léon , duc de Saxe et de Bavière. Celui-ci descendait de la maison des princes d' Est-Guelfes, et Philippe des princes Gibelins^. La rivalité de ces deux princes donna naissance aux deux factions trop fameuses qui désolèrent l'Italie pendant si longtemps ; mais rien n'est plus étranger aux Papes et au sacerdoce : la guerre civile une fois allumée , il fallait bien prendre parti et se battre. Par leur caractère si respecté et par l'immenst autorité dont ils jouissaient, les Papes se trouvèrent naturellement placés à la tête du noble parti des convenances , de la justice et de l'indépendance nationale. L'imaginatio»
(î) Muralori, Ari'.jcb. itaî. in-4. Monlco, 17G9, loin. HT, dissert. Lî. ij». lli.
ii est remarquable que, cjiioique ces 6eu\ l'aciions fussent H^es en Alît fnagneet venues depuis en Italie, pour ainsi dire toutes /ct7e«, cepeniltnl 'es princes Guelfes, avant de régner sur la Bavière el sup la Saxe, ^(ai.nl Italiens ; en sorte que la faction de ce nom, en arrivant en Italie, senilia (remonter à sa source.
Trassero queste due diaboliclif^aiior.i la ly:o cvigine Jaila Gcrniania, elf^ Murât, ibid.)
s'accoulunja donc à ne voir que le Piipc au lieu de l'Italie ; mais dans le fond il s'agissait d'elle , et nullement de la Religion ; ce qu'on ne saurait trop , ni même assez répéter.
Le venin de ces deux factions avait pénétré si avant dans les cœurs italiens , qu'en se divisant il finit j)ar laisser échapper son acception primordiale, et que ces mots de Guelfes et de Gibelins ne signifièrent plus que des gens qui se haïssaient. Pendant celle fièvre épouvantable , le clergé fit ce qu'il fera toujours. Il n'oublia rien de ce qui était en son pouvoir pour rétablir la paix , et plus d'une fois on vit des Evêques accompagnés de leur clergé , se jeter avec les croix elles reliques des Saints entre deux armées prêtes à se charger , et les conjurer , au nom de la Religion , d'éviter l'effusion du sang humain, lU firent beaucoup de bien sans pouvoir élouffer le mal *.
a II n'y a point de Pape , c'est encore l'aveu exprès « d'un censeur sévère du Saint-Siège, il n'y a point de « Pape qui ne doive craindre en Italie l'agrandissement
« des empereurs. Les anciennes prétentions seront
o bonnes le jour oîi on les fera valoir avec avantage". »
Donc , il l'Cxj a point de Pape qui ne dût s'y opposer. Où est la charte qui avait donné l'Italie aux empereui's allemands? Où a-t-on pris que le Pape ne doive point agir comme prince temporel , qu'il doive être purement passif, se laisser battre , dépouiller? etc. Jamais on ne prouvera cela.
A l'époque de Rodolphe (en Î274 ) a les anciens droits
(1) Muralori , ibid. p. 119. — Lcllres sur l'histoire , lom. III , liv. LXIIÎ , p. 230.
(2) Lellrcs sur l'hisl. lom. lîl , Ictl. LXIÏ , p. 230.
Autres aveux du même aukur , lom. lî , leU. XLIII , p. 437 ; cl lell. XXXIV, p. 3iG.
« de l'empire étaient perdus et la nouvelle maison ne
« pouvait les revendiquer sans injustice; rien n'est
« plus incohérent que de vouloir, pour soutenir les prête tentions de l'empire , raisonner d'après ce qu'il était a sous Charlemagne^. »
Donc les Papes , comme chefs naturels de l'association italienne , et protecteurs-nés des peuples qui la composaient , avaient toutes les raisons imaginables de s'opposer de toutes leurs forces à la renaissance en Italie de ce pouvoir nominal , qui , malgré les titres affichés à la tête de ses édits, n'était cependant ni sainte ni empire ^ ni romain.
Le sac de Milan , l'un des événements les plus horribles de l'histoire, suffirait seul, au jugement de Voltaire, i^our justifier tout ce que firent les Papes^.
Que dirons-nous d'Olhon II et de son fameux repas de l'an 981? Il invite une grande quantité de seigneurs à un repas magnifique , pendant lequel un officier de l'empereur entre avec une liste de ceux que son maître a proscrits. On les conduit dans une chambre voisine où ils sont égorgés. Tels étaient les princes à qui les Papes eurent affaire.
Et lorsque Frédéric , avec la plus abominable inhumanité, faisait pendre de sang-froid des parents du Pape , faits prisonniers dans une ville conquise ^ , il était per-
(1) LeUres sur l'hist. lom. U, lellre XXXIV, p. 316.
(2) Celait bien justifier les Papes que d'en user ainsi. (YoU. Essai sur l'hisl. ge'n. lom. II, ch; LXI, p. 156.)
(3) En 1241. Maimbourg est bon à entendre sur ces gentillesses. (Art. ann. 1250.) « Les bonnes qualités de Frédéric furent obscurcies par plua sieurs autres très-raauyaises, et surtout par son immoralité, par son dé- « sir insatiable de vengeance, et par sa cruauté, qui lui firent commettre •< de grands crimes, que Dieu néannsoins, à ce qu'on peut croire, lui fit la « grâce d'efidccr dans sa dernière maladie. » — A^b^i.
mis apparemment de faire quelques efforts pour se soustraire à ce droit public.
Le plus grand malheur pour l'homme politique , c'est d'obéir à une puissance étrangère. Aucune humiliation, aucun tourment de cœur ne peut être comparé à celui-là. La nation sujette , à moins qu'elle ne soit protégée par quelque loi extraordinaire , ne croit point obéir au souverain , mais à la nation de ce souverain : or , nulle nation ne veut obéir à une autre , par la raison toute simple qu'aucune nation ne sait commander à une autre. Observez les peuples les plus sages et les mieux gouvernés chez eux ; vous les verrez perdre absolument cette sagesse et ne ressembler plus à eux-mêmes , lorsqu'il s'agira d'en juverner d'autres. La rage de la domination étant innée dans l'homme, la rage de la faire sentir n'est peut-être pas moins naturelle : l'étranger qui vient commander chez une nation sujette , au nom d'une souveraineté lointaine , au lieu de s'informer des idées nationales pour s'y conformer, ne semble trop souvent les étudier que pour les contrarier ; il se croit plus maître , à mesure qu'il appuie plus rudement la main. Il prend la morgue pour la dignité , et semble croire cette dignité mieux attestée par l'indignation qu'il excite , que par les bénédictions qu'il pourrait obtenir. ,
Aussi , tous les peuples sont convenus de placer au premier rang des grands hommes ces fortunés citoyens qui eurent l'honneur d'arracher leur pays au joug étranger ; héros s'ils ont réussi , ou martyrs s'ils ont échoué , leurs noms traverseront les siècles. La stupidité moderne voudrait seulement excepter les Papes de cette apothéose universelle , et les priver de l'immortelle gloire qui leur est due comme princes temporels , pour avoir travaillé sans relâche à l'affranchisement de leur patrie. Que certains
25'2 écrivains français refusentde rendrejusiiccà Grégoire VII, cela se conçoit. Ayant sur les yeux des préjugés protestants, philosophiques, jansénistes et parlementaires, que peuvent-ils voir à travers ce quadruple bandeau? Le despotisme parlementaire pourra même s'élever jusqu'à défendre à la liturgie nationale d'attacher une certaittc célébrité à la fêle de saint Grégoire ; et le sacerdoce, pour éviter des chocs dangereux , se verra forcé de plier ^ , confessant ainsi rhuniilianie servitude de cette Eglise dont on nous vantait les fabuleuses libertés. Mais vous, étrangers à tous ces préjugés , vous , habitants de ces belles contrées que Grégoire voulut affranchir, vous que la reconnaissance au moins devrait éclairer ,
, . , i vos ô I
Pompilius sanguis ^.
Haj-moûieux héritiers de la Grèce , illustres descendants des Scipions et des Virgile , vous à qui il ne manque que l'unité et l'indépendance , élevez des autels au sublime Pontife , qui fit des prodiges pour vous donner un nom.
(1) On célébrait en France l'office de Grégoire Vit, co7nmun des confesseurs, l'egliie gallicane (si libre comme on sait) n'ayant point ose lui décerner un office PROPRE, de peur de s". brouiller avec les parlements qui nTaient condamné la mémoire de ce Pape par arrêts du 20 juillet i'î'ld, et du 23 février 1730. {Zaccaria, Anli-Febronius vindicaliis, tom. 1, dissert. II, cap. V, p. 387, not. 13.)
Observez que ces mêmes magistrats qui condamnent la nie'moire d'un Pape déclaré srint, se plaindront fort bien de la monstrleise confusion }«c tel ou tel Pape a faite de l'usage des deux quittancée. (Lett. sur fhisl. tom. III, lelt. LXII, p. 2?1.)
(2) [Horat, Ad Pisones , 29!. ]