MISSIONS
Pour connaître les services rendus au monde par les Souverains Pontifes, il faudrait copier le livre anglais du docteur Pxyan , intitulé : Bienfaits du christianisme; car ces bienfaits sont ceux des Papes, le christianisme n'ayant d'action extérieure que par eux. Toutes les églises séparées du Pape se dirigent chez elles comme elles l'entendent ; mais elles ne peuvent rien pour la propagation de la lumièreé^^ngélique. Par elles l'œuvre du christianisme n'avancera jamais. Justement stériles depuis leur divorce , elles ne reprendront leur fécondité primitive qu'en se réunissant à l'époux. A qui appartient l'œuvre des missions? Au Pape et à ses ministres. Voyez cette fameuse Société biblique , faible et peut-être dangereuse émule de nos missions. Chaque année elle nous apprend combien elle a lancé dans le monde d'exemplaires de la Bible ; mais toujours elle oublie de nous dire combien elle y a enfanté de nouveaux chrétiens*. Si l'on donnait au Pape, pour
(1) Les maux que peut causer ceUe sociélë n'onl pas BCiublé douteux a iVglise anglicant' , qui s'en est Bionlvce plus d'une fois offrajfîc, Si l'on
élre consacn'î aux dépenses des missions , l'argent que cette société dépense en bibles, il aurait fait aujourd'hui plus de chrétiens que ces bibles n'ont de pages.
Les églises séparées , et la première de toutes surtout , ont fait différents essais dans ce genre ; mais tous ces prétendus ouvriers évangéliques , séparés du chef de l'Eglise , ressemblent à ces animaux que l'art instruit à marcher sur deux pieds et à contrefaire quelques atli-tudes humaines. Jusqu'à un certain point ils peuvent réussir ; on les admire même à cause de la difficulté vaincue ; cependant on s'aperçoit que tout est forcé, et qu'ils ne demandent qu'il retomber sur leurs quatre pieds.
Quand de tels hommes n'auraient contre eux que leurs divisions, il n'en faudrait pas davantage pour les frapper d'impuissance. Anglicans, luthériens, moraves, méthodistes, baptistes, puritains, quakers, etc, , c'est à ce peuple que les infidèles ont affaire. Il est écrit : Comment entendront-ils, si on ne leur parle pas^ P On peut dire avec autant de vérité : Comment les croira-t-on, s'ils ne s^entendent pas ?
Un missionnaire anglaisa bien senti l'anathème, et il s'est exprimé sur ce point avec une franchise , une déli catesse , une probité religieuse, qui le montrent digne de la mission qui lui manquait.
« Le missionnaire , dit-il , doit être fort éloigné d'une
vient à rechercher quelle sorte de biens elle est destine'e à produire daus les vues de la Providence , on trouve d'abord que cette entreprise peut êlre une préparation évangélique d'un genre tout nouveau et tout divin. Elle pourrait d'ailleurs contribuer puissamment à nous rendre l'cglise anglicane , qui certainement n'échappera aux coups qu'on lui porte que par le principe universel.
(1) r Saint Paul. Rom. X , 14. ]
« étroite bigoterie* et posséder un esprit vraiment catho- « liquc ". Ce n'est point le calvinisme, ce n'est point l'ar- « minianisrne; c'est le christianisme qu'il doit enseigner. « Son but n'est point de propager la hiérarchie angli- « cane ni les principes des dissidents protestants; son « objet est de serVir Y Eglise universelle^. — Je voudrais « que le missionnaire fût bien persuadé que le succès de « son ministère ne repose nullement sur les points de sé- « paralion , mais sur ceux qui réunissent l'assentiment « de tous les hommes religieux*. »
Nous voici ramenés à l'éternelle et vaine distinction des dogmes capitaux et non capitaux. Mille fois elle a été réfutée; Userait inutile d'y revenir. Tous les dogmes ont été niés par quelque dissident. De quel droit l'un se préférerait-il à l'autre? Celui qui en nie un seul perd le droit d'en enseigner un seul. Comment d'ailleurs pourrait-on croire que la puissance évangélique n'est pas divine , et que par conséquent elle peut se trouver hors de l'Eglise? La divinité de cette puissance est aussi visible que le soleil, a II semble , dit Bossuet , que les Apôtres et
(1) Ce mot de hîgolerie qui , selon son acception naturelle dans la langue anglaise, donne l'idée du sèle aveugle, du, préjugé et de la superstition, s'applique aujourd'hui , sous la plume libérale des écrivains anglais , à tout homme qui prend la liberté de croire autrement que ces messieurs , et nous avons eu enfin le plaisir d'entendre les Réviseurs d'Edimbourg accuser Bossuet de bigoterie. ( Edimb. Rev. octobre 1803, n. 5, p. 215. ) Bossuet bigot! l'univers n'en savait rien.
(2) Honnête homme ! Il dit es qu'il peut , et ses paroles sont remarquables.
(3) Il répèle ici en anglais ce qu'il vient de dire en grec. Catholique, universel , qu'importe 1 on voit qu'il a besoin de \'unili qui ne peut se trouver hors de V uni versatile.
(4) Voyez Letters on missions adressed to the protestant miiiislers of the British churches , by Melvil Home , latechaplain of Sierra-i-eone in Affrica. Bristol , 1794.
M leurs premiers disciples avaient travaillé sous terre « pour établir tant d'églises en si peu de temps, sans « que l'on sache comment^. »
L'impératrice Catherine II, dans une lettre extrêmement curieuse que j'ai lue à Saint-Pélersboui'g ^ , dit qu'elle avait souvent observé avec admiration l'influence des missions sur la civilisation et l'organisation politique des peuples : « A mesure , dit-elle , que la Religion s'avance , on voit les villages paraître comme par enchante- « ment, etc. » C'était l'Eglise antique qui opérait ces miracles, parce qu'alors elle était légitime : il ne tenait qu'à la souveraine de comparer cette force et cette fécondité à la nullité absolue de cette même église détachée de la grande racine.
Le docte chevalier Jones a remarqué l'impuissance de îa parole évangélique dans l'Inde (c'est-à-dire dans l'Inde anglaise). Il désespère absolument de vaincre les préjugés nationaux. Ce qu'il sait imaginer de mieux , c'est de traduire en persan et en sanscrit les textes les plus décisifs des Prophètes et d'en essayer l'effet sur les indigènes ^.
(1) Hist. des Var. liv. VII , n. XVI.
(2) Elle était adressée à un Français , M. deliîeillan, qni apparienail , si je ne me Irompe, à l'ancien parlement de Paris.
(3) « S'il y a un moyen humain d'ope'rer la conversion de ces hommes a ( les Indiens ) , ce serait peut-èlre de transcrire en sanscrit oa en « persan des morceaux choisis des anciens Prophètes, de les accompagner « d'une préface raisonnée où l'on montrerait l'accomplissement parfait « de ces prédictions , et de répandre l'ouvrage parmi les natifs qui ont « reçu une éducation distinguée. Si ce moyen et le temps ne produisaient « aucun effet salutaire , il ne resterait qu'à di'piorer la force des préju- •t gés et la faiblesse de la raison tocte seule. » ( Unassisled reason. ) W. Jone's Works , on ihe Gods of Greece , îtaly and India , tom. I , in--4, p. 279-280.
Il n'y a rien de si vrai ni déplus remarquable que ce que dit ici sir Wi'-
C'est toujours l'erreur pi'oteslaïUc qui s'obstine à coinnienccr par la science, tandis qu'il faut commencer par 1« prédication impérative accompagnée de la musique, de !a peinture , des lils solennels et de toutes les démonstrations de la foi sans discussion : mais faites comprendre cela à l'orgueil !
M. Claudius Buchanan, docteur en théologie anglicane, a publié, il y a peu d'années, sur l'état du christianisme dans l'Inde, im ouvi'age où le plus étonnant fanatisme se montre joint à nombre d'observations intéressantes ^ . La nullité du prosélytisme protestant s'y trouve confessée à chaque page , ainsi que l'indifférence absolue du gouvernement anglais pour l'établissement religieux de ce grand pays.
« Vingt régiments anglais , dit-il , n'ont pas en Asie un « seul aumônier. Les soldats ■siveni et meurent sans aucun « acte de religion ^ . Les gouverneurs de Bengale et de « Madras n'accordent aucime protection aux chrétiens du « pays; ils accordent les emplois préférablement aux In- « dous et aux mahomélans ^ . A Saffera , tout le pays est « au pouvoir (spirituel) des catholiques qui en ont pris M une possession tranquille, vu l'indifférence des Anglais; « et le gouvernement d'Angleterre ])véïérimt justement ^*h « superstition catholique au culte de Buddha , soutient à
liam sur la raison non assistée ; mais nour lui comme pour tint d'au» très . c'était une vëritë stérile.
(1) Voy. Christian Researches i;i Asia , by the R. Claudius Uuchaoan D. D. in-8. London, 18j 2. IX édition.
(2) Pag. 80.
(3) Pag. 89 et 90.
(4) Il est Lien bon , comme on Toit ! il conTient que le catholicisoo faut mieux qu« la religion de Buddha.
« Ceylan la Religion catholique * . Un preirc cailioliqiie « lui disait : Comment voulez-vous que votre nation s'oc- « cupe de la conversion au christianisme de ses sujets « païens^ tandis qu'elle refuse Vinstruction chrétienne à ses « propres sujets chrétiens ^ P Aussi M. Buchanan ne fut « point surpris d'apprendre que chaque année un grand « nombre de protestants retournaient à Vidolûlrie ^ . Jamais « peut-être la Religion du Christ ne s'est vue à aucune « époque du christianisme humiliée au point où elle l'a a été dans l'île de Ceylan , par la négligence officielle que « nous avons fait éprouver à l'église protestante ^. L'in- « différence anglaise est telle que s'il^ plaisait à Dieu d'ô- « ter les Indes aux Anglais , il resterait à peine sur cette « terre quelques preuves qu'elle a été gouvernée par une « nation qui eût reçu la lumière évangélique ^ . Dans « toutes les stations militaires, on remarque une extinc- « tien presque totale du christianisme. Des corps nom- « breux d'hommes vieillissent loin de leur patrie dans le « plaisir et l'indépendance , sans voir le moindre signe « de la religion de leur pays. Il y a tel Anglais qui pendant « vingt ans n'a pas vu un service divin ^ . C'est une chose a bien étrange qu'en échange du poivre que nous donne « le malheureux Indien , l'Angleterre lui refuse jusqu'au
(1) Page 92.
(2) Le gouvernement n'a point de zèle , parce qu'il n'a point de foi. C'est sa conscience qui lui ôte les forces , et c'est ce que l'aveugle ministre ne voit pas ou ne veut pas voir.
(3) Pag. 93.
(4) C'est encore ici une délicatesse du gouvernement anglais qui possède assez de sagesse pour ne point essayer de planter la Beligion du Christ dans un pays où règne celle de Jésus-Christ; mais qu'est-ce qu'un ecclésiastique officiel peut comprendre à tout cela ?
(5) Pag. 28a. Note.
(6) Pag. 285 et 287,
« Nouveau Testament'. Lorsque l'auteur réfléchit aupou- « voir immense de l'Eglise romaine dans l'Inde, età l'in- « capacité dii clergé anglican pour contredire cette in- « flucnce, il est d'avis que l'église proleslanie ne ferait « pas mal de chercher une alliée dans la syriaque , habi- « tante des mômes contrées , et qui a tout ce qu'il faut « pour s'allier à une église pure , puisqu'elle professe la « doctrine de la Bible et qu'elle rejette la suprématie du « Pape ^ . »
On vient d'entendre de la bouche la moins suspecte les aveux les plus exprès sur la nullité des églises séparées; non-seulement l'esprit qui les divise les annule toutes l'une après l'autre , mais il nous arrête nous-mêmes et retarde nos succès. Voltaire a fait sur ce point une remarque importante. «Le plus grand obstacle, dit-il, à nos a succès religieux dans l'Inde , c'est la différence des opi- « nions qui divisent nos missionnaires. Le catholique y « combat l'anglican qui combat le luthérien combattu par « le calviniste. Ainsi tous contre tous , voulant annoncer * « chacun la vérité et accu/^nt les autres de mensonge , « ils étonnent un peuple simple et paisible qui voit accou- « rir chez lui , des extrémités occidentales de la terre, des « hommes ardents pour se déchirer mutuellement sur les « rives du Gange ^ . »
Le mal n'est pas à beaucoup près aussi grand que le dit Voltaire qui prend son désir pour la réalité, puisque notre
(1) Pag. 102. .
(2) Pag. 285-287. Ne Jirait-on pas que l'Eglise catholique professe les dorlrines de VAlcoran ! Que le clergé anglais ne s'y trompe pas , il s'en faut beaucoup que ces honteuses extravagances trouvent , auprès des geni sensés de son pays , la même indulgence , la même compassion qu'elles rencontrent auprès de nous.
(3) Voltaire , Essai sur les mœurs , etc. , tom. I , chap. FV.
»iiin.iïoiiie sur les sectes est manifeste et soîcnnellcmoni avouée , comme on vient de le voir , par nos ennemis môme les plus acharnés. Cependant la division des chrétiens est un grand mal , et qui retarde au moins le grand œuvre , s'il ne l'arrêlc pas entièrement. Malheur donc aux sectes qui ont déchiréla robe sans couture! Sans elles l'univers serait chrétien.
Une autre raison qui annule ce faux ministère évangélique , c'est la conduite morale de ses organes. Ils ne s'élèvent jamais au-dessus de la probité, faible et misérable instrument pour tout eflort qui exige la sainteté. Le missionnaire qui ne s'est pas refusé par un vœu sacré au plus vil des penchants , demeurera toujours au-dessous de ses fonctions , et finira par être ridicule ou coupable. On sait le résultat des missions anglaises à Taïli ; chaque apôtre devenu un libertin n'a pas fait difficulté de l'avouer, et le scandale a retenti dans toute l'Europe ' .
Au milieu des nations barbares , loin de tout supérieur et de tout appui qu'il pourrait trouver dans l'opinion publi(iue , seul avec son cœur et ses passions , que fera le missionnaire humain? Ce que firent ses collègues à Taiti. Le meilleur de cette classe est fait, après avoir reçu sii mission de l'autorité civile , pour aller habiter une maison conunode avec sa femme et ses enfants , et pour prêcher philosophiquement à des sujets, sous le canon de son souverain. Quant aux véritables travaux apostoliques, jamais ils n'oseront y toucher du bout du doigt.
(1) J'entends dire que depuis (^T.eique temps les choses ont changé en mieux à Taïli. Sans discuter les faits qui ne présentent peut-être qoede raines apparences, je n'ai qu'us mot à dire : Que nous importent ces conquêtes équivoques du protestantisme dans quelque ile imperceptible de la mer du Sud. tandis qu'il détruit le chrisUcnifmc en Europe?
Il faut distinguer d'ailleurs entre les infidèles civilisés et les infidèles barbares. On peut dire à ceux-ci tout ci qu'on veut; mais par bonheur l'erreur n'ose pas leur par. 1er. Quant aux autres, il en est tout autrement, et dép ils en savent assez pour nous discerner. Lorsque le lord Macai'teney dut partir pour sa célèbre ambassade, S. M.B. fît demander au Pape quelques élèves de la Propagande pour la langue chinoise; ce que le Saint-Père s'empressa d'accorder. Le cardinal Borgia , alors à la tête de la Pi'opagande , pria à son tour lord Macarteney de vouloir bien profiter de la circonstance pour recommander à Pékin les missions catholiques. L'ambassadeur le promit volontiers et s'acquitta de sa commission en homme de sa sorte ; mais quel fut son étonnement d'entendre le eollao, ou premier ministre lui répondre que Vempereur s'étonnait fort de voir les Anglais protéger au fond de VAsie une religion que leurs pères avaient abandonnée en Europe! Cette anecdote que j'ai apprise à la source, prouve que ces hommes sont instruits, plus que nous ne lecroyons, des choses même auxquelles ils pourraient nous paraître totalement étrangers. Qu'un prédicateur anglais s'en aille donc à la Chine débiter à ses auditeurs que le christianisme est la plus belle chose du monde , mais que cette Religion divine fut malheureusement corrompue dans sa ■première jeunesse par deux grandes apostasies , celle de Mahomet en Orient, et celle du Pape en Occident; que Vune et Vautre ayant commencé ensemble et devant durer Î260 ans * , Vune et Vautre doivent tomber ensemble et
(i) En effet, les nations devant fouler aux piedi, la ville sainte pendant i2 mois ( xipoc. Xî,2), il est clair que parles nation» ii faut entendre les Mahomélans. De plus, 42 mois font 1260 jours, do 30 jours chacun ; ceci est évident. Mais chaque jour signifie un an; éonc 1260 jours valent :J2G0ans:or, si l'on ajoute ces 12G0cns à 622j
touchent à leur fin; que le mahométisme et le catholicîsm» sont deux corruptions parallèles et parfaitement du même genre, et qu''il n'y a pas dans l'univers un homme portant le nom de chrétien , qui puisse douter de la vérité de cette prophétie ' . Assurcmfiiît , le manda''in qui entendra ces belles assenions prendra le prédicateur pour un fou et se moquera de lui. Dans tous les pays infidèles mais civilisés, s'il existe des hommes capables de se rendre aux vérités du christianisme, ils ne nous auront pas entendus longtemps avant de nous accorder l'avantage sur les sectaires. Voltaire avait ses raisons pour nous regarder comme une secte qui dispute avec les autres; mais le bon sens non prévenu s'apercevra d'abord que d'un côté est l'Eglise une et invariable , et de l'autre l'hérésie aux mille têtes. Longtemps avant de savoir son nom , ils la connaissent elle-même et s'en défient.
Notre immense supériorité est si connue qu'elle a pu alarmer la compagnie des Indes. Quelques prêtres fran-
dale de l'hégire, on a 1882 ans; donc le mahométisme ne penl durer au delà de l'an 1882. Or , la corruplion papale doit Haiir avec la corruption mahométane ; donc , etc. C'est le raisonnement de M. Buchanan que j'ai cite plus haut. ( Pages 199 , 200 et 201. )
(1) Quand on pense que ces iuconcevables folies souillent encore , au XiXe siècle , les ouvrages d'une foule de théologiens anglais , tels que les docteurs Daubenez , Faher, Cuningham, Buchanan, Ilarteley, Frère , etc. , on ne contemple point, sans une religieuse terreur , l'abîme d'ëgarement où le plus juste des châtiments plonge la plus criminelle des révoltes. Le moderne Attila , moins civilisé que le premier , renverse de son trône le Souverain Pontife , le fait prisonnier et s'empare de ses états. Tout de suite , la tête de ces écrivains s'enflamme , ils croient que c'en est fait du Pape , et que Dieu n'a plus de moyens pour se tirer de là. Les voilà donc qui composent des in-cclavo ?.ut VaccompUssement det prophéties , et qui triomphent de la chute du Pape, tandis que la puis* gance etievœu de l'Europe le reportent sur son tronc.
çais, portés dans ces contrées par le tourbillon révolutionnaire , ont pu lui faire peur. Elle a craint qu'en faisant des chrétiens, ils ne fissent des Français. (Je ne serai contredit par aucun Anglais instruit) La compagnie des Indes dit sans doute comme nous : Que votre royaume arrive, mais c'est toujours avec le correctif : Et que U nôtre subsiste.
Que si notre supériorité est reconnue en Angleterre , la nullité du clergé anglais^ sous ce rapport, ne l'est pas moins.
« Nous ne croyons pas , disaient , il y a peu d'années , « d*eslimables journalistes de ce pays , nous ne croyons « pas que la société des missions soit l'œuvre de Dieu;... « car on nous persuadera difficilement que Dieu puisse « être l'auteur de la confusion , et que les dogmes du « christianisme doivent être successivement annoncés aux « païens par des hommes qui non-seulement vont sans être « envoyés^ , mais qui diffèrent d'opinion entre eux d'une « manière aussi étrange que des calvinistes et des armé- « niens , des épiscopaux et des presbytériens , des pédo-
« bapiistes et des antipédo-baptistes »
Les rédacteurs soufflent ensuite sur le frêle système des dogmes essentiels, puis ils ajoutent : «Parmi des misvt sionnaires aussi héiérogènes, les disputes sont inévita- « blés, et leurs travaux, au lieu d'éclairer les gentils, ne « sont propres qu'à éclairer leurs préjugés conUe h foi ,
(1) Nol only running cnsent. Expression très-remarquable. Le mot dé missionnaire élaut précisément synonvme de celui d'eitvoyc. Tout missionnaire agissant hors de l'unitë, est obligé de dire : Je suis un envoyé, nnn envoyé. Quand la société des missions serait approuvée par l'Eglise anglicane , la même difficulté subsisterait toujours ; car celle-ci n'étant pas envoyée , n'a pas droit à'envoyer. Unsent est le caraclcïo (général, iléirissanl etindébiie de toute église séparée.
u si jamais elle leur est annoncée (Tune manière plus rett gulière ^ . En un mot , la société des missions ne peut « faire aucun bien, et peut faire beaucoup de mal.
« Nous croyons cependant que c'est un devoir de l'Et glise de prêcher l'Evangile aux infidèles^.»
Ces aveux sont exprès et n'ont pas besoin de commentaires. Quant aux églises orientales, et à toutes celles qui on dépendent ou qui font cause commune avec elles , il serait inutile de s'en occuper. Elles-mêmes se rendent justice. Pénétrées de leur impuissance , elles ont fini par se faire de leur apathie une espèce de devoir. Elles se croiraient ridicules, si elles se laissaient aborder par l'idée d'avancer les conquêtes de TEvangile , et par elles la civilisation des peuples.
L'Eglise a donc seule l'honneur, la puissance et le droit des missions ; et sans le Souverain Pontife , il n'y a point d'Eglise. N'est-ce pas lui qui a civilisé l'Europe , et créé cet esprit général, ce génie fraternel qui nous distinguent? A. peine le Saint-Siège est affermi , que la sollicitude universelle transporte les Souverains Pontifes. Déjà dans le
(1) Que veulent donc dire les journalistes avec cette expression d'une manière j)lus régulière ?j^Peut-il y avoir quelque chose de régulier hors de la règle? On peut sans doute èlre plus ou moins près d'une barque , mais plus ou moins dedans , il n'y a pas moyen. L'Eglise d'Angleterre a même quelque désavantage sur les autres églises séparées ; car , comme elle est évidemment seM;e,elle est évidemment nulle. (Vid. Monlhly polilical and lillerary Censor or anti-jacobin. March. 1803 , vol. XIV , n. 9 , pag. 280 et 28j . ) Mais peut-être que ces mots d'une manière plus régulière cachent quelque mystère, comme j'en ai observé souvent dans les ouvrages des écrivains anglais.
(2) Ibid. Ceci est un grand mot. L'Eglise seule a le droit et par conséquent le devoir de yrècher l'Evangile aux infidèles. Si les rédacteurs avaient souligné le mol Eglise , ils auraient jpJtcAê une vérité très-profonde aux infidiles.
V® siècle ils envoient saint Séverindansla Noriqite,ct d'aulies ouvriers apostoliques parcourent lesEspagncs, coninic on le voitpai' la fameuse lettre d'Innocent F"" à Déccntius. Dans le même siècle, saint Paîlade et saint Patrice paraissent en Irlande et dans le nord de l'Ecosse. Au VF , saint Grégoire le Grand envoie saint Augustin en Angleterre. Au VIF , saint Kilian prêche en Franconie, et saint Amand aux Flamands , aux Carinthiens , aux Esclavons , à tous les Barbares qui habitaient le long du Danube. Eluff de Werden se transporte en Saxe dans le VIIF siècle, saint Willebrod et saint Swidbert dans la Frise , et saint Boniface remplit l'Allemagne de ses travaux et de ses succès. Mais le IX*^ siècle semble se distinguer de tous les autres, comme si la Providence avait voulu , par de grandes conquêtes , consoler l'Eglise des malheurs qui étaient sur le point de l'affliger. Durant ce siècle , saint Siffroi fut envoyé aux Suédois ; Anchaire de Hambourg prêche à ces mêmes Suédois, aux Vandales et aux Esclavons ; Rembert de Brème , les frères Cyrille et Méihodius , aux Bulgares , aux Ciîazares ou Turcs du Danube , aux Moraves , aux Bohémiens, à l'immense famille des Slaves; tous ces hommes apostoliques ensemble pouvaient dire à juste titre :
Hîc tandem stelimus nobis ubi Jefuit orbis.
Mais lorsque l'univers s'agrandit par les mémorables entreprises des navigateurs modernes, les missionnaires du Pontife ne s'élancèrent -ils pas à la suite de ces hardis aventuriers? N'alièrent-ils pas chercher le martyre , comme l'avarice cherchait l'or et les diamants? Leurs mains secourables n'éiaient-elles pas constamment étendues pour guérir les maux enfantés par nos vices , et pour rendre les brigands européens moins odieux à ces peuples lointains?
Que n'a pas fait saint Xavier^ ? Les jésuites seicts iiont-ih pas guéri une des plus grandes plaies de Vhumamlé^P Tout a été dit sur les missions du Paraguay , de la Chine, des Indes , et il serait superflu de revenir sur des sujets aussi connus. Il suffit d'avertir que tout l'honneur doit en être accordé au Saint-Siège. « Voilà, disait le grand « Leibnilz, avec un noble sentiment d'envie bien digne « de lui ; voilà la Chine ouverte aux jésuites; le Pape y « envoie nombre de missionnaires. Notre peu d'union ne « nous permet pas d^ entreprendre ces grandes conversions ^, « Sous le règne du roi Guillaume , il s'était formé une « sorte de société en Angleterre , qui avait pour objet la « propagation de l'Evangile; mais jusqu'à présent elle « n'a pas eu de grands succès*. »
Jamais elle n'en aura et jamais elle n'en pourra avoir, sous quelque nom qu'elle agisse , hors de l'unité ; et nonseulement elle ne réussira pas , mais elle ne fera que du
(1) A Paulo tertio Indiae Jeslinatus , multos passîm toto Orienle christiauos ad niciiorem friigem revocavit, elinnuiucros propcinodùm populos ignoranliae lenebris involulos ad Christi fidem adduxit. Nain prœler lados , Brachmanes et Malabaras , ipse priraus Paravis , Malais, Jais , Acenis, MindaDûis , Molucensibus et Japocibus, mullis cditis miraculis et exantlatis 'iîboribus, Evangelii luccm inlulit. Pcriustratà tandem Japonia , ad Sinas profeclurus , in insulâ Sancianâ obiit. ( Yoycz soa OïiivQ dans le Bréviaire de Paris, 2 décembre. )
Les voyages de saint François Xavier sont aéîaillés à la lin de sa Vio telle par le Père Bouhours , et méritent grande alteutiou. Arrangés de suite , ils auraient fait trois fois le tour du globe. Il mourut à 46 ans , cl n'en employa que dix à l'exécution de ses prodigieux travaux; c'est It temps qu'employa César pour asservir et dévaster les Gaules.
(•2) Montesquieu.
(3) Lettre do Leibnitz , citée dans le Journal higt. politique et liUdrciie de i'abbé de Feller. Août 1775- , p. 209.
(4) Leibnitzii epist. ad KoilhoUam , dans ses CSuvres in-4 , p. 32". »— l'fijsée6 dt Lcii^uiîz, iii-8, toQj, I, p. 275.
mal, comme nous l'avouait tout à Tlieure une Louclie
protestante.
« Les rois, disait Bacon, sont véritablement inexcusa-
a blés de ne point procurer, à la faveur de leurs armes
« et de leurs richesses , la propagation de la Ueligion
« chrétienne*. »
Sans doute ils le sont, et ils le sont d'autant plus (je parle seulement des souverains catholiques) , qu'aveuglés sur leurs plus chers intérêts par les préjugés modernes , ils ne savent pas que tout prince qui emploie ses forces à la propagation du christianisme légitime, en sera infailliblement récompensé par de grands succès , par un long règne , par une immense réputation , ou par tous ces avantages réunis. Il n'y a point , et il n'y aura jamais , il ne peut y avoir d'exception sur ce point. Constantin , Théodose , Alfred , Charlemagne , saint Louis , Emmanuel de Portugal , Louis XIV , etc. , tous les grands protecteurs ou propagateurs du christianisme légitime , marquent dans l'histoire par tous les caractères que je viens d'indiquer. Dès qu'un prince s'allie à l'œuvre divine et l'avance suivant ses forces, il pourra sans doute payer son tribut d'imperfections et de malheurs à la triste humanité; mais il n'importe , son front sera marqué d'un certain signe que tous les siècles révéreront :
îlium aget pennâ metuente solvi Fama supersles 2.
Par la raison contraire , tout prince qui , né dans la lumière, la méprisera ou s'efforcera de l'éteindre, et qui
(1} Bacon , dans !c dialogue de Bello sacro. Chrislianisme de Bacon, loin. II , p. 274.
(2) LJIoral. lî,Od. 11, T-8. ]
•urtout osera porter la main sur le Souverain Pontife ou Tallligcr sans mesure , i>cut complcr sur un cliàiimcni temporel et visible. Règne court, désastres humilianis, mort violente ou honteuse, mauvais renom pendant sa vie, et mémoire flétrie après sa mort, c'est le sort qui l'attend en plus ou en moins. De Julien à Philippe le Bel , les exemples anciens sont écrits partout ; et quant aux exemples récents , l'homme sage , avant de les exposer dans leur véritable jour , fera bien d'attendre que le temps les ait un peu enfoncés dans l'histoire,